Par exemple. Babth, Die Stoa
le meilleur, aussitôt sorti des mains du créateur, brillant et éclatant dans toutes ses parties, ne reste pas un moment dans un état d'enfance, comme il convient à la faiblesse de la nature humaine et mortelle, mais atteint, dès son début, son point de jeunesse et de maturité ^ )) Toutes les espèces animales sont dès l'abord présentes avec tous leurs caractères; l'humanité possède immédiatement, par une invention spontanée des sages, tous les arts utiles à la vie 2.
Nous trouvons là, que l'on ne s'y trompe point, la première ébauche d'une idée tout à fait anti-héraclitéenne et peut-être anti-hellénique, l'idée de création 3.
Considérons enfin le monde engendré. Chrysippe a nettement marqué, par sa distinction, qu'il ne fallait pas prendre ce monde pour une simple transformation du feu. Le feu originaire est un dieu; et ce monde, bien qu'il contienne des dieux, n'est pas un dieu luimême^. Si des stoïciens postérieurs ont affirmé la divi-
1. DioChrysost., Or. 38, §51, Comp.PHiLON, Qu3est.inEx.,\, 1 (Arn., II, 180, 30) : le monde a été créé au printemps : « nihil imperfectum erat... in prima procreatione universorum «.
2. C'est ce que suppose l'argument employé par Zenon pour démontrer que l'humanité a commencé (Philon, De incorruptib. mundi, Arn., I, 31, 33 sq.) : les arts sont contemporains du début de l'humanité, et toutes les espèces animales ont dû naître simultanément.
3. Ce qui est frappant en effet, c'est la discontinuité entre le germe du monde et le monde entièrement développé, lacune qui n'est remplie par rien. Cf. plus bas, p. 153 sq.
4. Cf. la note 2, p. 146. Le texte d'Ar. Didyrae déjà cité (Arn., Il,
INFLUENCE DE PLATON ET d'aRISTOTE. Ii9
nité du monde (au sens de 5iaxs(y|xr,Tiç) *, ce panthéisme n'est nullement une thèse de Chrysippe 2. Le feu est un ■tre individuel : le monde est une combinaison, un système d'êtres. Le feu originaire est une pensée pure, une Ame ; le monde est un être animé, composé d'une âme et d'un corps, et la divinité ne se trouve que dans l'àme.
Dans la description de ce monde, les Stoïciens suivent comme modèle Aristote et Platon. C'est au Timée, semble-t-il, et, d'une façon plus lointaine, à la tradition pythag-oricienne, qu'ils empruntent l'idée du mondeanimal. Sauf les expressions qui impliquent l'éternité ri parie post^ ils emploient les mots mêmes de Platon : c'est un animal qui se suffit à lui-même, qui se nourrit de lui-même, qui contient en lui toute la substance
169, 14) qui se rattache à cette distinction de Chrysippe nous dit que« le monde, an sens d'être individuel est appelé Dieu, mais non pas le monde an sens de l'ensemble des êtres qne constitue la Si«x($(ijir,Tt; ». Nous acceptons la correction d'Arnim : npooavope-jeaOai [6e6v. où].
1. Sé.n., Epist., 9?, 30 : aTotum hoc, quo conlinemur. et unum est et deus; et socii sumus ejus et membra. »
2. On nous objectera : 1° le texte de Ciceron (De nat. d., I, 15, 39 ; Arh., II, 315, 30) : Chrys. ipsum mundum deum dicit esse (cf. In., II, 14, 39 : Est ergo in eo (mundo) Tirtus : sapiens est igitur et propterea dens) ; mais l'épilhète même de sapiens, qui ne peut s'appliquer dans le système stoïcien qu'à la raison, prouve que le monde dont il est question ici est le dieu qui régit l'univers; 2" Plut. (De comm. not., 36; Arn., II. 312, 35), citation de Chrysippe) : «Zeus et lemonde ressemblent à l'homme, et la providence à l'âme. » Zeus est composé d'une âme et d'un corps el par conséquent, semble-t-il. identique au monde. Mais, s'il en était ainsi, Chrysippe ne dirait pas que Zeus reste incorruptible après la conflagration.
possible ^ Les Stoïciens s'accordent encore avec Aristote, mais subissent aussi sans doute l'influence des superstitions astrologiques de leur époque lorsqu'ils font résider la raison directrice du monde dans les sphères célestes. Chrysippe identifie cette raison avec la sphère des étoiles fixes, régulatrice des saisons et des sorts humains; c'était là l'opinion ordinaire des anciens Stoïciens qui pourtant ne fut pas partagée par Cléanthe^.
En ce qui concerne la disposition des parties du monde, les Stoïciens suivent assez fidèlement Aristote. D'abord au centre du monde, la terre sphérique et immobile qui est « l'appui le plus solide de toutes les
1. Chrysippe (Plut., De Stolc. repugn., 39; Arn.,IX, 186, 5) : AÙTâpxy);
eîvai /sYETat {Advo; ô xofffAOC, 5tà tô (iovoç èv aÛTtp Tràvta ëx^tv wv SeÏTaf xâi TpéçsTat êÇ auToû xal aûSexai, twv âXXtov [xopîwv elç àX),r)Xa xaxaXXaT-
TO|iéVu)V.
Le monde animal : Diog. La., VU, 142 (cf. Arn., II, n»* 633 à 638^ Cf. Tintée, 30 d : î^toovev ôpatov; 31 b: eî; ôSe (jlovoyev^; oCpavo;; 32 C-d : Dieu composa le monde de toute la substance, l'va ôXov 6, xt \i.ili<7ta. Çûov TÉXeov èx reXéwv tûv pispwv etr). — 33 c-d: il se fournit à lui-même comme nourriture ses propres déchets ; le démiurge pensa qu'il était mieux de Je faire aÛTopxsç... piàXXov y) irpodScàç àXXtov.
2. Cic, Acad. pr., 126 : Zenoni et reliquis fere Stoïcis sether videtur summus deus, mente praeditus, qua omnia reguntur. Chrysippe identifie cette raison tantôt avec le ciel (Diog. La., VII, 139; Arn., II, 194,15) ou l'éther (Abius Did., fr. 29; Diels, id., 1. 5), tantôt avec la partie la plus subtile de l'éther (Diog. La., id., 1. 15). Il ne faut pas confondre cet %6(ji.ovix6v de l'âme du monde qui en est la partie la plus élevée, avec l'âme elle-même du monde qui pénètre le monde tout entier. La raison directrice agit, comme telle, par le mouvement circulaire qu'elle imprime au monde (Arn., II, 194, 7). — Cléanthe voit la raison directrice dans le soleil.