‹ Chute d'une république [microform]. Venise. D'après les archives secrètes de la républiqueChapitre 9 sur 48 · AFFAIRES DE VERONE ET PAQUES VERONAISES · texte numérisé non relu

AFFAIRES DE VERONE ET PAQUES VERONAISES

I. Premiers mouvements dans la province. — Faux manifeste du provédileur général Baltaglia.— Manœuvredes révolutionnaires français et italiens à la solde du quartier général de Bonaparte. — Accusations étranges de Bonaparte contre la Bépublique de Venise. — Noble réponse du doge. — Dépêche de Grimani, ambassadeur à Vienne, sur les conseils du chancelier Thugut. — La seigneurie persiste dans le maintien du système de neutralité malgré les succès de l'archiduc Charles. — Fermentation à Vérone d'après les dépêches du provéditeur Giovanelli.

II. Les Pâques Véronaises : récit de Botta confirmé par les rapports officiels. — Silence de \à correspondance de Naj)oléon sur les malheurs causés par lui. — Conditions de la reddition de Vérone d'après lesdépéchesdesprovéditeurs et les actes officiels de l'armée française.

Les deux tiers des provinces de Terre-Ferme étant en nos mains, c'en était fait de la grandeur de Venise si nous nous emparions de Vérone sous un prétexte quelconque ; la capitale elle-même n'aurait plus qu'à capituler à notre gré. Ce fut à obtenir ce résultat que s'attacha Bonaparte et il y employa comme toujours, dès le mois de mars, ses émissaires secrets. Autour de

Landrieux, il avait groupé une foule d'officiers jeune , ardents, prompts aux aventures et destines a tout tenter, soit par des manœuvres secrètes, soit par des

manœuvres ouvertes. . ,. , . - ^.^

Un capitaine du nom de Pico ava.t ete charge par Bonaparte d'agir à Vérone à tout prix. Plus prudent ane la plupart de ses collègues du bureau des remeinncments, Pico avait observé qu'un mouvement serait dangereux à Vérone et son succès peu certam pendant nue l'archiduc Charles se maintiendrait en face de notre armée. Son prestige personnel et ses forces imposantes conseillaient d'attendre. Bonaparte, résolu a out oser, n'accepta pas cette remontrance et ordonna d'aller de l'avant. Le succès, dit-il, nous rend maître» de l'Italie; dans le cas contraire, il nous reste la Repubhque cisalpine, l'épée de la France terminera 1 œuvre de la libération dans la Péninsule.

L'omcier reçut en outre l'ordre de s'entendre avec les généraux Beaupoil et Kilmaine, de se tenir au courant, d'accueillir à Mantoue les partisans appelés patriotes en leur promettant une délivrance prochaine. Des provinces limitrophes en révolte accoururent des émissaires, les uns armés, les autres sans armes; il y en avait de diverses nationalités, Suisses, Polonais, Italiens et Français. La seigneurie, prévenue par des révélations secrètes dont quelques unes émanaient des émissaires résolut de ne pas rester inactive. Des Esclavons fidèles furent envoyés sous une autre couleur et deux provéditeurs nouveaux gagnèrent Vérone. Giovanel i et Eriz/.o, jeunes tous deux, pleins de dévouement, furent secondés dans les campagnes parles pleins pou

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voirs accordés au comte Emile des Émiles dont l'influence et l'immense fortune garantissaient la mission.

Ce praticien leva aussitôt des hommes, fournit des armes, prépara des magasins et accueillit dans ce péril tous ceux qu'il put enrôler. D'autres membres de l'aristocratie locale se joignirent à lui. Prêtres et ordres religieux exhortèrent par leurs appels et les moyens redoutables qui étaient en leur pouvoir à un soulèvement. Les spoliations des biens ecclésiastiques dans les Etats de l'Eglise, le Milanais et les duchés, le pillage de Notre-Dame de Lorette et d'autres sanctuaires vénérés par des populations enthousiastes rendaient l'œuvre facile. Faire payer aux communes les bagages perdus par les nôtres ou enlevés par les Autrichiens était une mesure tyrannique qui surexcitait les populations par sa double injustice. Les contributions imposées aux plus pauvres étaient évaluées en troupes vivant à discrétion chez l'habitant, la justice était remplacée par l'arbitraire et provoquait des fureurs que ne prévoyait point Bonaparte ou bien qu'il appelait de ses vœux.

La vengeance germait dans les cœurs de ceux qu'excitait le zèle des provéditeurs ou de leurs collègues; le patriotisme achevait de préparer une révolte décidée contre l'occupation de l'étranger sur un sol libre et neutre. Les événements de Salo redisent l'origine des troubles. Sans trop insister, on a le droit de se demander si la pitié de l'histoire ou son indulgence ne sont pas nécessairement acquises à ceux qui défendirent leurs foyers, leur dignité et l'indépendance des États vénitiens.

Giovanelli informait le sénat des appréhensions et des

périls que faisait courir la coopération des Français avec les insurgés; ceux-ci étabhssaient, disait-il, des camps partout et déclaraient qu'ils maintiendraient leurs communications avec les troupes républicaines à coups de canon si on leur opposait une résistance quelconque. La surveillance sur Peschiera, Legnano et les pays infestés était l'objet d'appréciations qu'il est utile de relever et où se retrouve le dévouement à l'mtérêt public. Les commandants français envahissant les campagnes , désarmaient les volontaires de la Seigneurie, attaque détestable contre la souveraineté, et autorisaient le provéditeur à être sévère contre cette intervention à l'égard d'un pays respectueux de la mère patrie, prêta marcher contre les insurgés. Ceux-ci tentaient vainement de prêcher leurs doctrines aux populations, l'attachement l'emportait; pour se venger, ils enlevaient les armes des volontaires. Landrieux même commanda une de ces expéditions ; un village fut mis au pillage ; on brûla certaines demeures. Ce spectacle disposait les populations à se venger, d'autant qu'elles avaient appris l'arrestation des courriers expédiés par les gouverneurs. Les menaces dont on les accable imposent une augmentation dans le chifi're des troupes nationales ; c'est pourquoi Giovanelli avait accepté les off'res d'un des généraux de cavalerie qui se proposait de tenir la campagne avec ses rares escadrons. A l'exemple de ses prédécesseurs, Giovanelli trouvait que la bienveillance et l'amitié dont parlait Bonaparte étaient une pure phraséologie ; partout on retrouvait la main ou l'action de Landrieux comme celle de ses complices. Les dépêches des 8, 9, 10 et 11 avril reproduisent les mêmes

CULTE d'une KÉPLBLIQLE.

conslalations, quoique sur des faits différents, et elles varient seulement parles noms que Ton y rencontre. Le rôle des généraux Balland, Augereau, des olficiers d'étatmajor ou traités à leur égal, Beaupoil et Landrieux y figurent, le dernier avec insistance et imprécation.

Vers cette époque; une troupe de révoltés, qui comprenait des Polonais et des Français à titre de conseils, s étant dirigée vers Salo (1), fut poursuivie par les habitants, attaquée et décimée. Les prisonniers promenés en triomphe à travers les rues de Vérone, les sujets vénitiens furent incarcérés à titre de criminels d'État. Les têtes se montèrent vite, n'était-ce pas un peu le droit de ceux qu'on traitait en vaincus toujours au nom de la liberté?

Ce mouvement, qui resta isolé, avait été tout spontané ; la vengeance avait été inspirée par le patriotisme ; on l'exploita avec une habileté rare. On en fit le point de départ d'un soulèvement général qu'aurait ordonné le gouvernement vénitien par un ordre secret donné à l'un de ses dignitaires. Cette imposture infamante fut l'œuvre d'un novateur dévoué h Bonaparte et soldé par lui, le nommé Salvadori. Ce malheureux consentit à rédiger un manifeste où les peuples de Terre Ferme étaient appelés à courir sus aux Français et à les massacrer.

Le silence ultérieur gardé par Bonaparte sur cet acte pervers prouve qu'il Ta approuvé.

(1) Lo provéditeur de Salo, Francisco Cicogna, rendit compte de cet engagement dans une dépêche si)éciale et en relata tous les détails. Nous en donnons un résumé. Le 13, il en développa les suites.

Ce manifeste, document historique entre tous, était

ainsi conçu :

« Nous, François Battaglia, provéditeur général en « Terre Ferme pour la sérénissime république de Ve-

« nise.

« Le délire fanatique de quelques brigands, ennemis « de l'ordre et des lois, a excité les crédules Berga- « masques à la rébellion contre leur souverain légi- « time, et à diriger une multitude de scélérats stipen- « diés sur les villes et les provinces pour les entraîner « dans la révolte. Nous exhortons les sujets restés « fidèles à se lever en masse, à courir aux armes, à « dissiper, à détruire ces ennemis de l'Etat sans faire (( quartier à aucun, se fût-il même rendu prisonnier. « Qu'ils soient certains que le gouvernement s'empres- « sera de leur fournir des secours d'argent et de a troupes réglées. Déjà les Esclavons à la solde de la « République sont prêts à marcher.

« Que personne ne doute du succès de l'entreprise; « nous pouvons affirmer que l'armée autrichienne a « enveloppé et battu complètement les Français dans « le Tyrol et le Frioul. Elle poursuit le reste de ces (( hordes sanguinaires et impies qui, sous le prétexte « de combattre l'ennemi, ont dévasté les campagnes « et pillé les sujets de la Répubhque toujours sincères, « toujours exacts à observer la neutralité. Les France çais se trouvent donc dans l'impossibilité de porter « secours aux rebelles. C'est à nous d'attendre le mo- « ment favorable pour leur couper la retraite devenue « leur unique ressource.

« Nous invitons, en outre, les Bergamasques demeu-

CUUTE d'une république.

« rés fidèles et les autres peuples à chasser les Français « des villes et des forts dont ils se sont arbitrairement « emparés et à s'adresser à nos commissaires Pierre- « Jérôme Zanchi et Pierre Locatelli, docteur-médecin, « pour recevoir les instructions nécessaires aussi bien « que la paye de quatre livres par jour pendant la (( durée du service (1). »

On le voit, par ce manifeste frauduleux, le gouvernement vénitien pourrait passer auprès du Directoire et de Bonaparte pour avoir soulevé directement les populations de cet État contre notre armée et les troupes d'occupation. Par un projet aussi atroce, un massacre général, toute question de neutralité disparaissait devant la réprobation de l'Europe, les vieux griefs seraient anéantis, et quant à l'exécution, les chefs des républicains se sentaient de force à en empêcher l'exécution. C'était donc un bénéfice tout net qu'une pareille manœuvre. Le parti des patriotes et les chefs français répandirent le manifeste partout; ils le colportèrent ouvertement avec des protestations feintes, et l'un de ces derniers aggrava par des déclarations coupables le texte de la pièce apocryphe.

Ce commandant en chef des nouvelles levées faites en Transpadane, puis en Gispadane, Lahoz, s'inspira des confidences et des ordres du quartier de l'étatmajor pour adresser une proclamation aux peuples de

(1) Si^né par Baltaglia, cet acte portait encore la signature de son chancelier, on le disait sorti des presses de la chancellerie camérale ne date du 20 mars 1797. Il est cité textuellement par Botta en son Histoire d'Italie, t. II, ch. x. Il ne fut publié que le 5 avril; le 8, Giovanelli protesta auprès de Landrieux et des généraux fran<:ais.

Terre Ferme. En réalité, ce fut lui que Bonaparte chargea d'apprendre à Venise la rupture du système de la neutralité en l'imputant à la seigneurie. Calomnier, pousser à un attentat qui rappelait les Vêpres siciliennes ne suffisant plus, on insulta la victime jusque dans l'outrage que l'on inspirait ou que l'on commettait. Lahoz fut cependant inhabile, car le début atteste en le nommant l'inspirateur de la proclamation. . ,

« Battaglia, y était-il dit, s'est follement imagme « que vous autres paysans, sans aucune connaissance « de l'art militaire, pouviez triompher des Français, « la première nation du monde pour le courage et la (( science de la guerre. Sachez donc que, d'après les « ordres du général en chef Bonaparte, Battaglia « doit être mis aux fers et pendu, que le même sort « est réservé à tous ceux qui vous exciteront à la ré- « volte. Vos maisons seront brûlées, vos familles rédui- « tes à la mendicité. Hâtez-vous de déposer les armes, ce portez-les au commandant de Brescia, envoyez-lui (( des députés, sinon vous serez tous exterminés (1). »

Ce langage violent mais calculé, contradictoire ^n certains points, rédigé par un faux, attentatoire à la dignité de tout un pays, indigne du Sénat auquel on en prêtait l'inspiration (jue l'infortuné Battaglia eût été le dernier à concevoir, déshonore ses auteurs et surtout Bonaparte. Les historiens français l'ont négligé et le comte Daru a eu soin de le passer sous silence dans son Histoire de Venise; la vérité n'accepte pas

(1) Cité par Botta, en son Histoire iVItalie, au t. II, ch. x.

ces transactions avec la gloire de Napoléon ; la grandeur de la République vénitienne veut que Ton flétrisse et le manifeste de Salvadori et la proclamation de Lahos. Les deux serviteurs avilis, voilà bien leurs noms et leur acte. Italiens tous deux ils oublièrent que si l'on peut accepter des services d'une nature élevée de la part de l'étranger en en discutant les conditions, Thonneur défend d'être prêt à tout sous couleur de patriotisme. De pareilles manifestations ne doivent pas rester impunies et l'histoire appelle à son tribunal les vainqueurs et les vaincus afin de rendre aux uns et aux autres la justice qui est due à tous. Que le sang de Vérone retombe sur la mémoire de ceux qui le firent couler par provocations : leurs noms, on vient de les

lire.

Le provéditeur repoussa l'infamie de l'acte qui lui était prêté et le sénat promulgua une égale protestation. Ce fut en vain. Bonaparte voulut, et le Directoire avec lui, une culpabilité de la Seigneurie et une culpabilité par provocation. Ne la trouvant pas dans les actes officiels, il l'avait inventée. Landrieux, qui dirigeait le bureau de renseignements à l'armée, avait trouvé le rédacteur, l'imprimeur, les distributeurs de la pièce ouvertement protégés par l'état-major, par les généraux, par les patriotes et par leurs municipalités qu'avait établies notre patronage, mais rebelles à l'autorité du doge, leur souverain légitime. Bonaparte pensait avec raison que l'Autriche, à laquelle il réservait comme indemnité les Etats vénitiens, répugnait à les accepter s'il les ofl'rait tranquilles et intacts ; on ne dispose pas ainsi du bien d'autrui. L'Autriche en outre

avait là un allié facile et présentement ami ; qu adviendrait-il de l'avenir? Si au contraire à la Venise antique succédait une Venise révolutionnaire, dont les principes seraient estimés démagogiques à Vienne, rodieux des principes l'emporterait et romprait pour sa sécurité tout lien avec un vieil allié. Le voisinage par le contact des États à leurs frontières lui en ferait une loi de prudence.

La trêve du 7 avril à Judenburg 'devait avoir ce résultat; il l'eut dès Léoben, et Campo-Formio en consacra l'aveu par les faits. Mais ce récit n'est pas à tracer de sitôt comme négociations.

Par quel acte public Bonaparte provoqua-t-il les célèbres massacres de Vérone ?

Le 9 avril , Junot, son aide de camp préféré, lut au doge et à son conseil , aux premiers dignitaires de la Seigneurie (1) une lettre de son général en chef odieuse dans la forme et dans les termes. Elle était

ainsi conçue :

(( Toute la Terre Ferme de lasérénissime république

(( de Venise est en armes. De tous les côtés le cri de ral-

« liement des paysans que vous avez armés est : « Mort

a aux Français ! » Plusieurs centaines de soldats de

« l'armée d^Italie en ont déjà été les victimes. Vous

« désavouez vainement des rassemblements que vous

« avez organisés... Le sang de mes frères d'armes sera

« vengé... Le sénat de Venise a répondu parla per-

(1) La réunion où fut reçu Junol comprenait le doge, ses six conseillers ordinaires, les trois présidents delà quarantie criminelle, les six sages-grands, les cinq des provinces de Terre Ferme et les cmq sages des ordres.

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CHUTE d'une RÉrUBLIQUE.

u fidie la plus noiro aux procédés généreux que nous « avons toujours eus avec lui. Je vous envoie mon « premier aide de camp. La guerre ou la paix. Si vous « ne prenez pas sur-le-champ les moyens de dissiper « les rassemblements, si vous ne faites pas arrêter et « livrer en mes mains les auteurs des assassinats qui « viennent de se commettre, la guerre est déclarée. Le « Turc n'est pas sur vos frontières... Si contre le vœu « bien manifeste du gouvernement français vous me « réduisez au parti de faire la guerre , ne pensez pas « cependant qu a l'exemple des soldats que vous avez « armés, les soldats français ravagent les campagnes « du peuple innocent et infortuné de la Terre Ferme; (( je le protégerai et il bénira un jour jusqu'aux cri- « mes qui auront obligé l'armée française à le sous- (( traire à votre gouvernement tyrannique. »

Ces accusations, ces apostrophes, ces promesses et ces ordres, ces imputations faciles, cet oubli des exactions commises, ce mépris de la dignité d'un État dont on occupait les provinces sans respect des traités, provinces qu'on appelait à la révolte aux confins de la Lombardie, il ne faut plus les passer sous silence sans les qualifier. La gloire impériale s'annonçait par certains procédés. Où y a-t-il place dans un pareil acte pour les principes du Droit des gens? Lallement eut ordre de l'appuyer par des accusations nouvelles que Bonaparte rédigea lui-même.

Le doge répondit par des promesses de fidélité à la République française. La conduite passée répondait de l'avenir. Les événements quels qu'ils soient ne pouvaient avoir aucun rapport avec la dignité constante

delà seigneurie. Toute révolte serait réprimée par les armes, et s'il fallait implorer l'assistance du gouvernement central, les gouverneurs des provinces n y failliraient pas. Pour éviter des extrémités fâcheuses, une proclanmtion récente a exposé qu'on s armerait seul^ ment pour se défendre. Dans le péril actuel, on ne pouvait incriminer l'attachement des populations a leur, souverain légitime. Les auteurs des -sassinats contre les troupes françaises seraient recherches et les auto rites sauraient les arrêter et les punir conformément aux lois. Pour apaiser tout ferment de discorde en Terre Ferme, deux patriciens ont été députés avec la mission expresse d'appliquer la justice, mais aussi avec celle de faire rentrer dans l'obéissance les cites des rives du Mi^cio. Cette conduite aura pour résultat de prouver notre constance dans l'amitié et la neutralité L'illustre chef des armées françaises pensera donc avec le Sénat qu'on a pour sa personne et le l)irectoire la considération et les sentiments de la distinction la plus absolue.

La Seigneurie ne fut pas unanime à voter cette réponse qu'elle trouvait trop courtoise et nous sommes d'accord avec la minorité sur ce point. Le doge fut très politique d'en obtenir l'acceptation, car son envoi rend Bonaparte plus coupable encore. Qu est-ce si on lit les communications envoyées par Grimam, de Vienne, où il remplissait les fonctions d'ambassadeur !

La situation défavorable de la République, ecriyait- 11 est l'objet des commentaires de la diplomatie et des glzettes. La Lombardie vénitienne, les insurrections de Bergame et de Brescia ont fait le thème des con-

versations des ministres d'Espagne et de Gênes , de Bavière et de Prusse. Ceux de l'Empereur n'ont pas été moins curieux de renseignements. J'ai déclaré, croyant exprimer votre pensée, que vous emploieriez tous les moyens pour maintenir la tranquillité et pacifier la révolte. La position de Vérone comme centre de la terre ferme, et l'attachement inaltérable dont les populations de ce territoire fournissent la preuve vous obligeaient à protéger particulièrement ses volontaires. Les équivoques ne sont plus permises; en causant officiellement avec les ministres étrangers accrédités auprès de cette cour, j'ai compris leurs espérances. Ils désirent la sécurité de Venise et y croient; mais ils comptent que le Sénat fera tout son possible pour arrêter autant qu'il sera en lui l'extension de l'influence française et celle de ses principes. L'entreprise des armées françaises dans le Tyrol et la Garinthie est une hardiesse pleine de périls et d'inconnu.

Le baron de Thugut a été informé dans la conférence obligatoire que j'ai eue avec lui (continue Grimani) du respect et de rattachement professés par la seigneurie vis-à-vis de l'Empereur. Ce n'est pas elle cpii s'opposera au retour de la Lombardie à l'Autriche et au titre de roi que la cour d'Espagne cherche à obtenir pour le duc de Parme. La pacification de l'Europe dépend de l'action des puissances qui s'entremettent comme médiatrices. La Prusse a là-dessus un projet spécial dont l'Espagne donnera connaissance et au Directoire et à Bonaparte. Le baron Thugut m'a informé des pleins pouvoirs accordés à l'archiduc Charles pour traiter de la paix. Ce prince a obtenu du

premier ministre, qui dirige tout, de conclure un armistice de deux mois, afin de permettre aux corps levés en Hongrie d'arriver à temps pour la reprise des hostilités. Les dernières nouvelles de la chancellerie sont le refus de Bonaparte pour aucun armistice.

Les ministres étrangers affirment que l'Empereur renoncerait aux Pays-Bas et à la Lombardie, son projet est de trouver des dédommagements en Italie dans les pays conquis par les Français : « compensi in Ilalia sulle conquiste fatte da' Francesi. » Mais le chancelier n'admet pas ces assertions ; tout dépendra, dit-il, des événements aux armées et la paix sg réglera sur les succès acquis. Or, l'archiduc Charles paraît devoir rester vainqueur.

A cette dépêche, en date du 40 avril 1797, nous ajouterons l'examen de celle du même jour, partie de nuit et où est relaté un autre entretien avec Thugut. La cour de Vienne poussait évidemment Venise à se lever sur les derrières de notre armée; cependant la seigneurie n'acceptait pas le conseil et persistait dans sa neutralité. Les provinces de Terre Ferme l'inquiétaient; c'était son devoir de souverain de veiller à sa sécurité, de ramener à la soumission Bergame, Brescia, Crémone et de veiller à l'indépendance de Vérone. Mais d'actes hostiles, elle n'en commettait pas, car les malheurs isolés qui se produisaient dans les campagnes sont inévitables à la guerre, si l'on veut être sincère. La situation, en Vénétie, ne saurait se comparer à celle que nous avions en Lombardie , contrées délivrées du joug étranger, appelées à former un nouvel Etat indépendant.

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. Le Directoire, avide d'une coopération que Bonaparte disait nécessaire, suppliait Querini d'amener le doge et ses conseillers à composition. Il faisait des offres dont Thugut de son côté informait Grimani avec prière de les faire repousser. Les bonnes dispositions de Paris, s'écriait le ministre impérial, ressemblent à celles qu'ils ont montrées précédemment dans le duché de Glèves. Le même sort est réservé au sénat pour ses possessions au delà du Mincio. Sa sagesse est mise à l'épreuve par les propositions de Bonaparte, il importe de ne pas leur prêter l'oreille. La tentative dernière sera renouvelée par lui. 5i les provinces vénitiennes révoltées s unissaient à nos troupes il est sûr dans ce cas que la maison d'Autriche obtiendrait une paix raisonnable. Sur l'observation de l'état présent des armées dans le Tyrol, il ajoutait des paroles significatives, rapportées textuellement par Grimani : En vérité, le sénat peut dans ce pays accabler les Français et les décimer. Mais Thugut alla plus loin encore et devint assez pressant pour imposer la nécessité d'un retour à l'ancien équilibre : le salut de la République était à ce prix devant les indemnités qu'on lui

offrait sûrement.

Vous n'avez peut-être pas commission de traiter, continuait-il. Que le Sénat soutienne les mouvements des États vénitiens et il s'opposera à l'altération de l'ancien système en Italie. Tenez pour certain que l'Espagne vous trompe, elle intrigue en faveur du duc de Parme et du roi de Sardaigne ; surveillez les d-marches de ces deux cours. A quoi Thugut ajouta qu'il était de l'intérêt absolu de la Seigneurie de marcher d'accord à Venise et à Vienne. La République, pensait-il, avait tout intérêt à

continuer d'avoir l'empire pour voisin, le ministre insista dans ce sens et prononça même cette parole : « Les intérêts de la maison d'Autriche et de la République sont aujourd'hui plus identiques que jamais. » Sur ces graves appels, Grimani rompit la conférence.

II invoqua, pour rester libre dans ces appréciations et ne pas compromettre les futures instructions qu'il sollicitait du sénat le soin de sa correspondance diplomatique à terminer. C'était se montrer habile à peu de frais, en apparence ; au fond, il avertissait le chancelier que sa conversation serait fidèlement transmise à la Seigneurie le jour même et qu'une réponse autorisée dépendait de Venise seule.

Il suffit de lire avec indépendance d'esprit ces deux dépêches pour voir combien l'Autriche fut explicite et vive à obtenir une alliance ou même une entente. Le sénat résista à ses instances et lorsqu'une coopération tumultueuse des campagnes, secondée par les troupes dalmates, esclavonnes, itahennes, eût pu mettre en péril Bonaparte , la seigneurie refusa de placer nos troupes entre deux feux. A la même heure, Junot remettait la lettre insultante qu'on vient de lire, elle transpirait à Vérone. Il n'est pas permis de supposer qu'on dût l'y accueillir avec enthousiasme et il faut placer dans l'effervescence qui suivit la cause définitive des colères et des irréparables malheurs survenus peu après. De Paris, les avis de Querini étaient plus graves précisément parce qu'ils étaient plus obscurs. L'ambassadeur parlait de corruption possible dans les négociations futures; n'en parlait-on pas déjà? Mais cette ténébreuse affaire mérite un examen qui aura lieu

dans le narré spécial des causes déterminantes de la chute de la République.

Les intrigues des partisans français et de leurs émissaires s'étendirent au début du mois d'avril à Vérone, où les populations campagnardes nous étaient hostiles. A l'intérieur de la ville régnait par eux la division ; les deux partis étaient armés et n'attendaient ouvertement qu'une occasion plausible ou non, un signal, pour éclater. Les chefs français entendaient accomplir une œuvre analogue à celle des autres provinces de Terre Ferme, les chefs vénitiens voulaient la conserver à la mère patrie. Dans le Padouan, le général Victor, le futur duc de Bellune, paraissait avec sa division, invitation à la révolte ; Lahoz marchait après , la garnison française de Mantoue promettait par son voisinage un appui immédiat. Les soldats de passage furent enrégimentés publiquement par un de nos chefs et une partie de troupes cispadanes vint prendre ses quartiers à Vérone. Bonaparte pouvait négocier sans crainte. La présence de gens animés de dispositions si diverses favorisa des excès partiels; aux massacres succédèrent les rixes et les meurtres. Les nôtres et les insurgés frappaient ceux qui criaient vive saint Marc, ralliement des Vénitiens. Le clergé oublia sa mission et se mêlant aux luttes publiques les aggrava par des appels terribles; nous pillâmes le mont-de-piété, on nous répondit en enrégimentant les paysans.

Le général Balland qui succéda à Kilmaine dans le •commandement des troupes républicaines écrivit au provéditeur pour se plaindre de ce que nul désormais ne pouvait empêcher. Ce magistrat promit de réprimer

les fauteurs de troubles, mais en exhortant cet officier à imiter sa conduite ; la collision possible en fut envenimée.

Dès le 8 avril Giovanelli avait informé la Seigneurie qu'il redoutait les plus grands malheurs des résultats de la coopération accordée aux révoltés par les Français « a promuovere piu grandi molestie ». Le chef d'étatmajor de la cavalerie républicaine, toujours Landrieux, ne se bornait pas à seconder et parfois à diriger les révoltés, il niait officiellement qu'aucun parti armé n'était entré à Bergame et à Brescia. Giovanelli lui opposait alors la pubhcationdu manifeste de BattagUa qu'il désignait par ces mots significatifs : Vapocrtfo nota proclama. Ces deux constatations graves, il importe de les retenir, elles accablent Bonaparte dans ses agissements.

Le provéditeur exposait ensuite le rappel incessant qu'il faisait à nos chefs de troupes des maximes du droit des gens, des témoignages d'amitié incessants du Directoire, des paroles de confiance prodiguées à Querini à Paris et par Lallement dans la capitale. Il rappelait les aff'aires de Salo, son organisation militaire sur tous les points de la province, son travail sur les esprits fidèles et sa surprise de voir des corps entiers de Polonais ou d'étrangers traverser le territoire à titre de forces armées dans un État neutre. Le 9 avril, il s'élevait contre les prétentions des généraux républicains à vouloir désarmer les troupes auxihaires nationales, à lever le blocus de Brescia rebelle à l'autorité de la mère patrie et à exiger que des provocateurs en armes parcourussent isolés ou en bandes le territoire véronais. Ils aug-

458 cnuTE d'une république.

mentent leurs forces, disait-il, et ils prennent des disposilions militaires rapides dans les châteaux ; leur artillerie de siège y prend des proportions alarmantes, il n'est pas difficile d'en comprendre la signification : écraser la ville et battre les ponts « contro la citta e per batlere i ponti ». Mais à toutes ces démonstrations, û fallait joindre leurs excursions dans la campagne, leurs violences dans les vallées du Brescian et du Berga-

masque. j • i i

A Peschiera les soldats vénitiens qui gardaient la forteresse étaient désarmés par les nôtres et les lettres de protestation émanant du provéditeur restaient sans réponse ou n'en recevaient que d'équivoques. Toutes les précautions prises et la réorganisation de l'armée nationale seraient inutiles si on devait toujours rencontrer une pareille mauvaise foi. Landrieux se permettait •d'adresser des manifestes personnels aux populations, le fait est attesté en ces termes : « Producendoci una lettera scrittagli dal Landrieux ed un proclama ben strano. » Plus loin il est question d'un acte émané de lui et relatif au désarmement des habitants de la campagne, d'une manière aussi formelle : « Ghe dirigendosi poi il proclama del Landrieux a voler disarmati li villici. » De tels actes, joints à l'infamie des village pillés ou brûlés ou ruinés ou désarmés, prouve son intervention dans ses conséquences brutales : « Desarmandolo , saccheggiandolo ed abbrucciandovi alcune case. » Les causes de la fermentation du Véronais , les voilà et elles résultaient du mépris des traités.

La dépèche du 10 avril était aussi grave dans l'exposé des accusations formulées contre Bonaparte lui-même

et contre ses collègues dans le commandement que celles du général en chef l'étaient peu comme véracité. Là encore la mission révolutionnaire dudit Landrieux était notée d'infamie par Giovanelli, dont le patriotisme marquait des faits précis ; réquisitoire rédigé au jour le jour, les rapports du jeune provéditeur restent à titre de témoins irréfutables. Les dates, les noms des intéressés, les citations des lieux où se sont passés les événements, les réclamations, les réponses, les unes émanant de lui, les autres reçues de ses adversaires, rien n'y manque Le tableau est complet, pas d'exagération ou de phraséologie, les événements n'en comportaient pas, la précision partout; des vues d'ensemble, un prosélytisme absolu quoique modéré, nulle déclamation, nulle emphase, la sincérité toujours et un respect surprenant pour ses adversaires , une habileté utile à retourner contre les généraux ou les chefs des troupes répubhcaines leurs proclamations publiques ou leurs lettres particulières et officielles; telle est la correspondance de Giovanelli avec la Seigneurie, tel en est l'esprit. Nous n'admettons pas que les défenseurs acharnés de Bonaparte l'aient lue, car il faudrait sans cela les accuser de mauvaise foi voulue; nous en disons autant de ceux qui se sont permis d'accuser Venise de duplicité (1). C'est l'opinion contraire qu'il faut avoir. Au faux manifeste imputé par nous à Battaglia, la Seigneurie ré-

(1) Si on lui reproche ses armements de Terre Ferme et ceux des Lagunes, nous répondrons qu'on est mal fondé. La neutralité n'est par le désarmement. Donc, les dépêches subséquentes dans lesquelles Giovanelli expose ses efforts et les résultats acquis en ce sens ne peuvent être retournées contre lui.

pondit en effet le 12 avril par un contre-manifeste, où

il était dit :

« La République vénitienne a toujours observé une « conduite loyale dans les troubles dont l'Europe est « l'objet. Ses maximes de parfaite neutralité envers les « puissances belligérantes sont assez publiques pour

qu'on n'ait à formuler aucune prétention d'embûches

et de malveillance qui autorise à mettre en doute sa « sincérité. Il est douloureux d'assister cependant à « une effervescence de reproches sur de mauvaises « intentions et à des calomnies qui portent atteinte à la « dignité de l'autorité souveraine. Le fait dont on s'est « rendu coupable à l'égard du provéditeur Battaglia et « qu'on a répandu à profusion dans les provinces cons- « titue une diffamation froide de la part de ses auteurs,

une injure contre la direction des affaires publiques.

Le manifeste du 22 mars est opposé aux sentiments « que n'a cessé de professer le gouvernement à l'é- « gard d'une nation amie. Il ne peut dans le cas qui se « présente, que protester contre d'aussi odieuses perfi- « dies et il observe à ses fidèles sujets qu'ils ne d.ivent « pas se laisser séduire par ces souillures. Les maximes « du sénat sont de vivre comme précédemment en « parfaite harmonie et amitié avec la nation française. « Si, comme il faut l'espérer, la loyauté de cette même u nation est reconnue, les accusations maléficieuses « prendront fm, les artifices répandus au moyen de « libelles seront reconnus immérités et indignes de

toute croyance. On conservera ainsi à la république

de Venise la juste confiance à laquelle elle a droit; « sa fermeté est égale à ses sentiments; elle aura une

.< constance uniforme dans la conduite quelle n'a

" CetaniSe 'm répandu, par ordre du sénat af.n d'aLTer Indubitablement l'amitié du gouvernement Îis Ïvi^ de la France. U n'est pas nécessaire, croyons- Toul d'insister sur un acte otr-ciel d'une te^le va eur W lin second manifeste spécial aux pays de Trevise, Vi cence et Vérone fut rédigé pour eu. et adresse "omma îivement à leurs trois provédileurs, y résidant a t.tre extr'-iinaire : Giustiniani, Erizzo et Giova-lh Le doge les accompagna d'une Déclaration ou d fletnt le nspudo-manifeste milanais (2).

"^ < LeT^nat n'avait pas appris sans surpnse et sans « Lignation qu'un acte signé du nom du proved.teur Battaglia. essentiellement faux, ma apocnfa carta. et conten'ant des principes en tout contrats ^ ceux ., nue le gouvernement vénitien professe pour le gou îernement français était colporté partout 11 entendaU le démentir et le proclamait une embûche oppo- „ sée aux tendances continues de la Se.gneur.e C est pourquoi elle avait rédigé les deux manifestes qu. Lrviîaient à l'avenir de règle aux P-ved' -rs ^ « Terre Ferme. Nous voulons qu'ils soient portes a la loTnaissance des généraux français et qu. s sojen « publiés dans les places occupées. Ils seront imprimes „ Tar vous et répandus par l'intermédiaire es repre- « Lntants de l'autorité soumis à votre J-f ^;'^"; ^""J « les ferez parvenir aussi aux commandants des troupes

(,) Noire citation est la traduction complète de ce ""t- (2) Traduction littérale et intégrale de la Ducale a Gmst.n.ani, alors à Trévise.

* la

ai

« républicaines, afin de leur apprendre le soin scrupu- « leux avec lequel le Sénat entend ruiner toutes les « équivoques. Ils n'ignoreront plus ainsi la vérité de « ses dispositions sur la constante amitié que nous porte tons à la nation française. »

Toutes les dépêches de Giovanelli en date de Vérone, pendant la huitaine qui précéda la célèbre semaine de Pâques, incriminent régulièrement tous les actes militaires et politiques du général Balland, qui y commandait. Les protestations officielles du sénat furent imprimées et répandues à profusion conformément à ses ordres. Malheureusement Bonaparte faisait continuer la politique de provocation par ses généraux, et les émissaires de son état-major démentaient, d'accord avec lui, les témoignages de l'amitié officielle. Aussi, le 17 avril, envoya- t-on à son quartier de Judenburg les nobles Donato et Gustiniani pour faire de pressantes instances en faveur de la neutralité des pays vénitiens. Le procurateur Pesaro de son côté s'expliquait avec le ministre Lallement sur les ordres relatifs aux défenses des lagunes, de l'estuaire, des forts de la capitale et sur l'ensemble des mesures de police ou de sûreté prises par le conseil des Dix à la demande de ses chefs.

Mais pendant que Ton discutait ainsi, que se passaitil à Vérone? Les partisans des deux partis en venaient aux mains, événements célèbres sous le nom de Pâques Véronaises.

Le récit d'un contemporain et d'un témoin partiel va

"TcXÏ;:nduSquesi,avriH.9,,v^^^^ „• heures du soir, qu'éclata subitement la ternble .< émeute de Vérone. Elle commença par ?«;. î««; '»^- « naces et insultes de la part des soldats vemtiemetdes « Véronais armés aux militaires français repart,, dan. .. différents quartiers de la ville. Frappé du danger qu « s'approchait, le commandant Carrère reumt les s en „ surTa place d'armes afin de pouvoir se Porter P-'ou « où sa présence deviendrait nécessaire. Il eta.t dans : :ëue position depuis une heure, lorsque Ballar^d donna « ,„ quelque sorte le signal de la guerre en faisant jouer „ le canon des châteaux. A ce bru.t, Carrere conduisit « précipitamment sa troupe dans le Château-Vieux, que « es Véronais attaquaient déjà des maisons voisines „ Les éclats inattendus de l'artillerie frwse firent « croire aux Véronais que Balland voulait traiter la << ville en ennemie. Ils ne s'étaient point trompes, pms- « que le général, peu d'instants après fit tirer a ou- « lance contre l'hôtel de ville qui en fut considerable- „ ment endommagé. La première volée enleva le faie „ du palais des Scaliger. En un moment 1 aspect de la .. ville fut changé. U est impossible de se faire une „ idée des cris de rage poussés contre les Français de « l'ardeur qu'on mettait à les poursuivre, de 1 effroi « qui naissait des coups non interrompus et précipités « I tocsin. Ceux des Français qui se tro"V-ent le „ plus près des châteaux s'y retirèrent a la hâte, pr n- ,< cipalement dans le Château-Vieux; mais ce ne fut pas sans danger, parce que le peuple courait avec

mmaamtmèmu^^^^Sl

« rage après eux pour les égorger, faisait pleuvoir sur

« eux par les fenêtres une gréle de balles et de pierres,

« tout ce qui lui tombait sous la main et leur rendait

« ainsi la retraite difficile et pour ainsi dire mor-

« telle.

« La fureur s'était emparée non seulement des hom- « mes dans la force de l'âge, mais encore des vieil- « lards, des femmes et des enfants. Tous voulaient venger « mr un sang odieux les outrages reçus et les souffran- « ces endurées. Beaucoup de Français furent immolés « dans cette fuite et leur chute était accompagnée de « cris de joie d'une populace féroce. Ceux qui n'avaient « pas eu le temps de gagner les châteaux cherchaient ^ leur Hftlul dans U^ relraileà le» plus reculée* d<î« «I habiUlion.H ; iiiaiB peu de m«bonK leur ûfTruient im •I a.silê «Bsuré. \j^ habitante, nu mépris des Idik de M rhDjcpitalit^, en massaerèfreni un ccrlAÎn mmilMre. ♦I Ceiix-eî furent jetés «Uns les puiU, cctix-I^ jwignnr- N d^, d*autr«3^ repoussa violemment dans U» rue» M pour y de>'6Bir on bulle à racharnement du |M;uple «« dont lu foulo groi»t^'<ait toujours au milieti dirît da« « mtnr^ horribles, du frnras do rartillerie de* châteaux H el des coups multiplié» du lor-wn.

H 11 y avait alors à Vérone plusieurs administrateurs « de Tarméc françabe» beaucoup de fcjoiues, d'enfanta 0 ei de malade* de celte nation. La plus grande partie .. fut inhumnînrm«înl éigorgéc p»r ce peuple qui kc 0 vengeait avec uw? affreux cruauté ^urdc» innocen!*, •• de ceux qui à force d'hijurtiees» de rapiiKîfî, de fraudes « et de trahi«owi «Haieut |>arvenu8 A lui rendre le nom « français en horreur.

, C'était un spccucle à la fois déplorable et lenible Àue ces malades languissants poursuivi» par de. que ces "'" » Hplana- nue ces femmes épouoecacsins couverts ae s<ing) 4"^ .

Xfoulées aux pieds P- des J— en^u- Tai -m un portique encore dégouttant du sang ae Frlcais asLmmés plutôt qu'égorgés par le peup e exir, éré ; fai vu retirer des puits et des égouts des uSme ensanglantés; j'ai «- les assassins porte en tlmphe les dépouilles de leurs V'cfm - Ma. 7éU^' hôpital militaire qu'on remarquait le plus d'adiarnemenl et de cruauté. Veuille le c.el en réserver le châtiment au. véritables auteurs de tant d a-

rpISL.. malade, furent tués, d'aut- ma^^^^^^^ rt dépouillé.. Ni I- suppli'-al'on^ n. I ';»«^'^;î^^;;^ * rSccl uH-mc de U mort toute P^»« «^ ""•^'" i2nU, ne pouvaient in.p.r^ la P^^^^ «^ J^Jj „;.-. n«v8«ot plu» de l'iMirome que la forme ^l). 1*

?^J n^/. U «.if au s«n^*-.U«mail «« mU^

T^^L et le* roms» qui manquent «.uvenl pour

Trr«li«n flc «nouvclnienl ici pour le cnmc.

r<SrdV "^ "- pa-i-il-'l calmer un in.Unt

rfirr. Se . r.nin!ait plu* ^r^^ vue, u„

Frau«i» et le sang /ccommetic..! è couler- 1^ |«

,riolÏv*ron.U ou'^élranger, ne cou«ie..l pw de

tcwbn. de I» V<-n«« «» <>« '^^'™'^ *°.^,,, p„,oot W ertiw o« or ici c ♦UlUl de V*nUk« mI»*» «»««• ** »'*'«^

CHUTE D UNE RÉPUBUQUE.

« moins grands périls. La rage du peuple éclatait contre « eux avec plus de violence encore, il les poursuivait « même avec plus d'empressement et en immolait « autant qu'il en rencontrait. Mais le plus grand nom- « bre s'était retiré dans les châteaux; d'autres, soi- « gneusement cachés, passèrent plusieurs jours entre « l'espérance et l'effroi.

(( Cependant tout ne fut point barbarie dans ce déplo- « rable événement. Plus d'un Véronais et le comte No- « garola lui-môme, quoique l'un des chefs du mouvement, « donnèrent asile et sauvèrent la vie à beaucoup de « Français. Action d'autant plus méritoire qu'en sauce vant la vie à d'autres ils mettaient la leur en péril. « Nul doute que si le peuple eût eu connaissance de cet « acte de pitié il n'eût enveloppé dans la même proscrip- « tion les protecteurs avec les protégés.

« Le bruit de ce qui se passait à Vérone ne tarda pas « à se répandre dans les campagnes voisines.

« Des rassemblements se formaient sur tous les « points. Les paysans armés venaient /?ar bandes se jeter « au milieu de la tourmente qui agitait la ville et « réchauffaient par de nouvelles fureurs la fureur re- « froidie des premiers. Les vociférations recommencè- « rent aussitôt que les massacres, et le sang ne cessa de « couler que quand il ne s'en trouva plus à répandre (1). « Ne pouvant plus égorger des hommes, on s'en prit « aux propriétés. Il existait une vieille haine contre les

(1) Giovanelli les accuse de férocité et de ne vouloir en rien écouter sa voix ou ses prières. Ce fut alors qu'il rédigea une proclamation et la fit distribuer dans les campagnes.

„ iuifs on les disait d'ailleurs partisans des Français ; « leur 'quartier fut pillé. Les dépôts publics éta.ent en « danger de l'être et, sans les efforts multiplies des pro- „ véditeurs, ces farouches défenseurs de Ven.se deve- « naient des brigands qui dévastaient les magasins de « Venise même. Tant est facile pour les hommes « animés par la fureur le passage du meurtre a la ra- « pine et de la rapine au carnage. Le sang coulait dans « les maisons, il coulait dans les rues, les châteaux « foudroyaient la ville, les Esclavons faisaien rage « contre les châteaux. Unis aux peuples, ils voulaient, << disaient-ils, donner l'assaut à ce repaire des tyrans « de l'Italie. Le Château-Vieux surtout périclitait. « Adossé à la ville, il se trouvait plus exposé aux at- « taques de la populace et des soldats. Ses défenses .< n'étaient pas non plus considérables. On y communi- « quait de Vérone par un pont fermé seulement par une « grille de fer et la porte, de mauvais bois, n avait pas

« même de herse. .

« Au milieu d'un si grand tumulte, d une irritation si « générale, le provédileur Giovanelli aurait voulu, non « pas désarmer le peuple, le caractère connu des Vero- « ronais y aurait mis obstacle et le feu des châteaux ne « le permettait pas, mais arrêter le cours de la barbarie « et introduire de l'ordre, de la mesure, là ou i ny « avait que confusion et désordre. L'ardeur qu il de- « ploya dans cette louable intention le rendit presque « suspect aux Véronais, bien décidés d'ailleurs a mc- « connaître son autorité et à n'écouter que leur ressen-

« timent. ...

« Pour favoriser l'entrée des secours du dehors il im-

MMM^MMaM

« portait de s'emparer des portes toujours au pouvoir « des Français. La mieux gardée était celle de San Zeno. « Informé du danger de ses compatriotes, le comte « François des Émiles qui, dansCastelnuovo, avec deux « pièces de canon , six cents Esclavons et deux mille « cinq cents paysans, tenait en échec un gros de Fran- « çais et d'Italiens et les empêchait de se porter sur « Vérone, accourut subitement au secours des siens , « livra un sanglant combat à la porte San Zeno , s'en « empara, fit le poste français prisonnier, entra dans la « ville avec ses troupes et doubla ainsi le courage des « insurgés. Le capitaine Galdogno et le comte Nogarola « en firent autant chacun de leur côté , le premier à la « porte Lévêque , le second à celle de Saint-George , de « sorte que les habitants des campagnes pouvaient ar- « river de toutes parts au secours de Vérone. Le ren- « fort du comte des Émiles introduit, les Véronais re- « tournèrent avec plus de rage à l'assaut des châteaux, « surtout du Château-Vieux.

« Les Français redoublèrent aussi d'ardeur à se dé- « fendre, certains qu'au milieu d'une si grande efîer- « vescence populaire, qui n'épargnait pas même les « individus désarmés, le seul moyen de conserver leurs « positions et leur vie consistait dans l'opiniâtreté de « la résistance. La plus forte garantie des Français était « le château de Saint-Félix, aussi les Véronais et sur- « tout les paysans s'étaient-ils portés en masse à Pes- « cantina, lieu favorable pour battre la place. De plus, « ils avaient établi deux pièces de canon à San Lu- <( nardo qui domine le château et d'où ils le fau- « droyaient sans relâche. De leur côté, les Français

faisaient de fréquentes «o'•t'«^ «^ ^"^a^aie^l^U ba taille sous les murs et à l'inténeur ■"-"« /^^^^^^^^^^^ C'était un carnage , un incend.e , une dévastation ge nérale Balland tirait à boulets rouges du château rSain^Félix (1). Une partie de la vUle^a^jJ^

aussi bien que les maisons de ^<^"^PT' ^^iTZ- Vérone naguère si Horissante, aujourd hu si mal LTrêu;e?;araissait menacée d'une destruction mev.

rTouiours plus exaspérés à mesure que le sang ouS à pu? grands flots, les paysans, de leur propre It^ment, Lient expédié des courriers au gênerai T/" orrLcfon avee prière d'arriver promptement a TZtZ^e (2). Ce général, après ses avantages dans riyrll él L; venu' remuer le haut Brescian , mais BaUand savait combien il ™PO^ta.l à la sur^ e de l'.rmée de se maintenir à Vérone et a Samt-Fel x, el ne nTg igeait rien pour y parvenir. Il avait donne av.s rcha'bran dans Brescia à Ki^aine dans M— du danger où se trouvait la garmson d« J;"^^^ ^ besoin qu'elle avait de prompts .««^ours^ Pare.l^es informa ions avaient été transmises a Victor. Un autre" étachement arrivait de Bologne contre la ville

Tmtyé de l'orage qui allait fondre de tous c6tés,

rn r« dénêches officielles ne cessent d'accuser ce inimairc de .„ «la" Khos -.Ulé et de perfidie. Or BaUand neta.l quun

r,^rd ordres Doù venaient ces ordres? de Bonaparte. *'m lldéPéch des Provéditeurs estformelle sur Laudon ma.s elle ajoute qu« a ra'ppe'é les devoirs de la neutralité a 1 égard de la France. ^^

Giovanelli, malgré r arrivée prochaine ^^^^ un renfort d'Esclavons. d'armes et de mumt.ons, 1 1 ;.re à Balland quelque, ouvertures d'arraugen.ent. Files furent sans résultat, parce que e gênerai "^.^ exigeait avant tout, comme cond.Uon m^^^^^^^^^ nen.'able, le désarmement des paysans , le rétablis se^nt d s communications de l'armée et la reducïoTîe ia garnison vénitienne au petit nombre des 'oWatS qui la composaient -nt ''ém^^ Js ma gistrats de la République n'étaient pas elo.gn d ac cepter ces conditions, mais les paysans toujours exas p?r s refusaient absolument de déposer les armes (1). l La terreur était dans Venise comme elle do- „.inail dans Vérone... Les habitants '^o^^^^e^^ toujours avec la môme ardeur, "-- 'j"^ *J pouvait durer par cela seul quelle « ^ ' «J^^-'J^; Déià les Français se montraient en forces autour de ° 111e: Kilmaine arrivait de Mantoue Chabran paraissait sous les murs vers la porte de San Zeno les premiers bataillons de la formidable d-vision de V clor tenant de Padoue étaient déjà en vue de a v Ue as siégée et la nouvelle de la trêve signée a Judenburg

,U une cilalion du texte de Giovanelli peut seule donner une

(1) une ciuuon uu ^i s,,io,„o apertanienlc, che

idée de lexas|.e.at.on de. P'»'*''"; ''''.''",■,,„ .aslelli e pren-

„ ave,e P' "/T,: ^ ,aXt> e "• Lt 'e non solo sn.le pro-

: ;: •; :iis:ai;zr pu". .01. ^j^::::^

\: ,n:,a:,y7iiii del Vivanlc furono sacchegiatti tuUi, connut : ::! rrrio e'Jno dl fan», a suppU.. aile ricercUe fran-

« cesi. »

« ne laissait plus d'espoir d'être secouru par Landon. « Par tous ces motifs les provéditeurs entamèrent des « négociations d'abord avec Balland par 1 intermédiaire « du colonel Beaupoil, mais sans résulta , Pa-e je le « peuple refusait toujours de déposer les armes tant « SuelesFrançaisne seraient pas expulsés des châteaux « ensuite avec Chabrand que le provéditenr Giovanelh « vint trouver hors la porte de San Zeno. »

Après la lutte déplorable qui avait trop longtemps durf, partagée entre le sang des innocents et des combats loyaux, il fallut en venir à une reddition inévi- S e. Tels avaient été les résultats évidents de 1 occupation étrangère dans «n pays neutre. Bo-P-^^^'^-' follement exposé les siens en «"»'-"'; .^"'^ ^^^^J devait et la situation délicate dans laquelle il le avait mis. 11 est juste de le rappeler. Rien ne Po^J P-' mettre que les populations ne s'armeraient jamais "eUes-m'êmes po'ur'se lever contre des compatriotes insurgés; rien n'autorisait à penser q"^ d<.s e.prits surexcités n'en viendraient jamais aux •"«'«« '^""^ annonçait que dans une série d'opérations militaire» de Se durée des malentendus ou des collisions se produirrent. Bonaparte avait laissé les ordres les plus Ses au contraire; sans égard aux manifestations du bureau des renseignements de son «at-major .1 parlait d'amitié et préparait une ruine entière. Cette ruine, le Directoire ne l'avait jamais ni conçue m préparée,

(,) Les dépêches de Glrolamo Barbaro, eapitaine «» j^jP»^;^'»' •{« vi Jnre celles de Labia, capitaine et vice-podeslat de Padoue, e ;'rvenl La colère et •; terreur sétaient emparées des habitants de ces deux villes.

le poids en revient à celui-là seul qui la réalisa après l'avoir habilement préparée et conduite, fruit d'une année de duplicité. Le Directoire l'accepta.

Attestation nécessaire, la correspondance de Napoléon a gardé le silence sur les affaires de Vérone, et un silence entier. Certes, il y avait là un beau chapitre de déclamations et de réclamations à faire valoir; on n'a pas osé et ses descendants ont tenu à garder, par l'oubli, la mémoire du grand capitaine intacte (1). Loubli n^est-il pas l'ignorance ? aussi on n'a ni par voie d'allusions ni par voie d'explications exposé les phases douloureuses de ce malheur. Par prétérition, on laisse un vague souvenir des Pâques Véronaises assombrir l'éclat de la célèbre campagne d'Italie, mais on s'est bien gardé de tirer les conclusions. La réprobation à de nouvelles calomnies eût été trop vraie si on en eût parlé, de là une apparente négligence. Lorsque sur le moment même Bonaparte entendait venger le sang de ses soldats il cherchait encore des raisons de ruine pour Venise. Mais il se gardait bien de dire que le général Balland avait le premier donné le signal d'un massacre en tirant à boulets rouges sur une ville indûment occupée; les désastres qui avaient suivi n'avaient-ils pas été provoqués? C'est ce que nous étudierons en traitant des moyens employés et des arguments invoqués pour livrer la répubhque du doge à l'Autriche sans souci des vrais intérêts non seu-

(1) Que penser du récit de Botta qu'on vient de lire ? qu'il est exact. En le rédigeant, cet écrivain a eu sous les yeux les dépêches que nous avons consultées après lui, et les narrations des provéditeurs y sontconfirmées parce qu'il a appris et vu. Nul autre ne pouvait lui être préféré , et c'est ce qui justifie notre citation.

lement de ritalie, non seulement de l'équilibre européen, mais des intérêts de notre propre patrie, auteur d'un partage honteux !

Les négociations du provéditeur Giovanelli, accompagné des patriciens des Emile, Giusti et Merighi avec le général Ghabran, ne pouvaient manquer d'être difficiles. Ce dernier reprocha l'armement des campagnes, acte officiel du pouvoir sénatorial, alors que les armées républicaines étaient en présence d'un ennemi redoutable. Chabran oubliait les excès commis par nos troupes et son reproche concernant le passage des Alpes prouvait le mépris de la neutralité de la manière la plus absolue. Venise, à l'entendre, eût dû concentrer ses forces dans un autre but. Le colonel Landrieux osa prendre la parole pour rappeler le faux manifeste attribué à Battaglia dont il n'ignorait ni la provenance, ni l'inspirateur, ni la protestation ducale qui l'avait suivi. Giovanelli répliqua en attestant nos excès et les souffrances des habitants, la participation des Fran cais à tous les mouvements comme à tous les actes insurrectionnels ; il eût été difficile de frapper plus juste quant à l'interlocuteur. Le général Balland, ajoutaitil avait accordé un refuge aux chefs des troubles dans .on palais; par son ordre, les forts avaient tiré à boulet plein sur Vérone, cause déterminante de la prise d armes par les habitants et des faits ultérieurs.

La conférence fut rompue. Chabran déclarait qu il brûlerait Vérone et la livrerait au pillage , les hostihtés recommencèrent. Lahoz, annonçait-on, venait de remporter une victoire dans les plaines entre le Mmcio et l'Adiffe; ses soldats arrivaient. Kilmaine signalait son

J74 CHUTE d'une République.

approche el Victor accourait. Le brigadier vénitien ïaffei était battu, la nouvelle des préhmma.res de paix à Léoben parvenait dans les Etats vénitiens^ Les provéditeurs renouèrent les négociations sur les bases suivantes : désarmement des paysans, évacuation de Vérone, occupation de la ville, remise des armes et des munitions, remise d'otages désignés et parm. lesquels on comprenait les provéditeurs eux-mêmes, G.o- Lelli, Erizzo, San Fermo. Le mépris du droit des gens était absolu, Kilmaine ayant refusé d'assurer la v.e des soldats, des officiers et les propriétés. Vérone se rendait en réalité à discrétion. Les provéditeurs devant ces conditions résolurent de se rendre à Padoue et d abandonner la ville aux magistrats municipaux. Us en informèrent la Seigneurie le 25 avril. Leur dépêche déclare que leur départ n'avait pour origine m la crainte, ni les cachots, ni la mort : « Non fu timoré d. prigonia ne di morte. » La cause en était dans la cer- Utude où ils étaient de ne plus y rendre de services, devant une férocité égale dans les deux partis en présence. Le doge les pria, le 26, de donner des ordres aux milices des communes qui sortaient de Vérone afin qu'elles se rendissent à Vicence. Là elles rentreraient sous le commandement du sergent général , le comte Stratico; or, le 27, Lahoz occupait Vicence. U 1 obligeait à capituler comme Vérone avec plus de modéralion toutefois dans les conditions (1), puis chassait les autorités vénitiennes !

(1) u 1 obligeait à envoyer des députés au quartier général de Bo. naparle pour rassurer de la soumission de leur province el les declarail déliés de tout serinent avec la seisneurie.

• La chute prochaine de Venise fut annoncée à court terme Le colonel Beaupoil ne craignit pas de dire que ouatorze siècles d'existence devaient suffire à la republigue, les circonstances l'exigeaient et les actes de Bergame comme ceux de Brescia étaient la conséquence des ordres directs du général Bonaparte.

L'aveu est complet, les historiens étrangers 1 ont enregistré et la Correspondance de Napoléon, quoique expurgée, nous a appris la réalité de ses sentiments dans sa lettre au municipe de Brescia.

Après l'échec de la capitulation vénitienne pour Vérone, les Français l'occupèrent immédiatement. Apres la vengeance, la lâcheté. Les Italiens , du parti patriote recherchèrent d'enthousiasme les chefs de la défense et remplirent l'office beaucoup moins de délateurs que de bourreaux (1). Le dernier supplice fut le partage de ceux qui avaient pris les armes pour protester au nom du droit des gens contre l'occupation de leur pays. Les membres plus élevés du patriciat de cette province le comte Emile des Émiles, le comte Verita, le comte Malenza et quelques autres personnes moins considérables furent condamnés à mort, k la barbarie des mouvements populaires succédait la barbarie de Bonaparte ' Le sang de mes frères d'armes sera venge, avait-il écrit de Judenburg? comment accomplit-il ses menaces? En multipliant les violences. Le soldat français vécut à discrétion chez l'habitant, le mont-de-piété fut pille et les diamants précieux envoyés au général en chel,

(1) Eri7.zo et Giovanelli la spécïnent ainsi : « la egualmenlc féroce furore dcl popolo veronese. »

I tî

les dots des pauvres furent enlevées; une contribution de cent vingt mille sequins fut imposée , les garnisons des châteaux eurent droit à un second prélèvement de cinquante mille; on indemnisa les soldats de leurs pertes et les hôpitaux des dommages soufferts ; la cavalerie de l'armée et lartillerie reçurent tous les chevaux du pays, l'intendance obtint pour l'habillement des troupes des quantités de drap; les éghses apportèrent à nos commissaires leur or et leur argent et les caisses publiques, véronaises ou gouvernementales, se vidèrent au profit des caisses républicaines. Les beauxarts ne furent pas oubliés et les établissements scientifiques subirent une dévastation en règle. Les biens des condamnés, ils étaient considérables, servirent à dédommager les personnes qui eurent droit à une indemnité. Les ordres de Bonaparte, même en ceci, ne purent recevoir une sanction. Le désordre de ses troupes dont leurs chefs avaient surexcité de justes colères rendit leur exécution impossible. Un commissaire des guerres, Bouquet, celui-là même qui eût dû surveiller par ses fonctions spéciales les conditions de reddition ou du sac de la ville, n'avait songé qu'à faire fortune. Mais Bouquet n'avait pas agi seul, il avait pris soin de chercher des complices, et la dilapidation avait été d'autant plus vivement menée qu'ils n'avaient pas attendu l'arrivée de leurs généraux pour la commettre. Bien plus, ils l'avaient favorisée (1). L'anarchie en avait été la

(1) Bonaparte a écrit dans son récit sur la campagne d'Italie qu'on avait restitué à Vérone les vols commis par Landrieux. Cette assertion est fausse, car il informait Berthier le 19 mai 1797 de ses vo-

conséquence ; malheureusement plusieurs officiers supérieurs y avaient présidé, fournissant à Bouquet des hommes pour voler. Celui-ci n'avait plus qu'à opérer le partage ; son importance attira les recherches des généraux; on avait trouvé à Vérone pour plus de cinquante millions d'effets ainsi que dans les magasins de Vicence. Victor dut arrêter Bouquet, mais il observa que la complicité des officiers supérieurs rendait impossible sa comparution devant un conseil de guerre. Augereau se signala avec honneur dans l'exposé de tous ces malheurs.

La confusion des pouvoirs, écrivait-il, a prévenu les ordres du général en chef. Lahoz a fait révolter Vicence où se sont produits des pillages surprenants, les magasins avaient été forcés à coups de haches et vidés sur l'heure les sacs à la main. Les campagnes n'ont pas été épargnées. Incendie, vols, réquisitions générales, réquisitions particulières, le tout sans autorisation légale, les familles errantes, des villages dépeuplés, des officiers attirés par l'abus du pillage s'intitulant commandants de place pour commettre des excès que réprouvait la justice et l'honneur, tel était le récit d' Augereau. Il ne voyait aucun respect pour la discipline militaire là où elle eût dû tout guider. L'arbitraire avait présidé à la mise à sac des palais et des plus riches maisons de Vérone. On avait pris dans certaines jusqu'à soixante mille francs sans en laisser reçu. Les magasins avaient été aussi maltraités, et la crainte

lontés en ces termes : « J'ai ordonné que tous les monts-de-piété soient restitués aux villes, hormis Vérone. »

j7g CHUTE d'I'NE nÉrUBLIQUE,

avait tout autorisé. Vérone devenait déserte et on avait vu des oinciers vendre des marchandises arrêtées sur l'Adige sous prétexte qu'elles en descendaient le cours. La situation était telle qu'Augereau oubliait le sang français répandu, adjurant de réduire la contribution imposée à Vérone et aux campagnes de la province. Il tenait à consoler les Vénitiens de tant de barbaries. Nous n-avons rien à ajouter à une telle protestation.

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