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LES ÉLÉMENTS

Le dualisme des deux principes est donc, sous cet aspect, un dualisme de deux êtres corporels distincts. Mais, d'autre part, considérons le produit de ces deux êtres, le monde; c'est un être ayant sa caractéristique individuelle, qualitativement indivisible *. Les deux principes, agent et patient, s'unissent dans le cosmos, et ne sont plus dès lors deux individualités distinctes, mais deux principes d'un seul individu. Tel est le double aspect de ce dualisme.

2° La théorie des éléments donne lieu aux mêmes considérations. Avec Aristote, lesStoïciens admettent, dans chacun des quatre éléments, une duaKté de principes. Chaque élément contient une matière (6-cy.s('^£vcv) inerte et indéterminée, sujet des qualités qui sont appelées à s'y produire et à disparaître, et une qualité déterminée qui le caractérise -.

Il semble bien que cette matière, identique pour chaque élément, joue le rôle du principe passif et modifiable. En tout cas, la qualité qui s'y ajoute (le chaud par exemple s'il s'agit de Télément feu) est sûrement considérée comme un principe actif. Nous avons donc ici dans chaque élément, un dualisme d'agent et patient.

1 . Tôv £x Tf,c àiticn;; o-iffio; to:ii>; itoidv (D. L., VII, 317 ; Aux., II, 168, 6).

2. Cf. Galien attribuant cette thèse aux « philosophes qu'Athénée (d'Attaiie) se fait un devoir de suivre », c'est-à-dire à l'école de Chryslppe (Deelem.. I. 6; Ar.n., II, n» 408 explication du même Galien, Arx.. II, n' 409). Les discussions de Chrysippe sur la qualité de l'air (Arn., II, n* 429) impliquent la thèse.

Mais ce dualisme de principes doit être aussi interprété comme la rencontre de deux êtres. La matière est un corps, nous l'avons déjà vu; mais la qualité est aussi un corps puisque toute qualité est active et qu'une action ne peut être que celle d'un corps ^. Un double dualisme se présente donc ici.

La théorie des éléments montre une autre application du dualisme :

Chez Aristote, la théorie des qualités élémentaires était destinée surtout à expliquer la transmutation des éléments : le changement qualitatif ne peut s'opérer que d'un contraire à son contraire (du chaud au froid par exemple), et il consiste en ce que le premier, l'agent (ici le chaud), s'assimile le second ou patient (ici : réchauffe le froid) 2. D'autre part, les théories médicales partaient de l'idée que certaines de ces qualités (le chaud et le froid) sont essentiellement actives, tandis que d'autres sont passives '^.

Ce dualisme agent-patient qui, cette fois, a lieu non pas entre la qualité et la matière, au dedans de chaque élément, mais entre les qualités élémentaires ellesmêmes, réparties en deux groupes (qualités drastiques et qualités passives), se retrouve chez les Stoïciens, et seulement sous une forme beaucoup plus grossière. Ce

1. Sur la « chaleur-corps », cf. par exemple Gal., Arn,, K, 127, 39.

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