‹ ChrysippeChapitre 22 sur 166 · Fragmenta, I, vu sq · texte numérisé non relu

Fragmenta, I, vu sq

être présente (èveuriç, 1. 15), alors ces propositions passées devront elles-mêmes être exprimées par d'autres propositions; mais ces nouvelles propositions exprimant par hypothèse des propositions passées, doivent elles-mêmes être appelées passées et ainsi « il y a des choses passées de choses passées à l'infini » (r.ocpz\r,K\j- OoTwv TTapsXYjXjôÔTa [>.iy pi el: a-îipcv, 1. 26^). Cette discussion doit se rattacher à une discussion plus générale sur le Asy-TÔv, d'où il résulte que le A£7.t6v dont la proposition n'est qu'une espèce, ne participe lui-même à aucune des choses réelles ou des propriétés qu'il peut exprimer. Le fragment 3, qui est de beaucoup le plus long, continue d'ailleurs cette discussion, et éclaircit notre interprétation; nous le divisons ainsi :

1° 97, 37-99, 8 : Le seul passage net est une conclusion (98, 37-99, 8) dans laquelle il est dit que ce qui a été démontré du passé et du futur s'applique aussi nécessairement an pluriel et au passif : si les propositions exprimant le pluriel ou le passif sont elles-mêmes plurielles et passives, il faut comme dans le cas précédent remonter à l'infini. « Il n'est pas possible que

1. Cette reconstitution du sens(seule8 les phrases finales du fragment sont à peu près complètes dans les papyrus) est appuyée sur une discussion analogue à proposdu signe (Sextus, Adv. 7)iath. ,\ll, 2i4; Arnlm.II. p. 73, 247), où il est démontréque dans la proposition appelée signe, qui conclut d'une chose présente à un fait passé ou futur, le fait a beau être passé ou futur, la proposition qui l'exprime ne participe pas à ce passé ou ce futur et est elle-même présente. (Cf. 1. 33 et 3i.)

dans ce dernier cas il y ait infinité et que dans l'autre il n'y en ait pas(Mr,o' e%\ tojtwv [;.èv tyjv à^eipiav Y^veaôat, Itt' èxsivwv S' apa [j.y^, p. 99, 1. 5 sq.).

2° 99, 8-100, 25 : Les passages compréhensibles ne font que résumer les points précédents, en montrant qu'il n'y a pas de jugements ou d'attributs qui soient passés, futurs ou pluriels. « Sinon il y a des pluriels de pluriels à l'infini » (99, 38 sq.).

La pensée se poursuit jusqu'ici d'une façon très claire. Elle change alors brusquement d'orientation : nous trouvons d'abord (p. 100, 1. 27) une classification des représentations en vraies et fausses, compréhensibles et incompréhensibles. Puis toute la fin est destinée à étudier le cas de représentations incertaines : l°dans la perception sensible (101, l-lOi-24); 2° dans les arts (voyez la transition : 'éxi Se to oixotov toÏç alaôr/Tr^pioiç xai kTz\ TÔv Tî^vwv duvTlTeuxe^) (101, 24-101, 34); 3*^ dans les KvAxâ (101, 35-110,40.)

Voici maintenant comment parait se développer la pensée : la classification des représentations avec la suite jusqu'à 100, 34, paraît être une introduction destinée à montrer que dans les représentations de la pensée, comme dans les représentations sensibles, il peut y avoir vérité et fausseté (voyez p. 100, 1. 30 sq. : y.ai hizl Tîjç Siavciaç to TuapaTrXiQctov UTuâp'/st^).

1. Cf., p. 101, 1. 6 : xaî xatà xà ôXov. a. . xxl xaxàtTivôtavot'av. D'après ce qui précède (1. 4, ôpatà xai àxoudta, etc.), je conjecture ataOïrjTdv.

LES ÉCRITS LOGIQrES. 27

La fin depuis 101, 3i, accumule des exemples d'erreurs dans la représentation intellectuelle qui ont pour origine des confusions du langage : il s'agit des amphibologies dont Chrysippe, comme on le sait, s'est occupé*. Il donne d'abord des exemples de propositions amphibologiques où le sujet ne peut être distingue de l'attribut (101, 3i-102, 35); suit un certain nombre de lignes '^102, 35-103, 15) trop altérées pour qu'on y puisse trouver un sens : il s'agit ensuite de mots comme i^îiÉTîpsç qui, dans les habitudes grecques, peuvent désigner le singulier et le pluriel (102, 16- 105, 5).

Des erreurs de ce genre étaient peu favorables à la thèse stoïcienne que le sage ne se trompe pas; Chrysippe lui-même avoue (p. 102, 29, 30) qu'elles s'étendent jusqu'au sage. La préoccupation de cette théorie nous explique le contenu de la conclusion (106, 34-107, 10) qui a pour objet d'éviter linterprétation en un sens sceptique, d'exemples de ce genre : il n'y a d'erreur qu'en apparence-.

1. Ailc-Gell., .y. a., XI, 12 (Abkdi, 11,45, 29), pour Chrysippe tout mot est amphibologique.

2. « Il ne faut pas dire, dit Chrysippe à ces interprètes, que ceux-ci (à saToir ceux qui éooaceat ces phrases amphibologiques- disent (à la fois) Trai et faux-, ils n'en sont soupçonnés... que parce qu'on se trompe entièrement sur ce qui est signifié (par ces phrases'. » Ensuite ,1. 10 sq.; il oppose ce qui est dit (l'objet désigné par la phrase) et la phrase môme (tb ôà xarà >é&v); sur l'objet même de la pensée, il n'y a pas d'amphibol(^ie.

Le fragment se termine enfin par d'autres exemples d'amphibologie : d'abord les propositions énonçant des ordres \ puis les épithètes qui n'ont pas le même sens lorsqu'elles sont appliquées à des choses et à des hommes-. Les derniers mots {r.epl 3' èxsivwv àpy-sT ta slpr;l).év(x) signifient que l'exposition du sujet se termine ici.

Quelle est l'idée commune qui peut relier les deux divisions de ce fragment? Dans le premier, il s'agit de montrer que des propriétés qu'on attribue d'ordinaire à la proposition (passé, futur, etc.) ne sont attribuables qu'aux événements exprimés par elle; dans le second, il est montré que des amphibologies qui paraissent exister dans la pensée ne sont en réalité imputables qu'aux propositions qui l'expriment. Dans les deux cas, par conséquent, la question est de distinguer ce qui appartient à l'expression verbale d'une pensée, de ce qui appartient à la pensée même. Le but final parait être de montrer qu'il peut y avoir amphibologie dans le langage, sans qu'il y ait incertitude dans la pensée.

L'on trouve très apparent dans ce morceau un des

1. 107, 35-109, 37 : 1» (107, 35 à 108, 6) lorsqu'un ordre est accompagné d'une proposition relative, on ne sait si l'ordre s'étend ou non à cette proposition. 2» (108, 10-108, 40) dans des ordres de ce genre : « promènetoi, sinon assieds-toi », il y a doute si le second ordre est le dernier ou s'il ne peut être suivi d'un troisième et ainsi à l'infini. Il indique (p. 109, 18 à 27) un moyen de sortir d'embarras. Z» (109. 28 à 37) sur les ordres indéterminés.

2. 110, 9 à la lin, comme l'épithète : noirci, qui s'applique à la fois à un vêtement et à un homme.

défauts que les commentateurs d'Aristote ont reprochés le plus à la logique de Chrysippe, la substitution des exemples et des cas singuliers aux démonstrations scientifiques. Mais il manifeste en même temps un effort véritablement remarquable pour discerner les propriétés du langage de celles de la pensée; nous reviendrons ultérieurement sur cette féconde direction du stoïcisme.

Le second papyrus sur les qualités dialectiques du sage, a été beaucoup plus étudié que le premier*. Mais ce fragment appartient autant à l'éthique (portrait du sage) qu'à la dialectique. C'est l'exposition partielle du principe, non exprimé d'ailleurs dans notre fragment, que la dialectique, comme les autres parties de la philosophie, est une vertu du sage. Le rapprochement avec un texte de Stobée- a suffi pour éclaircir la suite des idées, quoique bien des détails restent obscurs^. Cette obscurité se trouve particulièrement à la fin (p. 41, l 23 à la fin).

1. Édité par Arxim, Fragmenta, II, 40, 6 sq. Voyez pour la restitalion du sens, H. \oy Arm», L'eber einen stoichen papyrus der herculanischen Bibliotek (Hermès, 1890, p. 473), et pour ratlribution à Chrysippe, B. Keil, Chrysippeum (Hermès, 1905, p. 155), qui retrouve dans le papyrus la définition de la philosophie (p. 41, 1. 20 : èmrrfitvmi Xofov ôf66TT,To;; attribuée à Chrysippe lui-même par le grammairien Isidore de Pélusium [Patrol. gr., V, 78, p. 1637, Migne).

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