Cf. ci-dessus, p. 3, n
L'Athènes dans laquelle Chrysippe devait exercer le scholarchat du Portique, depuis 232 jusqu'aux dernières années du iii^ siècle, était bien différente de l'Athènes de l'époque de Zenon et des débuts de Cléanthe. Après la guerre de Chrémonide, pendant laquelle les Athéniens, insuffisamment soutenus par les Lacédémoniens et les Égyptiens, essayèrent une dernière fois de sauvegarder leur indépendance contre la Macédoine, la ville tombée en 263 entre les mains d'Antigone perd toute importance politique et ne peut se relever de ce coup ; elle reste et restera toujours en dehors de la politique compliquée des ligues que forment entre elles les cités helléniques, soit pour se déchirer mutuellement, soit pour se défendre contre les prétentions des grands empires voisins, ou leur servir d'instrument. Athènes acquiert à ce moment ce caractère de ville d'université, où les lettres et les arts sont cultivés pour eux-mêmes, caractère qu'elle gardera jusqu'à la fin de l'histoire de la philosophie païenne. Elle devient le foyer d'une culture cosmopolite qui se répand à travers tous les pays de civilisation hellénique. De ces écoles sortent des conseillers ou des amis des rois; le stoïcisme en particulier a eu, par ceux de ses adeptes qui fréquentaient les cours royales de l'époque, une influence assez facilement appréciable en quelques cas, mais toujours certaine. Antérieurement, l'amitié qui unissait Anti-
gone, le roi de Macédoine, avec Zenon, et aussi avec Ârcésilas, est un fait bien connu' : mais à notre époque même semble remonter l'usage, chez les rois, d'inviter les chefs d'écoles à leur fournir des conseillers ^. L'on connaît le rôle très important que le stoïcien Sphaeros, disciple de Zenon, a joué dans l'efifort que Cléomène tenta, de 230 à 223, pour rétablir les antiques mœurs Spartiates ^ ; peu après, Je même Sphaeros se trouve à Alexandrie à la cour du roi Philopator*. Un autre disciple de Zenon, Persée, est l'ami d'Antigone, roi de Macédoine ^.
Ainsi s'affirmait dans cette Athènes, détachée de ses traditions nationales, le caractère cosmopolite et universaliste du stoïcisme. Cependant, plusieurs anecdotes nous font voir que ces fréquentations royales n'étaient pas sans danger pour la dignité des philosophes ; les railleries auxquelles ils étaient en butte, les flatteries auxquelles ils étaient tenus envers le roi, ou dont ils étaient l'objet de la part de ceux qui par eux voulaient approcher du maître, s'accordaient mal avec la sagesse stoïcienne ^. Ce furent sans doute ces dangers que com-