L.V DESTLXÉE DE l'aME. ITl
spontané n'est ni bon ni mauvais', et l'acte raisonnable n'est pas bon en lui-même, puiscju'il renferme la possibilité d'une perversion. Le mal est donc inhérent à l'àme, et la lutte morale se livre dans l'intimité de sa substance.
Le problème de la destinée de l'âme a fort peu inquiété les Stoïciens. Les systèmes philosophiques de cette époque sont, en général, en réaction violente contre la croyance populaire et mystique à une vie future et à des séjours heureux pour les bons, ou à des châtiments pour les méchants. Sans aller aussi loin que les Épicuriens, les Stoïciens ne paraissent pas, avec Platon, considérer cette vie future comme la condition indispensable de l'achèvement de la destination de l'homme.
Zenon accepte la croyance et même sous sa forme populaire (en admettant qu'il n'ait pas interprété allég-oriquement ces demeures tranquilles pour les hommes pieux et ces gouflTres pour les impies)-. Mais Chrysippe adapte la croyance au système : le souffle vital ne se dissipe pas en sortant du corps (puisqu'il est capable de contenir le corps, il peut a fortiori se contenir lui-même). Les âmes errent comme des astres
1. (• Non sponlaoea esse delicla. » Gbalcid., In Tint., cb. 165.
2. Lactaîcce, Inst. div., VII, 7, 20 (Ab?c.. I, n» 147); Chrysippe (Plit.. be Stolc. repugn., 1040^ se moque de la représentation populaire des punitions futures des méchante. Il faut remarquer que, chez Platon, ces m^the^ sont destinés à résoudre des questions de théodicée, questions dont la position et la solution sont bien différentes chez les Stoïciens.
inférieurs autour de la terre ; elles prennent la forme sphérique et se nourrissent, comme eux, des émanations de la terrée Suivant Zenon, elles continuent à vivre longtemps, mais finissent par se dissiper; suivant Cléanthe, elles subsistent jusqu'à la conflagration universelle. Mais, selon Chrysippe, seules, les âmes des sages trouvent, après la mort, la force de subsister; les âmes des méchants sont détruites à l'instant de la mort^.
Cette conception de la destinée humaine, mollement acceptée et peu développée, ne joue aucun rôle dans la morale de philosophes qui admettent qu'un instant de bonheur vaut une éternité.
§ V. — Le Destin.
11 est impossible de rien comprendre à la doctrine du destin de Chrysippe, si l'on n'en connaît bien les antécédents. Rien de plus déconcertant que cette notion à multiples faces et à multiples noms, qui présente un aspect scientifique, un aspect moral, un aspect religieux^ ; une pareille combinaison doit être expliquée.
1. Chrysipi'e ap. Scfiol. in Ilom. IL, Arn., II, n" 815 : Les âmes après la séparation des corps deviennent crçaiposioet;. Cf. n» 817 : animas in modum siderum vagari in aëre; n" 821, I. 22.