‹ Cicéron médecinChapitre 10 sur 53 · TI R ON · texte numérisé non relu

TI R ON

Nous avons déjà dit combien Tirou était aimé du grand orateur, à quel point il faisait partie de sa famille, et il est a remarquer que la suscriplion des lettres qui lui sont adressées rappelle les noms de Cicéron, de Quintus, de Terentia, de Tullia, comme si tous lui eussent porté le

même intérêt. Cela est touchant, et nous aurons occasion de revenir sur cette particularité si honorable pour le savant affranchi. Voici une épître sous la date du 3 novembre 703 (ad div. xvi, 1), dans laquelle Cicéron parle pour la première fois d’une maladie de Tiron, mais sans en déterminer le caractère. Il voyageait en Grèce, et désirait vivement que son homme de confiance vînt le rejoindre; cependant il lui disait : comme vous paraissiez désirer de ne prendre la mer que bien guéri, « quia tua voluntas ea videbatur esse, utprorsus, nisî confirmato corpore, nollet navigare », j’ai approuvé votre résolution et je l’approuve encore, si vous n’avez pas changé d’avis. « Sin autem , posteaquam cibum cepisti , videris tibi posse me consequi, tunm consilium est » ; c’est à vous à voir si, après votre repas, vous êtes en état de me suivre. Voyez si vous devez rester à Patras pour achever votre convalescence, « si autem intelliget opus esse te Patris convalescendi causa paullum commorari, nihil me malle, quam te valere »; restez-y, car je ne souhaite rien plus que votre santé. Vous choisirez et des compagnons de voyages et un vaisseau commode, vous prendrez votre temps et enfin, « quod valetudini tuæ maximeconducet, si feceris, maxime obtemperaris voluntati meæ, » vous ne pouvez mieux obéir que de faire ce qui conviendra davantage à votre santé.

Toute cette lettre est charmante, pleine de cœur, et l’on se sent disposé à aimer un homme dont l’âme était si fertile en bons sentiments. Son amitié pour Atticus, pour Tiron, la douleur immense que lui causa la mort de sa fille Tullia, et bien d’autres émotions que l’on recueille dans sa vaste correspondance, tout cela forme le fond du caractère de cet homme qui n’offre pas, sous quelques autres rapports, des parties également louables; mais il est doux de rencontrer la preuve d’une amitié pure, vraie, légitime, entre le maître et son ancien esclave. En notant

la mort de son lecteur Sosithée et l’étonnement qu il manifeste à propos du chagrin qu’il en a ressenti, nous avons relevé la rudesse de son expression, mais on peut croire que, s’il eût vécu, Cicéron l’eût honoré d’un regret moins restreint.

Signalons en passant, toujours dans cette même épure, une tendance au style précieux, une vaine recherche d antithèse, une forme qui se retrouve à l’excès dans la correspondance de Pline le jeune. Cicéron écrit : « nos ita te desideramus, ut amamus : amor, ut valentem videamus, hortatur : desiderium ut quam primum ». Cela peut être traduit ainsi : nous vous désirons autant que nous vous aimons; l’amitié me fait souhaiter que vous soyez bien portant, et le désir que ce soit promptement. « lllud igitur potius », mais le premier de ces sentiments l’emporte sur l’autre. Ceci est un peu alambiqué, on ne voit pas assez clairement l’opposition entre «desiderium et amor », et lors même que la première expression voudrait dire regret, cela ne suffirait pas encore pour rendre bien intelligible ce petit amphigouri. J’aime mieux la fin de la lettre : « de tuis innumerabilibus in me ofliciis erit hoc gralissimum », des services sans nombre que vous m’avez rendus, ce sera le plus agréable.

Les lettres suivantes datées de Leucade, puis d'Alysia, contiennent les mêmes expressions du plus vif intérêt; elles montrent la souplesse du génie de Cicéron, la grâce infinie des idées et le charme du style, mais elles prouvent aussi que la maladie de Tiron n’avait encore aucun caractère spécial. 11 fallut attendre plusieurs mois pour savoir à quoi s’en tenir sur cette longue série d’indispositions. La correspondance était très-active entre les deux personnages, et depuis le commencement de novembre 703 jusqu’au 12 janvier 70/), rien n'indique la nature d’un mal qui causa tant d’inquiétudes à Cicéron. F.n vain Tiron s’était

mis entre les mains d’un praticien habile, Asclépion, les accidents persistaient, et nous allons voir quelques indications du traitement mis en usage par ce médecin.

Cicéron s’exprime ainsi : « de medico, et tu bene existimari scribis, et ego sic audio ». J’entends dire, comme vous me l’écrivez vous-même, qu’on a bonne opinion de votre médecin, « sed plane curationes ejus non probo », cependant je n’approuve pas sa méthode. Voici donc enfin de la vraie médecine, nous n’en sommes plus réduits aux conjectures, il y a là un homme de l’art, agissant, prescrivant, mais il y a aussi un contradicteur, un critique, et nous pourrons dans ce débat remplir les fonctions de juge. Or quelles sont les ordonnances d’Asclépion? En quoi consiste sa thérapeutique? Nous fournira-t-elle des indices sufïïsans pour en inférer la nature du mal?

Voici ce que dit le texte : « jus enim dandum tibi non fuit, quum y.xxo5Top.xyo; esses ». On a traduit « jus » par bouillons, mieux vaudrait peut-être un consommé; mais, en tout cas, cela nous semble bien moderne; cependant, acceptons le mot : il ne fallait pas vous donner des bouillons, puisque votre estomac est malade. Et puis c’est tout. Tiron était y.xx.ocTop.xyoç, par conséquent il ne fallait pas lui donner d’aliments, même liquides et légers ; Cicéron pose cela en principe, ce qui nous édifie complètement sur l’importance qu’il donnait à la diète dans les affections de nature gastrique. Cela est très-bien, assurément, mais Cicéron ne nous dit pas sur quelles raisons il se fonde pour établir la réalité de son diagnostic. 11 y tenait sans doute beaucoup, car il ajoute aussitôt : « sed tamen et ad ilium scripsi accurate, et ad Lysonem », j’ai pris soin de lui faire savoir mon opinion sur ce point, ainsi qu’à Lyson. Quel dommage que nous ne possédions pas cette lettre toute médicale, dans laquelle Cicéron, se mêlant de ce qui ne le regardait pas, a voulu donner une leçon à ce

pauvre Asclépion, qui avait le malheur de ne pas partager ses idées sur les gastrites et le régime qui leur convenait!

Bien que professant des opinions particulières sur la maladie de son affranchi, Cicéron ne répudie pas le médecin qui en avait de différentes, et il a écrit à Curius de s’occuper des honoraires d’Asclépion, afin de l’intéresser davantage à son malade. « Scripsi ad Curium quod dixisses daret. Medico puto aliquid dandum esse, quo sit studiosior » (xvi, b)- Quelques traducteurs nous semblent avoir mal compris ce passage. M. de Golbery dit : j’ai écrit à Curius de donner au médecin tout ce que vous souhaiteriez; je crois qu’il faut aussi lui donner quelque chose à lui-même pour le rendre plus soigneux. En conférant ce passage avec celui qui se trouve dans la lettre xvr, 9. on comprend parfaitement la pensée de Cicéron. Il a dit à Curius de donner à Tiron l’argent dont il aurait besoin, tout ce qu’il lui demanderait, et il ajoute : donnez aussi de l’argent à Asclépion afin qu’il soit plus empressé auprès du malade. Cela est si vrai, que dans la lettre dont nous parlons, il répète sa recommandation, mais d’une manière plus explicite; il dit en effet ; « Curio misi, ut medico honos haberetur, et tibi daret quod opus esset ». Ceci est le commentaire de la première phrase, et l’on y trouve la preuve évidente du contre-sens que nous reprochons au traducteur désigné plus haut.

Malheureusement rien n’indique le taux de ces honoraires, et Cicéron n’est pas aussi explicite sur ce chapitre que Plaute dans YAulularia. (Voyez nos Etudes médicales sur les pactes latins , p. Z|0.) Nous renvoyons, pour plus amples renseignements sur ce sujet, au savant travail de Schacher, intitulé : « Dissertalio h istori co-cri tica de honoribus medicorum apud veteres, » in-ti°, Leipzig, "'1732. Je voudrais bien savoir si c’est à Cicéron que l’on doit le premier emploi du mot honos dans cette circonstance; nous devrions

CICKKOX MÉDECIN.

en être reconnaissants. On trouve bien dans Virgile : « Pugnæ honorem, » le prix du combat, et dans Silius Italiens : « Nil (victor) honoris posco », je ne demande pas de récompense : mais, quelle que soit l’analogie qu’on trouve entre ces diverses expressions, il y a cependant une différence sensible, une acception nouvelle, détournée de son sens primitif, exprimant une nuance délicate tout à fait en rapport avec la nature des services que le médecin rend à scs malades. Ce n’est plus la simple rétribution d’un travail, le prix d’une chose vénale, mais bien un témoignage de la reconnaissance de ceux qui savent dignement apprécier le bienfait de la santé rendue, de la vie sauvée. Nous sommes heureux de voir Cicéron comprendre ainsi les obligations de son affranchi envers le médecin qui lui prodigue ses conseils. 11 lui dit : « lllud, mi Tiro, te rogo, sumptui ne parcas u 1 1 a in re, quod ad valetudinem opus sit, » je vous le demande en grâce, cher Tiron, ne regardez pas à la dépense pour rétablir votre santé (ad div. xvi, â).

F.t comme si ce n’était pas assez, Cicéron a pris la peine d’écrire directement au médecin; les bons renseignements qui lui ont été donnés par Ascalpon (autre médecin) ne lui suffisent pas; en vain ce dernier lui dit que Tiron sera bientôt sinon guéri, du moins tout à fait convalescent : a Sed tamen Ascalpo medicus plane confirmât propedietn te valentem fore, » il n’est pas rassuré, il faut qu’il s’adresse à Asclépion pour lui demander des nouvelles plus certaines et pour lui recommander son cher Tiron, et c’est à la fin de la lettre xvi, 0, que se trouve cette petite phrasç qui a été si bien étudiée par Goulin. La voici ; « Medico, Curio, Lysoni, de te scripsi diligentissime. Vale, salve. »

Comment les historiens de la médecine ont-ils pu conclure de ce passage que Lyson était un médecin? Pourquoi Curius n’aurait-il pas alors m 'rite le même liLre? On trouve dans l’épître xvi, 5, ces mots qui lèvent toute difficulté :

si votre santé le permettait, je souhaiterais que 1 on vous transportât à Leucade. « Videbis quid Curio, quid Lysoni, quid medico placeat, » vous verrez ce que pensent de cela Curius, Lyson et le médecin. On le voit, il n’y a pas de confusion possible, la distinction. est nettement établie, et ce quid tranche victorieusement la question. 11 y a bien encore dans la lettre précédente un passage moins explicite, à la vérité, mais qui a une certaine valeur. Cicéron, qui cherche partout des protecteurs à son affranchi malade, n’a pas grande confiance dans Lyson : « Lyso enim noster vereor ne negligentior sit, » il a peur de sa négligence, et il ajoute les considérations suivantes : « Primum, quia omnesGræci, deinde quod, quum a me litteras accepisset, mihi nullas remisit, » ce n’est pas un homme soigneux, d’abord parce que les Grecs ne le sont pas, ensuite parce que je lui ai écrit et qu’il ne m’a pas répondu. 11 parait évident que cette manière de juger Lyson ne peut se rapporter à un médecin, ou du moins, rien ne fait supposer que Cicéron ait une semblable opinion des médecins qu’il connaissait. Métrodore, Alexion et quelques autres encore, figurent avec honneur parmi ses familiers, et cette petite boutade contre Lyson s’applique évidemment à un homme du monde ne tenant en rien au corps médical.

Mais enfin Tiron n'était pas guéri, le mal avait diminué, la convalescence paraissait établie, et même, pour célébrer cet heureux événement, Lyson, ce prétendu médecin, qui eût agi avec bien peu de prudence, s’il l’eût été véritablement, donnait une fête à l’affranchi de Cicéron. « Symphoniam Lysonis vellem vitasscs, » je voudrais que vous fussiez dispensé d’assister au concert de Lyson. dit Cicéron, et il ajoute : « Ne in quartam hebdomada incideres, » de peur d'une rechute à la quatrième semaine. Il y a là des obscurités que nous allons lâcher de dissiper.

Les traducteurs ont rendu syniphoniam par un repas

avec musique, Ce qui semble facile à justifier. On sait que chez les Grecs, et plus tard chez les Romains, la musique, la danse, les scènes dramatiques, embellissaient les festins, et l’on suppose que le mot symphonie, veut dire tout celâ. Ne trouve-t-on pas, en effet, dans Horace :

üt gratas inter mensas symphonia discors.

On invoque d’ailleurs, à l’appui de cette interprétation, la phrase suivante qui complète la pensée de Cicéron et termine ce paragraphe de son épîlre : « Sed quum pudori tuo maluisti obsequi quant valetudini, reliqua cura, » et que l’on traduit ainsi : mais, puisque vous avez cru devoir accorder davantage à votre complaisance qu’à votre santé, soyez du moins attentif aux suites.

Ainsi donc , les expressions dont se sert Cicéron indiquent bien un repas musical, une de ces fêtes où l’on prodiguait à ses convives tous les plaisirs à la fois. On arrive à ces traductions libres par des suppositions légitimes: les Romains de ce temps-là avaient des mœurs, des coutumes assez semblables aux nôtres, et l’on comprend que cette société déjà très-avancée peut soutenir la comparaison avec nos prétendus perfectionnements modernes.

Mais il y a dans le passage dont nous nous occupons un autre point sur lequel les savants ne sont pas d’accord. Que veut dire Cicéron quand il écrit ces mots : « Ne in quartam hebdomada incideres? » Une rechute a la quatrième semaine était à craindre, surtout avec la circonstance du concert de Lyson. Nous ne savons rien sur cette prétendue époque critique, Cicéron ne dit rien de plus a l’appui de cette opinion singulière. Les pyrélologistes venus plus tard n’ont pas tenu compte de cette croyance populaire, une observation plus attentive ne l’a pas confirmée, et l’on pourrait prendre la liberté de n’en pas tenir compte.

C I C Y. P. 0 N MKDKCIX.

C’est peut-être cette obscurité qui a porté Goulin à proposer une interprétation de ce passage que nous devons mentionner ici. Suivant cet auteur, le mot symphonia aurait une tout autre signification. Ce serait le nom d’un remède, d’un médicament composé dont Lyson se serait servi pour guérir Tiron. Cicéron conseille à son affranchi de ne pas prendre le médicament de Lyson dans la crainte que sa fièvre ne devienne quarte. Et l’on serait tenté d’adopter ce sentiment, car, en effet, dans une lettre suivante, la maladie a pris le type quarte. (Voyez, sur ce sujet intéressant, le tome xx, p. 358, du Cicéron de M. Victor Le Clerc, édition de 1825.)

La dernière lettre adressée par Cicéron à son affranchi est du 28 novembre 703. 11 faut arriver jusqu’au 12 janvier suivant pour obtenir quelques éclaircissements sur cette affaire. On acquiert la certitude que Tiron, qui paraissait convalescent à la première de ces dates, n’est pas du tout guéri à la seconde. Nous allons voir enfin un peu plus clair dans cette maladie si longue, et nous démontrerons qu’il s’agit ici d’une affection fébrile intermittente, dont les débuts n’ont pas été bien observés. Nous prouverons également que les accidents dont Tiron a tant souffert ont une analogie évidente avec ceux d’Atticus.

En quoi consistait le mal dont souffrait l’affranchi de Cicéron? Nous n’en savons rien jusqu’ici, mais là encore il s’est rencontré un changement de forme, une conversion, et il faut bien l’admettre, car le texte le dit positivement. Quoique j’aie besoin de vous, c’est pour vous-même, bien plus que pour moi, que votre maladie m’afflige, « tamen non tant mea quant tua causa doleo te non valere. « Ces mots: non valere, n’ont aucune signification précise, mais nous devons nous en contenter. Cicéron ajoute : « Sed quuni in quartanam conversa vis est morbi (sic enim scribit Curius), spero te diligenlia adhibita etiain firmio-

rem fore. » Cependant, puisque la vivacité de la maladie s’est changée en fièvre quarte, ainsi que me le mande Curius, j’espère qu’avec un peu de soin vous reprendrez vos forces. Cette lettre est pleine des plus doux témoignages d’affection ; Cicéron ne veut pas que le malade s’expose à des rechutes si dangereuses : « festinare te nolo, » ne vous pressez pas, je ne veux pas que vous naviguiez en hiver, « ne nauseæ molestiam suscipias æger et periculose hieme naviges, » et que, souffrant encore, vous vous exposiez au mal de mer. Mais, encore une fois, rien ne nous indique quel était le mal dont le pauvre Tiron souffrait d’ahord, et qui a fini par prendre de caractère d’une fièvre quarte. Il est probable que les troubles fonctionnels qui ont marqué le début de la maladie n’avaient pas de caractère bien déterminé, et que la fièvre a été tout simplement précédée de symptômes aigus, ce qu’indique l’expression vis morbi. On sait que les fièvres n’offrent pas toujours à l’origine le type qu’elles affectent plus tard et qu’elles conservent plus ou moins longtemps.

Cette fièvre quarte, éclose en plein hiver, ne ressemble guère, au moins sous ce rapport, à celles qui sont endémiques à Rome; je ne sais quel traitement on lui a opposé, mais dans une autre lettre datée de la fin du même mois, Cicéron renouvelle toutes ses recommandations à son cher malade, il lui dit que Varron prendra soin de lui, et qu’il n’arrivera jamais trop tard, s’il arrive en bonne santé :

« Nunquam sero te venisse putabo, si salvus veneris. » Fit un peu plus loin , ce sont encore les mêmes tendresses : .bien que ceux qui vous ont vu disent que votre mal est ;j)lus long que dangereux, cela ne me console pas de votre absence. Cependant je vous supplie de ne vous mettre en route pendant cette saison rigoureuse que tout à fait guéri,

« nisi bene firmum. Vixin ipsis tectis et oppidis frigus infirma valetudine vitatur, » avec une santé faible, on a peine

à se garantir du froid dans les villes et les maisons, « nedum in mari et via sit facile abesse ab injuria ternporis: » jugez si l’on est à l’abri des injures du temps sur la mer et dans un voyage. 11 cite à l’appui de cette opinion un vers d’Euripide :

tyüycç Xetttô) -/o'oti t: oXeu.1 w t cv .

Le froid si dangereux pour un corps délicat, et il ajoute :

» Cui tu quantum credas nescio. Ego certe singulos ejus versus singula testimonia puto, » je ne sais si vous avez confiance en son autorité. Pour moi, je regarde chacun de ses vers comme une sentence. Tout cela se trouve dans la lettre ad div. xvi, 8.

Un mois plus tard, vers la fin de février, dans une lettre adressée à Atticus, Cicéron, félicitant son ami d'être enfin débarrassé de la fièvre, dit : « Tironem nostrum ab altéra reliclum audio, » j’apprends que mon cher Tiron est guéri de sa fièvre. Nous ne trouvons plus de traces de cette maladie dans une longue suite de lettres, et il paraît que tout alla bien jusqu’au mois d’avril 708. A cette époque, Cicéron dit que Tiron se porte mieux : « Tironi enirn melius est » (ad Att. xii, 3Zi et 35, init.), mais ce mieux n’indique pas une santé parfaite.

Nous avons quelquefois regretté, en parcourant cette correspondance, de ne pas voir les lettres rangées par ordre de dates; mais les essais tentés n’ont abouti à rien de satisfaisant. 11 faut donc se contenter du classement fait par les anciens. Ainsi plusieurs billets se rapportant manifestement aux mêmes personnes et aux mêmes circonstances viennent à la suite des lettres dont nous venons de nous occuper, mais sans remplir la lacune que nous y trouvons. 11 est certain que Tiron n’était pas guéri, mais on ne peut dire avec exactitude que la maladie dont il va être question soit la même que la précédente. Un billet adressé à

riron (ad div. xvi, 20) contient la preuve de ce que nous ivançons.

Dans cette petite lettre qui débute ainsi : « Sollicitât, ita fi vain, me tua, mi Tiro, valetudo, » sur ma vie, cher Tiron, e suis inquiet de votre santé (remarquez cette interjection iamilière : « ita vivam ! »); on voit que Cicéron compte touours sur le régime que son affranchi doit suivre pour être fuéri : « Sed confido, si dîTigentiam, quam instituisti, adlihueris, cito te firinum fore, » et il ajoute un détail qui trouve qu'un nouveau médecin lui donnait des conseils : Iettez vos livres en ordre, dit-il, vous en ferez le catalogue uand .Metrodore vous le permettra, car vous devez suivre es prescriptions. « Indicem, quuni Metrodoro lubebit, uando ejus arbitrait! vivendum est. » Ce Metrodore ne ous est pas inconnu, nous l’avons vu chargé par Cicéron •e remettre une épitre à Atticus (ad Àtt. xv, 1, pars poste- Hor), ce qui prouve au moins qu’il était dans la familiarité u grand orateur. Cependant cela n’allait pas au point de ocovoir des soins gratuits, car Cicéron dit à son affranchi riron ne l’était pas encore, mais il était près de le deveir : « Medico mercedis, quantum poscet, promitti jueto, » faites promettre au médecin tout ce qu’il demanera. ,) lerces ne vaut pas à nos yeux honos; merces , c’est j prix demandé, et même demandé d’avance, il nous semle, tandis que honos, c’est la récompense offerte, quelque Dose de gracieux, ne permettant aucune assimilation avec n salaire convenu après débat contradictoire.

Parmi les lettres qui se rapportent aux mêmes circon- ;ances, il en est plusieurs qui sont remarquables par excellence des conseils que Cicéron donne à son ami, et ui justifient assez bien l’enthousiasme de ceux qui ont anté la justesse de ses idées médicales. Ainsi, dans une ettre adressée à Tiron, nous lisons ceci : Je désire vivenent que vous veniez près de moi; mais je crains le

voyage, « gravissime ægrotasli ; inedia, et purgationibus, ^ et vi ipsius morbi ponsumptus es; » vous avez été d ingereusement malade; la diète, les purgations, et la violence même du mal, ont épuisé vos forces. Remarquons en pas- sant que les purgatifs se trouvent ici indiqués seulement pour la seconde fois, et qu’il en faut peut-être conclure j que les Romains de cette époque n’avaient recours à cette médication si efficace qu’en un petit nombre de cas.

Une lettre de Cicéron à Atticus (x, 13), en date du 7 mai 70Z| , et dans laquelle il se moque d’Antoine, contient la phrase suivante : les députés de Naples et de Cumes luit demandaient audience, ils l’attendaient depuis le point du jour, mais il dormit jusqu’à neuf heures et ieur fil dire de revenir le lendemain, parce qu’il voulait prendre un bain et se purger : « Poslredie redire jussit : lavari su 'elle, et

pi xio'Xio'XuCTtav yiWGai. » Était-ce caprice, médecine de précaution, usage habituel ? Rien ne l’indique. Terminons nette digression en disant que dans son traité de la Nature des Dieux, Cicéron, à propos des divers Esculapes reconnus chez les Grecs, dit qu’il en est un, le troisième, qui est fils d’Arsippe et d’Arsinoé, auquel on doit l’invention de 1 art de purger et même celui d’arracher les dents : « Tertius Arsippi et Arsinoæ, qui primus purgationem alvi, dentesque evulsionem, ut ferunt, invenit. » (De Xat. Dcor., lib. 111, cap. 22.)

Mais continuons : « Graves soient offensiones esse ex gravibus morbis, si qua culpa commissa est. » La moindre faute, après une maladie grave, peut avoir les plus fâcheuses conséquences. Ce précepte, un peu banal dans sa généralité, ne manque pas de fondement, mais il ne peut servir de texte à une dissertation intitulée : « De methodo Giceronis tuendi valetudine. » Gardons-nous de ces exagérations, et contentons-nous de signaler les réflexions peu nombreuses que lui inspiraient les faits pathologiques que

SU

le hasard offrait à sa vue. Nous avons déjà noté (voyez page 52) le passage dans lequel Cicéron recommande à son ami de bien digérer, de se promener, mais sans se fatiguer, de se distraire et de se tenir le ventre libre. C’est tout ce que l’on rencontre de plus explicite dans l’œuvre du maître, et il n’y a pas là de quoi admirer si fort sa doctrine médicale.

L’habitude de voir des médecins pouvait bien donner à Cicéron quelques notions scientifiques puisées dans un commerce familier. Ainsi voyageant en Épire, en novembre 703, il écrit à son cher \tticus : « In Actio Corcyræ Alexio me opipare muneratus est » (vii, 2), ce qui a été traduit ainsi : Alexion m’a régalé magnifiquement à Actium de Corcyre. Cet Alexion est-il le même que celui dont il est question dans l’épître ad Att. xv, 1, pars posterior? On peut en douter; le premier semble être un homme d’affaires d’Atticus, tandis que le second est certainement un médecin auquel Cicéron était fort attaché. Voici en quels termes il déplore sa perte ; « O fatum male de Alexione! » quel malheur que la mort d’Alexion ! « Incredibile est, quanta me molestia affecerit; nec mehercule ex ea parte maxime, quod plerique mecum ; ad quem igitur te medicum conférés? » et certes ce n’est pas parla raison que chacun dit ; oii prendrez-vous un autre médecin? « Quid mihi jam medico? » qu’ai-je besoin désormais d’un médecin? « Aul si opus est, tanta inopia est? » ou s’il m’en faut un, sont-ils donc si rares? Ce qui me fait regretter Alexion, c’est son affection pour moi, sa politesse et sa douceur, « amorern erga me, humanitatem suavitatemque desidero. » Et puis que ne doit-on pas redouter quand on voit un homme aussi

tempérant, un médecin aussi habile, emporté tout à coup par une maladie subite? « quid est quod non perlimescendum sit, quum hominem temperantem, summum medicum tantus improviso morbus oppressit?

Rien n’indique quelle a pu être cette maladie foudroyante. Dans une lettre subséquente, Cicéron dit encore : « de Alexione doleo ; sed quoniam inciderat in ita gravent morburn , bene acturn cum illo arbitrer : » je déplore la perte d’AIexion , mais puisque sa maladie était si grave, je pense que la mort a été pour lui un bienfait. Ces consolations philosophiques nous semblent toujours un peu sèches et trop faciles.

Quoi qu’il en soit, on voit que Cicéron était en rapport direct et habituel avec des gens de l’art, et que c’est en grande partie à cette circonstance qu’il faut attribuer le prétendu génie médical du maître. C'est, une thèse que nous avons déjà soutenue ailleurs, à savoir : l’influence exercée par l’élément médical sur une société jusquelà un peu sauvage. Aussitôt que les médecins grecs se furent répandus à Rome, les hommes plus éclairés ne tardèrent pas à comprendre la valeur de ces savants nouveaux, ils apportaient avec eux un reflet plus ou moins éclatant des doctrines hippocratiques ou autres; ils avaient puisé la science à des sources pures, presque divines, et ces ardents propagateurs de tant de connaissances utiles transmettaient des idées justes à un monde encore ignorant. Des esprits delà trempe de Cicéron ne pouvaient dédaigner le trésor qu’on leur offrait; ce n’était pas seulement la poésie et l’éloquence que la Grèce répandait dans l'univers, la médecine allait faire pour l’humanité ce qu’Homère et Démosthènes avaient fait pour les intelligences, et de nouvelles lumières jaillissaient d’un foyer qui ne devait plus s’éteindre.

En parcourant l’œuvre immense de Cicéron, l’on rencontre

chaque pas la preuve de l’influence exercée sur son esprit »ar la médecine et les médecins. Son style même y gagne [uelque chose; il prend une couleur plus vive; certaines «pressions techniques donnent du relief à sa phrase, endent mieux son idée, et souvent il emprunte ses comaraisons à l’art de guérir. Ainsi, dans une lettre adressée Atticus.sur la fin de novembre 709 (xvi, 15), on lit ces mots: s ne parle pas de la république, non que rien puisse m’être lus cher, « sed desperatis etiam Hippocrates vetat adhibere ledicinam, » mais Hippocrate défend de traiter les maux icurables. Hélas! il avait raison : le gouvernement de Etat passait en d’autres mains, et le parti politique auquel avait donné tant de preuves de dévouement était vaincu ! exposéà des réactions périlleuses. 11 nous paraît très-intéï-ssant de rencontrer dans le texte de Cicéron cette citation 'Hippocrate : elle démontre que les écrits du vieillard de ds étaient connus à Morne, ou au moins que le grand ora- *ur les avaient étudiés lors de son séjour en Grèce. Peut- .re est-ce une simple réminiscence de ses conversations i'-ec Alexion ou avec Métrodore, et ces conjectures nous laisent.

Tout à l’heure Cicéron se servait de l’autorité d’un "and homme dans le but d’appuver sa résolution de ne en tenter pour le salut de la patrie, alors que la patrie igrate tendait les mains aux oppresseurs de la liberté. ,)ici une autre manière de voir et de sentir que nous ne ivons pas passer sous silence, car les divers sentiments un homme comme Cicéron sont intéressants à étudier et connaître. II pleurait Tullia, il écrivait le traité de la insolation, et comme ses amis trouvaient qu’il s’abanannait trop à sa douleur, voici ce qu’il écrivait à Atticus lu, 7) : « Neque tamcn progredior longius quam milii Octissimi homines concedunt, » mon chagrin ne va pas J delà des bornes qui sont posées par les plus grands phi-

losophes, « quorum scripta ornnia, quæcumque sunt in eam sententiam, non legi solum, quod ipsum erat lorns ægroli, accipere medicinam, sed in meâ etiam scr transtùli, quod certe afflicti et fracti animi non fuit, » et, ces philosophes, j’ai lu tout ce qu’ils ont écrit sur cette matière. Ils disent qu’il y a du courage à un malade a chercher la guérison : moi, j’ai fait plus, j’ai mis cette idée en pratique, je l’ai développée dans mes écrits, ce qui du moins montre un cœur qui n’est point abattu ou brisé, ht il ajoute avec raison : « Ab bis me remediis noli in istam turbam vocare, ne recidam, » laissez-moi dans la solitude, ces remèdes y réussiront, tandis qu’à Rome ils échoueraient.

On sent combien il est difficile de traduire exactement ces phrases si concises, où l’expression sobre et forte dit si bien ce que le père affligé veut dire. Mais enfin, il y a là un principe invoqué, « quod ipsum erat fortis ægroti acctperej medicinam,» et s’il est difficile à concilier avec la sentence hippocratique, le point en litige est précisément celui oui on établira la curabilité ou l’incurabilité delà maladie. A. mesura que l’on connaît mieux lesimmenses ressources de la naturel médicatrice, on recule les limites de ces terribles pronostics qui conduisaient les anciens au désespoir et par eonséquent au suicide, comme on en voit tant d’exemples danH les ouvrages postérieurs à l’époque de Cicéron.

Veut-on unexempledu caractère particulier que donnaient au style des épîtres les habitudes médicales dont nous nous occupons en ce moment? Marcus Cœlius écrivant à Cicéron (ad div. vin, là) lui dit , à propos du censeur Appius qui ; déployait une grande rigueur dans ses fonctions : « Persuasion ei est censurant lomentum aut nitrum esse, 11 i s’imagine que la censure est une lotion déteisive, commB la farine de fèves (c’est la signification de « lomentum »)| et la soude (le sous-carbonate de sonde). « F.rrare mihi vi-

-etur, » je crois qu’il se trompe, « nam, dmn sorties eluere ult, venas sibi omnes et viscera aperit, » car, en voulant ffacer ses taches, il s’ouvre les veines et les entrailles, 'oilà de l’anatomie, et même de la chimie, car, si « loinennm » veut dire lessive, quelque chose qui décrasse, qui ettoie, « nitrum » ne nous parait pas aussi certainement ouvoir être rendu par savon. Ce qu’on appelait le nitre utrefois, et qui est aujourd’hui un nitrate de potasse, «ut bien, combiné avec les corps gras, former un savon, îais rien ne nous permet de supposer une industrie aussi vancée. Pline a parlé du savon, il le nomme sapo, mais celius n’était pas aussi savant que le grand encyclopédiste itin. En tout cas, le passage que nous venons de citer aontre que l’on se faisait une juste idée de l’action te ces diverses substances et de la manière dont elles gissaient.

Cicéron parle souvent de ce que l’on peut appeler les abitudesde la pratique médicale. Dans une lettre qui est un hef-d’œuvre de raison, de courage et d’éloquence, celle qui st adressée au proconsul P. Lentulus (ad div. i, 9), après \-oir montré la faiblesse de ses amis qui n’ont pas osé conamner Clodius, il termine cette récrimination passionnée ar ces mots : « Qui me hommes quod salvum esse volueunt est mihi gratissimum, » je suis fort reconnaissant de ce u’ilsont fait pour mon salut, « sed vellem non solum saitis meæ, quemadmodum medici, sed etiain, ut aliptæ, jirium et coloris rationem habere voluissent, » mais je souhaiterais que, ne se bornant pas au soin de ma vie, tomme les médecins, ils eussent fait attention, comme les lliptes, à mes forces et à mon teint. Ce qui suit sert e complément à la pensée de Cicéron. Apelles, dit-on, oigna tantla tête de sa Vénus qu’il négligea le reste, « sic uidam hommes in capite rneo solum elaborarunt; reliuum corpus imperfectum ac rude reliquerunt. » Il est

à peine nécessaire de dire que les aliptes étaient des hommes chargés de frotter et de parfumer ceux qui sortaient du bain. Ils jouaient un rôle considérable dans les magnifiques établissements thermaux qu’on trouvait à ; Rome, et Juvénal nous donne de leurs talents une étrange opinion. Voyez Satire vi, vers Zj21 , ou bien nos Études g médicales sur les poètes latins, p. 368.

Cicéron se plaint de ce qu’on ne l’a pas défendu comme il aurait voulu l’être, de ce que, la tête sauvée, on a négligé le reste du corps, et son expression devient en quelque sorte précise et technique. Ces formes littéraires étaient usuelles, on en trouve un exemple remarquable dans une lettre adressée à Cicéron par Plancus: elle est du 21 mai 710 ad div. x, 18). L’avenir était menaçant, les fureurs d'Antoine faisaient présager de grands malheurs, et Plancus dit à son ami:. « Sed non possum non exhorrescere, si quid intra cutem subest ulceris, quod prius nocere potest, quant sciri curarique possit: » jefrémis quand je pense qu’il y a peut-être sous lapeau quelque plaie cachée capable de nuire avant qu’on la connaisse et que l’on en trouve le remède. Ces expressions allégoriques empruntées à la médecine se rencontrent partout, mais jamais plus souvent que dans les sociétés policées où l’art de guérir commence à être en honneur, et où ceux qui l’exercent vivent dans la familiarité des gens du monde les plus distingués par leur instruction et leur intelligence.

Voici un autre trait emprunté à la science médicale et qui démontre son influence sur les hommes dont nous nous occupons en ce moment. Appius avait eu pour successeur dans le gouvernement d’une province Cicéron, qui avait cru devoir suivre une autre voie que son devancier. Celui-ci s’en était plaint à Cicéron lui-même dans plusieurs lettres assez aigres, et le nouveau gouverneur, écrivant à son ami Allions (ad Àtt. m, 1), s’exprime ainsi : « Ut si

incdicus, quum ægrotus alii medico, traditus sit, iras- :'i velit ei medico qui sibi successerit, si, quæ ipse n curando cç>nstituerit, nnitet ille. » Ce qui veut dire : ■’est à peu près comme si un médecin, à qui l’on aurait dé un malade, trouvait mauvais que celui qui l’a rem- >lacé ne se servît pas des mêmes remèdes. 11 continue sa métaphore : « sic Appius, quem âçaipécwç provinciam -uravit, sanguinemmiserit, quidquid potuit detraxerit, mihi radiderit enectam, etc. » Un traducteur a pris la liberté l’écrire qu’Appius avait appliqué partout lefer etle feu, mais 11 nous semble plus juste de dire que ce gouverneur avait ■puisé la province, qu’il lui avait tiré tout son sang, [[u’elle était aux abois, etc., et ceci est encore assez médical pour venir à l’appui de la thèse que nous soutenons :ci.

Cicéron se cite lui-même assez souvent, il aime à rappeler les principaux passages de ses ouvrages, comme, par xemple, dans cette circonstance. 11 dit à Atlicus : vous me ;royez bien troublé, bien agité, mais rassurez-vous, je me «ontente de gémir tout le jour, « lamentari autem licet : lud tamen totos dies, » ce qui m’est bien permis. Je me appelle ce que j'ai mis dans la bouche de Scipion à propos es devoirs d’un chef de l’État : « Ut enim gubernatori mrsus secundus, medico salus, imperatori Victoria, sic uic moderatori reipublicæ beata civium vita proposita =st. » Comme un pilote cherche à faire bonne route, un nédecin à guérir son malade, un général à remporter la iictoire, ainsi le chef de la république doit se proposer le 'onheur des citoyens. Ces rapprochements sont honorables our nous, et l’on peut voir par là que Cicéron avait une onne opinion de ceux qui comprenaient ainsi leur devoir < id Att. viii, 11).

On pardonnera à notre position toute particulière de -lever certains passages qui nous touchent. Il s’agit des

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