LE THEATRE DANS LA CORRESPONDANCE DE CICERON. III
goût et vrai connaisseur. Or, une petite mortification était réservée ce jour- là à sa vanité de plaisant : il fut battu par Labérius. Au moment où celui-ci , rentrant dans l'enceinte des spectateurs , passait devant Cicéron, ce dernier, qui le voyait embarrassé de trouver une place, lui dit : « Je vous en ferais bien une, si je n'étais pas assis fort à Tétroit. » C'était une malicieuse allusion à César qui, en remplissant le sénat de ses créatures, avait rendu les rangs fort pressés ; c'était peut-être aussi une manière d'écarter celui dans la personne duqtiei l'ordre équestre venait d'être outragé. Labérius se sentit piqué : « Vous, assis à l'étroit ! dit-il, vous qui avez l'habitude de vous asseoir sur deux sièges* ! » C'est à l'histoire impartiale de. juger Cicéron comme politique et de dire si, effectivement, la mobilité naturelle de son esprit et de son caractère a nui à la fermeté de ses opinions, et s'il y eut dans son rôle quelque versatilité; ce n'est pas le lieu d'examiner ce point. Ce qu'il y a de sûr, c'est que, si la critique était plus ou moins juste, la riposte, du moins, était bonne.
C'était au mois d'octobre de Tannée 699, 55 ans avant J.-C; Rome était en fête : elle inaugurait le théâtre de Pompée. Elle allait enfin posséder une scène permanente ; jusque-là, pendant cette longue existence de sept cents ans, elle n'en avait eu que d'improvisées. Dans l'origine, la scène et les gradins, érigés pour le besoin présent, ne duraient pas plus que les jeux, et même, si l'on remontait plus haut, le peuple y assistait debout : assis, on eût craint qu'il ne consumât des journées entières dans l'oisiveté du théâtre^. Ce genre de divertissement fut longtemps tenu en suspicion par une république jalouse de garder tout entière pour elle l'activité de ses concitoyens, et toujours ombrageuse à l'égard des arts de la Grèce. Aussi vit-on échouer une première tentative faite en 62 ans avant J.-C. par le censeur Lucius Cassius pour bâtir un théâtre de pierre. Scipion Nasica, consul deux ans auparavant, s'en émut, fit suspendre les travaux, et en référa au sénat qui ordonna la démolition du monument commencé et la vente
' Macrob., Sat,, 11,3. — ' Tacite, Ann., XIV, ao.
à l'enchère des matériaux. Sept ans plus tard, Pompée était plus heureux. Il avait compris que la magnificence éphémère de ces constructions improvisées ne pouvait satisfaire Rome; il songea à lui donner un monument répondant aux aspirations de la grande cité et au génie de ses poètes qui avaient porté si haut la scène tragique. Ce fut le premier théâtre construit en pierre ; à la splendeur se joignaient tous les agréments que peut rêver l'imagination. Derrière la scène, on avait ménagé un portique richement décoré de tableaux et de superbes tapis autour duquel étaient des promenades et des parcs délicieux. En face, tout au haut des gradins, un petit édicule consacré à Vénus devait rendre l'édifice inviolable, Pompée se souvenant du décret que le Sénat avait précédemment rendu.
L'inauguration de ce théâtre fut solennelle et donna lieu à des fêtes magnifiques ; il y eut des représentations de tout genre. Cicéron, qui en fut témoin, nous y fait assister nous-mêmes; il décrit les jeux de la scène et du cirque et en raconte les divers incidents. Il a recueilli les appréciations des spectateurs de tout ordre : d'un côté, le sentiment des gens de goût, de l'autre, les impressions de la foule. Le public romain tout entier revit dans son récit. C'est à un ami, à Marius, dans une lettre S qu'il raconte ce qui s'est passé et ce qu'il a vu. Mais pour bien comprendre ce que dit Cicéron, il est nécessaire de connaître le personnage auquel il s'adresse et la pensée qui l'inspire. C'était un riche particulier qui avait une belle villa dans la Campanie, ornée sans doute, selon la mode du temps, de tout ce qui peut contribuer à l'agrément et au bien-être de la vie. On y admirait surtout un délicieux cabinet du maître d'où l'on découvrait le plus magnifique horizon ; en perçant à grands frais une forêt, celui-ci s'était ouvert la vue, à travers la campagne de Stabies, jusqu'à Séjanum. C'est là que dans une charmante solitude, libre de tous liens, il goûtait la douceur de vivre, occupant agréablement son esprit ; donnant la matinée à quelque lecture que lui faisait son esclave Protogène, et le reste du jour à des amusements de son goût. Quelquefois Cicéron venait le voir, et alors tous deux portés en litière parcouraient le pays, visitant leurs belles villas. La solennité des jeux préparés par
* Gîc, ad Fam., VII, i. Voir l'appendice. Consulter sur ces jeux Dion Gassius, ch. xxx(x ; Pline, H. N,, VIII, 7 ; Pluiarque, Vie de Pompée, LVII.
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Pompée n'avait pu le déterminer à quitter sa résidence pour venir à Rome. Sans doute, il redoutait une foule bruyante ; sa santé, du reste, qui était délicate, lui conseillait de prudents ménagements. 11 regrettait, toutefois, de ne pas assister à des jeux qui devaient être si beaux. Pour se consoler, il avait demandé à Cicéron de lui en rendre compte, avec le secret désir, deviné par celui-ci, d'apprendre tout ce qui pourrait dissiper ou adoucir ses regrets. Cicéron n'oublia rien pour le satisfaire. Il est certain qu'il avait tout le premier admiré la fête qu'il décrit : « Nous allons avoir, dit-il quelque part, les jeux les plus magnifiques et les plus brillants, tels qu'il n'y en eut jamais de mémoire d'homme et tels, je crois, qu'on n'en verra plus ^ . » C'est avec cet enthousiasme qu'il les annonçait, d'après ce qu'en publiait à l'avance la renommée. Mais il faut obliger un ami ; il faut lui laisser croire que sa curiosité n'a perdu qu'une vaine pompe, un spectacle propre seulement à divertir la foule. Il ménage surtout le lettré et l'amateur ; il ne lui parle des tragédies jouées en cette circonstance que pour lui apprendre que l'appareil de la mise en scène en a gâté tout le charme. C'étaient pourtant des œuvres curieuses, l'une du vieux poète Nœvius, l'autre du plus grand tragique de Rome, d'Attius. Qui mieux que Cicéron pouvait goûter une représentation si bien choisie, qui mêlait l'ancien répertoire au nouveau, et rappelait sur (( l'affiche » deux noms chers aux amateurs du théâtre national ? Mais, prudemment, il se garde bien d'insister sur ce point ; il mentionne plus volontiers les farces grossières jouées le matin, auxquelles bâillaient les amis de Marins, tandis que lui était occupé de quelque agréable lecture. Et cette lecture était de son choix, au lieu que leur divertissement avait subi le contrôle de la censure. Il n'est pas jusqu'aux acteurs qui n'aient mécontenté Cicéron. Pour rehausser l'éclat de la représentation et charmer les curieux. Pompée avait eu la pensée de rappeler ce jour- là sur la scène un grand comédien qui avait depuis quelque temps pris sa retraite et que tous regrettaient. Mais cette attention délicate a été perdue. L'éminent artiste promis aux connaisseurs a complètement trompé leur attente ; ils n'ont pu que constater l'affaiblissement de son talent qui, sur la scène même, aux yeux de tous, en cette circonstance solennelle, l'a déplorablement trahi.
« Cic, in Pis., XXVII, 65.
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C'est sar ce ton plaisamment chagrio que Cicéron parle à son ami de tout ce qu'il a vu. Il le loue plusieurs fois de savoir mépriser ce qui fait la vaine admiration du vulgaire. Est-il bien sincère? on peut en douter, lorsqu'on Tentend dire ailleurs qu'on ne doit pas s'étonner du pouvoir des jeux sur une multitude peu éclairée lorsque f< nous-méme, ajoute- t-il, que l'empêchement des affaires écarte de tout plaisir et qui, au milieu même de nos travaux, pouvons nous créer tant de divertissements, nous trouvons du charme et de l'agré^ ment dans ces fêtes... Les jeux, croyez-moi, ne déplaisent à personne, pas plus à ceux qui s'en cachent qu'à ceux qui en conviennent^ ». Ses efforts pour complaire à l'amitié en dépréciant les jeux ne nous trompent donc qu'à demi. On y devine un jeu caché et ils n'en sont par-là que plus piquants. Ainsi entendue, la lettre est charmante, pleine d'esprit et de finesse. Ajoutons que, sans prendre au mot Cicéron et tout en reconnaissant l'artifice de son récit et de ses compliments, nous découvrons facilement une très grande part de sincérité dans ses impressions. La délicatesse de son goût se fait jour à travers ses remarques et ses jugements. Nous l'avons vu déjà : c'est un amateur éclairé qui préfère les nobles jouissances de l'esprit aux plaisirs de rimagination et des sens, et aux yeux de qui l'art pur, dépouillé d'un grossier appareil, est supérieur aux pompeuses exhibitions.
(( En général, les jeux, si vous me le demandez, étaient brillants, mais n'étaient nullement de votre goût, si je juge du vôtre par le mien. Et d'abord, on a vu reparaître sur la scène pour l'honneur du spectacle, ceux que leur propre honneur, je crois, avait engagés à la quitter. Notre ^Esopus, vos délices, a été d'une faiblesse telle que tous, je vous assure, lui accordaient volontiers sa retraite. Il avait commencé à proférer le serment ; la voix lui manqua sur ces mots : a Si je trahis sciemment ma parole... » Entrerai-je dans d'autres détails ? vous connaissez le reste des jeux. Certainement, ils n'avaient pas l'agrément que présentent les jeux ordinaires. L'appareil de la mise en scène en bannissait toute gaîté ; et, j'en suis convaincu, vous vous êtes passé bien volontiers de cette pompe. Quel plaisir peut-on trouver, dans Clytemnestre, au défilé de six cents mulets ? ou, dans le
* Gic., Pro Mur., XIX, 4o.
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Cheval de Troie, à l'exhibition de trois mille cratères ? ou encore, dans un combat, au spectacle des différentes armes de l'infanterie et de la cavalerie ? Tous ces objets ont pu exciter l'admiration de la foule ; ils ne vous auraient pas fort amusé. Non, il n'y a pas d'apparence que vous regrettiez les jeux grecs et les jeux osques, surtout puisque vous pouvez voir les jeux osques sans vous déranger, dans votre sénat municipal, et que, pour les jeux grecs, vous les aimez si peu que vous évitez ordinairement de prendre la voie grecque pour aller à votre maison de campagne. Je ne crois pas non plus que vous regrettiez les athlètes, vous qui avez méprisé les gladiateurs ; d'ailleurs Pompée lui-même confesse qu'il y a perdu son huile et sa peine. »
On le voit, c'est le ton du badinage. N'est-ce pas avec une spirituelle malice que le gai correspondant raille en passant la grave assemblée des décurions de Stabies où l'on parlait osque, et où peutêtre ces magistrats de petite ville donnaient la comédie par leur air d'importance et leurs intrigues? Dans les derniers mots, il y a sans doute une fine allusion à Clodius et à tous ses partisans , gladiateurs d'une autre sorte, objet du mépris de Marius aussi bien que ^de Cicéron. Ses contemporains la saisissaient aisément ; elle échappe à demi à la postérité pour qui le sel de ces charmantes causeries s'est ainsi affadi. Mais revenons aux représentations scéniques dont nous entretient Cicéron, A la tragédie classique a donc succédé la farce populaire, la pièce nationale, l'atellane. Puis, sont venus les exercices des athlètes. Ici, commence un nouveau genre de spectacle, celui qui terminait ordinairement les jeux : une chasse aux bêtes sauvages. Peut-être devrions-nous nous arrêter ; car nous avons vu ce qui nous intéressait principalement dans les jeux donnés par Pompée. D'autre part, une curiosité naturelle nous fait désirer d'en voir la fin, et surtout de connaître ce que pensait Cicéron de ces sanglantes récréations de la plèbe romaine. C'était en l'an de Rome 5o8 que ces sortes de représentations avaient été données pour la première fois au peuple. A celte époque, Q. Métellus fit paraître dans le cirque cent quarantedeux éléphants pris sur les Carthaginois. Le vif plaisir qu'y prit la multitude engagea à lui offrir encore ce divertissement. Ces chasses devinrent même fort fréquentes, et Ton faisait venir des pays éloignés, avec des frais considérables, une incroyable quantité de bêtes qui étaient nourries jusqu'au temps des jeux et que quelquefois on permettait au peuple de tuer dans l'arène à coups de flèches. On devine
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aisément quelle impression de pareilles scènes produisaient sur des esprits délicats. Pour Cicéron, tous ses sentiments étaient blessés : on en peut juger par les réflexions qu'elles lui inspiraient : « Le reste de la fête consistait en deux chasses pendant cinq jours, et tout le monde convient qu'elles étaient fort belles. Mais, ajoute Cicéron, quel plaisir celui qui a un goût délicat peut-il trouver à voir un homme, cet être faible, déchiré par une bête cruelle dont la force le terrasse, ou un bel animal percé d'un coup d'épieu? » Il poursuit négligemment . « Si ce spectacle mérite de la curiosité, vous l'avez vu assez souvent, et vous savez qu'il n'était pas plus nouveau pour nous. » Ainsi, ce n'est pas seulement la sensibilité, c'est le goût qui se trouve offensé par la monotonie barbare de ces tableaux. Si, dans leur nouveauté, les sens les supportent, l'imagination, de son côté, bientôt fatiguée, s'en détourne; il n'y a que l'art dont le charme pour elle soit éternel; l'art qui rajeunit sans cesse les jouissances dont il est la source. Celleslà, elle les goûte sans les épuiser jamais ; lassée à la fin de la vue du sang répandu, jamais des beaux vers.
Etrangère à ces délicatesses, la foule, si souvent barbare, a cependant sa sensibilité. 11 y a une borne que la bonté native de l'homme ne permet pas à la cruauté de franchir ; car alors son instinct se révolte. C'est ce qu'on vit bien à la fin du spectacle : « Le dernier jour était celui des éléphants. Il a offert des surprises à la multitude émerveillée, mais aucun plaisir. Tous les cœurs ont même été touchés d'une sorte de pitié, éveillée par cette pensée qu'il y a entre l'homme et cet animal une certaine société. » Cicéron est ici l'écho fidèle des sentiments de la foule. Les émotions qu'elle éprouva ce jour-là laissèrent un souvenir durable ; on s'entretint longtemps à Rome des cinq cents lions égorgés en cinq jours et surtout des vingt éléphants combattant contre des Gétules qui les harcelaient à coups de javelots. Un d'entre eux avait surtout excité l'étonnement : les pieds percés de traits, il s'avança, en se traînant sur les genoux, contre ses ennemis, arrachant les boucliers et les jetant en l'air. Ces boucliers retombaient en tournoyant, et cela amusait singulièrement le peuple, comme si c'eût été un tour d'adresse de l'animal. Désespérés, ils avaient essayé, mais en vain, de faire une sortie tous ensemble, non sans jeter beaucoup de désordre parmi les spectateurs qui entouraient les grilles de fer du cirque. Violentes sont les passions de la foule, aussi extrême dans sa pitié que dans sa fureur. Les» gémissements de ces malheu-
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reux animaux traqués par leurs ennemis l'émurent profondément. Elle leur prêta des sentiments humains ; elle crut voir dans leurs attitudes qu'ils se lamentaient sur leur destinée et qu'ils imploraient sa miséricorde. Courant çà et là, les trompes levées vers le ciel, ils lui parurent invoquer par leurs plaintes la vengeance des dieux, comme si le serment qui les avait déterminés à sortir de la Libye avait été violé. Tous les spectateurs se levèrent alors par un mouvement soudain. La foule pleura et obtint la grâce des éléphants qui avaient échappé à la mort^
C'est à ces scènes qu'assistait Cicéron. Troublé, lui aussi, par de tels spectacles, il semble envier le calme dont jouissait aux champs son ami. Que n'a-t-il donc la liberté de vivre à son gré? Que ne peutil dénouer tant de chaînes qui l'attachent à Rome ! Il ne demande pas qu'elles soient rompues tout à fait; mais s'il pouvait seulement s'en dégager un peu, ah ! il apprendrait à Marins ce que c'est que vivre « comme il sied à l'homme», humaniter vivere, oui, à celui qui depuis tant d'années n'a pas d'autre étude que celle-là. Puis revenant à l'objet de sa lettre : « Vous m'avez invité, dit-il, si vous vous en souvenez, dans une certaine lettre, à vous écrire quelque chose qui pût vous empêcher de regretter les jeux : si j'y ai réussi, j'en suis charmé, sinon, je m'en consolerai parce que ce sera pour vous une raison de venir plus tard aux jeux et de nous rendre ainsi quelques visites. Ce ne sera point alors par mes lettres seules que je pourrai servir à vous amuser. » Et c'est ainsi qu'en terminant gracieusement sa lettre, Cicéron nous en découvre le dessein. S'il ne se flatte pas d'un succès complet, c'est qu'il sent bien que sa cause a quelques points faibles : tout l'esprit de l'avocat ne peut prévaloir en lui contre la passion de l'amateur qui, malgré tout, garde un agréable souvenir d'une fête où figuraient avec honneur ces poètes dont il a le culte.
Il y a plaisir à assister avec Cicéron à ces représentations dramatiques dont il nous a laissé un souvenir précis. Il en est d'autres encore, pleines d'intérêt et de mouvement, qu'il mentionne dans sa correspondance, et dont nous parlerons plus tard. Ce sont celles que
1 Voir pour ces détails les récits de Dion et de Pline, dans les passages cités plus haut.
nS GIGÉROn AU THÉATMB.
st^'nalèrent des manifestations populaires et qui nous montreront quel rôle politique le théâtre joua à Rome lorsque, dans la mêlée ardente des partis, les passions vivement excitées, reiluant du forum, leur foyer habituel, envahissaient la scène elle-même. Alors, des allusions aux événements et aux personnages du jour excitaient des applaudissements frénétiques parmi les spectateurs, comme ces paroles en- Ihinimées qui. sur la place publique, tombent du haut de la tribune. Quand Cicéron, absent, n'avait pas été témoin lui-même de ces scènes curieuses, il s'en faisait rendre un compte exact par ses amis pour cire au courant de l'opinion publique. Car c'est dans les jeux surtout ijiie cette opinion, privée des ressources de la publicité moderne, se |ir'oduisait avec le plus de bruit et d'éclat. En poursuivant à ce point lU.' vue l'étude de la correspondance de Cicéron, nous arriverons à ces curieuses représentations.
Nous réunissons ici, sous le nom d'appendice, les principaux textes des poètes tragiques et comiques de Rome traduits dans le corps de l'article qui précède.
Page 49. Alcméon, poursuivi par les Furies, exprime Tépouvante de son âme :
Muliis sum modis cîrcumventus, morbo, exsilio atque inopîa ; Tum pavor sapientiam omnem mi exanimato expectorai ; Mater terribiiem minatur vitae cruciatum et necem, QusB nemo est tam firmo ingenio et tanta confidentia, Quin réfugiai iimido sanguen atque exalbescai meiu.
Inceduni^ inceduni ; adsuni, adsuni, adsunt ; me expetunt
Fer mi auxilium ; pestem abige a me, fiammiferam hanc vim, quœ me excruciat I Gaeruleo incinciae angui inceduni; circumsiani cum ardeniibus taedis.
Iniendii criniius Apollo Arcum auratum, luna innixus, Diana facem jacii a laeva.
Sed mihi ne utiquam cor consentit cum oculorum adspectu.
Ënnius, Alcmœo.
Ribbeck, Trag. lat. Reliq,, p. i5 sq.