‹ CicéronChapitre 7 sur 8 · LXV1II · texte numérisé non relu

LXV1II

Les conjurés, soit qu’ils crussent à trop de faiblesse, soit qu’ils soupçonnassent une vertu plus pure à Cicéron, leur ami à tous, ne lui confièrent pas la conjuration. Ils se cachèrent de lui, de peur d’étre ébranlés par ses scrupules. Rome était lasse de son idolâtrie pour César; les plébéiens, qu’il avait caressés pour les opposer au sénat, commençaient â sentir la pesanteur du joug militaire ; les patriciens, auxquels il était revonu et qu’il rassasiait de dignités et de largesses, rougissaient de les

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devoir à leur bassesse; le sénat votait, mais murmurait; les soldats aspiraient déjà à se vendre plus cher à un autre acheteur. Brutus et ses amis s’échauffaient à la lecture des historiens, des philosophes et des poètes qui divinisaient les libérateurs des peuples. L’opinion conspirait assez universellement avec eux pour qu’ils n’eussent pas besoin de confier à de nombreux complices un projet qui serait applaudi par la multitude aussitôt qu’il serait exécuté.

Ils cachèrent leurs armes sous leur toge, attendirent César au sénat, se précipitèrent au-devant de lui à son entrée dans la salle, comme pour l’entourer d’un empressement plus impatient et plus servile, baisèrent le pan de sa robe, lui tendirent des pétitions comme un piège à sa clémence, ne lui montrèrent groupés autour de lui que des fronts connus et des visages amis, ralentirent ainsi sa marche vers son siège dans le sénat, et, le frappant

à l’cnvi de vingt-sept coups de poignard, l’étendirent sans vie au pied de la statue de Pompée. Le sénat, saisi d’effroi au commencement de ce tumulte, d’horreur au milieu, de joie à la fin, s’enfuit par toutes les issues, sans savoir s’il fallait témoigner la satisfaction ou l’exécration du meurtre.

Brutus, Cassius et les conjurés sortirent en appelant le peuple à la liberté. Le peuple, moitié vengé, moitié attendri, les applaudit et les laissa seuls monter au Capitole. Antoine, lieutenant de César, et qui avait lui-môme conspiré autrefois contre sa vie, maître des troupes, fut chargé par le sénat de préserver Rome de l'anarchie. Il suivit avec habileté tous les mouvements successifs de l’émotion du peuple : le premier jour, ami douteux des conjurés; le second, protecteur armé du sénat; le troisième, portant le deuil de César; le quatrième, vengeur de son cadavre en

déployantdu haut de la tribune aux harangues sa robe ensanglantée et percée de coups aux yeux émus de la multitude; bientôt arbitre et maître de tout, tenant Rome dans l'indécision entre la passion de la liberté et les regrets de la servitude, et forçant Brutus et ses amis à s’éloigner de la ville qu’ils avaient délivrée, de peur d’y être immolés etix-mèmes par le parti de César qui avait repris vigueur dans son sang. Tel fut ce crime. Il rappela à la tyrannie par la pitié : juste expiation de ceux qui croient faire justice et qui font horreur par l’assassinat!

Antoine s’était habilement associé, pour rester l’arbitre de Rome, un autre lieutenant de César, son rival dans l’armée, nommé Lépide, qui commandait l'armée prête à partir pour l’Espagne. Ils grossirent leurs forces de tous les vétérans disséminés dans les provinces, et laissèrent une apparence de souveraineté au sénat. Pendant cette espèce d’interrègne entre la république et la dictature qui suivit le meurtre de César, Brutus et Cassius se retirèrent à Lànüvium, petite ville de la campagne do

Rome. Cicéron laissa éclater sa joie de la conslitution rétablie. Il pressa les conjurés de saisir le moment prêt à échapper à ceux qui hésitent, et à restaurer l’antique liberté. Brutus , plu3 philosophe et plus orateur que politique, semblait avoir dépensé toute son énergie dans le coup qui avait abattu le tyran. 11 écrivait, raturait, limait, soumettait à l’examen de Cicéron, retranchait, récitait, et perfectionnait encore un long discours, accusation de César et justification de ses meurtriers, qu’il se proposait de lire au sénat et au peuple au mois de juin, quand le sénat reprendrait ses séances. Vain orateur, qui ne savait pas que les rhéteurs veulent des paroles, mais que les révolutions veulent des actes!

Les amis de César et Antoine lui-même caressaient de leur côté Cicéron. Ils s’efforcaient de l’entraîner de leur côté par l'offre répétée de la plus haute magistrature. 11 avait recouvré

innocemment toute sa liberté par le coup qui l’avait affranchi de l’amitié humiliante de César et de sa reconnaissance embarrassée envers le dictateur. 11 resta inflexible à la télé des bons citoyens et des partisans d’une république stable, patricienne et modérée. Il continuait à résider dans sa maison de campagne et à écrire pendant que Rome attendait son sort sans savoir se le faire à elle-même.

« Est-ce là ce que nous devions voir ? écrivait-il à Àtticus. Quoi ! l’œuvre de Brutus se réduit donc à le faire vivre oisif dans sa maison de Lanuvium, et à perpétuer par Antoine et par Lépide le règne de César, plus maître après sa mort qu’il ne le fut pendant sa vie? »

Ces vains reproches ne rendaient ni la popularité ni l’audace à Brutus et à Cassius. Ils irritèrent Antoine contre lui. La colère des vétérans, soufflée par Antoine, le menaça jusque

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dans sa retraite de Tusculum; QU parlait à Rome d’aller l’incendier. 11 songea à se réfugier une seconde Cois en Grèce. 11 s’embarqua même àNaplesetsuivit les côlesd'Italiejusqu’àReggio

en Calabre ; là, il eut une entrevue avec Cassius

et Brulus. Ils lui apprirent que l’opinion revenait à Rome au parti de la liberté, et qu’on y invoquait son nom comme celui du seul homme dont les conseils pouvaient inspirer à la fois courage au sénat et sagesse au peuple. U redescendit à terre et se rapprocha de Rome, Les citoyens se précipitèrent partout sur ses pas, comme au premier retour de son exil, Rome semblait veuve de son génie quand il s’éloignait d’elle. 11 revint à Tusculum, u’osant pas entrer encore dans Rome tant qu’ Antoine y dominait.

Mais déjà le crédit d’Antoine baissait dans le peuple ? dans le sénat et dans l'armée. Une autre popularité jplys ferme et plus prestigieuse

pour les Româins s’élevait sur sa ruine : c’était celle du jeune César-Octave, fils d’une nièce du grand César, et que le dictateur avait déclaré son héritier dans son testament. Cet adolescent, absent de Rome avec sa mère au moment de la mort de César, était revenu d’abord timidement demander à Antoine l’héritage de son oncle. Antoine l’avait méprisé et menacé.

Sa jeunesse, son nom, son titre d’héritier et de fils adoptif de César, les larmes de sa mère, l'injustice d’Antoine, avaient intérressé les Romains. Le mépris pour Antoine, l’espérance qui s’attache à l’enfance, les largesses du testament de César aux soldats, que son héritier promettait d’accomplir, avaient foit le reste.

Octave, accompagné de sa mère, se montrant A Rome, parcourant les provinces, implorant le peuple, invoquant les vétérans, promettant aux républicains de leur rendre la liberté antique et de lcsdéliyrcr de l'ignoble soldatesque

d’Antoine, était devenu en peu de temps, pour les uns, le vengeur futur de César, pour les autrcsler'estaurateurinespérô delà république. Il affectait de voir la patrie tout entière dans le seul Cicéron. 11 prenait de Cicéron ses oracles, il entretenait une correspondance avec lui ; il venait lui rendre visite dans sa retraite ; il le traitait en fils qui s’inspire de la sagesse d’un père ; il lui jurait de n’employer la puissance que son héritage, son nom, son parti, la faveur des Romains lui donneraient, qu’à rétablir, sous le patronage de Cicéron, l’autorité du sénat, l’empire des lois, l’exercice de la liberté antique.

Cicéron, lors même qu'il ne l'aurait pas cru, était obligé de le croire. Sa passion pour le ré- 4 ablissement du gouvernement libre, son amitié pour Brutus, sa juste haine et sa terreur trop fondée d’Antoine, ne lui laissaient d’autre levier que ce jeune homme pour soulever

Rome contre ce vil tyran qui avait hérité du despotisme de César, sans hériter de sa douceur, de sa grâce et de son génie. 11 se lia donc, pour le salut de la république, avec Octave, et se déclara ouvertement son patron. Dès qu’on sut que Cicéron adoptait la cause du jeune César, celle d’Antoine fut perdue dans l’opinion de l’Italie. L’autorité morale de ce grandhomme contre-balançait une armée.

Antoine, abandonné des légions voisines de Rome, s’éloigna, la rage dans le cœur, pour aller en chercher d’autres vers les Alpes.

Octave marcha contre lui au nom du sénat avec les consuls, et le défit auprès de Modène. Antoine, vaincu, mais retrouvant dans la défaite l’énergie du desespoir, franchit les Alpes avec une légion de ses soldats, caressa son rival Lépide, qui commandait une autre armée romaine dans les Gaules, et redescendit en Italie avec cent mille hommes pour la disputer à •• 16

Octave. Le sort du monde resta en suspens pendant quelques mois.

Cicéron, rentré dans Rome, y soufflait le feu sacré de la liberté dans douze harangues immortelles, au sénat et au peuple, contre Antoine ; harangues qu’on appclales Plxüippiques, par allusion aux harangues d’un autre orateur, Démosthône, contre Philippe, roi de Macédoine, qui menaçait la liberté d’Athènes comme Antoine menaçait celle des Romains.

Ces douze harangues de Cicéron, fruits de son génie mûri par les années, de son patriotisme humilié par la servitude, de sa colère attisée par la terreur et comme par le pressentiment des crimes d’Antoine et de sa femme Fulvie, plus scélérate encore que son mari, enfin par ce désespoir de la vertu qui, n’ayant plus rien à ménager pour sauver un reste de vie, veut du moins immortaliser sa mémoire, sont le cri de mort de Cicéron , destiné à re-

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tentir au delà de sa tombe. Le raisonnement, la passion, la prière, l’imprécation, l’invective, la fureur sacrée qui sanctifie l'injure, l’apostrophe aux Romains, l’invocation aux dieux, le défi au poignard, l’héroïsme de l’àme, du cœur, de l’accent, du geste, y sont tour à tour ou tout ensemble allumés de la flamme de l’éloquence pour relever les Romains de leur prostration et pour leur rcQdrc, par l’excès du mépris contre leur tyran, sinon le. courage de la liberté, du moins la honte de leur servitude.

C’est le plus long et le plus sublime accès de colère qui ait jamais retenti parmi les hommes !

Rome et le sénat se relevèrent en effet quelques mois à ces accents, mais pour retomber.

Pendant que Cicéron, à soixante-quatre ans passés, s’efforcait ainsi de rendre à sa patrie le feu inextinguible en lui de la jeunesse, Octàve, pour lequel il combattait à Rome. jiégociait à Modône, avec ses deux rivaux, Lépide

et Antoine, trouvant plus sûr de partager l’empire que de le jouer dans une bataille douteuse, sûr aussi que son nom et sa politique le lui donneraient plus tard tout entier.

Cicéron, informé de cette trahison et de cette ingratitude de son jeune pupille, écrivait en vain à Brutus et à Cassius de revenir précipitamment en Italie avec leurs troupes d’Afrique pour sauver encore une fqfedaf' république.

Leur crime pesait. sùf"2u.£^ ils-Vosôrent pas reparaître sur la terre où le^feri du sang de César s’élevait de plus en plus ebntre eux.

Octavo, Antoine, Lépide, convinrent d’une entrevue dans une petite île entourée par le fleuve du Réno, auprès de Bologne. Ils y délibérèrent seuls pendant trois jours et trois nuits, et convinrent de former entre eux un triumvirat ou un gouvernement à trois tètes, se partageant le monde romain en trois parts, dont chacune était un empire. Mais c’était peu que de se partager ainsi la république, il fallait s’en assurer la paisible possession en immolant tous les bons et grands citoyens capa-

blés de la défendre ou d'inquicter leur tyrannie. Le sang de trois mille trois cents citoyens romains, qu’ils se sacrilièrent mutuellement, fut le sceau de leur traité. Ils en dressèrent ensemble la liste, discutèrent, ajoutèrent, retranchèrent, trafiquèrent de la vie et de la mort de leurs amis ou de leurs ennemis, jusqu’à ce que chacun d’eux eût accordé aux autres le sang du plus cher de ses amis, pour en obtenir en retour le sang du dernier de ses ennemis.

Cicéron était le premier sur la liste. Octave, avec un reste de pudeur, le défendit longtemps, représentant quelle ignominie s’attacherait à un gouvernement dont le premier acte serait l’immolation du plus grand citoyen et du plus grand génie de Rome. Les Phüippiques criaient assez vengeance dans le cœur d’Antoine. Les deux proscripteurs, collègues d’Octave, lui représentèrent sans doute que l’équilibre des forces était nécessaire à leur accommodement

pour qu’il fût durable; que Ciééron jouissait d’une autorité morale trop grande par sa renommée et par son génie dans la république; que celui des trois triumvirs dont il se déclarerait l’ami l’emporterait bientôt sur les deux autres; qu’il entraînerait avec lui l’opinion et la fortune, et que l'équilibre détruit par le poids de ce grand homme replongerait eux dans le néant, l’Italie dans l’anarchie. Octave céda à la puissance de celte logique d’assassin et à la convoitise du monde. Il jugea que Rome valait bien ce crime, et il permit à Antoine de se venger.

Les triumvirs renfermant leurs proscriptions dans le silence jusqu’à leur arrivée, de peur que leurs victimes n’échappassent par la fuite à leurs sicaires, s’avancèrent lentement vers Rome. On n’ébruita que les noms de dix-sept grands proscrits, dont les têtes devaient orner leur triomphe sur la république. Cicéron était encore le premier; il apprit son arrêt sans oser y croire. Octave commencerait-il par un parricide? N’ôtait-il pas, lui Cicéron, son second père? Il espérait, contre toute espérance, en

lui; mais il craignait tout d’Antoine, et surtout de Fulvie, sa nouvelle Épouse. Les hommes pardonnent; les femmes se vengent, parce qu’elles ont moins de force contre leur passion

Dans cette perplexité, Cicéron avait le temps de fuir, et peut-être était-ce la pensée d’Octave. L’hésitation, cette faiblesse des grands esprits, parce qu’ils pèsent plus d’idées contre plus d’idées que les autres, fut la cause de sa mort, comme elle avait ôté le fléau de sa vie. Il perdit les jours et les heures à débattre avec luimême et avec ses amis lequel était préférable, à son âge, de tendre stoïquement le cou aux égorgeurs et de mourir en laissant crier son sang contre la tyrannie sur la terre libre de la patrie, ou d’aller mendier en Asie le pain et la vie de l’exil parmi les ennemis des Romains.

Son âme parut se décider et se repentir tour à tour de l’un ou de l’autre parti. Ses pas errè-

rent, comme ses pensées, du rivage de la mer à scs maisons de campagne, et de ses maisons de campagne aux rivages de la mer.

Enfin, il voulut éloigner le moment de la résolution suprême en s’éloignant de Tusculum, trop voisin de Rome. Il quitta ce séjour avec son frère Quintus et avec son neveu, qui le Chérissait comme un père. Il se retira dans sa maison plus reculée d’Aslura, séjour de deuil où il avait, comme on l’a vu, nourri la mélancolie de la mort de sa fille Tullia. LA-

prêté du lieu et la profondeur des bois semblaient l’abriter contre la scélératesse des hommes.

Celte maison était sur le bord de la mer de Naples. II y passa quelques jours à écouter au loin le bruit des pas de l’armée des triumvirs, qui s’approchaient de Rome; il semblait résolu à y attendre la mort, sans se donner la peine ni de la fuir plus loin, ni de la braver de plus

près. Cependant son frère, son neveu, ses affranchis, ses esclaves, espèce de seconde famille que la reconnaissance, les lois et les mœurs attachaient jusqu’au trépas aux anciens, lui représentèrent qu’un homme tel que Cicéron n’était jamais vieux tant que son génie pouvait conseiller, illustrer ou réveiller sa patrie ; que Caton, en mourant, avait éteint prématurément lui-méme une des dernières espérances de la république par une impatience ou par une lassitude de vertu; que, s’il était résolu à mourir, il ne fallait pas du moins que sa mort fût inutile à la cause des bons citoyens, qui était celle des dieux; que, Brutus et Cassius vivant encore et rassemblant en Afrique des légions fidèles à la mémoire de Pompée et à la république, prêtes à combattre les armées vénales des triumvirs, il devait aller rejoindre ces derniers des Romains, raviver par sa présence et par sa voix une cause qui n'était pas encore désespé-

ctciônoN

roc tant qu'il lui restait Cicéron et Brutus; ou que, s’il fallait périr, du moins il fallait périr avec la justice, la vertu et la liberté.

Ces conseils prévalurent un moment dans son àme. Il quitta sa retraite d’Astura avec son frère et le cortège de ses esclaves et de ses familiers, pour se rapprocher de la mer et pour y monter sur une galère qu’on lui avait préparée; mais la précipitation avec laquelle il w^ait quitté Rome et Tusculum, aux premières rumeim de sa proscription, ne lui avait pas permis d’empwfer l’argent nécessaire pour une longue expatriation, h peine était-il sur la route, qu’il réfléchit à l’indigence ^ laquelle il

allait être exposé avec sa famille et ses amis pendant son exil. Il lit arrêter sa litière (fort brancard fermé par des rideaux et porté par dès esclaves, qui servait de voiture aux riches Romains); puis il fit approcher celle de son frère Quintus, qui marchait derrière lui.

Les deux litières étaient posées côte à côte sur le chemin, et les porteurs éloignés; les deux frères s’entretinrent un moment sans témoin par les portières. Il fut convenu qur Quintus, comme le moins illustre et le oublié des deux, retournerait seul àr Aniium, leur pays natal ; qu’il en rapporterait l'argent nécessaire à leur fuite, et qu’il rejoindrait en

* toute hâte Cicéron dans sa maiSon ue la côte deGaüte, où il allait l’attendre pour s’embarquer. Puis les deux proscrits, comme s’ils avaient <u le pressentiment de 1^ étemelle séî a aliou, se réerière»*sur l’extrémité de leur :uaiheur, qui -as leur permettait pas môme de

le supporter ensemble, pleurèrent de tendresse sur le chemin, à la vue de leurs esclaves, et, se serrant dans les bras l’un de l’autre, se séparèrent et se rapprochèrent plusieurs fois

comme dans un dernier adieu

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