CHUTE DE LA RÉPUBLIQUE DE VENISE
I. — Organisation d'un bureau de police et d'un bureau de renseignements par Bonaparte. — Politique au quartier de Milan. — Affaires militaires à l'élat-major général. — Le colonel de hussards Landrieux, son initiative, plainte des dignitaires vénitiens, sa fin.
— Concussions des fournisseurs patronés par Barras. — Indignation de Bonaparte d'après ses dépêches. — Il est aussi sévère contre Haller, l'ami et le complice de Robespierre jeune à Toulon. — Déprédations générales.
II. — Dépêche de Bonaparte au Directoire, il annonce la fin prochaine de Venise. — Manifeste contre cette République. — Droit des États vénitiens. — Délibération du doge en grand conseil. — Dernière assemblée générale de la seigneurie. — Propositions ducales. - Courage de Giustiniani à Trévise dans son entrevue avec Bonaparte. — Erreur du parti populaire. —Intervention de Haller.
— Duplicité de Bonaparte.
Il faut vaincre notre répugnance et continuer un examen douloureux pour un historien français en signalant l'organisation donnée par Bonaparte à ses émissaires politiques. Jamais organisation ne fut en effet supérieure à la sienne, jamais organisation révolutionnaire ne fut plus redoutable. Nous disons révolutionnaire quant aux gouvernements légaux existant en Italie avec lesquels nous n'étions pas en guerre déclarée
et quant aux moyens employés. Certes "" général en ei qurtiii j ^ tradition et n a
chef a toujours le droit ceci ^^ . • gt „„ jamais été contesté, d'avoir un corps d ^m^^^'^^^^^ "^ iorps d'espions créé par lui, obéissant '^^'J'^^ payé par lui, recruté par lui et compose par lu. C.vil et miUtaires de sa nation, civils et -l'^-^^^ f ^ lion contre lacmelle il combat, sont appelés a y prendre part tous à leurs risques et périls. Les rense.gnemen Lnt obligatoires à fournir par tous dans une guerre d'invasion à l'intérieur pour la nation qm défend son
indépendance; au dehors il "- f ,Pl"%n '-^X nui pour des sommes d'argent débattues et accep ees Ta eux s'offrent ou acceptent les propositions dont -s sont l'objet obéissent à des mobiles divers. Tantôt a cupidité seule dicte leur conduite, tantôt un intérêt public en est le moteur.
Lorsque la révolution française annonça dan. sa pro pagaie habile le respect du principe des nationalités, forsqÏelle parla de liberté politique à ceux qui entendTenï secouer les formes vieillies des gouvernemenb. oC'elle ébranla les institutions «odal- du contm
ou il institutions ^l^^^^^fl^^;:^ ZZl Dartout des partisans. L ancien régime a , pays de Louis XIV et de LouisXV, l'empire germanique ^fut moralement ruiné. Les cabinets eux-mêmes s divisèrent; les peuples loin de se dmser aPP» de leurs voeux l'affranchissement par la l'b^rte au pou voir et par la fraternité dans les relations mternal.o^ nales. La coalition entrava ce mouvement par ses doc trines et par ses traités diplomatiques; au fond ce tut en vain, ce ne fut qu'une entrave momenlanee. L Italie
cnuTE d'une république.
était plus que tout autre désignée à prendre une part active à ce mouvement des esprits, l'état de guerre l'y fit participer dès l'ouverture des hostilités. Avec la campagne de 1794 la propagande se généralisa, Bonaparte l'organisa d'une façon puissante après son entrée en Piémont. Mais ce fut à Milan que son système devint un service définitif, officiel, à la fois politique et militaire. De là deux bureaux principaux et en corrélation avec le but qu'il poursuivait : la propagande politique et la propagande militaire. Avec la propagande politique il recherchait, soit la substitution d'une domination à une autre , soit la modification des formes gouvernementales. La Lombardie en est un exemple pour le premier cas, les duchés et l'Emilie pour le second. Par la propagande militaire il appelait aux armes les populations, tantôt contre le souverain légitime ainsi qu'il advint à Venise, à Parme, tantôt contre l'étranger ainsi qu'à Milan.
De là le double service : bureau de police politique constitué à Milan et agissant par ses émissaires dans toute l'Italie, bureau des renseignements constitué à l'état-major général suivant partout le quartier personnel du chef de l'armée. Ce dernier avait aussi des attributions politiques très variables, et qui dépendirent (lu progrès des troupes, des circonstances et des lieux. Nous avons vu par notre exposé et par les plaintes des vice-podestats ou des provéditeurs l'action de ce double service dans les provinces de Terre Ferme. De concert en effet, ils avaient créé ou favorisé selon les difficultés du moment les insurrections dans les Etats vénitiens. A Bergame, à Brescia, à Crema, dans la
partie de la Lombardie qui relevait de la seigneurie, les hauts fonctionnaires avaient signalé leur action ou la présence de leurs inspirateurs. A Paris, Querim n avait cessé de les incriminer et de dire que la volonté seule de Bonaparte leur donnait une valeur. Aux civils nous avions largement payé leurs services , aux agents mihtaires nos commandants avaient délivré des armes, des munitions, des canons, des drapeaux, des chevaux, des vivres et des moyens de transport. Une cocarde uniforme, un mot d'ordre avaient accompagne le tout ; des imprimés peu déguisés, répandus à profusion dans les villes et dans les campagnes nous avaient appelé des Libérateurs. Les hymnes patriotiques, les fêles publiques, les premiers chantés par eux, les secondes présidées par eux avaient été un acte de déchéance pour la Seigneurie et le signal de collisions sanglantes. Si ces sortes de troupes comprenaient des Italiens, on V avait vu nombre de Suisses, de Polonais d Autrichiens déserteurs et de Français peu honorables. G est pourquoi Querini et le sénat n'avaient jamais obtenu de réponse catégorique en ceci, encore moins d engagements précis soit à Paris, soit à Venise.
Bonaparte se vengeait de légitimes réclamations en prodiguant les accusations , les démentis et en formulant des menaces non équivoques. Il occupait les pnncipales villes des États, substituait son autorité par ses commandants à celle des podestats et enjoignait a La lement d'attaquer le sénat jusque dans son palais ducal. Bien plus, il lui ordonnait un jour de créer a Venise même une section d'espions et infiigeait à la capita e d'un pays neutre cette audacieuse institution. Couverte
■Il
par les immunités diplomatiques, elle était désormais hors de toute atteinte et insaisissable dans ses mernbres. La moralité de ce dernier acte nous dispense de
tout commentaire !
Varmée du nord avait eu dès la fin de 1791 un service spécial organisé à l'état-major de Rochambeau. Les pnncipaux belges qui accouraient vers nous pouvaient dire qu'ils combattaient à la fois l'ancien régime , 1 Autriche et pour leur indépendance ou bien pour leur retour a la souveraineté de la France dont ses chefs avaient relevé jusqu'à la mort de Charles le Téméraire. Us étaient venus à nous pour la liberté de leur patrie et les malheurs de 1788 avaient excité leurs revendications. A Varmée de la Moselle, les populations frontières s étaient iointes à nous contre une domination âpre et rapace autant qu'inintelligente. A la formation de 1 armée de Sambre-et-Meuse après Fleuras et la chute du stattiouder en Hollande, c'est encore l'influence de 1 étranger qu'avait secouée le peuple batave; son inimitié héréditaire contre l'Angleterre s'était réveillée et, entretenue par nous, avait vengé là encore l'intrusion des armées prussiennes mandataires d'une alliance de famille. A Parrr^e du Rhin, le service avait été singulièrement facilité par l'enthousiasme des populations ; à Mayence notamment, on avait vu l'antique ville du couronnement des Césars Germains devenir le centre d'une assemblée dite Convention Rhéno-Germanique. Notre rôle avait été peu initiateur, nous n'avions ici qu'à laisser agir pour nous. De Bâle, notre ambassadeur Barthélémy s était rendu utile aux généraux de celte magnifique troupe et ses bulletins sont encore aujourd'hui un modèle.
En Italie, sauf pour le Milanais où dominait l'Autriche, rien de semblable.
Mais du moment où le Directoire changeait son fusd d'épaule, du moment où le pays destiné «^ »"« f'^ It diversion devenait par le génie de son chef le piv6t de toutes les opérations militaires et où tout. a"*'\^^"verger vers lui seul, on doit comprendre 1 importan e que ce service y présenterait. Restait à rje^^^Jneutralité de ceux ou de celui qui déclarerait diplomafquement s'arrêter à ce système. La République de Ve le fit, dès le début de la guerre, cette ded-ation elle la réitéra selon les circonstances et 1 aggrava a Paris par les explications de son ambassadeur, a Venise par le's paroles officielles de paix à l'ambassadeur du Directoire. Elle fit plus encore, elle subventionna te resnect de cette neutralité. .
^ Bonaparte accepta les secours de tout genre qui lu furent fournis, mais il entendit à tout prix «"bordonner ses actes aux intérêts possibles de ses plans. C était p.o mettre un jour un dénoûment inallendu
Nous savons comment et dans quel but il avait crée „n bureau de police et un bureau de renseignements. Quel était l'inspirateur principal des deux organisations? Qu'en ont dit les dignitaires vénitiens? Que lu reprochèrent-ils? Enfin, si Napoléon a écrit un rect de la campagne d'Italie, ne peut-on savoir les con^ tatations qu'il a faites et le témoignage qu il en a
* Le 10 mars 1797 un des subordonnés d'Ottolini envoyé par lui hors des États vénitiens traçait le portrait du chef avisé des mouvements insurrectionnels en
Terre Ferme, le colonel d'élat-major de cavalerie LandrTeux < Sa figure, disait-il, n'offre rien de parl.cul.er Î et sa physionomie d'ensemble n'a de sigmficat.on m : tZ ni en mal. Sa taille est petite; gracieux de .< sa personne, il a perdu en partie sa «hevehir no^' - .< i, est même, un peu chauve , ses yeux sont v s mais .. larmoyants, il porte des --staches est vêtu ^ Ion „ sa profession. Il parle mal la langue «t«l'«"; •^^«"/^ .. sa conversation il ne cesse de se poser en ennem, des ., révolutions, se vante même d'en avoir ernpêcl e une « en Espagne et se donne comme d un caractère e dLehonnêtetéà toute épreuve. « L'envoyé concluait anrès les bruyantes déclamations de Landneux qu en S ses paroles et sa conduite n'étaient jamais d accord S 1 p'oint, Ottolini le savait mieux q- P-onne ce fut sur ses dépêches que s'appuya la Seigneurie pour protester contre son r61e à Paris par Querm. , a
"^t'coCTançais ne sut pas contenir l'objet réel de sa ^isln" à Ber ame et dans les Pays^ er^^onnants n tint dans la conférence qu'il eut. avec Stefani les pro nos les plus provocateurs. La politique et la guerre pre ïnte en formèrent le fond. U osa condamner a conduite du conseil suprême qui dirigeait la République et cSrdtrt un fonctionnaire de ce gouvernement ace dite auprès de lui. U joignit à ses cnUqu- un^JP^^^^^ dation violente contre le désarmement de Venise et e
teur que celui-ci les communiqua a OttoUni. ue
discours, s'écriait Stefani, sont des aveux. Nous devons nous attendre à tout, aux perfidies et aux manœuvres les plus obscures ; veillez au péril de 1 Etat. • Tel fut le résultat de cette entrevue, nécessitée par les affaires, et où Landrieux s'était absolument de^couvert. Nous n'avons aucune autre citation à produire pour apprendre à connaître le personnage. Ses paroles en disent assez ici et un plus long examen serait une pure répétition. Déduisons-en ceci; son langage était celui même de son chef et tout porte à croire qu'il le tenait par ordre, paraphrasant dans une conférence entre fonctionnaires la dépêche et les accusations de Bonaparte son inspirateur. ...
On aurait tort cependant de penser que Landrieux fût toujours sincère. On lui a attribué en Italie un double rôle. Choisi d'après cette version comme agent principal du soulèvement au nom des républicains de la Péninsule il aurait, à un moment donné, averti Ottolini du but de Bonaparte. Il lui aurait propose de s'aboucher à une personne de confiance à Milan, soit par un intermédiaire, soit directement. Cette dernière lu. révélerait, disait-il, des choses de la plus haute importance pour le salut de la patrie vénitienne. Bonaparte foulait aux pieds l'honneur de la nation française, aide en cela par le Directoire et ses conseillers ; son avis
n'avait pas d'autre cause. ....
Dans un mois, continuait-il, la paix serait signée si la conjuration ourdie contre Venise était déjouée. Ceci était à la fois inexplicable et contradictoire. Dans le cas contraire, la guerre continuerait. Landrieux trahissait les deux partis; ne disant qu'une part de vente, il
2gQ CHUTE d'une république.
disait trop ou trop peu, mais au fond il voulait de l'ar-
eent vénitien. . -,
Les membres du Comité révolutionnaire des Etat» vénitiens étaient d'après son avis secrètement organisés- ils se nommaient : à Milan, Porro; à Brescia, le comte Lecchi, le comte Gambara. Beccalosi ; à Bergame, Alessandri, Caleppio, Adclasio. Puis, jouant son prétendu rôle révélateur avec cynisme : moi-même, s ecnaitil j'ai le premier rôle dans celte entreprise. Comment ne p'as croire un homme qui se vouait ainsi au poignard? comment douter de ses renseignements? comment surtout ne pas récompenser tant d'aveux? Le complot n'était pas mûr encore, on était alors au 9 mars. Adjurant son interlocuteur de rester à Milan pour y surved- 1er les machinations du Bureau de la police, il déclarait qu'en empêchant Bergame d'éclater le péril serait partout conjuré. L'assemblée générale du Comité révolutionnaire se réunirait bientôt et Landrieux promettait d'en donner avis afin de saisir tous les coupables a la
fois (1)
Stefani ne put à ce tableau contenir sa reconnaissance et engagea son gouvernement à ce titre. Le chef du service répondit qu'il ne voulait rien accepter pour le moment ; il fallait d'abord que l'armée française eut regagné les Alpes pour rentrer en France Evidemment, Landrieux croyait à la victoire de l'archiduc Charles aux défilés de la Carinthie et à l'écrasement des siens.
(,) ce témoignage du„ contc,n,K,rai„, Botta, «™«>™«"^ P"^* valeur le récit de Stefani à Ottolini. Les apologiste, de Bonapare ne sauraient répondre à ces faits puisés à des sources oft.c.elles et d,verses quant à leur véracité.
Sa trahison aurait du coup deux résultats, sauver d'aborÏfa t'e, au cas probable d'un soulèvement contre une armée vaincue, et faire fortune ! • . -^^,,^8
On sait comment ces avis échouèrent. Les intéresses furent prévenus on ignore par qui, ou plus clairvoyants que ceux auxquels obéissait leur chef, e-cuteren leur îroiet avant l'heure convenue. Ottol.ni avertit Battagl a ïïlrd ; le provéditeur apprit les confidences sur la rébemon après le succès des insurgés et sa prochaine diSce en perspecUve. Mais la Seigneurie protesta a Pari auprès du Directoire arguant toujours de ses Lcrifices'pour nos troupes et de sa neutrahte. Bona-
nartp Avait d'aulres soucis.
■^ Abrirpour lui-même derrière ses conférences avec les fonctionnaires vénitiens. Landrieux dut exécuterje. ordres qui lui parvinrent du quartier gen^^;^^^^^^^^^^^ duc Charles était battu et son adversaire touj^ sou^ cieux de Venise informait les inquisiteurs qu i pou Xt prendre toutes leurs mesures pourcombattr le rebeUes de Terre Ferme etles soumettre à leur egitime autorité! Quant au chef français des insurgés U publia Tn^AZa^o» qui interdisait ^-une..oupe vénitienne d'entrer soit à Bergame soit u Brescia, dans le cld^un mépris quelconque de son ordre les soldats de a Seigneurie seraient repoussés à coups de canon ! Faut-il 4ir là une double entente avec le hau etatmaior" Nous ne le pensons pas. Landrieux eut sans Joute peur après nos succès de s'être compromis avec Ottolin' de îà un ton décidé propre à écarter tous les
^^reTa^ameltrexplications entre Querini et
Rcwbell. Nous les avons déjà rapportées, c'est au plus faible d'obéir, avait répliqué Rewbell î Landrieux accomplissait sa mission en vrai lansquenet, avec des variations aussi peu dignes pour l'armée que l'était alors la conduite de Barras pour le gouvernement. Tout annonçait la fin de la République, en deçà comme au delà
des Alpes!
Avant de l'exposer, et le rôle du colonel de liussards était épuisé dans ses actes principaux (1), voyons quelle fut la conduite des fournisseurs amis de Barras, distingués ou favorisés par lui. Ici, il n'y aura qu'à louer Bonaparte ; on étudiera ailleurs le rôle et les responsabilités encourues par Salicelti, représentant du Directoire aux armées et chargé du contrôle des services administratifs.
Faites trembler les ennemis de vos droits et de votre liberté, avait dit Bonaparte aux Italiens. Je ne vous perds pas de vue. Comment entendit-il aux armées l'application de ces paroles et de celles par lesquelles il déclarait vouloir protéger les biens comme les personnes, dès septembre 1796 près de Venise?
(1) Bonaparte a écrit dans ses Œuvres de Sainte- Hélène, aux campagnes d'Italie, un chapitre spécial sur Venise. On y lit sur son ancien subordonné le jugement suivant : « Lors de la reddition de « Vérone , le mont-de-piété de cette ville , riche d'environ 7 ou « 8 millions, fut dépouillé. Le commissaire des guerres Bouquet et le « colonel de hussards Landrieux furent accusés d'être les auteurs « de ce vol qui portait un caractère d'autant plus révoltant qu'il « avait été précédé et suivi d'autres crimes nécessaires pour le tenir « caché... La perte néanmoins resta très considérable. » Ainsi finit ce chef de service oublieux de son grade et des obligations qu'il comporte»
On arrêtait en février 1797 un contrôleur des dépenses de l'armée pour n'avoir pas dressé «n inventaire des effets déposés au mont-de-piété de Bologne ; le commissaire des guerres qui lui avait été adjoint éprouvait le même sort à titre de complice. Ils étaient convaincus de n'avoir pas apposé les scellés dans le but de soustraire IL parlie des effets y déposés. Un arrêté spécial interdisait à tous les officiers généraux et autres d exiger ou de recevoir « aucune rétribution quelconque » sous telle dénomination que ce pût être. La destitution eta l la sanction de cet ordre. Tout soldat convaincu d avoir frappé ou attenté, soit aux personnes, soit aux propriétés des mineurs, tout pillard devaient être fusilles .i la tête de leur bataillon, afin d'intimider leur propre
'"îrimporte de ne pas oublier que dès l'ouverture de la campagne un ordre du jour avait informé les troupes que des contributions de guerre seraient levées pour payer la moitié de la solde de toute l'armée en argent. Bonaparte avait tenu parole, et plus de trente millions expédiés au Directoire avaient remis 1 ordre dans ses finances. Ajouter aux maux de la guerre était un crime
irrémissible. • „
Nos troupes se permettaient, d'un autre cote, de favoriser les querelles d'ordre politique intérieur. Ainsi, la garnison de Serravalle avait favorise la révolte des paysans de ce pays « en leur fournissant des munitions de guerre ». Le général en chef t"*''"» *" S;"" verneur d'Alexandrie l'ordre de la punir sévèrement. La rébellion dite des fiefs impériaux ne pouvait la concerner.
îil
Observateur des règlements de finances, il écrivit un jour aux commissaires du gouvernement : « Tout n'est « que désordre et les principes de l'organisation mili- « taire sont à chaque instant méconnus. L'on a passe « ainsi à Livourne des marchés extravagants et sans la « participation de l'ordonnateur. Les règles sont tou- « jours violées. Je ne crois pas qu'un ordonnateur « qui a de la réputation puisse continuer à servir au (( milieu d'un pareil oubli des principes. » La correspondance de Bonaparte abonde en témoignages de ce genre. Heureuses les populations si ses prescriptions honnêtes eussent toujours été obéies et respectées. Mais il y avait dans les services administratifs une reunion de protégés de Robespierre cadet. Or, on sait par les apostrophes de la Convention, celles du rigide Cambon spécialement, quels furent à l'armée des Alpes et d'Italie les mobiles de ce célèbre personnage.
Une commission composée d'un général président, de deux colonels, d'un commissaire des guerres et d'un officier du génie, avait été instituée pour juger les actes de concussion. « Nous avons conquis l'Italie, disait « l'arrêté de création , pour améliorer le sort de ses u peuples. Nous y avons établi des contributions pour a assurer notre conquête, off'rir à la patrie une juste . indemnité et aux soldats une récompense due à leur « valeur; mais jamais il n'a été dans l'intention du « gouvernement français d'autoriser les abus de toute « espèce, les extorsions scandaleuses que se sont per- « mis plusieurs agents à la suite de l'armée. La loi en « les rendant justiciables des conseils militaires, m'a « imposé l'obligation d'être leur accusateur; mais au
•r ^P. occupations immenses qui absorbent tous , miheu des oc^^P^^^ i^^possible de pouvoir moi- « mes moments il mesi imp labyrinthe de
« même découvrir la ^e-^e dan. ce la^Y ^
. peines et le millier de plaintes qui - ^^^ P^^^^. ^,, , rpt arrêt fut strictement exécute. Les pop Cet arrei lUL ne pouvaient suffire a tant de
une peste attacnec a f " \rAr^f.n(^ et les bon-
des motith louaoïeb, uu t^ cessait de les
,^; „,.i. l.ur "«-'"^,;';''::;X. leurs déten-
•"•;" fnTSmSXn .v.u de 1.» p....»; ses. I.eur nombre me trouvaient
«on à Paris, aussi '^-^-°".'^'="i , ""on VDlicité chez cerl'impunité dans la corruption et la complicité
tains de leurs juges! contributions de
L'Italie était riche, ^«=f '"*'^^„t Jmées affirme les j „i la cnrrpsDondance aux armées au"" guerre dont la <=orre»po ^i^^t les troupes
versements ''^^''^''fl^'^'Ze vêtements et de
danseuses, tel était leur cortège. Le luxe et la dépravation étaient sans limites ; Bonaparte était loin de le cacher. Aussi adjurait-il le Directoire de l'autoriser à créer une commission martiale appelée à fonctionner pour deux ou cinq jours et qui aurait pour cette période plein pouvoir de condamner à mort tout administrateur concussionnaire.
Berwick, écrivait-il, a pu faire pendre l'intendant de son armée qu'il avait laissée sans vivres, et je ne puis, quand mes soldats manquent de tout au sein de la fertile Italie, châtier sérieusement cette nuée de fripons! Les remontrances étaient inutiles. A part Déniée, Boinod, Mazade et quelques obscurs commis à leurs ordres, le vol était le but final des fournisseurs et la corruption celui des proposés aux services administratifs.
Parmi cette nuée de fripons si bien dénommés , Bonaparte distinguait les degrés de la culpabihté. Il protestait spécialement contre Haller, ancien fournisseur de, l'armée royale avant la révolution, devenu l'ami de Dumouriez et le dévastateur de la Belgique avec Danton pour complice. Plus tard, il était passé du côté des terroristes et s'était fait à l'armée dite des Alpes et d'Italie leur banquier. Ami de Robespierre, il avait eu en Provence et dans le comté de Nice un rôle prépondérant dans les achats par accaparement de l'huile. A demi avec Robespierre jeune, il avait agi à Gênes en ce sens et réalisé une fortune par cette spéculation. Sahcetti l'avait aidé dans cette œuvre de péculat, et les représentants de la Convention avaient profité de leur toute-puissance comme de leurs attaches pour s'enrichir. Barras avait participé en 1793 h ces crimes.
il les continuait en 1796, c'était sa f ^^alicetti et M avaient sauvé de la réaction thermidorienne la tête de Haller leur asçent, leur prête-nom, leur banquier, ïïr associ ; ils ne purent empêcher Bonaparte de raccabler de ses colères. Ils se bornèrent à le protéger et à partager à trois le résultat d^«- P^f Jf^^^^^^^ La sommation adressée aux représentants du Direc toire près son armée vaut qu'on la rapporte.
Je vous prie d'ordonner au citoyen Haller, leur avai il mandé, fripon venu dans ^es pays-ci pour voler c^e rendre ses comptes à l'ordonnateur en chef (1). Us es érigé en intendant des finances des pays conquis; U faut qu'il comparaisse à Milan et procure aux troupes ce qui leur manque. L'intention du gouvernemen est que ses commissaires s'occupent des besoins de 1 armée Ils ne s'en occupent pas, ils laissent ce soin a un étranger dont le caractère et les intentions sont très sus^ pecteï. Ils agissent sans entente, le désordre se glisse partout, on discrédite les traites, on ne paye qu avec • de fortes remises, certains corps coûtent autant qu une armée les marchés sont frauduleux, la guerre fait r/ol^urs et on vante leur probité...,: L'Italie était en proie au pillage !
fl-. Foscarini avait fait de tels éloges de lordonnateur en chef que le éna"Tivit à Querini : « La sua condotta nelV ademp.ere . LerTdell " 1 che sostiene fu sempre in faccia alla ca-'ca quale TfZSiie buone armonia e di amicizia chelegano la Repubbl.ca francese alla noslra demandano. »
Arrachons-nous à ce spectacle et voyons les, suites des préliminaires de Léoben pour Tindépendance de Venise. Nous avons vu Bonaparte renoncer à son entrée triomphante dans la capitale des Césars germains et ne plus s'obstiner à la guerre parce que telle était sa volonté. Le Directoire avait voulu la paix; il l'obtenait, mais à quel prix pour sa dignité présente, pour l'avenir de sa politique, et à quel prix pour ritahe, où il ne respectait plus les droits de ceux qu'il proclamait.
Le lecteur attentif aura reconnu qu'il n'y avait plus de bon parti à prendre pour la Seigneurie. N'avait-elle pas méconnu les suiles des avis formulés depuis bientôt une année par Ottolini et Foscarini ? La correspondance de ces derniers avait signalé jour par jour les embarras, les diflicultés et les négociations avec Bonaparte et d'autre part avec les généraux français ou leurs chefs de corps. Ils avaient réfuté cette parole audacieuse qu'on retrouvait dans toutes les proclamations des républicains : C'est votre i^ropre cause que je viens défendre. Foscarini avait appelé cette intervention la servi^M/'ores^/cra; sa correspondance abonde en réponses à des réclamations de tout ordre sur les faits qui suivent forcément l'état de guerre, et un examen trop approfondi serait une répétition. Le jour où il fut remplacé, Bonaparte avait protesté en disant que la Sei-
neurie le trouvait trop doux à l'égard des siens, injure
gratuite. Mais l'esprit de conquête va droit à son but et pour l'atteindre se permet tout. ...
Les chefs du gouvernement vénitien n avaient pas tardé à connaître les victoires de Bonaparte en avril nar le bruit public. Leur? mandataires chargés de discuter les plaintes formulées dans l'intérêt des troupes françaises les avertirent des propos tenus contre la sûreté de la République durant leur voyage au quartier général Le 21 avril, Donato et Gusliniani les mentionnèrent omciellement dans leur dépêche au doge. Les omciers français interrogés par nous , dirent-ils, allirment que notre gouvernement a déjà déclaré la guerre à la France « abbia gia dichiarala la guerra ». Us ^lioutent que les persécutions dont les leurs sont victimes les obligeraient à la faire quand même : « gh oblighi a fargliela ». Tenez pour certain que la paix est faite « clie cerle la pace fatta » ; mais on en ignore les conditions. Dieu veuille que nous n'ayons pas à souffrir dans notre dignité et dans notre personne « nelle nostre persone il carattere! » Mandataires de Vos Excellences, nous poursuivrons notre route sans crainte et par devoir, nous attendant à subir peut-être des outrages p<.ur vous « un qualche iiuovo oltraggio ». Les patriciens allaient expliquer les affaires maritimes pariculièrement, Venise n'ayant pu admettre de la part des capitaines français la violation de leur port. Le doge Lv avait donné pour mission d exp hquer ce acte de violence dans ce sens technique : « Che il falto fu solo dérivante dalla decisa violenza dell armatore volendo a forza verificare l'ingresso nel porto. » On n'entendait pas que cet acte pût entrer en ligne de
290 cnuTE d'une république.
compte dans le règlement de la paix générale. LaSeicompie ua» e „„„piu«ion par une commu-
gneurie connaissait deja sa con"" /" J^ ^^,
nication de Milan : « che s.as, iirmata * Pac^^^ imperatore. ,. Or, c'est le contraire que voulait Bona
''Te 30 avril 1797, il prépara ses voies auprès du Directoire en lui narrant l'aflaire des lagunes et le combat
-:;;:.: vluferr^dX^^
1 oi In nuerre est ici déclarée de fait... Le
,. N t^u Hp Tripste- il fut rencontre pai la noiunt " S:\Cer rcCoBée de 8 a 10 chaloupes canon- : '-èeTil se battit une partie de la journée avec eUes ' pr^^quoi i. chercha . se réfugier sous le canon de ^ v'enise' Il y tut reçu par la -' -"''^ ^^ ,^f J . ordonna à son équipage de se mettre ^ f«"'; ^f ;*\. .. et lui, avec sa trompe, demanda pourquoi onjc t a. „ tait en ennemi; mais au même mstan .1 rec^o l 'ue „ balle qui le jette sur le tillac raide mort Je ne cro. „ pas que Lallement trouve de sa dign.le ^^ '■ester a Tenise tout comme M. Querini à P-'s. Le -na „ m'a envoyé à Gralx une .léputatu.u. Je 1 a. traitée « comme elle le méritait. ..
Aiiv onvovés du sénat, u avait ecni . r
plus court délai le continent de l Italie, .a
'Lallement : « Le sang français a ^'^-^''^l^^^sl
. „ AtP« encore • Attendez-vous donc quon \ous en
Tasse! F:it:;:::>e note concise et digne; après quoi,
parte, de Venise et ve„e. - ^^r^ Man^^^^^^^^^^ Lorsqu'il -^";;- ;S: .;;' ;n/eLer la guerre à
r"'""'Te't de 'envoi qu' ? avait fait au Directoire de leur sénat et de ' «"^oi q ^^ ^^^^^.^ ^^,^^
r'TItïïEl o de droil il se chargeait, lui, discutât a Paris le po . . ^^^^^^^^. ^^^^^^
d fa ô . Il m difiait bie'ntôt l'expression de ses cor m; Le " mai, il refusait toute entrevue avec les
blés aux français, ^e b t ane-ier du haut de
' i« cicrnfll de 1 assassinat de Laugier uu n», TZe mt subir une punition proportionnée au ::if "Imis par lui. Tout a^ait s'aggravant et le désespoir vénitien acheminait 1 Etal a sa pe
Lallement remplit sa n---";;^*. J ^^ ';t .frétés, ™t, les trois 77'7;;j 'Xs nstru-'-^l-'procès. Pai »^f^'^ jifi «s; les rebelles de Ber- ^XZi^TZJ.i ie Salo, de Véron^ et
~ ripïr s^df r;:f;-aï -
::^rristCnLt le secrétaire de .a légation, (1) Dépêche du i" mai, de Caidropo, par Doiiato e. Giuainiani.
Villetard, dontle rôle, alors secret, s'est dévoilé plus tard. Vainement, ces satisfactions accordées, Giustiniani et Donato excusèrent-ils la République en attestant qu'elle avait recherché l'amitié du Directoire avant l'entrée de ses troupes en Italie , et qu'elle l'avait reconnu à un moment où il était dangereux de la reconnaître. Vainement rappelèrent-ils qu'elle avait refuse d'entrer dans la coalition et qu'elle avait ouvert ses États aux troupes françaises en excluant celles de l'Autriche. Elle avait mis ses forts, ses armes, ses munitions à la disposition de Bonaparte et avait entretenu ses troupes; accablant de charges ses sujets, elle avait épuisé son trésor. Dans une telle situation, la Seigneurie si affaiblie pouvait-elle tenter de combattre une puissance amie comme la France et victorieuse? Venise veut la paix; ceux qui s'y opposent, ce sont les rebelles. Les assassins seront punis, les populations désarmées, le sénat enfin accepte la médiation du Directoire pour ramener à l'obéissance les villes insurgées.
Je serai un Attila pour Venise, telle fut la réponse de
Bonaparte.
Le 2 mai, il déclarait officiellement la guerre par un manifeste qu'il faisait traduire en langue italienne et que le bureau de police de Milan (appelé aussi la Congrégation) avait ordre de répandre partout.
« Pendant que l'armée française est engagée dans « les gorges de laSlyrie, y était-il dit, et a laissé loin « derrière elle l'Italie et les principaux établissements « de l'armée où il ne reste qu'un peUt nombre de « bataillons, voici la conduite que tient le gouverne- « ment de Venise.
« Il profite de la semaine sainte pour armer quarante a mille paysans, y joint dix mille Esclavons... Des (( Commissaires extraordinaires sortent de Venise u même pour achever l'organisation des différents a corps d'armée. On fait arrêter en Terre Ferme tous ce ceux qui nous ont accueilUs... Sur les places, dans « les cafés et autres lieux pubUcs de Venise l'on insulte « et accable de mauvais traitements tous les Français. (( L'on ordonne au peuple de Padoue, Vicence et Vérone « de courir aux armes... Les prêtres en chaire prê- « chent la croisade,.. Tout sourit d'abord aux projets « perfides du gouvernement... (Assassinats de Padoue, « Ghiari et Valeggio)... La seconde fête de Pâques, au (( son de la cloche , tous les Français sont assassmes « dans Vérone... Pendant huit jours l'armée véni- « tienne assiège les trois châteaux de Vérone... La « maison du consul français de Zante est brûlée dans « la Dalmatie. Un convoi de guerre vénitien prend sous « sa protection un convoi autrichien et tire plusieurs <( boulets contre la corvette la Brune. Le Libérateur « de Vltalie, bâtiment de la République, est coulé à « fond dans le port même de Venise et par les ordres
« du sénat...
« Vu les griefs ci-dessus et autorisé par le titre XII, « article 328 de la Constitution de la République, et vu « l'urgence des circonstances :
« Le général en chef requiert le ministre de France « près la République de Venise de sortir de ladite
« ville.
« Ordonne aux différents agents de la République <c de Venise dans la Lombardie et dans la Terre Ferme
il,v'-
it
294 ciiuTE d'une république.
.. de Venise de l'évacuer sous ''"g.^-'l"*''-^^^^!^:;
„ Ordonne aux généraux de d^;.s.on de r^er en .. ennemies les troupes de la Répubuj^ '':^Z%tme « faire abattre dan. toutes les v.lles de la Terre Ferme « 1p lion do Sainl-Marc. »
Ï'a et de mort de la Seigneurie, le voilà dans js dispositions essentielles. Des dépêche, ultérieures, ma.. rSes apprirent aux divers généraux le rMe .ju. leur éS attrïïué dans le drame. Berthier dut par ordre du 6 mai diriger les soldats vénitiens sur la France et ?es omciers supérieurs ou subalternes au cha e^ de
Milan, «ne partie -^^jl^^^^:,^;:;;; L^^— ^^
d.waiué dan« U capital.- par l« gr«nd conse.l cl « Irn^r <»v«il .«ème déclaré. aUe*l« Bo,«>i«rlC. q« .1
tnl deTuvcmmenl au gré du vainqueur la N^.. .«"îri. déchue ! Au..i »rn«v.il.il oécc^airc de rc«.x,ycr rCmbn.«d.n,r dun W«t q.» n-cxi*lail plue, U»cn.u.
ZL ne mig«oo, ,>.« .K, ,^p<,.Klrc *^ -/^•-;^<;-
vn «.ffol .\ rcxcepli-m de» m*8«cre8 toujoow iiiexci»-
ajf i;mn:i: p,; le* .«r.icuUe. a provoq..^ P*r ...
cxcè» relaie, ph.s h.ul, reconnu* en 1>""« I'" '«
Srsl en cui Ve«i«> Mail «ulori.ée * .. défemlre^
^oôi^aicnl que 1« l«ix «vall m Heu .u ,.nx de l .nd*-
wlmaWe c-élail d« n'.voir pa* déclarer la guerre à l« Fraro apria chul- du Milanais. Ce M=«linH>nt p^.rra déplaire aux cpriU ,«rliaux. à ceux qui oseal prélc».
dre que les volontés d.. Directoire ou ici de Bonaparte i,„portaient seules; mais les patriotes, et .1 noB pas uti e d'appartenir pour cela .'. la nat.on .lal.enmi, jugeront que Venise manqua d. prévoyance. Seul. Wo avait pressenti le danger dè« 1793 et, nouu-au De.uo»thène,, avait fulminé coulrc le Philippe do sa pulr.c
une Olynlhienne.
Au fond, Bouaparl..- n- .-royait pa. exécuter se« revendications ou ses plaintes. Comun. .r. lurudaulics moments de sa carrière, il suppléait à la v r.t- par so nrestige, il cherchait à eflrayer, ol la violence de .on fangage trouvait la note évo.,uée. .1 n'ignora.t pas le. intrigues de Villetard, qui di.cré.li.ait le go,.vernemen vliL à rabri de 8e« imm.u.ité* diplomat.<,ucs. l. MM df.H>t.* •mbas.^de éUil I. «mlex-vou. non >^..lemen. d« Vénilicu mécontent*. mnU le centre d«s m ngantv Z^yrr. l'onilé de* Éi I ■ ..*«ci«Uons «nU«aUo.«lc. !tL.l li "« »«l"" û»vert à toutes le* prévarlcM.^.». rar««al .m dé,H.«er l«. «rmc. Tr.ii.o.. par leur p„«lc, U8 allaient le dcv-.nir UientM p..r leurs artnes cl «joindre à ïétraAgtr pour ruiner leur if"'/
U< OTnd conseil n'<>v«il i«w allendu l<» dcnuêrw «DKDiMC» iH«.r <lér.l>é«r. 1^ 30 avril, «ne riîunKK. *p^ îiT avait clé cx.nv«.iu*e dans lc« appartemenU privés du doge. Manin y avait réuni le* premier, dignitaire*, .tan, un but aujourdhni connu : réfomier la «.n=ajlution. U. circonsUmce. exigeaieal que chacuu «kUnuftt W» moveiiH le» pl»* convenable* de **uver la llpuUUque. il doniw. 1.^ parole ù un ancien ambassadeur fi Paris le chevalier i>ollin. Celui-c.. qu. éUu au courant de» intrigues financière» et qui savait 1 m-
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fluence qu'exerçait l'argent sur les décisions de certains politiciens français, proposa de recourir à Haller. Ainsi, celui que Bonaparte flétrissait ofticiellemcnt devenait dans le péril l'intermédiaire ofRciel. Dolfin le donnait (1 ) comme très avant dans la confiance du général en chef : il se trompait. Avec le temps le capitaine de Toulon avait changé de tactique et ses amis étaient discrètement choisis. Des vieilles relations, on n'en parlait plus qu'à bon escient; en ceci, l'intéressé avait raison. L'offre de Dolfin fut rejetée.
Vallaresso , toujours adversaire des moyens énergiques, demanda un envoi de députés à Bonaparte pour traiter du gouvernement. Des dépêches de Gondulmer, général chargé de défendre l'Estuaire, ayant parlé d'une attaque de la capitale par les Français, Manin s'écria : Cette nuit même nous ne serons pas en sûreté dans notre Ht! « Sta notte no semo sicuri ne anche nel nostro letto. » Deux patriciens, Donato (Pierre) et Ruzzini crurent qu'il fallait conclure une trêve « in fuori délia difesa » ; on s'entendrait après sur les conditions de la reddition. Gondulmer, le parti de la résistance l'emportant, eut ordre de repousser la force par la force. Le doge promit d'exposer au grand conseil la situation au 1"' mai; il était trop tard.
Le procurateur de Saint-Marc rédigeait cette décision les larmes aux yeux lorsque, cédant à ses impressions, il prononça ces paroles mémorables : Je vois que c*en est
(1) Le texte du procès- verbal porte : « Quello in fatti che fra tanti in baparso el piu addatla, xe.appuntode tornar a rinovar 1 ainicizia con sto M. Haller, eseguindo corne ho fatlo una visita alla sua casa. »
fait de ma patrie, « Vedo che per la miapatria laxe finia. » Je ne puis lui porter secours; mais un galant homme trouve une patrie partout, il faut aller en Suisse.
Le l*"" mai cependant, la Seigneurie s'assembla au au palais ducal. Environné de soldats et de canons, l'asile de la grandeur vénitienne fut témoin des seules scènes qui pussent honorer la fin de cet Etat. Le doge énuméra les événements, qui depuis l'origine de la Révolution française, avaient signalé la politique de cette nation et celle de Venise. Il signala les phases qui eussent permis à sa patrie de recourir aux armes et de tenter le sort des batailles. Les forces réunies de l'Empire, de la Sardaigne et de Naples n'avaient pu former pour l'Italie une barrière infranchissable. Aujourd'hui le moment est venu où la France peut tourner ses victoires contre Venise.
A ce tableau, Manin éclata en sanglots. Le mystère qui environne les négociations de Léoben ne peut que nous imposer un grand malheur, ajouta-t-il. Venise est fermée par mer et pressée de tous côtés par les troupes françaises, on ne peut tenter les hasards d'un blocus et ses conséquences. Au nom de l'amour de la patrie acceptez nos propositions, traitez avec l'arbitre souverain des Français en Italie pour modifier la constitution de Venise.
Le désespoir fut la réponse des vieux patriciens. Par cinq cent dix-huit voix contre vingt et une, la motion ducale fut approuvée.
Pendant que Venise était en proie à la douleur et redoutait l'écrasement du vainqueur, il se passait à Trévise un événement rare alors. Marchant sur Venise, Bonaparte invectivait sur son passage les dignitaires
accourus au deva;!. de lui. Les dépulésécnvaient S Me 30 avril, qu'ils avaient toutes d.^u te. a^^^^^ rejoindre , tant U accéié-^it - voya.^^^^^ ^it .
raTrcr:V:;i aÏ.r ;ensato di ponar.
possa lermai t nrovédileur Giustiniani n ac-
cola ad aspettarlo. » Le proveuncui ^lUp.ir^;
::~frl a e TZl que les ordres de la Sei- ^;e„ri: l'aient contenu la fureur des soldat^ vemUe • La mort de Laugier n'était .mputabh^ qu a son lence- n'avait-il pas enfreint les lois du pa>s. 'Bonaparte ordonna à 0-stiniani de sort.r « présence et de quitter la provuice s .1 "«;;" '^ J^^ mis à mort Giustiniani répliqua avec courage . Le sénat TconM révise à ma foi. Je ne puis ni ne oeu. sorU Irréviie que par son ordre; la mort na r,en gunnef- 'n: fermenté du provéditeur Ven^porta le genen. ni promit de respecter ses biens maigre la destruction q illïï afteindre la fortune des maisons patriciennes Siusliniani repoussa cette offre --^flJ^^^ caractère, fêtais tami des Français, dit-il, parce que je ZT/tait leur ami; j'eusse été kur ennerm si le senal aval été lui-même. Puis, il s'offrit en otage pour e alul public, déclarant que Bonaparte ne serait pas un héîos s'il refusait ses propositions. La patrie perdue, l'état perdu pour lui; il n'acceptait rien de ce m I vtlai entrera Venise en conquérant et enlenda t
'partager avec tous les siens les ^^^^^S;^^^ çaise. Que valait la fortune auprès de la liberté et
l'indépendance !
Le peuple vénitien, partagé entre l'honneur et ce qu'il croyait ^re son intérêt , ne résistait pas , faute d'instructions, à la honte qu'il y avait à tout attendre du concours dél'étranger. Villetard, toujours présent à Venise, avait augmenté le faible parti populaire à la tête du- (|uel s'était longtemps montré Pisani. Un Tiepolo, un Dandolo, un Spada, soucieux de sauver Venise en réformant sa constitution, pleins de foi dans la parole de Bonaparte, secondaient le mouvement. Battaglia, Pierre Donato, Vallaresso, Grimani (Jacques), Bembo, Dolfin, appuyaient ceux d'entre eux qui se montraient plus actifs. Tous ces novateurs étaient divisés en novaleurs trompeurs et trompés ; c'est à peine si la tête du digne Pesaro réclamée par le vainqueur de la neutralité et sauvée cependant put leur ouvrir les yeux sur l'œuvre impuissante qu'ils poursuivaient.
De Venise et de Paris, des avis sûrs avaient fait craindre par Grimani et Querini que les mouvements de Terre Ferme eussent pour but de créer des troubles d'où sortirait la ruine de lÉtat. Le nouveau parti fut peu perspicace, car il aurait reculé devant une complicité même apparente, « in vista délie correnti dolentis- Hime circoslanze ». Il ignorait quant aux masses les intentions de Bonaparte alors à Milan. Deux députés y étaient venus , envoyés officiels de la Seigneurie avec Mocenigo pour conseil. Ils le prièrent d'indiquer les conditions de la paix et quel serait le nouvel équilibre de l'Europe avec le concours de Venise : « Il concorso délia RepubblicaVenetaaghoggetti délia nuovabilancia polilicache laFrancia credera di dare al l'Europa degni V. E. indicarlo. » Que répondit l'interpellé?
Le salut de Venise, porte la correspondance de ces derniers, dépend de l'abolition du palriciat^et de l'établissement de la démocratie sous toutes ses formes. Bonaparte le veut ainsi et Haller aifirme qu'il s'arrêtera là (1). Mais le banquier véreux demandait pour l'obtention du succès une gratification de six mille sequins, habilement distribués par lui. La mémoire de Bonaparte n'a pas à être défendue de l'infamie de Haller, ses' responsabilités sont autres et tovtes diplomanques... Un juif cependant perçut cette somme qui parvint entre les mains du financier devenu homme
d'État!...
L'acceptation d'un gouvernement démocratique ne put sauver Venise. Le général en chef posa d'autres bases de discussion lorsqu'il eut vu ce qu'il supposait irréalisable admis. Le grand conseil devrait organiser lui-même le nouveau gouvernement, injure inattendue. Ses troupes enfin entreraient dans Venise pour établir que roccupation de cette capitale avait été sollicitée par elle et non exécutée par l'étranger. Ainsi, nos troupes se seraient emparées des forts, de l'arsenal, du palais, ducal, des propriétés publiques. A cette honte, le vainqueur en ajoutait une autre : une négociation mensongère. Chaque jour il recevait les représentants de la Seigneurie, il négociait publiquement avec eux, au moment où il ordonnait à ses généraux de recourir à la force.
(1) Ce que disait Dollin dans son inlervenlion importe ici. « Presento dunque alla consulta sto progetto perché se la fosse persuasa de interponer sta persona che ga lutta lainicizia e Ui relazion più strelta col générale Buonaparte. m
Un Morosini protesta contre ces actes, les lâchetés de Condulmer furent signalées par lui. Mais les agissements de Villetard suivaient leur cours; une égale duplicité animait les paroles et les promesses de notre état-major à Milan, de notre ambassade à Venise. Une lettre de Haller sur les dispositions du général en chef fut habilement répandue par les principaux inspirateurs du parti populaire. On y parlait de mettre fin aux droits héréditaires et traditionnels, de créer un système démocratique et d'établir un gouvernement représentatif; si la Seigneurie n'agissait pas d'elle-même et de suite, Bonaparte viendrait l'y contraindre en personne! Pourquoi faut-il trouver le nom de Battaglia parmi ces dupeurs de leur patrie ?
Venise, qui avait conquis Gonstantinople, chassé d'Italie un roi de France et un empereur, deux fois maîtresse de la Morée, souveraine des îles Ioniennes, l'antique dominatrice de l'Adriatique se vouait à l'impuissan ce depuis cinq années !
Condulmer désarma les lagunes ; le 12 mai, le jour se leva sur l'anéantissement de la Répubhque. Les lagunes pas plus que l'Estuaire ne pouvaient servir à sa défense, c'est par terre qu'on devait y entrer. Les protestations de Bonaparte contre les menaces faites par la désignation de provéditeurs spéciaux n'avaient aucune valeur autre que celle d'accumuler des griefs et de grossir un réquisitoire assez sonore-pour tromper. Les preuves manquent à l'appui de tant d'assertions. Ce qui ajoute aux mauvais côtés de ces agissements,ce sont les moyens employés. Mocenigo avait écrit d'Udine le 1^^ mai que la femme du général Baragueyd'HiUiers s'était offerte a
t,..jssmssm
lui pour intervernir, « si offerse di corrervi sul momenlo per impiegar tutta la sua intluenza par offrir lutte le sue conoscenze a servizio ». Nous avions fait annoncer une révolte des Esclavonsel, pour faciliter l'avènement de la démocratie au pouvoir, nous excitions le peuple de la capitale à la révolte. Les papiers officiels relataient qu'on aurait à combattre seize mille insurgés, dans Venise même.
Voilà ce que le vainqueur appelait une entrée pacifique, un appel national!
Qu'importe la lecture des ordres de la Seigneurie réglant méthodicpiement la conduite à tenir [)ar ses chefs de troupes soit dans l'estuaire, soit h l'arsenal, soit dans les forts et les passes! Rien ne pourra désormais conjurer la perte de la République. Gomme dans une certitude inflexible, le doge s'écriera durant la dernière assemblée générale de la seigneurie : SI j'en croyais mes sentiments je déposerais les signes de ma dignité Je m'éloignerais au plus vite de ce palais et j'aurais déjà remis aux chefs de la révolution les rênes du gouvernement (1). La démocratie triomphait. Le discours de Lodovico Manin attesta les conjurations contre la patrie, les désirs du général eu chef des troupes républicaines, les avantages promis, le gouvernement représentatif.
Les Esclavons irrités abandonnèrent Venise et s'embarquant sur le quai qui porte leur nom, au pied de
(1) Ces pai oies apiJHitkMiiu'nt à l'histoire. « Se cosi fosse creduto deposle le ducali insegne si sarebbe allonlanato tantosto dal palazzo e avrebbe depositato in rnano dei capi délia rivoluzione le redini del governo. »
ce palais qu'ils auraient voulu honorer par leur résistance, saluèrent la seigneurie en déchargeant leurs arme^. Les soldats de San Zacharia^ leur rendirent le même honneur ; les intrigants en profitèrent pour semer l'alarme dans la réunion. On veut égorger le doge, dirent-ils, eux qui se joignaient à l'étranger pour écraser le gouvernement légal. Les patriciens ne poussèrent qu'un cri : Aux voix, et le nouveau régime fuU^te par cinq cent douze suffrages contre vingt, et cinq bullelins nuls. ,
Le décret d'adoption (1) déclara que pour sauver la religion, la vie et les biens des sujets de Venise; pour écarter tout péril révolutionnaire; pour ménager les intérêts des patriciens déchus de leurs pouvoirs politiques; pour garantir le trésor et la banque, le grand conseil adhérait aux délibérations exposées plus haut des 1" et i mai sanf V approbation de Bonaparte. Les magistral* restaient chargés des affaires.
Le tableau de Venise à ce moment fut dramatique. Les patriciens se divisèrent; les uns se rendirent auprès du (loge déchu pour pleurer avec lui sur le sort de la République, les autres se répandirent dans a capitale s'ccriant: Il n'y a plus de Venise. Les emblèmes de Venise furent abattus par l'ordre de Manin qui entendait les soustraire à l'imprévu des circonstances et peut-être à la ..olère ou aux outrages (2). Une partie du peuple les arbora sur la place de la catlvedrale, te-
a) Voir aux Pièces juslificalives le texte publié alors. (2) Condulmer accusa de révolt* le corps entier de ces troupes; cetail une conlre-vérilé absolue.
moin de tant de gloire et poussa le cri de guerre, Vive Saint-Marc. Une véritable panique s'ensuivit, le courroux fit place à Témeute, et Villetard lui-même dut se réfugier chez le ministre d'Espagne, {)uis il accusa ses collègues d'Angleterre et de Russie d'avoir excité les troubles et pria de mettre un terme à tant de férocités! L'histoire n'accepte pas ces accusations et doit les retourner contre son auteur.
Le 17 mai au matin, quatre mille Français, placés sous le commandement du général Baraguey d'Hilliers, campèrent, par ordre expédié le i3 de l'élat-major, sur la place Saint-Marc. La modération la plus entière leur était recommandée. La flotte vénitienne avait servi à leur transport. Depuis quinze siècles Venise n'avait pas vu de soldats étrangers... Bonaparte avait dit vrai, il était devenu un nouvel Attila î
On connaît les noms des patriciens illustres qui honorèrent avec Giusliniani , Mocenigo , Foscari et Grimani, leurs noms glorieux déjà. Oui, certes, ces hommes courageux avaient le droit d'appeler sediziosi ed incendiarii ceux qui avaient préféré à une chute digne une entente par duplicité. Certains de leurs adversaires ont mérité le nom de traditorij quelques autres ne furent que des égarés des machinations de Landrieux ou de Villetard. Une adresse des successeurs de la Seigneurie appela les Lombards à partager leur joie (l). Ils osaient nommer l'oppresseur des États vénitiens // Eroe del secolo.
(l) Voir aux Pièces justificatives le texte de l'adresse aux Milanais transpadans.
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Venise succombait. Elle n'était donc plus la Vergine immacolata per tanti secolil Mais elle pouvait dire avec orgueil que son serenissimo principe, le continuateur des traditions de l'année 697, Lodovico Manin, méritait devant rhistoire le surnom iXintimorito il Doge (l).
(I) Une municipalité remplaça la Seigneurie et députa Batlaglia à Paris comme ambassadeur du nouveau gouvernement près le Directoire. On trouvera ses pouvoirs aux Pièces justificatives, nous discuterons le traité du 16 mai au chapitre relatif à Campo-Formio.
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