LA PLURALITÉ DES CORPS
tence de deux qualités individuelles dans le même être, s'est décidé pour le second parti?
La thèse exposée par Plutarque serait donc la pensée définitive du stoïcisme. Nous sommes placés par l'exemple dans le cas particulier où un individu (la proN^idence de Zeus ou àme du monde) a pour substance une partie de la substance d'im autre individu (Zeus qui a pour substance l'âme et le corps du monde). Mais ne devrait-on pas dire que nous avons plutôt ici un individu (Zeus ou le cosmos) et une partie de cet individu (son âme)? Sinon il faut admettre qu'un individu en comprend un autre comme partie de luimême, comme, par exemple. 1 individualité d'une feuille est une partie de l'individualité d'un arbre. Or telle parait bien avoir été la pensée des Stoïciens; c'est ainsi seulement qu'ils pouvaient concilier l'indivisibilité qualitative et la pluralité véritable avec leur cosmolo^e.
Cette théorie des corps individuellement distincts, est en harmonie avec leur façon d'envisag'er la connaissance ; la connaissance se compose d'actes distincts d'appréhension, et cette appréhension est une espèce de contact entre l'âme et l'objet'.
1 . Pour rirnport&nce de la sensatioa du contact, cf. ci-dessus : la représentalion asiit comme un choc : f, rpocSoÀT) r?.; cavrasCo^ ^Seitcs,
§ II. — Le dualisme.
Théorie des principes. — Cette espèce d'indivisibilité qualitative de l'être corporel n'est qu'un aspect de la pensée stoïcienne : par un autre aspect, cette pensée est foncièrement dualiste.
Tout être est en elfet le résultat de deux principes : un principe actif, qui est la raison de son unité, et un principe passif, matière inerte sur laquelle s'exerce l'activité de l'agent. La matière est apte à prendre toute forme : elle garde, dans l'ensemble, la même quantité. Chaque être individuel résulte de l'information de cette matière par un agent qui la pénètre et en maintient les parties ^ .
La dualité de l'agent et du patient est fort certainement empruntée à Aristote - ; mais elle est interprétée
Math., Yll, 35; Ar.MM, II, 33, 22). La psychologie contemporaine a suffisamment montré que la discontinuité des corps ne pouvait êire connue que par les sensations de tact et de résistance ; la vue présente un spectacle infiniment nuancé, mais unique, dans lequel la séparation en objets distincts ne peut être introduite qu'arbitrairement.
1. Cf. pour le monde, D. L, VII, 139 (Aux., Il, n" 300); pour la matière, Galien, Arn., 111, 144, 22.
2. Comp. Gal., Aun., 11, 133, 29 (l'action se fait par contact) ; cf. encore Simpl., in Arisl. caL, f. 77 b (Arn., Il, n" 342); et Arist., J)e gen. et corrupt.,l, 6, 322 b, 22 sq. ; II, 2, 329 b, 7. De plus, l'action de l'agent est une action assimilatrice : PLiT.,i^e primo frig., 10 (Arn., II, 141, 32); comp. à Arist., De gen., I, 7, 324 a, 10 : tè Troiyixtxàv ofiotoùv