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LES NOTIONS COMMUNES

la démonstration) dans la dialectique ^ En un mot, de cet art qui n'avait qu'une portée pratique, ils veulent faire une spéculation scientifique.

Notions communes. — N'y a-t-il pas là une difficulté? Comment, si l'on ne fait appel qu'aux opinions des hommes, arriver à une thèse qui dépasse l'opinion? C'est à cette difficulté que les Stoïciens répondent par leur théorie des notions communes ou naturelles (sens commun) ". Ils admettent qu'il y a chez tous les êtres raisonnables (et c'est cela même qui constitue la raison) un certain nombre d'opinions naturelles qui peuvent servir de base à la discussion ; en matière morale, par exemple, tous les hommes ont une notion naturelle du

1. CeUe (léfiDition, ii::aTr,[i.Tt àXT;Oà)v xat 'l/eyûtSv xaî oùôsTÉpwv, est rapportée par DioG. La. à Posklonius (VII, 62 ; Arn., II, 38, 3) et par Sextus (IX, 187) aux stoïciens en général. La dialectique contient la théorie de la démonstration (objet des seconds Analytiques d'Aristote), ainsi que celle de la discussion et des sophismes (objet propre de la dialectique chez Aristote). Pour la définition de Posidonius . cf. l'opposition à Aris- TOTE, An. pr., I, I : Une proposition est démonstrative, èàv àXTjÔTiî ^, et dialectique si elle est ).r)4'iî toO satvojiÉvoy xai èvoôÇow. D'autre part, il avait distingué nettement entre ce qui est seulement connu comme vrai et ce qui est démontré {An. post., I, 23, 1 : I, 3t, 3). — Cf. aussi l'expression dialectique IpcoTàv employée habituellement par les stoïciens (par ex. Sext' s, Math., IX, 133) pour désigner une démonstration de portée scientifique.

2. Cf. les expressions xo-.val èwotai (Cic, Tusc, IV, 53). Sur le sens de xotva:, cf. Barth, I>ie Stoa, p. 112, n. 4), éitfurot TrpoX^ô^t; (Plut., St. rep., 17). La raison (logos) qui est composée de ces prénolions est donc par là ramenée à un sens commun (.\ét., Flac, IV, 11; Arn., II, 28, 22}.

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bon et du juste; en matière physique, de l'existence des dieux et de la survivance de l'âme i. La discussion qui fait appel non pas à n'importe quelles opinions individuelles, mais à des notions communes, se poursuit ainsi sur des bases solides. Le but du Stoïcien sera toujours de ramener son opinion à une de ces notions communes 2, Cette théorie est très importante : il y avait une certaine contradiction à admettre simultanément science et spontanéité morale : nous trouvons dans les notions communes le point où la spontanéité et la science coïncident ^.

Mais quelles sont l'origine et la valeur de ces notions? Pour leitr origine, ce ne sont pas (comme on l'a cru quelquefois et comme certains textes donneraient à le penser) * des notions innées : les Stoïciens sont des sen-

1. Dioc, VII, 53 : çyfftxiûi; voeîtai Stxaidv tt xai àyaOov. — C'est par cette nécessité des notions communes, portant sur des réalités physiques ou morales, que s'explique le plus naturellement l'opinion rapportée aux stoïciens par Philodème [De rhetor., I, 10; Arn., II, 38, 16) que la « dialectique ne fait rien par elle-même si elle n'est liée aux discours moraux et physiques ».

2. Non seulement l'argument de la prénotion est un argument important parmi les autres (Sén., Ép., 117, 6), mais c'est en partant de celle-ci qu'ils philosophent {if t&v) et qu'ils se vantent de rester d'accord avec la nature (Pllt., Comm. not., 3, I). — Enfin c'est par les notions communes qu'ils résolvent facilement le problème de la recherche scientifique, posé dans le Ménon (Plut., ap. Olympiodore, ARiN., II, 32, 34 : ol ôà &n6 XYiÇ Stoôé; xà; çuffixàc È\/voîa; aiitwvtai).

3. Ces notions sont, non pas précisément «cien^ta, mais semina scientiae (SÉN., Ép., 120, 4).

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