CHAPITRE PREMIER
VIE DE CIIRYSIPPE.
C'est dans la deuxième moitié du m* siècle, et jusqu'aux dernières années de ce siècle ' , que se développe, à Athènes, l'activité philosophique de Chrysippe.
Chrysippe, comme la majorité des philosophes stoïciens-, était d'origine orientale ; il naquit vers 277 dans la ville de Soles, dans l'île de Chypre où ses parents avaient émigré, venant de Tarse en Cilicie 3. Chypre
1. Apoixod., Chron.ap.Diog. £a. (Arnu, II, 2, 15) : il nait en 277; il succède à Cléanthe en 232, et meurt vers 204.
2. ZénondeCittium(enChypre), Sçaîpoî ôBo<Titop(avo«(ABmM, 1, 139, 171); Zenon de Tarse (ARîfni, 111,209, 11); Diogène deBabylone(ARMM, III, 210, 31); Antipater de Tarse (Armm, III. 244, 19), etc.
3. C'est celte émigration qui explique l'incertitude du renseignement d'Alexandre Polyhistor {ap. Diog. Laérce, VII, 179; Aiunii, II, 1, 2).
et la Cilicie se trouvaient, au début du m® siècle, dans une situation profondément troublée ^ Ces pays qui étaient à la limite des sphè res d'influence des trois grands royaumes, de Macédoine, de Syrie et d'Ég-ypte étaient le siège de luttes continuelles entre les Ptolémées d'une part, Démétrios et Antigone de l'autre; pendant toute la première moitié du m* siècle, à la suite de la campagne de l'année 301, où Ptolémée reprit Chypre aux Macédoniens, la domination de l'Egypte parait pourtant y avoir été assez stable 2; si vers 285, un peu avant la naissance de Chrysippe, Ptolémée Philadelphe fut obligé d'y étouffer une révolte, cette révolte paraît moins avoir été due au réveil du sentiment national qu'à l'ambition d'un frère de Ptolémée qui, dans un but purement personnel, poussa les Chypriotes 3. C'est donc dans un pays où les traditions nationales avaient été violemment supprimées, où l'attachement à une seule patrie était rendu impossible par le changement continuel de
Mais Strabon(XlV, p. 671 ; Armm, II, 2, 32), Galien {Protrept., 7 ; Arnim, 11,3,2), Pausanias (I, 17, 2; Arnim, 3, 19) s'accordent à placer à Soles son lieu d'origine. C'est parStrabon (loc.cit.) quenous connaissons l'émigration de ses parents.
1. Sur les luttes entre Ptolémée et Démotion à l'occasion de Chypre, cf. DioD. Sic, XX, 53, 1 et Pausanias, I, 6,6.
2. Pausanias, I, 6,8; Ptolémée reprend Chypre en 301 ; en 281 (id., I, 9, i), Chypre appartenait encore à l'Egypte.
3. L'organisation nationale de l'île, qui était divisée en petites circonscriptions commandées par des dynastes, avait été supprimée vers l'an 312 par Ptolémée qui, à ce moment, était maître de l'île (Dion. Sic, XIX, 79, 4); pour la révolte du frère de Ptolémée, cf. Pausanias, I, 7, 1.
maîtres, que naquit celui qui devait avoir pour idéal moral le cosmopolitisme.
Nous ne savons rien de l'époque qui s'écoule entre la naissance de Chrysippe et son arrivée dans l'école de Cléanthe. Nous ne pouvons prendre au sérieux la légende d'après laquelle Chrysippe exerçait le métier de coureur au long stade '. Cette légende ne s'accorde d'ailleurs nullement avec le récit d'Hécaton - d'après lequel c'est à la suite d'une confiscation de sa fortune au profit du trésor royal que Chrysippe s'adonna à la philosophie. Le fait lui-même qui n'est pas invraisemblable, étant données les habitudes des Ptolémées ^, parait pourtant peu authentique; c'est en effet un thème commun dans les vies des philosophes, et qui peut n'avoir été introduit qu'en manière d'édification.
Nous en savons un peu plus sur l'époque très longue pendant lequelle il fut le disciple plus ou moins fidèle de Cléanthe; Cléanthe ne lui cède la direction du Portique qu'à sa mort en 232, et Chrysippe avait
1. Dioc. La., VII, I79(Arsim, 1,4). Les o dolichodromes » étaient des hommes de métier soumis à un entraînement rigoureux et qui étaient en général originaires de Crète (Dareuberg cISaguo, Diction, des Antiqu. gr., art. « Carrus », p. 1643) ; ceci fait un singulier eonstraste arec l'aspect misérable de la personne de Chrjsippe (tô c{i)jx.dtx'.ov e-jîî/Ti;. Diog. Laerce, vu, 182; AR!<n. Il, 2,5). Une légende analogue sur Cléanthe (DioG. Li., VII, 168: Ar-nih, I, 103, 4) safSt d'ailleurs pour rendre la nôtre suspecte.