DIEU ET LE MONDE
c'est par sa volonté que se forme le monde; ce n'est pas un substrat impersonnel, mais un être indi\i(luel et qui g-arde éternellement son individualité ^ Celle-ci ne disparaît pas après la formation du monde, comme s'il avait cédé aux choses engendrées de lui toute sa substance ; il persiste, pour réabsorber le monde en lui dans la conflagration universelle.
Dans la formation du monde, ce dieu suprême agit comme un démiurge. Il vaut la peine de préciser ce point. On a souvent vu dans le stoïcisme une doctrine évolutionniste -, c'est-à-dire ce qu'il y a de plus contraire à la doctrine d'un démiurge. Ici encore, on a assimilé trop vite les Stoïciens à des physiciens antésocratiques. Or, il semble au contraire que l'idée dun développement graduel leur manque totalement. Pour eux, le monde arrive non pas peu à peu, mais du premier coup à sa perfection : « Le monde tout entier dès qu'il a été achevé, ordonné par l'art le plus savant et
conUagratlon, l'âme s'augmente aa point d'absorber toute la matière ; le monde est alors tout entier ({rj-^r. «li ^jejiovixôv. N'est-ce pas une transposition matérialiste de l'intelligence immatérielle d'Aristote?
1. Le feu générateur: tov ix if,; àuâar,; oiaicti ISitùç iroi(5v, lindiTidu fait de tout l'être (Diog.La., VIT, l.S7; Arx., II, 168. 6}: cf. .\r. Didyme, t^.. 169, 17-2. Dans la thèse d'Heraclite, le feu n'est ni un dieu, ni divin, ni une intelligence; de plus, il se transforme véritablement. Dans la thèse de Chrysippe, bien qu'il y ait sans nul donte transformation de ceii substances ignées, le dieu générateur reste identique à lui-même: Chrysippe emploie les images d'un moniste et parle comme un dualiste.