LA PLCRAUTÉ DES CORPS
ne peut donc déterminer qu'un individu et il faut que l'un d'eux périsse*. La solution au premier coup d'œil paraît bien étrange [XpJ7i7:-zz ispa-rsôe-rat, 1. 7) : il faut alors que le premier disparaisse ($iîç;6âp6ai) tandis que le second subsiste (^Aévsiv). Ceci est d'autant l)Ius difficile à comprendre que c'est la modiGcation du second, qui parait être la cause de la disparition du premier -. Quel que soit le sens de ce paradoxe, le principe en est que deux individus ne sauraient être identiques, et c'est là le principe des indiscernables qui achève de donner sa complète signification à la théorie des corps.
Lisons donc le contexte. Plutarque veut contrebalancer une thèse académicienne que les Stoïciens trouvent paradoxale (à savoir que deux ou plusieurs êtres peuvent être indiscernables, c'est-à-dire avoir même qualité individuelle, comme deux figures), par une thèse stoïcienne, exactement opposée dans les termes, et qu'il juge, lui, beaucoup plus paradoxale, à savoir qu'un seul et même être peut avoir plusieurs
1 . Tel est le sens de la citation bien obscure de Ptiilon, 1. lo à 15; la citation littérale pose la supposition ; la question qui vient ensuite : Çyitoua£-/c'j rôxEso; iiOopiai ne peut s'expliquer que par une suite d'idées analc^ue à celle que nous avons indiquée.
2. Le sens de ce paradoxe nest-il pas que le premier disparait en tant {qu'individu par le fait même qu'il est devenu tout à fait indiscernable du second ? L'hypothèse d'où part l'objection ne peut d'ailleurs être qu'un simple jeu logique, puisqu'elle est contraire au principe de la permanence de l'iSto»; iroiôv.
caractéristiques individuelles; et la thèse serait en effet incompréhensible (puisqu'un même être aurait plusieurs individualités), si elle n'était expliquée par l'exemple qui suit : dans le monde, Zeus est un être composé d'un corps et d'une âme, et sa providence est un autre être, identique à l'âme de Zeus; dans la conflagration, Zeus est réduit à sa providence, le corps à l'âme ; pourtant on ne peut dire qu'il périt, et l'être éthéré qui subsiste alors est à la fois Zeus et la providence. Donc sans la thèse qu'un même être peut posséder simultanément deux qualités individuelles distinctes, on devrait affirmer que ou bien Zeus ou bien la providence périssent dans la conflagration.
Lisons maintenant le contexte du témoignage phi- Ionien : Philon cite le texte même de Ghrysippe afin de conclure que, si la thèse de celui-ci est acceptée (à savoir : que deux qualités individuelles ne peuvent coexister dans le même être), il faut renoncer à dire qu'après la conflagration, la providence divine ou âme du monde existe encore. Ces deux conclusions opposées sur le même sujet doivent retenir notre attention. Il est évident que l'incorruptibilité à la fois de Zeus et de sa providence est la thèse de Ghrysippe ; nos deux textespris ensemble ne signifieraient-ils pas que Ghrysippe se voyant obligé de nier soit l'incorruptibilité de la providence, soit l'impossibilité de lacoexis-