Sur ces qualités, cf. supra, p. 85, note
2. L'interprétation de Bauth, Die Sloa, p. 104, se rapproche de la nôtre : « La représentation doit être compréhensive (greifbar), ce qui naturellement veut dire que ce n'est pas elle mais son objet qui est saisissable (greifbar) »; mais si ç. x. signifie une représentation dont l'objet peut être saisi, il devrait conclure que ce n'est pas la représentation mais l'âme qui saisit, donc la dillérence de 9. x. et y.axâXrj^/t;.
3. Les Stoïciens en prennent si à l'aise avec la langue grecque, que l'on ne peut rien conclure avec certitude du sens ordinaire des adjec-
LA COMPRKIIEXSION. 99
La compréiiexsiox. — Quant à l'acte même de la perception, très distinct de la représentation, les Stoïciens le désignaient par xa-ri/vYi'ii; *.
Cette théorie de la compréhension est la preuve la plus manifeste de la fusion tentée par les Stoïciens entre le point de vue de la raison réfléchie, et le point de vue sophistique de la ^connaissance immédiate. La compréhension unit en effet l'immédiatité et la rationalité.
La compréhension est un acte de la raison : c'est un assentiment donné aux images, lorsqu'elles sont compréhensives. Or l'assentiment est, avant tout, jugement ; ce jugement est guidé par les images claires; il est fondé en raison de donner notre assentiment à de
tifs en — ixo;. Pourtant, cf. les analogies : Aristote, De An., III, 9, 1 : 10 xp'.Tixôv ; la faculté qui permet de discerner; iXe-pcTixô;, qui permet de rechercher ou de couTaincre, etc.; — ixo; semble bien désigner moins l'action même que les conditions de sa possibililé.
1, KaTi).T.-!/t; désigne la sensation en tant que perception des choses extérieures :Diog. La.. VII, 52 ;Ar?(., II, 2fi, 37} ; Aét., Plac, IV, 8, 12 (ib., 39;. C'est ce qui explique le mot d'Aélius {Plac, IV, 9, 4) : « Les sensations sont toutes vraies, tandis qu'il y a des représentation!^ vraies et d'autres fausses », qui a tant embarrassé les interprètes : si la sensation déd'igne l'adhésion à une représentation compréhensiTe. puisque celle-ci est vraie, elle est toujours vraie. C'est d'ailleurs l'opinion exprimée par Zenon (Cic, Acad.posl., I, 41, 42 : visis non omnibus adjungebat Cdem, et : sensibus etiam, 6dem tribuebat;. — Cf. encore Galien (Arx, II, 27, 10) : al<rtivîî5ai oOxéti [èttI] |tïi xaTa).TptTix»;. Celte distinction entre sensation et représentatioa est le point capital de la théorie de la connaissance du stoïcisme, par où il se distingue du sensualisme issu de la sophistique.
pareilles images, c'est-à-dire d'affirmer la réalité de leurs objets.
Mais comment concevoir la rationalité dans ce jugement? Ne doit-il pas être la conclusion d'un raisonnement? N'est-ce pas par une critique de la représentation que je puis déterminer si elle est une image fidèle? Nullement; la fidélité de l'image est immédiatement aperçue, et entraîne infailliblement l'assentiment. La raison n'implique pas la réflexion; elle est ici spontanée K
D'autre part, la compréhension est, en même temps qu'un jugement , une perception immédiate des choses 2.
Elle ne discute pas la représentation ; elle se substitue à elle-^; dans la représentation, l'objet s'imprimait dans l'âme; maintenant, c'est l'âme qui élreint l'objet et le saisit.
1. C'est dans le stoïcisme moyen que la représentation comprébensive et la perception deviennent le résultat d'une critique raisonnée, quicomprend des jugements et des comparaisons. On abandonne, sous l'influence de Carnéade, la thèse de la perception immédiate.
2. Les expressions xaxâXrnj^i; xiiv irpayti-i'^wv (Sextus, VII, Arn., Il, 25, 44; Marc-Aur., 6, 30; Antiocbus dans Cic, Acad. Pr., Il, 23),. xpiTY)ptov Twv npayiiotTiov (Diog. La., Vil, 46) font bien voir qu'il nes'agit pas seulement de juger des représentations mais d'atteindre des réalités.
3. Cic, Acad. post., I, 41 (Tiiéorie de Zenon) : « Cum (visum coinprehendii)ile) acceptum jam et approbatum esset, comprt hensionem appellabat, similem ils rébus quae manu prehender^tur. » Donc l'adhésion rationnelle a transformé en une perception active ce qui n'était qu'une représentation passive.
LKS AUTRES CRITÈRES. 101
C'est donc bien Gnalement, si l'on veut, par la raison qne Tàme échappe aux apparences pour percevoir le réel. Seulement, elle n'y échappe que grâce aux apparences mêmes; parmi les images, il y en a qui sont assez évidentes et claires pour la satisfaire; mais ce n'est pas d'elle que vient cette évidence.
Les autres critères. — D'après nos sources, la représentation compréhensive n'était pas le seul critère de la vérité admis par les Stoïciens. D'après les textes extrêmement brefs et secs de Diogène Laerce, nous connaissons trois autres théories : l°Quelques « anciens Stoïciens » admettent comme critère la « droite raison » ; 2° Chrysippe afBrme qu'il y a deux espèces de critères : la sensation et la prénotion; 3° Boéthus de Sidon, enfin, qu'il y en a quatre : la sensation, l'intelligence, la tendance, la science ' . Ces critères semblent avoir été admis en même temps que celui de la représentation compréhensive. Diogène nous dit expressément que les deux critères propres à Chrysippe ne l'empêchent pas de reconnaître le critère commun à toute l'école, la représentation compréhensive. D'autre part, comme les « anciens Stoïciens » du témoignage de Posidonius ne peuvent être que Zenon et Cléanthe^, il résulte de la
1. Dioc. L.\., vn, 54. Le témoignage sor les ■ anciens Stoïciens » Tive; Tùiv èiç-)^aioi içttf^ Stwïxwv) vient de Posidonius.
2. HiRZEL (Vntersuch., etc., p. 1-24) a prouvé contre Zkixee {Phil.
comparaison avec les autres témoignages que, pour eux, la représentation compréhensive était autant un critère que la droite raison.
Maintenant tous ces critères, autres que la représentation compréhensive, ont, par rapport à elle, un caractère commun; ils appartiennent à la phase active de la connaissance, celle de la compréhension et de l'assentiment * ,
C'est l'assentiment et la compréhension qui sont les actes essentiels de la droite raison , considérée comme connaissance.
La sensation et la prénotion de Chrysippe ne sont d'autre part que deux espèces de compréhensions 2. La sensation d'abord : jamais lesSloïciens n'ont confondu la sensation avec l'impression physique : l'acte de voir
der Gr., III, 1 3, 71, note) qu'il s'agissait bien de Cléantiie et de Zenon; cf. encore Stein, Erk., p. 253, qui en lapproclie d'autres textes concernant Zenon ; Philo, Quod omn. prob., lib. XIV.
1. Nous n'admettons nullement comme le veut Steiiv, note 369, que la compréhension ait uniquement pour objet les faits empiriques et les sensibles, et s'oppose à la raison dont les objets sont transcendants. Le texte cité par Stein : -^ ôà xaTâXr,t|-i; vîverat xkt' aùroy; aluôi^aei p-èv ),£uxûvxai (Ji£)^âva)v..., Xdycp ôè twv 5i' àTtoSîîSswî <ruvaYO{i,éva)v (Dioc. La , VII, 52), dit précisément le contraire, si les génitifs Xeuxwv..., twv (TuvaYOfAÉvwv se rapportent non pas respectivement à culrs^naei et loyt^ (ce qui fait une construction singulièrement troublée), mais tous deux à xaTâ>>ri4"î '■ ^^^^ P*'" 1^ sensation qu'a lieu la compréhension des choses blanches, et par la raison qu'a lieu celle des conclusions raisonnées. Quant à Orig., Contra Cels., VII, 37 (Aim., II, 33, 29), il prouve seulement que « toute compréhension (qu'elle soit sensible ou rationnelle) dépend des sensations ».