‹ Chute d'une république [microform]. Venise. D'après les archives secrètes de la républiqueChapitre 13 sur 48 · DU SYSTÈME DE LA NEUTRALITÉ VÉNITIENNE · texte numérisé non relu

DU SYSTÈME DE LA NEUTRALITÉ VÉNITIENNE

Du syslèitie de la neutralité. - Discours textuel du procurateur de SaiDt-Marc, Pesaro, pour larmement de la République. - Discours contraire du sage Vallaresso. - La France et lAutriclie s opposent par leurs généraux à la neutralité. - La Prusse propose son al- Uance à Venise. - Protestations du sénat contre les violations de rAutriche - Excès de» troupes imjiérialcs.- Armement des Lagunes el d« It^stuaire d- la capitale. « 17». - Prol-^l-li^ •«• '■".'"♦*'♦ I.,Ilemenl. - I.cttr« inéd.le du '"'*'•«» W«ll»CTWr«pf«*^ d..«. le. fclal. vénitieuH. - V„mf <i« «^- '""SlZr^ «n Terre Kerine. - I* Un«*o«fe *»«»« '^•^*"^^ chute de la Répul.ll.|ue. •»€*. te* Pdgtiw r«»«mrtlW. - Wj*"^ du doge A Bonaparte sur I» dcnàer» tcoqbk». — Sf» ntmaa.

La KiMîrre déchaînée sur Ifoiropc ni«i»as-«il de flranrhir à U fois l«« Alpe. e» les l»yr*n*c« dés le déiml de n»3. U OKilUion deacabineU « «U.il entmnbe en llalic et «i EepoBii* pour annoncer k «* pays qu'ils ne « nr«n(ir«iunl des effcU de U rOvolulion fron.a.se qo «n «'«rroanl conlrc elle. Le» é^^ôiKmenU étanl incerlains c» les violi-nces de la nouveUe rép«ibliquc trop fertiles en promesses, on conseilla <l'éloign..r les «Ka.ix futurs eu « préparant à Icr «omballre. Uih; Mtion qui oubliai» toi« ses devoir» h rint«^rieor et qui «tait attfl- CIM.Î l'Empin- depui» une année ne respecterait pas a neulraUl,.. O princip* serait pour elle un objet de

mépris; or un ennemi déclaré était toujours préférable à un ami douteux et le nouveau gouvernement avait en égale horreur l'aristocratie et la monarchie. Accorder créance à leurs paroles d'amitié ou à ses protestations, c'était se tromper soi-même.

On n'avait pas grandpeine à prouver quant a Venise la nécessité où était la Seigneurie de prendre un parti. L'ambassade de France près le Turc avait manœuvré à Constantinople dans le sens d'une guerre ou la fureur traditionnelle devait prendre libre carrière. Le chancelier impérial et lord Worsley pour le cabinet de Londres rappelèrent les outrages subis par le pavdlon v.'-nitien. Le caractère actif des Français 1 avait rendu a>-e<r U Riholution ci.paWc de t<mi. Ic« excé». Amw «Unnnaient le. ,«r.s«mice. <p.i av.^ie.it démembré la PdoKne ou qui l'avoient «oulTert; cette mime mioéc allait x<»r la chute définitive de Ko*riu»ko! Oe n était pas trop de toutes le» forte* de l'Ruroiie pour arrtter l'élan et I* propagande révolutionnaire.

Non. un peuple qui aura franchi le» A pe* mantimes franchira le. Apc.inins. Knorgi.cilU |Kir la victoire, fier des années irapériak^ battues, de <picllc «p^lnnce folle ne se bercerai»-on pa» si on le croyait coi«ble de mettre «n de lui-même à son cxlen»H>n. U MUi-mt de nés d..ctrine« le lui interdit et lc« principe* appliqué, par le» généraux républicains en temloirc ennemi di«nt U «leur exacte de leur. ..»îtr.|Clion». Pénétrant en Italie, ils voudront y vcni?er de iléiastre» séculaires douloureux à leur ^oimt"^ l-a Convention ne connaîtra aucune limite el la «léclaralion de la neutralité ne con^iiluera i^às i son principe

dévastateur une barrière soit pour l'Italie soit pour

Qui peut promettre au doge et au sénat que la vue du drapeau aux trois couleurs apparaissant au sommet des Alpes actuellement menacées par leurs armées ne bouleversera pas aussitôt le royaume de Sarda.gne la Lombardie et les Etats de Venise juxtaposes? Les troubles intérieurs ne se joindront-ils pas au tumulte des armes comme conséquence ou comme .nstrument d'une domination qui empruntera le langage de la liberté pour se constituer ou pour s'étendre? Des comités existent déjà, préparant l'œuvre de Imlrus.on

'Tdes 'circonstances extraordinaires, il faut opposer des mesures exceptionnelles. Tout désaccord doit disparaître devant un tel péril. L'Allemagne ne veut point roppression de l'Italie, la Prusse agit de concert avec elle, la Russie promet une armée, l'Angleterre donnera ses trésors et affamera la France. C est a interdire le passage des Alpes par ses troupes qu il faut

s'attacher. . , -»;^ rin ii

La république crut à la modération, a 1 amitié de la France, et à l'intérieur à la paix des esprits. Venise promit le passage des troupes aux Autrichiens et une subvention aux alliés dans les limites de la neutralité (1). Le passage résultait d'une convention du dixhuitième siècle et avait pour but d'autoriser la défense

(i) Opinion émise par Botta qui lui donne une valeur absolument hi tiÏÏrpar lui-même et ,.ar son hostilité contre Bonaparte. Le lecteur voudra bien remar.,uer nos explications sur ce pomt. leur brièveté ne peut en atténuer la valeur.

du duché de Mantoue, flef d'Empire et dévolu pa la mort des Gonzague à l'Autriche. La subvenUon était "ne des traditions de l'ancien droit international en

matière de neutralité. . ^ . . .

ÎaTs ces précautions très relatives ne satisfaisaient pa" îous les esprits et les vrais politiques désiraient armer pour garantir Venise. La Seigneurie se partagea Tn deux camps, prélude de l'état futur de 1 Italie. Le procurateur de Saint-Marc, Francesco Pes^o Prononça dans ces circonstances un discours qui appar Sa l'histoire et qui peut être regardé comme propSique sur les bouleversements dont sa patrie allai Sevenir le théâtre. Pesaro devint dès ce jour le chef du nàrti de l'action en expectative, comme P.sani 1 e- UitCarU populaire, comme Zacharie Vallaresso le f"t du parti de îa neutralité désarmée. Voyons le lancaee réciproque des champions.

'flUusfres sénateurs, protecteurs zélés de la patrie „ dit Pesaro, si les hommes se conduisaient par la „ justice plutôt que par la force, vous n aur.e. pa. a „ iélibérer aujourd'hui si votre innocence "«^ -' ,. salut sans le secours des armes. Contente de ce „ qu'elle possède, Venise n'envie rien aux autres l u- .. Lers le sait. Depuis que notre généreuse repubhque .. est sortie du sein des eaux, les étrangers, frappes du ,< bonheur dont elle était l'asile, sont venus partager „ les douceurs de son gouvernement et 1"» demande .. un refuge contre le despotisme d autrui Ce n est ni « à la violence ni à l'ambition que nous devons notre « puissance et notre éclat; éclat et puissance qui sont „ l'objet je ne dis pas de l'effroi des hommes mais cer-

CUUTE d'une république.

tainement de leur admiration el de leur env.e. „ Si pourtant il nous est arrivé de prendre les arme, sans y avoir été personnellement provoques, ce ful^pour le salut général de l'Italie el non par un esprit de conquête qui n'est pas le nôtre. Ma.s aujourd'hui que la perversité préside aux desseins des homn.es, la haine à leurs sentiments, 1 m emperance à leurs prétentions; aujourd hui que 1 mnocence désarmée devient la i.roie de la force, il nous reste à délibérer si, au milieu du bruit des armes qui nous environnent, au milieu de tant d. ressentiments, de cruautés et de discordes; au moment ou les nations les plus puissantes se heurtent avec ureur ne respectent rien, foulent aux pieds tous les droits, combattent non pour une frontière mais pour des empires, non pour une partie mais pour le tout, non pour la ruine d'un seul mais pour le bouleversement général; il nous reste à délibérer, dis-je, « nous devons nous offrir désarmés à leur discretwn ou si, usant du pouvoir que nous tenons du c.el nous devons prendre une attitude telle qu .1 y a|i pour les étrangers à notre égard nécessite dans e respect et péril dans l'attaque. L'examen de cette question me parait si facile, la route que nous avons à suivre si clairement tracée que je verrais dans un avis différent du mien plutôt la naïveté de 1 âge d'or que la prudence d'un siècle perverti. « De quoi s'agit-il pour nous ? „• . ,

.. Est-ce de provoquer, d'assaillir, d entraîner dans une guerre intempestive et funeste notre heureuse république? nullement. Il s'agit de nous mettre a

dations, les Etats sans u ^^^^ ^^

.. posés auK invasions de a gur-^^^^ „,„,

„ tés par les armes, '^ «f'^P^%fe„ pids à témoin „ frayer un chemin vers la P»'^' J ' ^ .„,gr les droits « (a n'ature de l'homme pl.s F^-P a v oler^^^^ ^^ ^^

„ qu'à les reconnaître, 1 «^P^"^"'^'j^^ , de ré-

.. ruine '^«^-f;;J/r Î^Etî^our Ippui- Mais „ distance n ont pris que ta ^ ^^^^^^

„ pourquoi remont r auxj^mp ^^^^^^^ ^^^^ « nous avons sous les yeux

« pies- , ^.^„^ „„, n'entendez-vous pas

„ Ne vous -P£-^; °^ gP*^;,sements des peuples « encore les plaintes et les gem « écrasés par des barbares dans la guerre a q

,. „ vifnrnne au commencement de ce siecic. „ dévora 1 Europe »« ^ ^^^^^ ^^^^^^ ^es

« Succession d Espagne mv ^^-^^rd'hui avec

« -è.nes nations qu se de^h^re ^^^ J^^^ ^^^^^^.^.^^

.< tant de f"^^"'^',^^/",^^nans défense; si ses peuples " c'est V^^<^^J^f\lll^, Zules, c'est parce qu'elle « éprouvèrent dCb perie^ , ^ les armes.

„ rlfusa imprudemment J e^p^f ger P^ ^.^^ ^. .^.^

" r^^ta'.": qT siS nt' patrie fut sauvée. „ dans la guerre qu combattants soit moin-

« C"^y^'^-^Td'hd au" y a cent ans ou que depuis ,. dre aujourd hui qu.l y ^^ ,

« quarante ans nous ayons degene ^^^^

<< Aon, vous ne le croyez pas. Je dis plu,,

<( en juger par les premiers événements, celte rage « est portée chez eux à l'extrémité et nos armes leur « impriment toujours la même terreur parce que « la situation des deux partis est la plus périlleuse u qu'on puisse imaginer et qu'il s'agit entre eux d'une (( guerre d'extermination.

« Soyez certains aussi que, dans la crise où ils se « trouvent, quelques batteries établies sur nos forts, « quelques enseignes de Saint-Marc flottant sur nos « frontières sauront contenir dans le devoir ceux qui « déjà s'en écartent ou qui ne manqueraient pas de s'en « écarter. Que Dieu détourne le présage. Mais je vois « que si Venise ne s'arme pas, Venise est perdue. Je vois « aussi que Venise armée peut opérer à la fois son sa- « lut et celui de l'Italie. Ces étrangers qui dans leur « soif immodérée des conquêtes ont toujours fait de

ce beau pays le théâtre de leurs fureurs n'y maru cheront qu'avec précaution quand ils sauront que le « lion de Venise est éveillé et prêt à se défendre.

« Croyez-vous (Tailleurs éviter la guerre parce que (( vous en aurez négligé les apprêts?

« Les Français et les Autrichiens, s'ils ne sont secou- « rus se croiront outragés, et la perfidie n'a jamais (( cherché en vain des prétextes. Mais je veux croire, « malgré tout, à la sincérité des gouvernements. Qui <c vous répond, si le théâtre delà guerre se rapproche

de vos frontières, que des bandes armées de l'un et

de l'autre parti ne violeront pas votre territoire

afin de saisir l'avantage sur l'ennemi ou de piller (( pour leur propre compte? Ces outrages, les passerez- « vous sous silence? Alors que deviendra l'honneur de

Venise iusque-lk sans souillure? Réfléchissez encore î: ne njure non vengée en fait naître m. le autres. £aiere.-vous des représentations? La pla.nte d sarmée ne peut rien contre 1 auteur de 1 offense e devient funeste à l'offensé parce que cette plainte »t nécessairement sans effet et qu'elle ne peut enfanter

TA hon't e!'6 sénateurs, de me livrer à ces suppositions déshonorantes ; j'en ai honte surtout quand iP pense à votre courage, à votre puissance, a la renommée de notre glorieuse République.

.. Mais enfin, je veux admettre que les gouvernements soient sincères et les soldats moffensifs , sans Lie c'est accorder beaucoup : êtes-vous certam nue des trouble, n'éclateront pas au sem même de rÉtat, si les Français se montrent sur nos frontières? N'avons-nous pas ici des partisans de la nouveauté, des hommes ambitieux, avides, vindicatifs et infectes jusqu'au fond du cœur de doctrines perturbatrices? S si ces hommes s'agitent, ce qu'ils ne manqueront nas de faire à l'occasion, puisqu avant même 1 arrivée du secours qu'ils espèrent ils ne se contiennent qu'avec peine, que ferez-vous, privés des moyens ne- Issaires de répression? Les désordres excites par cette race détestable, les Français voudront les soutenir les Autrichiens prétendront les comprimer et tous 'deux envahiront malgré nous nos campagnes si nous n'avons nous-mêmes aucune digue a opposer à ce torrent dévastateur.

« Ferez-vousla guerre alors? Avec quoi?

« Ferez-vous la paix? Avec qui ?

us

« La sédition vous conduira donc à la guerre et la « guerre enfantera votre ruine.

« J'entends dire à certaines personnes t.mides .lue

„ Venise en prenant les armes '^^^^^^^'X luf^uZ ,. et fournira contre elle des prétextes d hostilités. Mai» « qui a jamais condamné le propriétaire qui place une „ digue au-devant d'un fleuve débordé ou qui cherche ,. à isoler sa maison quand l'incendie s en approche „ Il y aurait aussi trop d'orgueil à l'étranger, ce serait « de sa part une prétention insupportable, que de „ nous imposer les mesures de précaution à prendre et le moment qui convient pour les adopter en ne .. nous laissant que l'alternative ou d encourir sa « haine ou de nous abandonner en aveugles a sa dis

" fvoZ moi, je regarderais celui-là comme mon „ ennemi, bien loin de croire à son amitie. J«= lui f"*'^ „ une guerre périlleuse d'où sortirait peut-être mon <. salut d-où sortirait à coup sur mon ,'^onneurjum „ que de lui acheter une paix non moins funeste qu. « le m'offrirait dans ses résultats qu une ruine cer- „ taine qu'une honte éternelle! D'un autre côté, la rTckise de cette noble République est connue du « monde entier. Le monde sait s. nous sommes des ,. voisins turbulents, offensifs, ou si nous sommes le „ amis du repos, de la modération, de la jus Uc^ .< de l'honneur. Enfin, pour r sumer en Pe» de •»« ^ « les développements auxquels je me sms livre la : neutralité désarmée au milieu de l'acharnement d s . partis ne me semble ni salutaire m digne de nou. « Tandis qu'un armement qui ne saurait inspirer de de

„ flance à personne est impérieusement commandé par

■ notre salut el par ««^^ f J^^^^^les sont toujours „ Les résolu lonsjesplu^ ho ^^^^.^

t îXrfXr ^ motif, je pense que notre trésor de la lorce. ra s'énuiper, nos armées se

doit se --P ,';'/;; "."SavoL doit être appelé grossir et qu un corps ^^.^ ^^^^,

'''n Lu Sar- r. puissances belligérantes que

r:s:'rp^rsrmr:rdtposiLn hostile

qu'une '^-«f -^^j:X;^ toutes les objec- ,:„: rseTalS t. aU diplomatiquement

''Membre du Consiglio di Savi , Vallaresso lui répondit

-rC^mes d'État n'ont jamais a^-'^ le^ événements d'après les apparence. «,-*- ^"^^^^^ ^

"^v^e ce nTage Se fois dissipé, les montagnes " TxL Xn reprennent leur forme et leur aspect " t ttS: do'ute mon adversaire proi.ssepo„r

„ 1" m!;" ?. me parait, i-a«irmerai -émj que n « la circonstance présente il se trompe et ega

« la suite d'un fantôme , d'un nuage , d'une appa- « rence fallacieuse, ce nuage je veux en affranchir vos « yeux et les siens et vous montrer, si je le puis, la (' vérité.

« Je dirai d'abord que la crainte fut toujours un « mauvais conseiller et que c'est la crainte qui fait par- « 1er en ce moment le procurateur Pesaro dont je re- « connais toutefois la constance et la sagesse. Mais « enfin il est démontré qu'il s'effraie de l'invasion ré- « cente de la Savoie et du comté de Nice. Et c'est un (( Pesaro qui se laisse entraîner par la foule ! un Pesaro « qui s'arrête aux terreurs des femmes? Que résulte- « t-il donc de cette invasion dont on parle?

« La perte d'un pays, toujours certaine quand la « France est en guerre avec la Sardaigne et que le roi « lui-même ne peut ni ne veut défendre. Je m'étonne- « rais bien plus s'il avait été conservé que je ne m'of- « fraie de le voir perdu. Trouvez-vous que les frontiè- « res militaires de l'Italie soient comme ses frontières « politiques le Var et Thumble ruisseau qui baigne « Sanpareillan? Ses frontières militaires sont les mon- « lagnes prodigieuses posées par la nature entre elle « et la France ; ces glaces éternelles, ces masses énor- « mes de neiges, ces rochers impraticables, ces gorges « étroites et périlleuses. S'il en est ainsi, comment « craindre que les Français, quelque audacieux qu'on « les suppose, puissent aux approches de l'hiver vain- « cre des obstacles presque insurmontables dans une « saison plus propice? Les armées sardes sont fortes « et vaillantes, de puissants secours leur arrivent d'Al- « lemagne et les forteresses du Piémont, muUipliées à

(( l'intérieur et à chaque défilé des Alpes, ajoutent en- « core à tous les motifs de sécurité.

« Concluons que le passage des Alpes sera, dans « tous les temps, pour les Français, une entreprise « très difficile et pendant six mois encore impossible. Je « dis ensuite que, dans la circonstance présente, six « mois de supériorité assurent une supériorité indéfi- « nie ; car il ne faut pas douter que.le gouvernement po- (( pulaire qui régit aujourd'hui la France ne soit bientôt a renversé. L'histoire démontre que cette forme de gou- « vernement dure peu dans les petits États et ne peut o en aucune manière se soutenir dans de vastes empi- « res. Joignez à cela la longue habitude contractée « par les Français de vivre sous la monarchie, leur « caractère impatient et léger, la tyrannie cruelle qui « les opprime, les confiscations, les exils, les sup- « plices des meilleurs et des plus sages citoyens, l'in- « certitude et la terreur générales; et il sera facile de « se convaincre que cet état de choses ne peut tarder « à finir. Les partis vont courir aux armes , la guerre « civile favorisera la guerre extérieure. La France dé- « chirée au dedans par la discorde et la haine, pressée « au dehors par de puissantes armées non seulement « ne parviendra point à opprimer l'Italie, mais devra «< s'estimer heureuse d'échapper elle-même k l'oppres-

« sion.

<•< Espérez tout des boulevards que vous a donnés la « nature, des armées importantes qui les défendent, « de la tyrannie même qui règne en France; c'est une « garantie de plus pour la liberté de l'Italie et notre « bonheur particulier. Nos ancêtres ont pu facilement

et sans péril lever des armées à l'appui de leur neutralité et j'admire ici leur prudence; mais alors le trésor était riche et pouvait fournir aux énormes dépenses de la guerre. Aujourd'hui le trésor est épuisé par ces mêmes neutralités armées, par les travaux exécutés sur les fleuves, par la peste qui a désolé la Dalmatie et par l'expédition contre les Barbaresques. Nos ressources de ce côté sont donc insuffisantes. Il vous faudra créer des impôts; ces surcharges extraordinaires vont mécontenter le peuple, le pousser à la révolte et ces taxes nouvelles seraient plus funestes que les vaines déclamations qui nous viennent de France. En outre , les mers sont libres et j'y vois toujours sécurité pour le commerce, source de richesse pour les familles, principe de force et de splendeur pour l'Etat.

« Mais si les Français se tournent contre vous (et ils le feront sans doute quand ils seront menaces, parce que les Français sont orgueilleux et avides de butin),, alors les mers seront fermées, le commerce interrompu ; l'oisiveté donnera naissance aux discours séditieux, la détresse aux projets coupables. De la misère qu'auront produit les impôts et la cessation des trafics naîtront des discordes et des germes empoisonnés parmi ce peuple qui, jusqu'à ce moment, a donné tant de preuves de fidélité à la Republique. C'est ainsi qu'en poursuivant le mieux vous atteindrez le pire et que vous introduirez le désordre dans le cœur de l'État par les moyens même a 1 aide desquels vous espériez le détourner.

« Il est encore important de remarquer que si la

« République prend les armes les puissances belligé- (( rantes redoubleront d'efforts pour se rattacher ré- (c ciproqvement et n'épargneront, afin d'en obtenir « une décision, ni les caresses, ni les pièges, ni les menaces. Ces menaces et ces pièges vous les devrez à votre attitude guerrière , et votre attitude guerrière ne permettra pas de les souffrir, parce que l'homme armé est plus irritable et moins bon juge de l'avenir ; parce que les armes font naître la présomption et trompent l'homme sur sa force réelle. Il est donc périlleux de les saisir puisque celui qui les prend ignore ce qui doit en résulter. Dès ce mo- (( ment la prudence l'abandonne et l'avenir le domine. (( Certes je n'ai pas plus de confiance que mon adver- (( saire dans les flatteries, la sincérité et les promesses (( d'autrui; et c'est pour cela que je neveux pas soulever des ressentiments chez ceux dont la loyauté « m'est suspecte. Après tout, un gouvernement réglé « m'inspire plus de sécurité qu'un gouvernement anar- « chique et le but de la coalition est d*étouffer Vanar- H chie. Elle peut y parvenir, elle y parviendra et les (( Vénitiens éloignés du théâtre de la guerre, les Vénitiens depuis si longtemps en paix, modérés par caractère et par habitude, amis de tous, ennemis « de personne, ne sauraient encourir l'animadversion « des alliés pour avoir voulu conserver ce repos, pre- « mier et constant objet de leurs vœux. (( Trop déplorable serait la condition humaine, si, dès que la guerre éclate sur un point du globe, le monde entier devait courir aux armes. On doit quelque chose à l'humanité, à l'innocence, à la jus-

.. tice et je ne pense pas qu elles soieat enlisement „ exilées de la terre. S'il en étaU ams. 1°" « ^f bera .. tion de notre part serait dér.so.re et q"«l W^^^ „ d'artillerie ne pourraient r.en pour le salut de Ve

" f?ar ces considérations, après un examen réfléchi , „ plein d'horreur pour la guerre désastreuse que dm- ,. prudents préparatifs ne manquera.ent pas d aU> o .. ur la République, je vote pour que Ven.se se ma.n .. tienne dans son altitude pacilje, ^^J^^^^^J^'^l « appareil militaire et proteste de sa vo onte ferme a : X're en bonne intelligence avec tous les gouverne-

" Ce'kn.ie, peu digne d'un État aussi célèbre et qui , la L 1 de Cambrai avait forcé l'Europe à reculer, ut "Malheureusement adopté. On sait quelles furent les nrotestations que la neutralité de Venise enlra.na on sait S v^nements militaires dont l'Italie devmt deux an aprélle théâtre. Aux explications de ses ambassadeurs e Sénat ajouta des actes très persuasifs pour no s'cpendant,'surune plainte plus accentuée que cel es produites antérieurement , les mqu.s.teur. et ceiieb piuuu Fnnrp des réponses sa-

;:i -Se t: ^ ::rt:;r:r::ort:près la défaite du

Sont et la chute du Milanais que Venise ne posait s'unir à la France dans une guerre contre 1 Autriche 0"ueli avait obtenu cette déclaration et Reconnu

alors à Paris les dangers q-^-^^t^H m'êm"e la république vénitienne. L ambassadeur a demandé,, afin de couvrir la responsabilité du Sénat si le gouvernement français pouvait promettre de

chasser si loin les Impériaux que Venise n'eût jamais plus à s'en inquiéter. Dans ce cas, son pays renoncerait à la neutralité.

On voit à nouveau combien le Directoire eut une politique vacillante , sans principes fixes, variant avec ses actes militaires, au jour le jour. Seul, Bonaparte devait lui donner de la fixité, la suite de notre étude apprendra à quel prix.

Lorsque le doge et son conseil eurent rejeté, et cela à trois époques différentes, les conseils d'alliance de notre pays , ils eurent à examiner l'espérance qu'ils pouvaient concevoir d'une alliance avec l'Autriche ou la crainte du traitement qu'ils auraient à subir s'ils la repoussaient. Certes l'éloignement géographique de la France ne permettait pas de supposer que le vainqueur voulût spolier Venise ; mais on n'avait pas grands calculs à faire pour prêter ce dessein à l'Autriche. Sa proximité l'indiquait. On n'ignorait plus, par les rapports de Foscari et de Grimani, que le Directoire avait offert à Vienne, par le général Glarke, certaines parties des possessions sur l'Adriatique. De la chancellerie, ces propositions étaient passées dans les étatsmajors. Les généraux autrichiens avaient-ils connu par une indiscrétion absolue les propositions françaises ? Thugut, au contraire, les leur avait-il apprises formellement, dans un but facile à saisir? Toujours est-il qu'ils ne les ignoraient pas et les disaient.

Leur langage reflétait, à les entendre, le mécontentement de leur cour. La conduite de la Seigneurie et de ses hauts fonctionnaires l'irritaient, sa partialité pour nous était évidente, on oubliait à Venise les amitiés

256 CHUTE d'une républioue.

• „„= pn faveur d'une amitié récente et quelle '" r" aue cellfdun gouvernement composé de régi- Tdas^ Quelrif "pour les États n-e la propagande Tmain armée des principes de la République ensan- ;ian de Paris! Une alLnce avec l'Empire — Là de perPides desseins et les frontières de Ven.se seraien Ts sûrement établies ou gardées dansl'avenT Les Vévenlions et les méfiances disparaitra.ent entre es deux peuples à leur bénéfice réciproque. ;ttce pas dans'les incertitudes de Ja «jaune que.s prouve l'amitié? L'intérêt du présent et la surete de

l'avenir en faisaient une loi.

Or dans le présent l'Autriche était battue, et le Sénat était 'résolu à ne rien négliger pour conserver la syn.pathie de la France à titre de puissance bienveillante et à t tre de puissance victorieuse. L'Autriche pers.s-

iî cependant à rechercher l'alliance de la v.eil^ renubliaue car son accession lui eût ete d un grand Le rdans les opérations militaires. ^'Insistance des deux adversaires la mettait dans une -ng;!--;'^"/^^ lion , elle ne pouvait se prononcer pour l un ou pou,

'i sans cLnare de ^'-P-; « «^ ^^y»'^ f, " L'histoire a un devoir ici à rempbr; ce de déclarer, à rencontre de Thiers, que si Venise eu ..oml une a mée de trente mille hommes à celles de 1 Enipereur au début de la guerre et en eût profité pour relever sa marine de combat, le génie de Bonaparte l'eût emporte avec peine, s'il l'avait emporté. En ne le faisant pas Venise se prononçait en réalité, et elle se prononçait

contre l'Autriche. .

En fait, ni la France ni l'Autriche ne savaient gré

ni des refus opposés à leurs offres répétées d'alliance ni du traitement qui était accordé à leurs troupes. A l'étranger, on savait les offres du Directoire au cabinet de Vienne : s'entendre aux dépens d'une puissance neutre dont la politique était officiellement acceptée et reconnue. La Prusse, toujours ardente à s'interposer, intervint alors. Ne protégeait-elle pas les princes en Empire? n'avait-elle point d'eux mission d'intervenir en faveur d'une paix générale ? Ce qui se passait en Italie ne hâterait-il pas la fin de l'œuvre commencée à Baie? Au fond, Berlin renoncerait-il volontaire- /■ ment au rôle que lui avait assigné Frédéric II : rival de l'Empereur? Ce cabinet enfin, prévaricateur des intérêts de la Coalition, aimant les œuvres ténébreuses, ne trouvait-il pas dans la confidence à lui faite une occasion propice ? Ne se sentait-on pas diminué à Berlin dans ses forces lorsque Vienne augmentait les

siennes ?

Jugeant des dispositions des autres par les siennes, s'accroître à tout prix et quels que fussent les moyens à employer, la chancellerie de Berlin supposa que les projets du Directoire finiraient par se réaliser, que l'Autriche ne resterait plus avec les circonstances dans la modération présente , que ses pertes ne l'autoriseraient plus à refuser toujours; qu'elle consentirait au règlement des comptes diplomatiques à s'agrandir; • que même elle ne reculerait pas à s'indemniser aux dépens de Venise. Pourquoi ne pas réparer ses pertes, au moins en partie, alors surtout que les possessions perdues étaient des provinces tenues pour héréditaires ? Ce fut sous le coup de ces réfiexions que Har-

2gg CHUTE d'une RÉPUBLIQUE.

denberg donna l'ordre à son ministre de Paris de voir l'ambassadeur vénitien et de lui tenir un langage con-

forme

Le baron de Sandoz-RoUin eut donc une entrevue

avec Querini et redit ses instructions. Il voyait avec peine la condition actuelle du Sénat et les provmces vénitiennes devenues le théâtre de la guerre; .1 louait la prudence de la Seigneurie qui, au milieu du fracas des armes, maintenait sa neutralité. La République ne pouvait mieux agir, cependant il ne devait passe laisser guider par les événements et rester sans all'es. Ce serait un jour abandonner ses vrais intérêts à un avenir ou incertain ou orageux. Les Autrichiens et les Français avaient pénétré dans les Etals, oublieux de la neutralité. La conduite des troupes du Directoire, leur violation des principes diplomatiques , donneraient a l'Autriche que couvrait .sa convention militaire un prétexte de troubler son repos et peut-être même de compromettre son indépendance. La prudence s. réputée de Venise devait l'éclairer sur la garantie qu elle devait prendre contre toute tentative de l'Autriche.

Certes, le Sénat ne pouvait contracter alliance avec ia France à moins que celle-ci n'entretint en Italie une armée de cinquante mille hommes; encore faudrait-il que cette armée fût toujours en état de marcher toujours aux ordres de la Seigneurie et uniquemen vouée à la défense du territoire des Etats. Or, cela il ne fallait pas le croire possible. Le ministre prussien ajouta que la Prusse était la seule puissance avec liquelle Venise pût s'entendre. Les mter ts de sa cour étaient tellement éloignés de ceux de la Seigneurie

nue celle-ci devait être rassurée à cet égard. Seule, la Prusse s'opposerait avee efficacité aux desseins ambitieux de l Autriche et lui garantirait l'mtegnte de son territoire. Cette alliance, si inattendue qu elle parut, était si naturelle, même si urgente, qu'il n y avait pas à en faire un secret.

L'Autriche, concluait-il, ne trouvera pas surprenant nue Venise cherche à se préserver de malheurs possibles, les principes sur lesquels étaient basés une entente commune n'étant plus respectés m soutenables désormais. L'Empereur, voyant le Sénat uni a la Prusse abandonnera de lui-même toute pensée d agrandissement aux dépens de Venise. C'est à la Seigneurie qu .1 appartenait de réfléchir aux incertitudes de 1 avenir, car la guerre fournissait au cabinet de Vienne des motifs de mécontentement, qui iraient en s'aggravant. Quelles en seraient un jour les conséquences?

Il faut l'avouer, ce langage était aussi prophétique fin 1796 que l'avait été, dans l'hiver de 1793, celui de Pesaro. Les événements ayant montré la sagesse de celui-ci, le Sénat avait intérêt à écouter le mimstre prussien. Ses propositions eussent contribué à sauver Venise si cette dernière avait accepté, et à raison de la situation nouvelle qui en serait ressortie, et a raison de la paix qui liait la Prusse avec la France. Les publicistes italiens l'ont dit et ils ont absolument raison. Les belligérants accablaient Venise de toute sorte de maux et annonçaient du coup des projets plus désastreux encore. Le Sénat fut pusillanime en rejetant les ouvertures de la Prusse, car il n'avait pas à s inquiéter de« motifs d'antagonisme allemand qui l'inspiraient. Le

Sénat, disons-nous ; il est plus exact d'inculper ici les vrais inspirateurs d'alors , les inquisiteurs. Ces vrais ministres tout-puissants défendirent à Querini de lier partie avec Sandoz-Rollin, et il ne fut jamais plus question d'une alliance qui eût conservé à Venise son indépendance, à l'Italie son honneur.

Si les troupes françaises pressuraient les populations de la République, les Impériaux ne les traitaient pas mieux. Les contemporains l'ont constaté et l'ont prouvé; les témoignages émanés du sénat les confirment.

Vos chefs de troupes, écrivait-on à Thugut, menacent de mort lorsqu'on ne répond pas à leurs exorbitantes demandes. Nos peuples sont terrifiés et cependant leurs sacrifices vont jusqu'à leur arracher l'avenir. Ils ont laissé saccager des villages, on a assassiné après le pillage, et les massacres ont consommé les dévastations. Nous ne comptons plus les villes des provinces de Vérone et de Vicence qui ont subi les horreurs de la guerre. Le passage de l'armée impériale a été marqué par une licence inouïe. La réserve qu'elle avait gardée à Bassano ne s'est pas maintenue, les rives de la Brenta sont désolées dans la partie inférieure. L'innocence des individus n'est pas plus respectée que celle des gouvernements. Vos troupes en sont venues aux mains à Brescia avec les Français, et ont ensanglanté cette cité au mépris de la neutralité. Les chassant à main armée, elles ont exposé les habitants à des représailles. Bien plus, à Vérone, elles ont menacé d'enfoncer les portes de cette ville forte; là encore on a résisté aux troupes françaises et appelé les plus grands

dangers. Victorieux^ les Impériaux joignent l'insolence au pillage, vaincus ils détruisent avec fureur. Dans l'abondance, ils nous dépouillent ; dans le besoin, ils nous épuisent; la violence toujours. Ils n'accusent leurs ennemis de brigandages que pour les imiter et les nôtres de connivence que pour les ruiner.

Notre neutralité n'est plus qu'un mot vide de sens. Ils n'ont égard ni aux opinions ni à la fidélité, car ils s'inquiètent peu de savoir si tel ou tel habitant est ou non partisan des Français, ils sont sans pitié pour tous également. La religion elle-même n'est plus à l'abri de leur avidité ; ils déshonorent les temples consacrés, ils outragent leurs ministres malgré l'identité des croyances entre nos peuples et dévastent les édifices publics. Les maisons communes ne sont pas épargnées. Les dépèches envoyées à Grimani ajoutaient que la conduite des armées autrichiennes était tellement odieuse que le sénat se demandait si l'Autriche voulait la perte ou le salut de la République. L'ambassadeur devait commenter ces dépêches en les remettant. Mais il était écrit que la légitimité de ces plaintes ne les ferait pas plus écouter à Vienne qu'on ne les écoutait à Paris. Le territoire vénitien devenait pour les deux adversaires le prix du champ clos. Des promesses qui restèrent sans effet, ou bien un silence dédaigneux furent le seul résultat actif des appels adressés à Thugut. Rien d'utile en telles éventualités pour le sénat, et les populations crurent bientôt que le salut viendrait de leur propre défense, abandonnées par la justice internationale à leur désespoir.

Lorsqu'il apprit les menaces faites au provéditeur

général Foscarini par Bonaparte le 31 mai 96, le sénat sentit la nécessité où il était de s'armer, non en Terre Ferme, mais à Venise même. Les provinces des Etats étaient un immense camp retranché où la bannière de Saint-Marc flottait entre deux drapeaux tricolores et rappelaient la situation de la Lombardie conquise, occupée. Et cependant, on exultait à Milan tandis qu'à Venise les vrais patriotes protestaient contre la privation de leur indépendance. Recourant à un mensonge, Bonaparte avait affirmé à Foscarini qu'il tenait de son gouvernement l'ordre de brûler sa glorieuse capitale et de déclarer la guerre à la République. Jamais le général en chef ne reçut un pareil ordre, ni en prenant ses instructions dans le cabinet de Carnot, ni durant le cours des opérations. X

Le sénat s'émut de cette communication antidiploniatique et barbare... U décréta (à l'unanimité) que le commandant du golfe rassemblerait l'escadre vénitienne dans ses eaux. Des levées furent ordonnées dans l'Istrie, la Dalmatie et l'Albanie pour être dirigées aussitôt sur la capitale. Les régiments organisés reçurent une égale destination, mais furent partagés entre les provinces. La flotte de la mer Ionienne et les navires destinés au bailli de Constanlinople durent rentrer dans les eaux de l'Istrie. Jacobo Nani, appelé à la dignité de provédileur des lagunes et de leurs rivages, dut veiller spécialement à la défense de l'Estuaire, avec Thomas Condulmer pour lieutenant. L'exécution suivit; en peu de temps, les levées, les régiments réguliers, les escadres prirent leurs positions. Quel patriote osera critiquer cette mesure?

La Seigneurie craignit, avec son desir d entente que le Directoire ne vît dans cet acte de kg.t.me défense une hostilité déguisée. Aussi écrivit-elle a Quenni afin

d'exposer ses motifs.

Nous respections notre neutralité, s ecnail la note lorsque l'entretien de Foscarini avec Bonaparte s est produit; il nous a affligé, car il établit l'altération de îos rapports avec nous. Notre défense a consiste dans notre seule loyauté; Peschiera a été évacuée par les Autrichiens sur nos instances et nous avons fourni a vos troupes ce qu'elles ont exigé pour vivre. Nous sommes prêts à justifier notre conduite et d amicales explications n'embarrassent point notre droiture.

Lallement ne s'inquiéta pas de celte note il osa protester au nom du droit du gens! oublieux du ton qu avait pris Bonaparte et des outrages profères par lui. Il s'étonnait qu'on n'eût pas pris ces précautions

pendant la présence des Autrichiens mais ceux-ci

n'avaient jamais menacé Venise de sa chute et leur occupation, très illégale, était un acte de guerre temporaire. Lallement exigeait enfin que ces actes militaires fussent arrêtés, il les tenait pour une injure faite au drapeau qui flottait sur la porte de son hôtel!

Le sénat objecta son droit souverain de défense et s'ensagea à concentrer ses forces dans l'Estuaire sans s'occuper des provinces. La sécurité publique était son but. Il espérait que le Directoire ne s'alarmerait pas d'un droit si faiblement exercé et conserverait a Venise sa bienveillance. Querini dut commenter la rephque a Lallement en ajoutant que son pays résistait aux offres d'alliance de la coalition et même à ses menaces. Le

Il fl

2ei CUUTE d'une RÉI'L'BLIQUE.

ministre français accepta les déclarations de Pesaro à Tnise ercon.inua ses intrigues tant à Ven.se quen

'^Tn^rant sur le territoire de la aépubUque le vieux Wurmser s'était fait Précéder de la lettre J. vante envoyée au provéditeur général de Terr^»^ „ Mi fo un dovere di partec.pare a Vo,tra bcceiien hè -Armata Impériale conflduta al nno comando e " 1 en ra^ncl territorio di Verona per proseguire : Tsue op razioni dirette a liberare la Lombarde e : ntX dalla invasione dei nemici che l'oppr.mono e „ questa sera sara à Vallegio. « VAntriche

ïepuis la chute de l'empire carolmgien 1 Autriche fouS l'Italie et elle parlait de notre .nv.s.on

Le maréchal terminait par une demande qui devait

„ dichiararmi colla piu respet osa stima^ »

Vainement, Wurmser ava,t-il promis 1« J^^P^^ ;^; nersonnes des propriétés et la répression des délits ou des cri^ï que pourraient commettre ses troupes (bientôt onrptignit de toutes parts des excès des Autrichien") Ogn? abuso, avait-il dit, violenza e d.sordme „er parte dfquello che dipendono dal m.o comando per parie ui qu .. '„• „„„„ Vostra Eccellenza

verra severamente pumto. Zi prego vosir nel caso di qualche eccesso di Pa^'Ciparmelo, o di d. rigermi quegli che ne avessero soferto damno per l'esemplare puniàon dei colpevoli. .

- '■•?., -î^^^yf?

^r.i 1p ffénéral Berlin déclarait au *" J",'"" '"Tôr.n. lé c.rm.nd.me»l elTecUt de

l;n!;iuur";.e.are.v«lui,e.i.™...n.er..-

tion très juste. , ... „nnessa let-

„ I,, auesto puuto sono sorpreso daii anne',

l ? , Jnpriin chè s'intitola comandante di tera dei gente Berlm che ^^ ^^^.^^ ^^^^^^^

questa eitta e c^'ade'^ P J^^ ^^^^^ ^^^^.^^

Questo ""°^- ,7;;f "';„ l^edialamente alla supe- "'" Sa de VeTreIccellenze. >. Peu après, le généraTBe" in mS.S la dureté de son langage sur es

=r:ni:sds=r-s:n^^

^Z d-Au«ereau à Vérone nous ont appris le rôle d a naienlt' d ce dernier. Tant d'excès ont à ê re mis

batnt avec les reproches de «onapar^ qu on n pas accusé vainement d'avoir favorise e, fautes

froupes pour se les attacher V-^,^^--'''Z \ Kuinche L- Italie était une seconde fou «««Î««*\L^"™ avtit perdu 80 pièces de canon tou^-J--- ^^l^; fanterie , 15,000 prisonniers et S'O»» "'^y ^ de troupes venant presque toutes du Rhin. Fuyant par

■■i-TT'"'^

Vérone, devenue avec la victoire le quartier général français, ses chefs avaient fermé les portes de cette ville et levé les pont-levis. Sommé par nous de nous ouvrir le passage, le provéditeur répondit qu'il ne pouvait le faire que dans deux heures. Vérone était d'un territoire neutre et c'était assez des horreurs de la bataille pour ne pas les continuer; mais Bonaparte entendait profiter de toute sa victoire et fit enfoncer les portes par son artillerie à coups de canon. Le résultat a été marqué par lui dans son bulletin au Directoire, différents bagages et quelques centaines de prisonniers.

Quelle était l'attitude de la Lombardie et de la Gispadane pendant nos revers de quelques jours? Le bulletin le constate. Les peuples de Bologne et de Ferrare, surtout celui de Milan, n'avaient cessé de désirer notre victoire. Le bruit de nos défaites avait été le signal d'une protestation toute française ; le peuple avait demandé des armes, dans les lieux publics et au théâtre il avait chanté des airs patriotiques et français.

La victoire l'avait rendu plus vif; il avait fourni des volontaires. Or, la correspondance du provéditeur BattagUa dit formellement qu'ils furent nombreux, puisque Bonaparte avait fait entrer leurs contingents, un mois plus tard, en ligne décompte : « Li Francesi dicono... e contano ancosulle truppe nazionali di Milano. » Ainsi était traitée la neutralité d'un pays ami.

Quelle avait été l'impression du Directoire en apprenant les Pâques Véronaises provoquées par Bonaparte? Le 16 mai, il fit pubUer au Moniteur l'article suivant, sous la rubrique Italie. La lettre qu'il se faisait envoyer

en date du 22 avril venait de Milan; do- ^"«^^^^^^^^ 1, bureau de police créé par Bonaparte et fidèle a ses oïdreVinlence de Barras à Paris y cont.nua.t son œuvre' partagé entre d'utiles menaces et des concus- Xn dont nous fournirons les preuves dans une élude 'pTclat Comme la Convention, le Direc^.re- s^r L iournal officiel pour tromper, avertir ou séduire pyois provoquer. Barrera et Robespierre avaient mîeS ce'système de publicité pseudo-offlcielle... Napo-

n"ofriÏ\"eXl^S:Sle d'après les papiers secri: de Milan à un moment oCi Léoben ^^;^ Bonaparte avouait son projet de ruiner Venise , ou

r^n' rS^auwtïrfaible garnison dans les

„ ;;u de Vérone, y ^^ ^■''^ :^'^,Z:Z.

« lemenl composée de légionnaires s ^^J^^^^^Hl « vers les Esclavons et les paysans armes et est allée ren

" fLÎvéSnsTnt cependant attaqué les forts rnais .. s oni été repoussés avec perte. Furieux de leu

tuvais succès, ils se sont portés sur es hôpi^ux „ ont fait main basse sur les malades et e ^^^^^^^^l „ garnisons des forts ayant appris <=e"e barbarie se \.r.t mi« •. tirer à boulets rouges sur la ville qui a : pri f^dan p utieurs endroits' Dans le même temps, îaclonne du général Victor et d'autres roupe « étaient arrivées aux portes de Vero'.e et la b o „ quaient. Beaucoup de gens armes voulaient en sorr „ lis ils étaient repoussés par ^<^ ;^-^'^y^l „ Vérone sera obligée de se rendre a discrétion et

« c'est probablement dans son enceinte que finira la (( guerre des Vénitiens contre les Français. « Quel sera le sort de la plus ancienne des aristocraties? . » ' i' A « Subsistera- 1- elle encore après l émancipation de

Bergame , de Brescia et de tout le pays en deçà de

« l'Adige? . . ^, . ^

« Les progrès de l'opinion et les crises intérieures « u'amèneront-ils pas bientôt et nécessairement sa des-

(( truction totale?

« Ceux qui le désirent et qui voudraient que , des au- « iourd'hui , l'on consommât cette destruction disent 0 que c'est l'intérêt de l'humanité et l'intérêt des Fran- « çais qui, en quittant l'Italie, y laisseraient une Répu- <c blique grande et puissante moins sujette aux troubles « etplusenétatderepousserles agressions étrangères. »

La destruction totale ! l'aveu est absolu ; on parle de l'influence des crises intérieures sans en nommer l'mspirateur, un nouveau Bedinar. La France abandonnerait l'Italie, moyen de séduire en trompant et enfin elle organiserait une République puissante. Ce dernier mot n'est-il pas un chef-d'œuvre de contradiction et de duplicité conçu par Bonaparte et publié par les soins de

Barras? . .

Le 29 mai, l'œuvre accomplie à Léoben , puis a Venise même le 12 mai n'était plus un acte probable; elle était devenue une certitude. Le Moniteur, ce témoin muet en apparence et si redoutable lorsqu'on sait le consulter, déclarait que l'Angleterre et la République vénitienne ne tarderaient pas l'une à renoncer à ses projets, l'autre à expier ses imprudentes perfidies.

Qu'était devenu le principe de la neutralité? U avait .ombré dans le conflit par les deux belligérant -L^^ continuité de la guerre ne put qu'accentuer leurs vio- Lnces; les dépêches aux ambassadeurs les redirent en des expressions douloureuses, consolation stérile, '"es manœuvres du Directoire plus terribles que c^^^^^^^^ du cabinet de Vienne allaient aboutir a la chute de États ; mais en la préparant au début de 1 année 1797 pm Clarke puis ultérieurement, il ne put éviter c e. pro^^^^^ tation^ \près la signature des préhmmaires de Leoben, doge^épliqua aux réquisitoires de Bonaparte avec •dignité. Ce testament de la Seigneurie appartient a ?Slire, il reproduit le dernier écho des malhe^^^^^^^^^^ Venise et il importe précisément parce qu il eut Bona Darte pour destinataire.

^ « Dans la profonde douleur que nous avons ressenUe ,. y était-il dit, en apprenant par votre Lettre que vous « aviez conçu de fâcheuses impressions sur la loyauté .. de notre conduite, nous éprouvons quelque conso U- „ lion en voyant qu'une voie nous est ouverte pour les « effacer entièrement par une réponse prompte et pre- „ cise : le sénat veut, il a toujours voulu wre en pau « et en bonne intelligence avec la République française , .. il se trouve heureux de vous en renouveler ici 1 a..u- .. rance. Certainement une déclaration aussi franche « aussi solennelle, ne peut recevoir quelque atteinte <, d'événements qui lui sont étrangers.

« Lorsqu'une révolution aussi fatale qu imprévue a ,. éclaté dans les villes au delà du Mincio, les sentiment. : .tnimes de nos peuples leur ont fait prendre spon- .. tanément les armes dans la seule intention de corn

« primer la révolte et de repousser les violences des « insurgés. C'est uniquement pour atteindre ce but « qu'ils ont imploré l'assistance et l'appui du gouver- « nement. Si dans une confusion aussi grande quelques « malheurs sont arrivés, il ne faut les attribuer qu'à la « confusion même et nullement à la volonté du sénat. « Le gouvernement y est tellement étranger que, pour « éloigner jusqu'au moindre danger il a , dans une « proclamation récente recommandé à ses sujets de ne « faire usage de leurs armes contre les insurgés que o pour leur propre défense.

« Bien déterminés à prendre les mesures qui peuvent « secondor nos d<*sir.s, iiouft espérons i\nr. vous rocon* « naîtrez dans votriî ju.slice qu'il est irulixpensable en « mAm(î tompft que non» xoyona garanti* cl*iine allaqwe « cxtériciinî et que dos ngilatioiH intérieure* ntî vien- « nent point troubler notm tran(|nillit»^ el no« «iy«U « dans la manifestation de leurs scntimi?nb |Knirnou*. « Kmprewsé de sntislainî a voire domlln(ll^ UtéMlfaU « rechercher pour Us coruigner en ww mains osux qui OHt « osé commefirc dex afsasufut^s «ur Ic^ individus d€ u l'armétî iVanoaise. Les mesures les plu» dRcacc* sont « prises pour en découvrir les nul<!ur:< alln qu'ils âu- « bisjiîcnl le châtiment qu'ils mmtent.

« Pour arriver à remplir lou» ce* objeU à notre .<a- « tifîrilcliofi réciproque, notB vous envoyons deu.\ t. dépuli'îs charge «xprcswém^nt de vous apurer de M notre désir de vour complairi*. \h vous dimnl coiii- « bien il nous «rail agréable que vous consentis.Mw. à « inlervenir d'une roaiûérc dDcace auprès de voire •« gouvernement \¥0%\r qu'il s'inlércs^l au rélabli-si-

» A. l'ordre dans les provinces qui se sont sé- '' ""'ï %lntus Nos députés vous renouvelleront

.. pour votre illustre Pep?""f " " ^„ ^^t^e faveur et Les assassinats furent d«"^ P"^ ^^ "suivis. Les les excès de populations W '^^'^ ^^^^ véronaises exécutions qui eurent heu .^P^^^^r^i les flmiUes patriet qui ^-Pr-;,'^;rcrp':oSs:eÏent /as un ''"":„T Or^aUBo r;arte pour répondre . ces

"""" rd'.?ne neutralité si désarmée, si pus.Uan.me a preuves d une neundut^ .^^-.AnK il récriminait

.M, ceci riiwïio'iVy?. Jamai» le I)it*c o rc m

au ministère d« «lal«>«B '^"^''l^^ ^ commcnl,^v..« de* directeur* avec 0'«^"'"' j^"^ ; "^^^^ j, „„

Ufa, de, eo!6«» d. B-''*f «^f-^^^t^^'lt faibles»

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