THÉORIE DE LA CAUSE
loppant, pour ainsi dire, sans usure ni fatigue^; c'est cette idée qui, liée à la thèse que tout agent est corporel, rend nécessaire le mélange total. Aussi bien ce « pneumatisme » ou spiritualisme stoïcien prend-il par là une direction opposée à ce que l'on appelle d'ordinaire le matérialisme, direction dont les conséquences se feront sentir dans le développement moral et religieux.
Théorie de la cause. — Cette théorie n'est qu'un aspect de la théorie précédente; et c'est aussi en partant du péripatétisme que nous la comprendrons le mieux.
L'agent ou cause motrice n'était, dans le système d'Aristote, que l'une des quatre catégories de causes. Le premier trait de la théorie stoïcienne est l'identification de la cause avec l'activité motrice. Est cause seulement ce qui agit; la matière passive sur laquelle s'exerce cette activité n'est pas une cause, mais seulement une condition indispensable-.
Il y a là plus qu'un changement de terminologie. On ne pourrait plus en effet dans le stoïcisme, parler de la causalité de la matière au même sens que dans la philosophie d'Aristote. Chez ce dernier, la matière
1. Ses., De ben., IV, 8, le Dieu suprême est appelé Hercule « quia tIs ejus inricU sit quandoqne lassata fuerit operibus edilis in ignem recessura ».
2. ... unam esse causam. idquodfacit(SÉ.'«., Ep. 65, 4; Aui.,11, 120,9; Cle»., Strom., VIII, 9: II. 120, 21).
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est, si l'on ose dire, active, en ce sens du moins qu'elle est le véritable principe du chang-ement et de la mobilité. Chez les Stoïciens elle « git, inerte », prête à obéir sans résistance ^ .
Inversement, selon les Stoïciens, le principe du changement et du mouvement est tout entier dans la cause motrice^. Le mouvement chez Aristote, implique une collaboration active de la matière, puisqu'il n'est que la détermination progressive d'une matière d'abord indéterminée : Ghrysippe, qui admet sans modification la classification aristotélicienne des mouvements-', considère cependant le mouvement non comme une chose en voie de s'accomplir, mais comme un acte complet en lui-même qui se reproduit aux divers instants du temps^. C'est que, du mouvement, il voit moins la fin où il tend que le principe d'où il vient.
De la nature de la cause dérive son mode d'action : faisant cette confusion entre le mouvement et l'activité qui a rendu impossible chez les anciens la fondation d'une dynamique scientifique, les Stoïciens se figurent
1. Jacel iners, res ad omnia parata (Sén., Ep. 65, 2; II, 111,26; cf. bid.,1i).