CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
Pour peu que l’on n’ait pas tout à fait oublié le temps où l’histoire romaine nous remplissait d’admiration pour les grands génies et les beaux caractères qui ont brillé pendant la république ou sous l’empire des premiers Césars, il y a des moments où l’on se sent porté. instinctivement à relire les ouvrages qui retracent une époque glorieuse pour l’esprit humain. Dans les jours de défaillance morale (et qui n’en a pas?) on revient à ces livres dans lesquels on ne sait ce qu’il faut louer davantage, du fond, qui est excellent, ou de la forme, qui est exquise, et bientôt, grâce à un enchantement irrésistible, on voit la tristesse disparaître et l’horizon s’éclaircir.
11 y a des gens, et je suis de ce nombre, qui lisent Cicéron, qui trouvent un singulier plaisir à parcourir les nombreux volumes qu’il a laissés, qui admirent non-seulement son style harmonieux, sa phrase abondante et correcte, mais encore la vigueur de son esprit et surtout la puissance de son argumentation. On voit même des amateurs se passionnant pour sa gaîté, pour sa finesse, et qui trouvent dans la vaste collection de scs œuvres des mérites si variés, Si éclatants, que nul autre écrivain de l’ancienne Rome ne
CICIvllO.X MEDECIN.
leur semble digne de lui être comparé. 11 est certain que parmi les auteurs qui ont précédé lè siècle d’Âug n’en est point qui ofTre à un même degré la science et l’imagination, le talent et la grâce, qui réunisse des qualités plus charmantes et plus diverses. Sans partager l'enthousiasme de ces admirateurs, et tout en reconnaissant que dans certains plaidoyers si pleins de verve l’avocat a sacriûé quelque chose, comme la vérité, aux intérêts de son client, il est impossible de ne pas voir en ses productions si nombreuses et si variées la preuve d'un esprit du premier ordre, d’une intelligence merveilleuse, ce qui suffit pour justifier l’admiration que tant de siècles ont prodiguée au prince des orateurs latins.
L’histoire, la philosophie, la morale, l’ont occupé tour à tour; il a parcouru d’un pas également sur les diverses branches des connaissances humaines, telles qu’elles étaient de son temps; il en a notablement reculé les limites: mais nous n’avons pas mission de le suivre dans ce vaste domaine. Une telle entreprise n’appartient qu’à un petit nombre de savants, et encore peu d’entre eux ont-ils suffi à une pareille œuvre. Il y a dans les écrits de Cicéron une telle abondance de matières, il a traité comme en se jouant un si grand nombre de sujets, que chacun peut choisir ce qu’il préfère, et plus l’on puise à cette source si pure, plus on constate la merveilleuse fécondité d'un génie vraiment universel.
Parmi les compositions dues à sa plume infatigable, il en est qui nous paraissent pleines d’un tel intérêt que nous y revenons sans cesse, séduits par l’attrait d’une curiosité facile à satisfaire. Les lettres de Cicéron sont d’une lecture si attachante, on voit si bien cette grande âme à nu, elle montre si naïvement les ressorts qui la font agir, que l'on se prend à aimer cet homme, non plus à cause de ses vertus éclatantes, de ses exploits si glorieux contre les ennemis
de la république, mais en raison de ses faiblesses, de ses hésitations, de ses défauts mêmes. Et chemin faisant, nous découvrons tant de particularités remarquables, nous assistons à un spectacle si intime, que l’on plaint Cicéron justement parce que la pitié qu’il inspire par ses misères forme le plus éclatant contraste avec la gloire qu’il poursuit et qu’il atteint, parce que le père de la patrie, le consul toutpuissant, l’idole du genre humain paye bien cher les faveurs de la fortune, et que celui qui était en quelque sorte le maître du monde va bientôt périr sous le poignard des assassins. 11 y a là une leçon terrible. Les amateurs de popularité devraient sans cesse étudier un drame sanglant dont tous les actes sont parfaitement connus, et peut-être comprendraient-ils que les républiques ingrates dévorent infailliblement les chefs qui s’imposent ou qu’elles se donnent. Mais nous n avons pas à juger de si grandes causes.
Cicéron, dans sa longue correspondance avec une foule de personnages, ne parle pas seulement des affaires de son temps, des intérêts de la politique qu’il soutient, du parti dont il est devenu le chef et l’arbitre : il traite en passant bien des questions de moindre importance, sa santé, par exemple, celle de sa femme, de ses enfants; il montre la plus tendre sollicitude pour ses amis malades, il leur donne des conseils, disserte sur les causes de leurs infirmités, sur les remèdes capables de les guérir, et l’on trouve qu il pousse si loin ce goût pour la médecine que l’on a pu, à juste titre, le désigner sous le nom de « Cicero medicus. » A une époque où l’art de guérir n’avait à Rome que peu de représentants officiels, où les médecins vraiment dignes de ce nom étaient encore rares, où chacun se traitant à sa guise recourait à la science souvent empirique de quelque esclave grec, les connaissances médicales révélées par les écrits de Cicéron durent paraître étonnantes aux
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érudits du dernier siècle, et plus d’uri savant prit à tâche de relever avec soin, dans son œuvre complète, les passages ayant trait à la médecine. Nous allons essayer d indiquer les travaux de ce genre cju i sont dignes d attention.