‹ Chute d'une république [microform]. Venise. D'après les archives secrètes de la républiqueChapitre 4 sur 48 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

campagne de 1796 par Bonaparte.

I. L'Angleterre ouvre de fausses négociations avec la France. — Vues du Directoire sur l'Italie. — Le général Bonaparte commande l'armée d'Ilalie. — Expulsion du comte de Lille de Vérone. — Armistice de Clierasco et paix avec la Sardaigne.

II. Proclamation de Bonaparte. — Du transfert des chefs-d'œuvre de l'art à Paris. — Les ducs de Parme et de Modène s'allient à la France et dans quelles conditions. —Bonaparte conçoit la pensée de sacrifier la République de Venise. — Le maréchal Wurmser tente de recouvrer les possessions autrichiennes, et, après Castiglione, se jette dans le Tyrol. — Le Piémont et le Directoire. — Les batailles d'Arcole et de Rivoli entraînent la chute de Mantoue et la fin de la campagne. — Bonaparte occupe les provinces de Terre-Ferme au mépris des traités.

Instruits par la Prusse de ses négociations effectives avec la république française, les cabinets des puissances coalisées connurent enfin la pensée exacte de leur ennemi, telle qu'elle avait été formulée à Baie par son plénipotentiaire : Ce n'est pas une trêve quil faut à la France, mais ses frontières naturelles. Elles résolurent de mettre à profit cet avis. Soit pour se procurer des délais, soit pour légitimer leurs armements, nos adversaires

cnuTE d'une république.

recoururent eux aussi aux négociations. La politique traditionnelle de la France, suivie avec une fidélité rare par le nouveau gouvernement, était de se procurer même par la guerre ses frontières naturelles des Alpes aux Pyrénées, de la Méditerranée au Rhin. Or, ce que l'Angleterre et l'Autriche n'entendaient approuver à aucun prix, c'était cette politique; la persistance de leurs vues datait en ceci de la célèbre Ligue cT Augsbourg . Les excès reprochés à la révolution n'étaient pas faits pour tempérer en 1795 les préjugés de 1088. Ce fut cependant l'Angleterre qui fit la première ouverture en ce sens. Était-elle sincère? qui oserait l'affirmer? Le cabinet de Londres d'accord avec son représentant à Berne, lord Wickam, fit des offres officieuses mais dépourvues d'autorité ou plutôt pleines de ruse. Au fond, on ne voulait que gagner du temps et rejeter devant l'Europe trompée l'accusation de la rupture sur les infâmes républicains.

Le ministre anglais écrivant directement à son collègue Barthélémy demanda si la France consentirait à traiter avec sa cour et ses alliés afin d'aboutir à une paix générale ayant pour but la justice dont les intérêts réciproques seraient la base. Il offrait un congrès tenu dans une ville au choix des deux parties et sollicitait un exposé préalable des conditions préliminaires de la France à soumettre à l'examen de Sa Majesté Britannique et de ses alliés. Prévoyant la possibilité d'un refus ou de dissidences graves, il désirait connaître celles qui leur seraient substituées. Transmises cà Paris, ces propositions y soulevèrent des colères que la suite des événements a expliquées et justifiées. Barthélémy reçut Tordre

de protester contre un acte cauteleux dont fauteur avouait lui-même n'avoir aucune mission , ce qui infirmait la sincérité du cabinet de Londres. Demander la paix par un congrès quasi européen, c'était rechercher à ses yeux une source intarissable de discussions inutiles. Le gouvernement anglais prouve qu'il veut se ménager la faveur acquise à celui qui, le premier, parle de paix. Son langage atteste l'espérance d'une inutilité assurée. La constitution de la république s'oppose au démembrement d'aucun des pays incorporés à son territoire. Les autres conquêtes peuvent seules faire f objet des futures négociations. Le gouvernement anglais ne voulut pas rester sous le coup de cette réponse claire, décisive contre lui et blessante pour son mandataire réel. Il ne comprit pas qu'une réplique trop dure serait un aveu, et cet aveu il le fit, quoiqu'il parût parler dans le seul intérêt de ses alliés. Il repoussa les doctrines des républicains sur les frontières naturelles et sur les délibérations à tenir relativement aux pays occupés. La guerre, conclut-il aussitôt, est la seule voie ouverte aux amis de la paix! La manœuvre toute perfide qu'elle fût avait abouti. Les espérances conçues prirent fin dès leur naissance et les hostilités furent rouvertes de fait. L'Angleterre l'emportait encore dans le conseil des nations. Les puissances intéressées apprirent la fin de ces pseudo-négociations sans en être trop surprises; mais leur conseil y joignait (\er^ corollaires pratiques : de nouveaux subsides. Ainsi, la paix était déclarée hautement impossible avec le gouvernement faussement régulier qui s'appelait le Directoire. Et cependant, ce gouvernement était reconnu officiellement par la Suède

redevenue amie à la mort de Gustave III, par le Danemark toujours fidèle à notre alliance; par la Prusse, au traité retentissant de Baie ; par l'Espagne, parente de la maison détrônée à Paris; par la Toscane, éclairée par ses vrais intérêts; en Italie, enfin, par la république de Venise; au delà des Alpes, par la Suisse, et sur le Bosphore par la Porte î Si la paix était impossible, c'est que la guerre était indispensable et il fallait y montrer d'indomptables efforts. Les coalisés ne voulurent pas réfléchir que l'Angleterre cherchait Tempire maritime et que, à la faveur de ses préjugés monarchiques ou d'équilibre sur le continent, elle voulait gagner la domination sur les mers. On sait si elle y parvint. En cela du moins , les doctrines fausses du Blocus continental, proclamées par la Convention à la voix de Barère, en 1793, étaient \Taies en ce sens qu'elles avertissaient l'Europe du danger réel, opposé à celui que la France ne pouvait imposer à l'Europe.

Mais l'Autriche, de son côté, n'entendait pas renoncer à la rive gauche du Rhin qu'elle possédait effectivement par son influence, quoiqu'elle affectât, depuis 4658, de l'appeler la rue de la France en Allemagne. La guerre fut donc décidée de nouveau, et l'Italie destinée à en supporter à peu près seule le poids, parce que l'Empereur entendait conserver le Milanais et le Mantouan.

Quelle était la situation des princes italiens? Le roi de Naples combattait seul pour l'intérêt général, le pape restait fidèle à son passé , Venise attendait tout de sa neutralité désarmée. Gênes restait sur l'expectative neutre mais armée, le grand- duc de Toscane comptait sur son traité avec la France , les duchés de Parme et

de Modène n'étaient ni en paix ni en guerre et leur sort dépendait des événements ultérieurs.

Le Directoire envisageait au-dessus de tout l'occupation de l'Italie, qui lui apparaissait comme le gage nécessaire à la paix, soit pour la conclure avec la cour de Vienne, soit pour y trouver des compensations territoriales, les unes prévues, les autres à naître. Conclure avec l'Empereur ce serait, pensait-il, troubler à la fois l'Italie, l'Allemagne, n'avoir plus devant soi que l'odieuse Angleterre expulsée des ports européens, trouver une base plausible d'échange contre les Pays-Bas et entraîner les États secondaires à une entente générale. Ce projet était capital, le Directoire allait se permettre tout pour y parvenir et donner au dehors comme au dedans de sinistres exemples.

Les hostilités sourdes ne devaient pas tarder à se produire contre Venise elle-même, indiquant le but ténébreux que dissimulait un langage encore obscur. Le sénat oublia que si elle était voisine de l'Autriche et enclavée par elle, Féloignement de la France était un gage de sa sécurité, jamais l'Empereur n'aurait osé demander sa perte et il ne pouvait que Taccepter du vainqueur. Les publicistes sont aujourd'hui d'accord sur ce point, le Directoire ne pouvait donner le Milanais à la maison de Savoie qui le convoitait avec un droit absolu sans offrir à l'Autriche des compensations. Où les prendre, du moment où l'on admettait la théorie des compensations, fait monstrueux si l'on remonte aux origines de la guerre et à ses désastres consécutifs en 1797 ? Il est regrettable que les historiens aient partout admis cette possibilité d'entente sans la discuter.

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Elle est devenue une sorte de symbole de foi et nous sommes, croyons-nous, le premier à nous élever contre une pareille prétention. C'était reconnaître au vaincu un droit (|ue Ton n'a plus retrouvé dans les consécrations de la défaite, celui de traiter d'égal à égal avec le vainqueur. L'erreur de vouloir conserver la Belgique en entier à titre de département conquis avec la Hollande dont on dépouillait par des programmes factices le stathouder allait entraîner des conséquences iniques. L'Italie devait solder l'acquisition du Rhin et des provinces au nord de la France sans respect pour une diversité d'intérêts, de mœurs et de langage qui prédisaient les incertitudes de l'avenir. La péninsule était une proie dont les partis hostiles jouaient avec une certitude à la fois odieuse et provocatrice!

Les trames des diplomates français ne restèrent pas tellement dans le secret qu'il n'en transpirât quelque chose , a-t-on dit, et on a cru les pénétrer dès le début de la campagne de 96. En ceci, c'est pousser la clairvoyance trop loin, et le Directoire est assez coupable dès Léoben pour qu'il soit inutile de le surcharger à plaisir. Bien plus, s'il eût laissé deviner ce dessein aussitôt, il se serait préparé les plus graves difficultés en Italie ; il aurait facilité le relèvement etl'extension de la coalition, et donné àVenise la dernière inspiration qu'elle ait eue : préparer une résistancesans merci qui n'aurait pas été sans gloire et qui, les événements nous autorisent à le croire, l'eût sauvée. On a voulu , sans preuve, voir dès le début des opérations des projets qui n'ont été un instant inspirés que par la durée de la guerre.

Non, le général Bonaparte n'est point parti avec

Tordre d'anéantir Venise, comme l'établira la suite de ce récit. Chasser l'Autriche de l'Italie était précisément le but que l'on poursuivait à Paris et on le poursuivait depuis 1792. On n'y avait jamais failli; or à quel résultat parvenait-on en l'installant à Venise? A l'y enraciner et à lui donner une ligne de frontières merveilleuse parleTyrol, de Vérone à Trente I A menacer par le flanc la Lombardie, à inquiéter le succès même des négociations, à faire trembler le roi de Sardaigne sur sa nouvelle province, à poser le germe de divisions et dissensions sûres sans satisfaire aucun des intéressés. Cette opinion est indéfendable, et l'indignation la plus respectable a des limites.

Parmi les vexations dont le Directoire imposa l'opprobre à l'Italie, il en est une qui est regardée comme une violation du droit des gens, de ce droit que les Romains avaient défini '.jus a quo gentes humanse utuntur. En réclamant l'expulsion du comte de Lille du territoire vénitien, le gouvernement français était inutilement cruel. Le sang de sa famille répandu, et les persécutions dont cet acte avait été accompagné obligeaient à une réserve absolue. Continuer à poursuivre le chef des Bourbons, c'était non appeler sur lui une pitié universelle , qu'il ne sollicitait pas et qui ne lui ;nanquait point, mais le désigner aux excitations de la Vendée, aux ardeurs du parti royaliste renaissant, faire de lui un prétendant redouté au lieu d'un proscrit ignoré. La conscience publique allait incriminer, à défaut de celle des couronnes, beaucoup plus égoïste, la conscience des régicides. Ces hommes, qui faisaient trembler l'Europe, tremblaient au milieu de leurs victoires

devant un nom diffamé ! De Paris arrivèrent un jour des plaintes contre celui dont le manifeste d'avènement n'avait pas été imprimé dans l'étendue des États où il avait accepté la dignité royale après la mort de Louis XVII ; mais était-il en son pouvoir ou dans sa dignité de repousser les hommages de l'Espagne, qui avait accrédité auprès de lui un ministre, ceux de la Russie et de l'Angleterre. Le sénat et le doge n'avaient reconnu en lui aucun caractère public et ne l'avaient jamais traité comme tel. L'Espagne, au contraire, et malgré sa paix, lui donnait ce titre et le reconnaissait publiquement comme tel sans attirer contre elle des récriminations violentes ou simplement officielles. Pouvaiton promettre l'Espagne à qui que ce fût? Là est le secret du silence. On ne vend que les vaincus ou les désarmés calomniés et bafoués. Avant de perdre Venise on réussit à l'avilir : calcul sans nom !

Le 1^' mars 1796, Delacroix écrivit à titre de ministre des relations extérieures à l'ambassadeur Querini que Louis-Stanislas-Xavier se disait Louis XVIII et roi de France, à Vérone. Ces appellations le rendaient indigne de l'hospitalité du sénat et à ce titre le Directoire demandait formellement son expulsion des États vénitiens. Sans cela, le principe de la neutralité serait violé. Il n'y a pas de neutrahté, estimait-il , qui pût supporter une telle violation. Un roi imaginaire et une république victorieuse ne sauraient coexister, ces deux incompatibilités s'imposent. Pour donner plus de poids à cette réclamation où l'on parlait du comte de Lille comme ayant formé une cour où les chefs de l'émigration se donnaient rendez-vous publiquement on ajou-

tait que les troupes autrichiennes avaient obtenu un passage sur le territoire de la république. Ce dernier grief, s'il était exact, aurait dû être l'objet d'une dépêche spéciale ; mais on relevait la faiblesse du premier argument par le second.

Le sénat consulté décida à une forte majorité l'éloignement des princes, malgré les appels du procurateur Pesaro au droit des gens. A Paris , Querini invoqua contre l'imputation du passage des troupes l'existence d'une convention spéciale qui régissait cette matière et qui était de beaucoup antérieure à la guerre actuelle. Il fut peu écouté, le but des directeurs était atteint : se plaindre toujours, on verrait plus tard le parti à en tirer. Le ministre Lallement eut ordre de presser la décision des sénateurs. Le succès dépassa les espérances; le comte dut partir avec ses suivants, malgré les protestations faites à Paris par un membre de l'ambassade dans un journal l'Ami des lois où l'on invoquait la neutralité, le respect dû au malheur, et l'infortune traditionnelle des exilés politiques. Chaque nation n'a-t-elle pas les siens? De quel droit imposerait-on à Venise de n'être plus une terre hospitalière ? La force l'avait cependant emporté.

Tout prouvait, du Ponant à Venise , que les jours les plus malheureux étaient venus pour l'Itahe. De la dureté de la coalition et de sa constance, la France allait apprendre qu'elle pouvait impunément prétendre à une inflexibilité égale. La liberté devait emprunter au despotisme ses formes, la spohation, la calomnie, le pillage parfois, les fausses promesses, les adulations secrètes. Devenue un instrument de puissance et

bientôt d'oppression, cette liberté allait se déshonorer par ses actes en dehors des grandeurs du champ de bataille, tour à tour licencieuse, perfide et tyrannique. N'allait-elle pas tomber sous le joug militaire, de tous le plus cruel? L'armée française traversa, à la fin de mars, les passages célèbres des Apennins, toujours stériles et incultes, sous la conduite d'un chef jeune, et d'une ambition sans limites. Audacieuse et rapide, enivrée par les exploits de Loano , séduite par la pensée de voir ces contrées célèbres, cette armée était riche en courage et en volonté, et sûre de ses généraux par la fin de la Terreur. Ses ennemis, elle les connaissait et ne doutait pas de la victoire, jalouse aussi d'éclipser laglorieuse phalange qui combattait sur le Rhin, sur la Meuse et sur la Sambre.

La campagne débuta, dès l'arrivée du nouveau général en chef, par une de ces proclamations qui deviennent historiques. Nous n'avons pas à la redire, la rappeler suffit. L'honneur et la gloire, le respect des propriétés et des personnes, le mépris de la mort, la haine des rois, la grandeur du nom français, le salut de la république, la liberté à donner à l'Italie, ce fut par ces invocations élevées et menaçantes que Bonaparte enflamma ses troupes. Il les appelait aux plus hautes entreprises, il faisait vibrer des cordes jusqu'à lui inconnues en les nommant des héros. On dira de vous un jour, il était de T armée (V Italie, Devenue irrésistible, cette armée ne connut que des victoires, Montenotte, Cosseria, Millcsimo, Dego, Mondovi, Cherasco, redirent à la coalition la chute du Piémont. Des aventuriers habiles et choisis soulevèrent les populations sur

nos pas par leurs appels passionnés. Nos armées venaient rompre, disaient-ils, les chaînes de la servitude. Turin plus eff*rayé par ses désastres que par des pamphlets sonores et vides réunit un conseil de gouvernement. Gomme toujours des avis divers y furen» manifestés, le sentiment du cardinal-archevêque de Turin hostile à l'Autriche l'emporta. Cette puissance ne pouvait, disait-il, off*rir aucun dédommagement pour la Savoie et le comté de Nice. La France est puissance frontière et son adversaire presque à l'abri de ses coups. La guerre, fertile en espérances, l'est plus encore en maux de toutes sortes avec la république; le mieux est d'obtenir la paix. S'il n'était pas compatible avec l'honneur militaire, cet avis était celui de la prudence politique. On en reprocherait moins l'adoption à la cour de Sardaigne, si le Directoire se fût plus tard respecté à l'égard de son vaincu. Malheureusement, la conduite diplomatique de ce pouvoir, dictatorial de fait, fut rarement loyale; nous parlons des aff'aires

d'Italie.

Les plénipotentiaires sardes s'étant rendus à Gênes pour y traiter avec Feypoult trouvèrent ce ministre sans ordres et durent courir à Paris. Une trêve ayant été signée dans la ville de Cherasco, Bonaparte se prépara à passer le Pô. Les coalisés n'apprirent pas sans colères les conditions de cette trêve qui rendait la France maîtresse du Piémont et acheminait ce pays vers une paix rapide d'où naîtrait peut-être une alliance ofl'ensive et défensive. Ils s'indignèrent avec ruse, accusèrent un prince trop fidèle de n'avoir dans les revers ni la constance ni la fidélité de ses ancêtres. Une défaite

CnUTE D UNE REPUBLIQUE.

n'aurait pas dû suffire à lui faire déposer les armes. Ces paroles arriéres étaient injustes, Bonaparte eût écrasé l'armée piémontaise ; car il était placé entre cette nécessité ou un retour honteux qui l'eût déshonoré. Entre ses adversaires et lui, la postérité a décidé ; on ne discute pas avec le génie militaire, on le subit ou bien on l'abat.

Un patriote éclairé Ta avoué plus tard ; le langage tenu à Bonaparte, à Raconigi, par le duc d'Aoste honora la maison de Savoie. Au nom du roi son père, ce pitnce se montra politique; ce fut là une abnégation de sentiments personnels profitable à l'État. Le général en conserva un tel souvenir que Botta a écrit sans trouver de contradicteur ces paroles graves : « Il conserva toujours une affection particulière pour la maison de Savoie et si, par la suite, elle ne parvint pas à se relever, ce fut plutôt sa propre faute que celle de Bonaparte. » Celui-ci entretenait la confiance des ministres dans des conférences secrètes et les exhortait à rassurer leur souverain. Si la France n'a plus rien à craindre, disait-il, les revers du Piémont deviendront pour lui une source de prospérité. Ne vous effrayez point des zélateurs de la liberté. Ils ne se permettront aucune entreprise dans les Etats du roi, tout acte de cette nature serait puni sans délai. Pendant ces assurances, le Directoire imposait sa paix et des conditions d'alliance signées le 15 mai.

Le roi de Piémont abandonnait à la République le duché de Savoie et le comté de Nice, à l'armée une série de forteresses sur les Alpes et Alexandrie si Bonaparte le jugeait nécessaire à ses desseins. Les émigrés, poursuivis sans relâche, devaient fuir les pays occupés

par nous ou alliés, le roi paierait les frais de la guerre et nous fournirait des vivres. Ces conditions étaient injurieuses, surtout en ce qui touchait les forteresses Le Directoire apprenait à tous le traitement qu il allait infliger aux petits États ou du moins à ceux qu écraserait sa supériorité. Agir ainsi, c'était avilir son ennemi et non l'affaiblir; l'aveuglement causé par la continuité de l'état de guerre peut suffire à expliquer ce traité de la part de la France, jamais il ne sera justihe. La paix, affaiblissant la coalition au point de ne laisser aux Impériaux que les soldats napolitains, eût dû suffire. L'armée autrichienne était donc seule exposée a 1 impétuosité de l'armée française que renforcèrent bientôt de nouvelles divisions, accourues avec enthousiasme au récit de tels exploits. L'Italie était pour les nôtres le pays de toutes les merveilles et la plus belle partie de r Europe. Les bivouacs de l'armée du Rhin redisaient sa gloire et l'enviaient en secret, nobles passions de la guerre si un gouvernement corrupteur n'eût imposé a ces fiers soldats l'écume du parti terroriste pour s enrichir et voler impunément!

Homme d'action, Bonaparte s'était bientôt lance a la poursuite de son rival autrichien, Beaulieu et lavait successivement rejeté sur le Mincio, chassant 1 archiduc de Milan. La population de cette ville magnifique 1 accueillit vainqueur, non en général d'une armée républicaine, mais en roi. Les éloges lui furent prodigues

CUUTE D UNE RÉPUBLIQUE.

en d'innombrables écrits et il fut célébré comme un Annibal et un Scipion. La liberté, il la promit à titre de conquête, comme prix du sort des batailles, ennemie du luxe et de l'oisiveté, ne se donnant qu'aux forts et aux magnanimes. Sa proclamation du 20 mai, un incomparable chef-d'œuvre, peint les pensers qui l'animaient alors et l'ont fait si terrible plus tard.

« Soldats, s'écriait-il, vous vous êtes précipités « comme un torrent du haut de l'Apennin ; vous avez. « culbuté, dispersé tout ce qui s'opposait à votre mar- « che. Le Piémont délivré de la tyrannie autrichienne « s'est livré à ses sentiments naturels de paix et d'a- « mitié pour la France. Milan est à vous et le pavillon « républicain flotte dans toute la Lombardie. Les ducs « de Parme et de Modène ne doivent leur existence « pohtique qu'à votre générosité. L'armée qui vous « menaçait avec tant d'orgueil ne trouve plus de bar- « rière qui la rassure contre votre courage : le Po, le '< Tessin, l'Adda n'ont pu vous arrêter un seul jour ; « ces boulevards si vantés de l'Italie ont été insuffi- « sants; vous les avez franchis aussi rapidement que « l'Apennin. Tant de succès ont porté la joie dans le (( sein de la patrie, vos représentants ont ordonné une « fête dédiée à vos victoires... Oui, soldats, vous avez « beaucoup fait... La postérité nous reprochera-t-elle « d'avoir trouvé Gapoue dans la Lombardie?... Eh (' bieni partons... Mais que les peuples soient sans inquiétude; nous sommes amis de tous les peuples et « plus particulièrement des descendants des Brutus, « des Scipions et des grands hommes que nous avons « pris pour modèles. Rétablir le Gapitole, y placer

« avec honneur les statues des héros qui le rendirent " célèbre, réveiller le peuple romain engourdi par plusieurs siècles d'esclavage; tel sera le fruit de vos . victoires : elles feront époque dans la postérité. Vous « aurez la gloire immortelle de changer la face de la (( plus belle partie de l'Europe! »

L'armée salua par des acclamations qui touchaient au délire ce langage où elle reconnaissait un homme de génie. La coalition en fut terrifiée, et l'Italie partagea sur ce point, et selon ses provinces, l'impression des deux partis en présence. C'étaient bien des temps nouveaux qui étaient nés. Novus nascitur ordo, avait dit Mirabeau dès le 5 mai 1789 ; Bonaparte allait graver son immortelle devise par ses victoires sur les monuments les plus rares du génie humain dans la civilisation et dans les arts, et entrer par son épée dans ce Gapitole où il conviait ses lieutenants.

Maître du Piémont, établi dans la capitale des Etats héréditaires italiens de la maison d'Autriche , le vainqueur entendait franchir le Mincio, et, par Roveredo, rejeter les impériaux au delà du Tyrol, seul moyen de leur fermer les passages des Alpes Rhétiques. Les desseins du Directoire sur l'Italie ressortent du texte de ses instructions. Impitoyable pour le Milanais, il osait écrire à Bonaparte : « H faut que les canaux et les grands établissements publics de ce pays, que nous ne conserverons pas, se ressentent un peu de la- guerre; mais soyons prudents. » Il ne lui suffisait pas de lever des contributions en numéraire sur-le-champ , il voulait dominer à Livourne au delà de toute justice ; il ordonnait de s'en emparer sans prévenir le grand-duc

de Toscane qui apprendrait par l'occupation de ce port l'arrivée des forces françaises. « Confisquez les navires et les propriétés anglaises, napolitaines, portugaises, et celles des autres États ennemis de la République. Séquestrez les biens de leurs sujets : si le grandduc s'y oppose, il devient perfide, traitez alors la Toscane comme alliée de l'Angleterre et de l'Autriche. » Nos troupes devaient être nourries par ce prince. Mieux encore, nous devions laisser entrevoir des desseins contre Naples et Rome, les intimider, moyen sûr de nous faire des ennemis irréconciliables. A Gènes, nous arguâmes de crimes commis contre des soldats isolés , pour accuser ce pays d'être le foyer d'où partaient les criminels qui infestaient les grandes routes favorables au pillage et aux attentats contre les personnes. Les villes et les villages qui donneraient asile aux assassins devaient être brûlés. La protection due aux soldats et la protestation contre des actes reconnus barbares devaient aboutir à des** indemnités pécuniaires, à une responsabilité effective, mais non à la destruction d'un Etat. Ce qui menacerait Venise l'année suivante s'annonçait déjà à Gênes, quoique les meurtres commis l'eussent été en très grande partie sur le territoire du Piémont. Bonaparte préludait avec des griefs assez réels au système des accusations générales qu'il allait adopter bientôt et aux revendications les plus étranges. Le Directoire le secondait dans cette voie , lorsqu'il ne la lui conseillait pas directement. Pour Gènes , par exemple, il rééditait ses ordres relatifs à Livourne : confisquer toutes les propriétés publiques des puissances coalisées ou ennemies, et les séquestrer relativement aux

sujets de ces États, sous la responsabilité de la république génoise. Ces ordres violaient à la fois la neutralité et l'indépendance de ce pays.

A Venise , nous fûmes moins durs , à cette période du moins ; des griefs terminés et vidés quant au fond reparurent. On argua du passage des troupes autrichiennes par le Tyrol , on réclama de l'argent relativement au séjour du comte de Lille à Vérone , moyen regrettable de solder par un intérêt vil une affaire politique. Une somme de douze millions fut réclamée après l'échec de Beaulieu sur le Mincio , à la condition de la reporter sur le passif de la république batave , débitrice de pareille dette. N'était-ce pas un emprunt forcé que ce recouvrement de la créance d'un tiers, dont on ne recherchait pas l'adhésion? Le doge subit enfin la demande de tous les capitaux déposés dans les banques par les puissances nos ennemies et spécialement par le roi d'Angleterre. Leurs navires subirent des confiscations similaires; ces mesures ont fait poser la question de savoir si notre diplomatie ne voulait pas encore un refus afin de soulever des protestations , base d'ure politique nouvelle. A notre avis, on tentait une double manœuvre, sauf à s'en tenir à celle que conseilleraient les circonstances. Du pape on exigea vingt-cinq millions et des prières publiques , ironie superbe de ceux qui sécularisèrent Tltalie au nom de leurs principes ! Du roi de Naples on attendit l'expulsion des Anglais , nos éternels ennemis, et l'embargo sur leurs navires à notre profit. La réputation du duc de Parme trop exagérée lui valut une contribution de six miUions de sa monnaie ; on punissait ce qui n'existait

pas. Le duc de Modène ayant marié sa fille à un archiduc expierait cet acte par une forte indemnité à nous verser, cette union paraissant le mettre au rang des princes de l'Empire. Notre résident près Venise persistait sur la question des trésors à lui arracher, espérant que les produits se multiplieraient en raison des vexations... triste langage.

Le duc de Parme fut repoussé dans ses prétentions de participation possible au traité conclu entre la France et l'Espagne l'année précédente ; il accepta nos dures conditions, telles que rançon, vivres, hôpitaux organisés, objets d'art et signa son pacte d'alliance. Le Directoire avait ordonné qu'on imposât aux princes voisins la remise de tableaux, de statues et de manuscrits célèbres. Paris devait être désormais la capitale des beaux-arts et les chefs-d'œuvre de l'Italie sortis de la main ou du ciseau des premiers artistes du monde y servir de parure à la liberté. Ajouter aux tristesses ou aux nécessités de la guerre la spoliation était une idée funeste et indigne d'un grand peuple du moment où elle était générahsée et appliquée partout. Cet acte d'orgueil qui avilissait le vaincu n'était autorisé par aucun précédent. Transporter les cartons de Léonard de Vinci pour Milan, les œuvres réputées du Gorrège pour Parme à Paris, y joindre un choix des maîtres de tout ordre, c'était un vandalisme absolu et l'inauguration de doctrines surprenantes. On aurait tort de répondre que le droit de la victoire est illimité; il ne l'a jamais été que pour les barbares et les Turcs, la civihsation a d'autres devoirs 11 est enfin des chefsd'œuvre que la volonté humaine ou le génie des artistes

sont impuissants à reproduire à un titre quelconque. Rome, Florence, Pérouse, Sienne et Venise dépouillées de leurs œuvres d'art n'étaient plus elles-mêmes ! Il suffit d'avoir étudié les écoles et visité l'Italie en artiste pour en être persuadé, le temps a fortifié notre conviction. Attester Sparte et écraser l'Europe d'un luxe provocateur fut un résultat imprévu.

Le duc de Modène n'avait pas imité son voîsm; il s'était enfui auprès du doge , poursuivi par les libelles des républicains et par nos obligations. 11 lui fut demandé dans l'espace de huit jours six millions de livres tournois, des vivres, et des charrois pour autres deux millions ; on rabattit un peu de ces fournitures. Feudataire du Saint-Empire, le duc expia ce titre comme s'il eût commis des hostilités réprimées par sa défaite. Le duché de Milan dut verser vingt millions à ses vainqueurs, préludes des malheurs et des résistances de Pavie où les magistats s'honorèrent en s'exposant à la mort pour sauver les nôtres.

Le 29 mai , Bonaparte donna le change à Beaulieu en occupant Brescia, d'où il parut menacer Roveredo. La ville de Brescia appartenait aux États vénitiens, c'était donc un acte d'hostilité ouverte de notre part. La proclamation du général français parlait d'aflranchissemenl , du joug de l'orgueilleuse Autriche , de la victoire et de la justice protectrice de nos armes; nos troupes ne passaient sur le territoire vénitien que pour atteindre les débris de l'armée ennemie; elles n'y oublieraient pas l'amitié qui liait les deux républiques. Ces paroles flatteuses devaient donner le change aux intéressés. Nous respecterions leurs lois, leur rehgion,

leurs biens et leurs personnes. Ces assertions , ils les prirent pour ce qu'elles étaient : une préparation de conquête peut-être et en fait une atteinte à leur dignité.

Beaulieu répondit à cette occupation en mettant une garnison autrichienne dans Peschiera, la neutralité de Venise n'était plus qu'un mot pour les deux partis.

Bonaparte, jaloux de n'être pas en reste avec son adversaire, se jeta dans Vérone en apprenant l'acte du Mincio. Chaque jour donnait donc naissance à de nouvelles violations. Bonaparte y ajoutait des proclamations décidées où il simulait des emportements calculés, prodiguant ses accusations contre Venise. Sa correspondance le montre ménageant une rupture; qui pourrait en douter lorsqu'il écrivait le 7 juin aux directeurs une dépêche d'où on peut conclure que sa duplicité avait pour but moins de tromper le doge que de préparer la perte de ce pays et de l'effacer à son gré du rang des États ? L'examen de cette question nécessitera une étude

spéciale.

Le 31 on démentait donc les termes de la proclamalion publiée le 29 à Brescia. Si l'entrée de Vérone était refusée, Bonaparte annonça qu'il la brûlerait sans pitié et qu'il la détruirait ; ceci montre la foi qu'il faut ajouter aux apologies du général sur la chute de la République elle-même. Menaces et aveux, tout cela était indigne de la France.

Si au lieu de protester de sa soumission Foscarini eût ordonné de sonner le tocsin, si le sénat y eût répondu en armant les lagunes, si de l'Adige aux bouches du Lecco la patrie vénitienne se fût levée, bien des hommes eussent perdu la vie, bien des villes

eussent souffert, mais la république eût été sauvée comme le furent l'Espagne en 18i0 et la Russie en 1812. Le patriotisme n'a pas de latitudes et l'exhérédation des États autorise tous les soulèvements, toutes les représailles. Les historiens français éblouis par la gloire impériale ont passé condamnation sur la chute de Venise et sur les fautes de Campo Formio; est-ce une raison pour que l'histoire s'incline toujours , et qu'abdiquant ses devoirs elle salue à perpé-

fnité le succès?

Le 1" juin, nos troupes entrèrent à Vérone ; les Mémoires des généraux pourraient nous dire leurs impressions, mais nous tenons pour peu impartiales leurs appréciations; leur part à tous ces malheurs fut active et prépondérante, ils n'ont qu'une valeur très relative et s'il faut plaindre ou condamner les assassinats commis contre nos troupes il importe de rester juste contre les provocateurs.

La révolution de Bologne s'accomplit sans les scènes de pillage dont Pavie fut durant deux jours le théâtre (1), mesure qui entache la mémoire du jeune général en chef par son immoralité. Cette nouvelle

(1) Beaucoup de soldats français refusèrent de se livrer au pillage nu'avait autorisé le général en chef. Les violences contre les femmes furent moindres qu'on aurait pu le craindre. L'honneur de plusieurs d'entre elles fut préservé par des rixes entre soldats, par générosité ou

par compassion opposés à la brutalité. Le sang ne rougit pas les mains françaises dans ces désordres ; on vit même des soldats déjà chargés de 'dépouilles restituer ce qu'ils avaient pris en songeant à la misère où ils réduisaient les propriétaires. Ces témoignages appartiennent aux contemporains.

fie CUUTE d'une RÉPUBITQUE.

conquête fut de toutes celles qui signalèrent la campagne de 1796 la plus facile. Tranquille sur ses derrières, vainqueur sur l'aile gauche de son armée, Bonaparte entendait rester le maître et pour cela il fallait s'assurer sur sa droite. Après son entrée à Modene, il marcha sur Bologne. Le sénat de cette ville, considérable par sa position et par sa renommée, organisa une commission provisoire et députa à Milan trois de ses membres afin d'obtenir que leur patrie fût ménagée. Après des pourparlers, les idées de la Ligue lombarde l'emportèrent, le pape négocia par l intermédiaire du chevalier Âreza ambassadeur d Espagne à Rome et les bases d'un État nouveau : la République Transpadane, furent jetées de Ferrare à Modène avec Bologne pour capitale. Ces faits surprenants feront l'objet d'une étude séparée et spéciale, corollaire public de la doctrine de la Convention nationale sur la République universelle!

Pendant que ces faits, accablants pour les puissances coalisées, s'accomplissaient, entraînant ici des acclamations enthousiastes, là des cris de colère, la cour de Vienne s'apprêtait à reconquérir ses domaines héréditaires en Italie, elle l'espérait du moins. Le vieux maréchal Wurmser, guerrier renommé depuis ses campagnes d'Allemagne, reçut le commandement en chef des armées autrichiennes campées dans la péninsule. Avant que la domination française se fût assise, on résolut d'écraser ses troui)fis en descendant du Tyrol avec de nouveaux renforts. La trêve conclue entre le pape et la République française, la quasi alliance du royaume de Naples avec le gouvernement que l'on ap-

nelait un gouvernement de régicides, oubliant que le î France avait traité par Mazarin avec Crom.d , [out lui faisait un devoir de se hâter. La ville de Livournë aux mains des Français fournit un nouveau "et de grief pour les ministres des Habsbourg Jun.ser divisant son armée en trois corps, se prépara a nier bllaiUe sur le territoire des Etals véniUens devenu le rendez-vous assigné à toutes les ambitions. Le maréchal put battre les troupes avancées de son ad- Tersa re l'obliger à lever le siège de Mantoue et lui en e" r son parc d'artillerie; la bataille de Castighone, it e e 5 a' ût, le contraignit à reprendre le chemin du Tvrol (1). Cette retraite était désolante après d aussi Îelle espérances, et le combat de Roveredo, 4 septembre enleva au cabinet de Vienne ses dernières illusions. Son adversaire en a^'alt F°f ^^ P^ia ~ dans Vérone sans coup férir : c'en était fait de la gran deur et de l'indépendance de la République de Ve-

"'l\urope stupéfaite apprit, par une de ces proclamations Lt Bonaparte avait le -ret, les J.cto.r^ de la France. Les soldats furent compares aux guerriers de Marathon et de Platée, comparaison juste souvenirs glorieux, prélude de nouveaux assauts et de nouveaux lauriers. Wurmser jaloux de relever son pre^ le, redescendit bientôt en ItaUe par la vallée ck la Eta pour disputer la possession de 1 Adige et le rivxs du Mincio. Après des prodiges de valeur, .1 put

m r« fui en se rendant de sa personne à Lonalo, que Bonaparte, , /t'edeluzé cents hommes, fut enveloppé par quatre mille Anirichiens et ne dut son salut qu'à son incrojable audace.

entrer dans Mantoue, base d'opérations de l'Autriche et sentinelle avancée de la coalition.

Rien ne pouvait égaler la splendeur des victoires remportées alors en Italie. Tout annonçait que la prépondérance de notre nation allait s'y établir désormais. Les couronnes et les partisans des opinions démocratiques semblaient lutter à Tenvi d'empressement. Si le pape refusait de consentir à une paix défmitive à raison du démembrement de ses États, le roi de Naples reconnaissait la république française meurtrière des siens et envoyait un ministre plénipotentiaire le représenter à Paris. Le comice de Bologne et les divers congrès de l'Emilie fondaient la Transpadane en leur inculquant les nouvelles doctrines, germes de protestations futures. La maison de Parme se mettait au niveau de l'accord général, inspirée par l'Espagne et par Naples. Le Piémont voyait s'accomplir sans secousse la transmission du trône à la mort du roi Victor Amédée dans la personne du prince Charles Emmanuel. L'ambassade du comte Balbo va nous dire ce que voulait la maison de Savoie par l'esprit et par le texte de ses instructions; mieux éclairés par leur lecture, nous leur opposerons les vues du vainqueur.

Le 5 novembre 1796, le jeune souverain écrivait de Moncalieri une protestation vigoureuse contre le système de la République universelle et l'Italie ne laissait pas que de l'inquiéter. Esprit élevé, rompu aux traditions de sa race, il surmontait les souffrances de son corps pour sauver la monarchie d'un pays où l'on savait dire que l'avenir de l'Italie n'était pas à Vienne ou à Milan. Son trône ébranlé, il trouva pour le défendre

les plus nobles accents. On y lisait les prescriptions

"« rtimportance majeure qu'il y a à empêcher, s'il « est possible encore, la formation de nouveUesrep^ ,. bliques en Italie nous est assez Ç«"""« Pfjy^;. „ nous soyons bien sûr que vous porterez toute 1 atten : Son à cet objet en faisant usage des -flex.ons P - « litiaues qui s'opposent à ce système pour 1 mteret : Se de la Fr'aLe. « Le temps et les événernent. ont rendu irréfutable cette prescription, 1 Europe di nlomatiaue n'a jamais varié sur ce point, 'comment envisageait-il la Révolution dans ses Ins-

tructions ouvertes au même : , . .

<< La Révolution française qui pendant quelque temps

«amenacélestrônesd'unesubversionpresquegenér^,

„ en répandant parmi les peuples le désordre et 1 in- „ subordination contre leurs «-^erains égit^mes, doit « nécessairement en opérer aussi une dans le sj s eme « politique de l'Europe qui avait pour base le traite de „ Westphalie. Les rapports d'une puissance a 1 au re « vont presque tous être changés. » Qu'en esperait-il pour lui même dans le conflit des intérêts avec les doctrines contre lesquelles il protestait avec courage? Le but de la maison de Savoie en Italie n'a jamais ete

"'rDe^rt traité de Lyon de 1601 par lequel la « Hresse et le Bugey ont été échangés contre le mar « quisat de Saluées les vues de la maison de Savoie „ se sont dirigées à un agrandissement en Italie et „ à v devenir puissance prédominante. La position « topographique de nos États placés entre deux

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