TT
70 CHUTE d'une HÉPUBLIQUE.
« puissances rivales offrit pendant longtemps le <( moyen à nos royaux prédécesseurs qui en ont su « profiter en s'alliant selon les occurrences et leurs (( majeures convenances tantôt avec la France, tan- « tôt avec la cour de Vienne dans les guerres que ces « deux puissances se sont faites si longtemps ensemble. (( Le traité de Versailles de 1756 mit fin à celte riva-
« lité. »
Plus loin, le roi ajoute, rappelant les négociations du marquis de Brème son représentant avec le baron de
Thugut:
« Nous lui fîmes observer promièrement qu'en adhé- « rant aux propositions de la cour de Vienne à cet « égard nous nous serions écartés du système d'agran- « dissement adopté et constamment suivi par nos « royaux prédécesseurs qui bien loin de vouloir ré- « trécir les limites de leurs États en Italie ont eu, au « contraire , invariablement pour but dans toutes les « alliances qu'ils ont contractées et les guerres qu'ils « ont soutenues de les étendre autant que possible « pour se former un degré de puissance prédominante « dans cette partie de l'Europe... »
L'Autriche qui insistait auprès du nouveau roi pour ramener sa politique à celle de la coalition, lui fit des offres réelles. Elle croyait l'attirer dans son orbite en lui stipulant des rectifications de frontières dans le Milanais dont elle conserverait à titre héréditaire la plus grande partie. Le cabinet de Turin refusa et préféra
(1)V. \hStoria délia monarchia'piemontesc, par M. Blanchi, aux documents du tome III, sous ce titre : Istruzioni del Re Carlo Emmanuele IV al conte Prospcro Balbo.
attendre tout de son alliance avec la République française. Le comte Balbo, savant et de haute naissance, était un choix excellent auprès des directeurs amis di noms iUustres. Il attesta l'amitié de son maître, rejeta sur la fatalité des temps la nécessité de la prise d'armes en 1793 et son intention de s abandonner sans réserve aux bons offices du gouvernement qu aN^i accepté la France. Afin de l'établir hautement, il desavoua tout ce qui aurait pu le blesser de la part du dernier ambassadeur le comte de Revel. Il lui fut repondu qu'on ajoutait foi entière à sa déclaration ^e paix et d'amitié, la France rendait amitié pour amitié. Cette nation fière de ses victoires, car elles assuraient sa liberté, serait heureuse le jour où elle saurait les autres en bonne intelligence avec elle. Stipulatrice de traités solennels, elle les observerait avec courage e fidélité. Au fond, le dessein favori du Directoire était de transférer le siège de la monarchie piémontaise a Milan. En s'incorporant le royaume de Sardaigne il s'attribuerait la prépondérance dans un pays étranger à ses mœurs, à ses coutumes, à son langage par une interprétation indéfendable de la doctrine des frontie^
res naturelles, „ , . » r;„
Poursuivant à Gènes ce système elle lu. promit 1 micgrité de son territoire contre espèces, gage singulier d'alliance qui déguisait mal les manœuvres dont 1 Italie allait devenir le théâtre. On pouvait avancer avec certitude que le but absolu et prédominant du Directoire était la conclusion de la paix à tout prix avec l Empereur. Léminencc de son rang, l'éclat de sa maison, sa parenté avec les souverains déchus et sa puissance
alors si grande en Europe étaient des motifs pour lui^ offrir la paix aussitôt qu'il la pourrait accueillir sans déshonneur. ■ Reconnu par lui, pensait-on à Paris, le Directoire sera non seulement un gouvernement de fait, célèbre et redouté par ses victoires, mais un gouvernement de principe. L'opposition de l'Angleterre perdait toute son autorité, et, restée seule après une telle paix, n'aurait plus de crédit pour soulever l'Europe. On comptait donc qu'entraînée par l'exemple ou par les événements elle souscrirait à des propositions devenues moralement obligatoires pour elle.
L'intention de payer cet avenir avec des conquêtes en Italie, le Directoire Ta eue. La mission très secrète du général Glarke, alors directeur général du Dépôt de la guerre, n'eut pas à son origine d'autre cause : observer les événements sur les lieux où ils se produisaient et en instruire les directeurs par Garnot sous couleur d'affaires militaires; voir les échanges ou la situation nouvelle acceptable pour l'Empereur, tels furent les éléments de cette mission. Occulte à cette époque, assez peu divulguée aujourd'hui malgré les nombreuses publications qui ont paru sur les périodes diverses de la Révolution, on a pu savoir qu'aux obligations diplomatiques les inspirateurs avaient enjoint à Glarke de surveiller la personne et les inspirations du général Bonaparte. Tant d'éclat portait ombrage à Paris; et une autorité aussi vaste, que le vainqueur agrandissait au delà de toute limite si on lui comparait ses devanciers ou ses collègues, n'avait pas été acceptée par Garnot sans protestations. Mais Pontécoulant et Barras l'avaient emporté. Prépondérant pour
la conduite de la guerre, Garnot avait alors insisté pour avoir une correspondance fidèle et exacte. Son caractère austère ne permet pas de lui attribuer une rivalité qui n'existait pas et surtout une surveillance politique. Geci dut être l'effet d'un conseil secret où Larevellière-Lépeaux et des hommes toujours inquiets de cette coterie inspirèrent la seconde mesure, traditions redoutables du parti terroriste. SaUcetti, qui à titre de commissaire près les armées s'y enrichissait, était d'origine corse. On pouvait redouter une entente dangereuse entre compatriotes, amis des frères Robespierre depuis Toulon, et ce n'était pas le doux Garreau son collègue qui en eût arrêté les effets, qui eût suffi à les pénétrer ou à en conjurer les suites.
Bonaparte pénétra-t-il directement l'intention du gouvernement? Reçut-il des avis de Paris, soit par sa femme, soit par des amis dévoués? Salicetli connut-il la pensée de ses collègues et la communiqua-t-il , aveuglé par les victoires rapides ? Toujours est-il que l'intéressé comprit la mission de Glarke et l'en informa aussitôt. Le procédé était habile, la conception quoi qu'il advînt était écrasée dans l'œuf; du moment où elle était connue, elle devenait irréalisable. Glarke comprit vite sa fausse situation, sut en tirer parti par un silence assez probable à Paris où la victoire n'aurait pas pardonné tant d'audace et l'observateur devint
confident.
Bonaparte négociait avec Venise et ses mandataires en combattant ; il menait avec vigueur les Impériaux en négociant un peu partout, étonnant la coalition, le pays envahi, son armée et la France par sa conduite et
rj^ cnuTE d'une république.
son audace. Nous le verrons plus loin avec détail et nous le constatons ici pour Imlelligence des evénemen qui nous restent à exposer, l'Autriche ne - -ontra.t pas éloignée de conclure la paix. Le généra Sa.nl-Vmcent fut dépêché par elle à Vicence pour s'y entendre avec le général Clarke. Pendant ce temps autant pour eJ-rayer les coalisés que pour acquérir en Italie i,ne force nouvelle, l'ancienne Emilie fut appelée a mdependance. Bonaparte se Hatla d'imposer ams. le sjs- Ee de République universelle dont le D.recto.re m ordonnait l'application. Cette doctnne plus od.euse Qu'elle n'était redoutable devait recevoir la sanction d un trié célèbre dans les fastes de l'équil bre européen : celui deCampo Formio une année plus lard Pour parler seulement du présent, Bonaparte désirait que fes anciens gouvernements fussent .mmed.aten ent remplacés; aux premiers désordres qui suivent ouîoZ leur chute, il voulait faire succéder une adm nltralion nouvelle, méthodique, en un mot régulière Au fanatisme inconscient pour l'ancien régime dev-mt succéder le fanatisme d'une nouvelle politique basée sur l'intérêt du plus grand nombre. Des mumcipahtes dites provisoires, mais toujours régulatrices, organis es inimédialement, pour l'Emilie, comme cela avait eu 1 eu déjà pour la Lombardie, préludèrent a une reun on générale de députés. Les quatre peuples de 1 Lmilie fêtèrent les bases d'une constitution républicaine e deux congrès et apprirent aux puissances coalisées le burfinal poursuivi par nos armes victorieuses dans la
'iTud'comme au nord de l'Europe nous prêchions
la fraternité des peuples par rétablissement des républiques. Le Directoire commençait à devenir infidèle aux grandes traditions de notre diplomatie et n'allait pas tarder à se déshonorer par des actes indignes d'une nation généreuse. Trop sensible aux insinuations de Bonaparte, qui cherchait à faciliter sa tâche militaire parce qu'il se sentait vulnérable par le Tyrol et sur ses derrières aussi par les Légations, le gouvernement français s'enthousiasmait à la pensée du résultat final, la paix. Or, cette paix, il la voyait générale. Des moyens il se souciait fort peu, et Bonaparte encore moins que
lui.
L'Empereur connut par d'imprudentes menaces le peu de prévoyance de ses adversaires. Pour obtenir cette paix si désirée, ceux-ci trafiquaient des États et promettaient d'incendier demain ce qu'ils avaient proposé hier si on résistait à nos armes. Bonaparte écrivit à François II que s'il écartait nos propositions ordre était donné de combler le port de Trieste et de ruiner les possessions de l'Autriche dans l'Adriatique. Il n'est pas difficile de comprendre les sentiments qui animèrent la cour de Vienne en lisant ces colères. Les succès de l'archiduc Charles sur le Rhin contrebalançaient les nôtres en Italie et la résistance admirable de Wurmser à Mantoue semblait promettre une guerre heureuse aux Autrichiens. Une nouvelle invasion fut résolue par eux dans le but de reprendre le Milanais, de rendre à leur réputation son ancien lustre. Cinquante-cinq mille hommes furent chargés de ce soin, sous le commandement du général Alvinzi.
On peut dire qu'à la fm d'octobre 1796 ses troupes
7(j CULTE d'une RÉI'UBLIQUE.
avaient franchi les défilés de la Garniole et, réunies sur la Piave, allaient recommencer une campagne qui devait décider de la domination de son pays en Italie. A ses soldats animés d'une noble ardeur, Bonaparte en opposait quarante mille à peine, y compris ceux qui assiégeaient la ville de Mantoue. Masséna, comme toujours fut destiné à supporter l'effort de l'ennemi, et chargé de repousser ses attaques. Il était alors campe sur la Brenta. Alvinzi exercé à l'art de la guerre, avait combattu précédemment en Italie, et le cabinet de Vienne attendait tout de la vivacité de son caractère. Les événements ne devaient pas répondre à tant d'espérances; Bonaparte était toujours Bonaparte et Massena l'emportait comme génie militaire sur Alvinzi, quelque distingué et brave que fût ce dernier.
Au début de novembre, la guerre se ralluma des deux parts avec fureur; on se battit avec acharnement dans le Tyrol, Alvinzi fut d'abord victorieux. Servi parla lenteur allemande, Bonaparte se retrouva lui-même à Arcole : Ne seriez-vom plus, avait-il dit à ses troupes ébranlées, les soldats de Lodi ? qu avez-vous fait de votre courage? Cet appel à l'honneur avait provoqué le délire de ceux qu'éprouvait l'imprévoyance du Directoire plus peut-être que la fortune; ils avaient culbute l'ennemi. En trois jours, l'Autriche était à nouveau menacée de reperdre l'Italie malgré la constance de Wurmser et les faits d'armes de la Brenta. L'arrivée d'un nouveau corps français suggéra à Bonaparte les résolutions suprêmes, recommencer la lutte sans merci et la recommencer immédiate. Il dut en partie son salut à cette inspiration et à la connaissance fortuite
qu'il eut d'une partie du plan médité par Alvinzi.
Les directeurs accordèrent à leurs valeureuses légions les drapeaux pris par elles à l'ennemi, Bonaparte partagea justement cet honneur. Le génie de Masséna et de son chef à Rivoli achevèrent la ruine de l'Autriche. Vingt mille hommes hors de combat, soixante pièces de canon et vingt-quatre drapeaux redirent sa défaite. La France partagea l'enthousiasme de ses troupes, l'Italie chanta VEroe de cette nouvelle épopée et l'Europe resta partagée entre l'admiration et la crainte.
Bonaparte n'entendit pas laisser son œuvre inachevée. Il poursuivit les Autrichiens sans relâche par ses lieutenants et s'établit en maître dans les États vénitiens, s'étendant selon sa volonté à quelques lieues de
la capitale.
Marchant ensuite contre les troupes pontificales, s'emparant d'Ancône que les Anglais n'avaient pas su occuper, battant au Senio les soldats du pape, il conclut à Tolentino une paix très onéreuse à ce souverain. Subsides, objets d'art et chefs-d'œuvre, il obtint tout ce qu'il lui imposa, n'épargnant que le spirituel hors de son atteinte. Avignon et le comtat Venaissin ne seraient plus désormais contestés à la France, les Légations appartiendraient à la Transpadane. Sur ces entrefaites, l'héroïque Mantoue succombait après une défense qui honorait Wurmser et les habitants, les couleurs françaises flottaient sur l'Adriatique et l'armée allait se refaire dans un pays merveilleux qui applaudissait à sa domination.
-cseoo»'»-
.-^ïT*,-*»-
r.nuTE d'une république.