‹ ChrysippeChapitre 81 sur 166 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

par tous les intermédiaires que la transmutation en feu est possible. Cette transmutation, par avance et par recul, fait du feu un élément en un sens différent des autres, l'élément par excellence, celui qui par sa condensation produit tous les autres et celui en qui ils se résolvent tous K Le changement peut être ainsi soumis à un rythme dont chaque période a un commencement et une fin.

L'on peut, d'après ce qui précède, distinguer deux sens dans la transformation, du feu à la terre et de la terre au feu. La transformation ne s'accomplit pas de la même façon dans les deux sens; dans le premier sens, elle est spontanée et dérive de l'activité même de l'élément; c'est par sa propre extinction que le feu a donné naissance à l'air ^. Au contraire, dans le sens inverse, la transformation n'est pas spontanée ; l'élément inférieur, l'air, par exemple, ne se transforme dans l'élé-

1. Sur le feu, élément « par excellence », Sroi!., Arn., III, n° 413, 1. 11. Ce texte sur les divers sens du mot élément qui a donné lieu à tant de discussions peutse décomposer ainsi ; Stobée reproduit trois fois desuite (11- 26; 26-34 (jusqu'à ffxoixeïov), 34-lin)le même développement, en indiquant chaque fois trois chapitres : 1° l'élément par excellence :1e feu (11-19 jusqu'à Yotp; 26-28; 36 jusqu'à la fia; dans cette troisième partie, le troisième point seul est indiqué); 2° les quatre éléments (19-24; 28-33 jusqu'à elXixpivE;) ; 3° ce qui participe à l'élément (TÔnupwSéç; 24-25; 33-34); sur ce dernier point, cf. les diverses espèces de feu (Gal., II, n" 427, 1. 29 et n° 618) dont la distinction remonte à Cléanthe (I, n°511). Cf. l'explication un peu différente de Hirzel, Untersuchung., II, 2, 737; nous nous appuyons sur la reslitulion de Wachsmuth; Arn., 1. 34, note.

2. Cf. l'extinction du feu dans lacosmogonie (DioChrys., Orat., 36,5.5 sq.).

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ment supérieur, le feu, que si ce dernier agit sur lui pour se l'assimiler; on trouve des exemples de cette assimilation dans Taction dévoratrice du feu, qui transforme en sa substance les éléments qu'on lui donne; par analogie, les astres, faits de feu, se nourrissent des vapeurs émanées de la mer ou de la terre, et le souffle vital de l'être vivant, des vapeurs émanées du sang '. C'est, semble-t-il, grâce à cette différence que l'on peut comprendre les différences de degrés dans l'activité des éléments, et comment les Stoïciens peuvent faire du feu l'élément le plus actif.

Nous avons, jusqu'ici, vainement cherché le monisme dans la théorie stoïcienne des principes matériels; ne la trouverons-nous pas dans cette théorie des éléments? Il n'y a là, en effet, qu'une force active, le feu qui se transforme. La tendance au dualisme est cependant si forte chez les Stoïciens, qu'ils voient souvent aussi dans l'ensemble des quatre éléments, non pas les divers aspects d'une même force active, mais bien la matière passive dont se composent les êtres -; chaque être est dû alors à une combinaison des éléments retenus ensemble par uue force différente d'eux, le souffle ou ::v£j;j.a. Et ainsi le souffle qui n'est pourtant lui-même qu'une

1. Cf. Pbilon, Abn., h, n* 690 (sur la nourriture des a-stres) ; n* 783 («ur la nourriture de l'âme).

2. Cette théorie se troure même dans l'ancien slolci^me : Doc. La., VII, 137 (Arx., II, 180, 7; cf. I. 15).

combinaison des éléments les plus actifs est, par un privilège spécial, isolé du tourbillon des quatre éléments pour les commander et les régir ^

Il y a dans ce matérialisme, remarquons-le encore une fois, plus que des germes de spiritualisme, et l'on ne pourra considérer comme une catastrophe dans l'histoire du stoïcisme l'interprétation platonicienne qu'en donnera Posidonius,

Nous pouvons résumer de la façon suivante le dualisme stoïcien : le principe actif doit être complété par un principe passif sur lequel il exerce son action. Bien que ces deux principes soient de nature corporelle, et que l'action s'exerce avant tout par le choc, il n'en est pas moins vrai que le principe actif est absolument actif, et le principe passif, absolument passif, ce qui ne peut s'expliquer que par la notion très particulière que les Stoïciens se font des corps. Que sont maintenant ces forces actives? C'est tantôt le Dion identifié au feu; tantôt les souffles vitaux qui animent chaque être ; tantôt les qualités élémentaires. Le sujet de l'action est tantôt une matière indéterminée, tantôt les quatre éléments pris ensemble, tantôt deux d'entre eux, l'eau et la terre, éléments passifs. Qu'il y ait des contradictions

1. Conclusion non tirée par Chrysippe; mais elle se trouve chez Athénée d'Attalie (II, 137, 30), qui prépare ainsi le dualisme spiritualiste d'un Posidonius.

entre ces diverses représentations, c'est clair; ce n'est nullement le devoir de l'interprète de les lever par tous les moyens; il doit plutôt chercher à les expliquer. Les stoïciens ont admis dans leur système toutes les thèses empruntées aux philosophes ou aux médecins, qui s'accordent avec leur dualisme, et sans rechercher suffisamment si ces thèses s'accordaient entre elles ; doctrine plus originale par les directions générales qu'elle donne à la pensée que par l'invention de détail, elle envisage dans ces thèses l'esprit plus que la lettre; elle cherche moins à les déduire d'un principe commun, pour en faire un tout systématique, qu'à y manifester les aspects d'une même idée fondamentale.

§ III. — Cosmologie.

Le cadre de la cosmologie de l'ancien stoïcisme est, sans aucun doute, la physique d'Heraclite; mais les Stoïciens ont introduit dans ce cadre tant d'idées nouvelles que l'héraclitéisme en sort sans doute complètement défiguré. Leur optimisme, leur croyance à une direction providentielle du monde, leur attitude religieuse devant le cosmos, les distinguent radicalement du penseur d'Éphèse.

L'héraclitéisme. — Théophraste nous a conservé les arguments par lesquels Zenon a essayé de démon-

lii COSMOLOGIE.

trer, contre Aristote, que le monde a eu un commencement et aura une fin*. Ces arguments, tirés de l'action des forces naturelles, et des grandes catastrophes géologiques, sont en général empruntés à Heraclite et à d'autres physiciens^; il faut remarquer qu'ils impliquent, pour être valables contre Aristote, une thèse que celui-ci rejetait, à savoir celle de la sympathie des parties du monde ; car ils concluent constamment des destructions partielles à la destruction du tout, méconnaissant ainsi la distinction aristotélicienne entre la région sublunaire, siège de l'altération, et la région immuable des astres.

Le monde, comme tout être vivant, naît d'un germe animé par un souffle vital (xvsuîj.a). Ce germe n'est autre que l'élément humide, considéré depuis longtemps par les physiciens et les médecins, comme le plus propre à la génération 3. Mais ce germe et ce souffle ont eux-mêmes leur origine dans le feu primitif qui, avant le début du monde, emplit l'espace vide.

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