SUR
M. T. CICÉRON
‘O 1 làvcoçoç Toû),),ioç, ô ttjç 7ta).ata;
i’wu.aiAv uoçîaç -Aysixt'ov
Ceci n’est point un essai de critique ni d’esthétique littéraire, pas même une modeste étude de philologie, à propos du plus illustre des polygraphes romains. Nous n’avons jamais eu la présomptueuse pensée d’oser, en quelques pages, chercher à apprécier quelle incontestable et salutaire influence ses nobles écrits ont exercée de tout temps sur la philosophie, sur la législation, sur l’économie morale, politique ou religieuse des peuples auxquels les bienfaits de la civilisation les ont transmis. Nous n’oserions même entreprendre de relever ni d’analyser les excellentes notions de pureté, d élégance et d’atticisme, que les maîtres dans l’art de parler et d’écrire ont puisées à pleines mains, depuis dix-neuf siècles, dans celte source intarissable. Au point de \ue philologique, comme à celui de la morale et de la philosophie, cette admirable thèse a été plus d’une fois soutenue, iavec autant d’érudition que d’éclat, par les grands esprits du Moyen Age et de la Renaissance, aussi bien que par les savants <et les penseurs de notre époque.
Notre but est restreint dans un cadre infiniment plus modeste, <et pourtant it offre peut-être un certain intérêt de curiosité, inté-
MO ÉTUDE BIBLIOGRAPHIQUE
rêl qui nous a soutenu jusqu’àla lin <les nombreuses et minutieuses recherches qu’il nous a fallu faire, et qui contribuera, nous 1 espérons du moins, à nous faire pardonner ce que présentent toujours de sécheresse et de monotonie les nomenclaïui s et les, catalogues.
Essayer de faire l’histoire des manuscrits de Cicéron . raconter aussi succinctement que possible les péripéties par lesquelles ils ont dû passer depuis les époques barbares jusqu'à la découverte de l’imprimerie, c’est-à-dire jusqu’à la renaissance des lettres; faire suivre cet aperçu nécessairement fort imparfait et un peu confus d’un extrait bibliographique relatif aux premières et aux meilleures éditions des nombreux ouvrages du Prince des orateurs romains (c’est la formule consacrée depuis des siècles), voilà ce qu’il nous a paru intéressant de tenter; et si le résultat, bien imparfait, auquel il nous a été possible de parvenir, est loin de satisfaire la juste susceptibilité du public des lettrés et des érudits, peut-être au moins voudra-t-il bien, malgré son peu d’indulgence, nous tenir compte des extrêmes difficultés auxquelles nous avons dû nous heurter à chaque pas dans un genre de travail où tout est hypothèse, ténèbres, contradiction, et pour lequel manquent presque absolument les documents sérieux et les faits acquis au domaine de l’histoire.
Les manuscrits des grands classiques grecs et romains furent conservés en grand honneur pendant les cinq premiers siècles de 1ère chrétienne. Deux causes principales amenèrent leur destruction, qui fut malheureusement aussi rapide que complète.
L’invasion des hordes barbares, peu soucieuses des chefsd’œuvre des lettres et des monuments des beaux-arts d'Athènes et de Rome, invasion qui détermina instantanément et fatalement la corruption de la langue, en même temps qu'elle fit disparaître jusqu’aux plus faibles vestiges du goût et de l'élégance qui avaient jeté un si splendide rayonnement sur les grands siècles de l’ériclès et d’Auguste.
En second lieu, la décadence rapide de la société civile romaine en même temps que la prédominance d une religion nou-
SUR M. T. CICÉRON. 311
'elle qui, sortant triomphante des luttes terribles qu’elle avait soutenues contre ses persécuteurs , les empereurs de la Rome païenne, fut peut-être tout d’abord presque aussi funeste aux monuments littéraires, derniers débris d une civilisation à tout jamais vaincue, qu avaient dû l'être les déprédations sauvages des Huns, des Goths et des Vandales.
Ne nous est-il pas également permis de croire que les polémiques violentes, suscitées, dès les premiers siècles de l’Église, par un fatal besoin de controverse, entre les docteurs orthodoxes et les hérésiarques qui ne tardèrent pas à surgir, amenèrent la destruction d un grand nombre de manuscrits profanes?
L Église était alors fertile en grauds courages
qui versèrent des Ilots d encre et, quand le parchemin manqua, employèrent tout ce qui leur tomba sous la main : des scribes ignorants croyaient pouvoir, dans leur zèle pieux, sacrifier Tacite, Horace et Cicéron, ces flambeaux éblouissants d’une 'Civilisation redoutée, aux écrits des Lactance, des Tertullien, des 'Origène et de tant d’autres grands esprits, qui pourtant avaient jpuisé, sinon leur inspiration, du moins leur élégance et leur ipureté aux sources limpides des lettres antiques.
Hâtons-nous d’ajouter que si, pendant une période qui ne fut, Ihélas! que trop longue, 1 incurie et l’ignorance des moines et imême de quelques évêques occasionnèrent la dilapidation cl provoquèrent la ruine des plus précieux trésors des grandes ci vil i— étions passées; pendant les siècles suivants, au contraire, certains prélats et quelques couvents de France, d’Angleterre ou d Italie, appartenant à des ordres lettrés, apportèrent à la recherche des monuments littéraires, enfouis dans leurs archives, une ardeur passionnée, une fièvre d’investigation, qui produisirent les résultats les plus féconds : secondés par le zèle éclairé -le quelques-uns de nos rois, Charlemagne, saint Louis et iharles \ entre autres, ces travailleurs infatigables, ces mo- Ilestes pionniers de la chilisalion moderne, dont l’histoire au-
ÉTUDE BIBLIOGRAPHIQUE
rail dû conserver les noms, parvinrent, après des efforts qui durèrent des siècles, à retrouver, à coordonner et à transcrire une grande partie de ces monuments inestimables, dont les esprits élevés déploraient, dès ces époques reculées, la perte à jamais regrettable.
Ce qui contribua également à préserver jusqu’à l'époque de la Renaissance (du ve au xive siècle) quelques fragments antiques, et facilita singulièrement les investigations des hommes véritablement dévoués à la science, ce fut la conservation de la langue latine, chez tous les peuples qui n’étaient pas absolument retombés dans la barbarie, comme langue officielle pour les actes légaux , pour les pièces politiques et les correspondances cléricales, enfin et surtout comme langue usuelle des savants et des lettrés. Il est fort rare cependant, du vi* au xne siècle, époque néfaste où d’épaisses ténèbres couvrent presque sans éclaircies l'Europe entière (il faut en excepter un demi-siècle pour l’épopée Carlovingienne, et, longtemps après, quelle éclatante lumière jettenl ces grands esprits essentiellement Cicéroniens, les Abélard, le: saint Bernard, les Jean de Salisbury!), il est fort rare, disonsnous, de rencontrer des citations qui ne soient extraites delà Vulgate et des Livres sacrés : et peut-être nous sera-t-il permis, incidemment, d’en tirer cette conséquence rigoureuse que l'austérité intolérante de l’enseignement monacal était bien loin d’encourager l’étude des classiques profanes , et risquait d'étouffei sous le poids et les arguties d’une scolastique indigeste jusqu’aii souvenir des splendeurs littéraires des civilisations païennes.
Pour faciliter nos études cicéroniennes, il nous faut jeter ur rapide coup d’œil sur les librairies des couvents et des princes pendant ces tristes époques; de quelques-unes nous restent df précieux, mais trop brefs inventaires; des autres les auteurcontemporains nous décrivent, presque toujours en peu de mots, les splendeurs et les misères.
Un fait ressort tout d'abord de cette courte excursion dans lf domaine de l’histoire. C’est combien étaient rares et clairsemés. rari vailles . les manuscrits profanes au milieu du gouffre sans
SUR M. T. CICÉRON
bornes des livres sacrés de liturgie, de scolastique, de dogmatique, de théologie morale, catéchétique, parénétique et mystique; tout ce gros bagage escorté des Saints Pères, des Vies des Saints, des Actes des Conciles, et des Concordances, et des Commentaires, et des Harmonies, et des Paraphrases et de quibusdam alüs , absorbait tout le parchemin disponible. Au milieu de cette formidable nomenclature, est-il étonnant qu’on ne voie presque jamais figurer dans les inventaires contemporains le nom d’un des grands auteurs de l’antiquité?
C’est qu'aussi les dévots copistes de la plupart des couvents , à ces époques où le parchemin devenait de plus en plus rare ', ne se faisaient aucun scrupule d’effacer, de gratter sans pitié les trésors profanes qui couvraient la plupart des vieux parchemins de leurs librairies, pour y substituer dévotement leurs Offices,, leurs Rituels et leurs Graduels, et surtout leurs volumineux Commentaires des livres Saints. Une des plus précieuses decouvertes de la science moderne a eu pour effet de réparer en partie le résultat funeste de ces inepties barbares, en faisant reparaître les premiers caractères de quelques-uns de ces palimpsestes et renaître pour la joie des peuples éclairés ces précieuses reliques d’un âge qui n’est plus.
Mais devons-nous accuser de ce sauvage vandalisme ces pieux et ignorants scribes, ces humbles et habiles manœuvres dont les
1 . Aux Xe et xie siècles surtout, il avait acquis une valeur exorbitante. Dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, alors qu’il se substituait généralement au papier de papyrus et au papier Cornélien, on avait l'habitude de n’écrire que d’un seul côté, particulièrement les chartes et les actes officiels : ce n'est qu'à dater de la fin du ixe siècle que l’on trouve des chartes écrites .au recto et au verso. On comprend qu’à une époque où le commerce et l’industrie étaient presque nuis, cette prodigalité de la matière première amena en peu de temps une pénurie complète : ce fut alors que les moines commencèrent à racler le parchemin écrit, avec un fragment de verre cassé ou avec un grattoir; quelquefois mémo ils le trempaient dans l’eau bouillante ou le faisaient passer par la chaux vive ; cette déplorable coutume devint si générale et produisit de si funestes résultats, que les empereurs d’Allemagne, en élevant à la dignité de comte leurs chevaliers, avec pouvoir de créer des notaires impériaux, furent obligés d'insérer cette restriction dans les provisions qu’ils leur concédaient : « à condition que lesdits notaires n'emploieront point do parchemin vieux et raclé, mais qu'il soit vierge et tout neuf. » (Maflei, Islor. Diploni., p. 60.)
IK
:il4
K Tl DK BIHI.10GRAPH IQL I
travaux merveilleux de patience et de délicate»-!- font encore l’admiration de notre époque? Hélas! ils ne connaissaient pas môme de nom les auteurs qu’ils détruisaient1. Ce» pauvres moines écrivaient avec une grande netteté, enluminaient parfois avec une rare élégance , pour les rois et pour les évêques . pour leurs abbés et leurs bienfaiteurs; ils consacraient trente années de leur existence recueillie à l’exécution d’un splendide missel; leur humilité, leur abnégation, quelquefois leur amour des lettres, leur passion pour leur art, sont incontestables : au»»i rapportaient-ils de grosses sommes d’argent a leurs abbayes : témoin ces moines de Cayeux qui, en 1414, firent payer 000 escus d’or au bon roy Charles VIe les Heures superbement eniuminees, que ce pauvre prince offrit à la duchesse de Bourgogne, et ce .manuscrit des Homélies d'Aimon d'Halberstadt, qui fut acheté au xe siècle, par llermengarde, comtesse d’Anjou, à je ne sais plus quel monastère, au prix de deux cents brebis, trois muids de grains et nombre de peaux de martre Annal. Benedict., lib. lxi, n° 6).
Mais nous avons lui le d'écarter ces tristes récriminations, et
1. Pétrarque s’indigne et s'emporte contre l'ignorance et la sottise des copistes de son temps : « Comment pourra-t-on jamais, s’écrie-t-il, réparer le tort que nous font les scribes qui, par leur ignorance et leur paresse, gâtent tout?... Quiconque sait tenir une plume et enluminer le parchemin se pose en habile copiste, quoiqu’il n’ait aucun savoir, ni même aucune notion de l’orthographe. Mais qu'importerait l’orthographe, si du moins ils s’astreignaient à copier fidèlement ce qu’on leur ilonne à transcrire? on aurait au moins la substance des livres, tout en riant do l’ignorance des copistes. Croyez-vous que si Cicéron, Tite-Live et d’autres vieux auteurs, surtout Pline, revenus parmi nous, se faisaient lire leurs ouvrages, on ne les entendrait pas se récrier à chaque page, prétendant que ce qu’on leilr lit est le fait de quelque barbare et non pas le leur? Le mal est qu’il n’y a ni règle ni loi pour les copistes : les ouvriers de tous les états sont soumis à des apprentissages, à des examens, il n’y en a point pour des copistes : et cependant il nous faut les payer bien cher, pour les voir gâter tous les bons livres, y Et dans une lettre à Boccace, il se plaint de ne pouvoir trouver un homme eii état de copier fidèlement son livre de Vitu solitaria : « Vous ne pourriez croire, lui dit-il, que ce livre, qui a été écrit par moi en si peu de temps, ne puisse être copié dans l’espace de plusieurs années. » (Pclrarcœ ï'jrist. Fcnml. — Yenotiis. J. et Cîreg. de Gregoriis. llt>*2; in— 1.) Et sur un manuscrit de Cicéron que décrit Montfaucon dans son Journal , ne lit-on pas cette énergique apostrophe : Xon reperitur phts% tanta fuit neyliyenlia atque inscitia ernnn (pii jam nas niultisstr nilis anteiverunt : (pii suœ inertia' ulinam et iynorantiœ premia diyna ferant?
SUR M. T. CICÉRON. Itl.i
d'aborder, pour n'en plus sortir, le sujet que nous nous sommes proposé de traiter.
Un catalogue écrit au ix0 siècle, et qui termine un antique codex des Scolies de saint Maxime sur saint Grégoire, ne porte qu’à trente-deux volumes la bibliothèque du couvent auquel appartenait ce manuscrit : on y trouve Josèphe et Pétrone! mais aussi un ouvrage intitulé simplement Lilleræ ad diverses, sc~ cunda pars., qui pourrait bien n’être autre que les Epislolœ ad familiares; tout le reste n’est que théologie et Pères de l’Église.
Un peu plus tard, la librairie de l’abbaye de Saint-Étienne, en Allemagne, renferme quarante-trois volumes; celle d'Éverard, comte de Frioul, monte à cinquante, et il la divise à sa mort entre ses trois enfants, comme l’une des portions les plus précieuses de son riche héritage.
Au xie siècle, Guidon, abbé de Pompose, près Ravenne, réunit soixante-deux ouvrages, parmi lesquels on remarque Tite-Live, réduit seulement à dix livres, et que l’on s’efforçait inutilement dès lors de compléter. La bibliothèque de Moyen-Mouttier, dont un manuscrit du temps nous apprend que cinq moines firent lo tour de force de copier une Bible en cinq mois, n’avait pu, malgré l’incontestable dextérité de scs scribes, réunir plus de soixante-sept volumes.
A la même époque, Olbert, abbé de Gemblou, était parvenu à former une librairie cilce comme une grande magnificence: il avait recueilli cent soixante volumes, et il faut remarquer que les auteurs profanes en formaient presque le quart : on y trouvait Virgile et Lucain, mais pas un seul livre de Cicéron.
Au xii' siècle, la célèbre abbaye de Mont-Cassin , fondée par saint Benoît en fi28 , n’avait encore que quatre-vingt-dix ouvrages, et certes la règle élevée de cet illustre séminaire des lettres et des sciences avait eu pour but principal d’inspirer aux moines l’horreur de l'oisiveté et le culte salutaire des plus nobles doctrines intellectuelles1.
I. L'oisiveté est l'ennemie do l’âme, et par conséquent les frères doivent A cor-
316 ÉTUDE BIBLIOGRAPHIQUE
Mais un fait singulier presque inexplicable, et qui cependant présente tous les caractères d’une authenticité absolue, c’eit qu’au fond des landes Armoricaines, au désert, une petite abbaye perdue, Poritivv, avait, à la fin du xi« siècle, réuni deux cents volumes, nombre inconnu jusqu’alors et que l’on ne retrouve que dans les catalogues de librairies datés du xur et du xiv® siècle.
Les abbayes de Marmoutiers, de l'Ile-Barbe à Lyon l. de Fleuri, Ferrières, Tours, Saint-Père de Chartres, Corbie, etc., nous prouvent, par de curieux documents, combien peu de manuscrits profanes les abbés les plus lettrés avaient pu ou osé réunir. Les librairies de ces abbayes, qui marquaient entre les plus riches et les plus savantes de 1 époque, présentent à peine un vingtième de leur contenu que l’on puisse rattacher à la littérature classique de l’antiquité païenne; et ces classiques offraient le texte le plus incorrect et le plus imparfait : l’ignorance de ces pauvres copistes, dont nous avons parlé, et surtout le système des abréviations, si multipliées à partir du viiic, et surtout du xte siècle, abréviations que rendaient nécessaires la rareté et le prix toujours croissants du parchemin, avaient fini par en altérer le texte, à un point que déplorèrent bien amèrement les savants qui s'adonnèrent plus tard a la reconstitution de ces précieux monuments.
En 1 2o I , la librairie de la cathédrale de Ratisbonne ne comp-
tains moments s occuper au travail des mains; dans d'autres, à de saintes lectures... que 1 on choisisse un ou deux anciens pour 'parcourir le monastère à 1 heure oii les lrères sont occupés à la lecture, et qu'ils voient s'ils ne trouveront pas quelque frère négligent qui se livre au repos ou à la conversation, ne soit pas appliqué à lire, et qui non-seulement soit inutile à soi-mémo, mais encore détourne les autres. (Règle île saint llenoil.)
1. Cette illustre maison fut établie par quelques proscrits sous le règne de Septiine-Sévôre; Charlemagne fut le fondateur de sa librairie, qu'il mit sous la guide spéciale de 1 archevêque Leydrado et qui devint en peu do temps l'une des plus importantes do France : cinq ans après son couronnement à Rome, (80.i), il lui lit hommage d'un manuscrit des oeuvres de saint Denys l'Aréopagde, que lui avait envoyé l'ompereur Nicéphore, et d'une bible grecque et syriaque, corrigéo do sa propre main : ce dernier fait du moins est affirmé par fcjabellicus et par Calme ri us.
SUR M. T. CICÉRON
lait pas moins de cinq cents volumes1, tandis qu’en 1136 celle de l'église d'Angoulèmo n'en contenait que cent, et celle do Cologne, en 1170, n’avait réuni que cent quatre-vingt-six volumes.
En Angleterre et en Irlande, le culte des lettres antiques se conserve plus pur et plus ardent que dans tout autre pays : on était là placé moins directement sous l’action absorbante du clergé de Rome. C’est d'Irlande que partent ces pieux et savants missionnaires, ces évêques voyageurs , les saint Colomban, les saint Kilian, les Burkard, les Alain, les Sutbert, qui, en France, en Belgique, en Souabe, en Franconie, en Suisse, sur les bords du Rhin, et jusque dans le fond de l’Autriche, laissent partout do précieuses traces de leur passage, de leur influence et de leurs utiles travaux. C’est à ces hommes éminents que l’on doit en France, au temps de Charlemagne, en Angleterre, sous le règne du grand Alfred , la réforme de l’écriture , qui , à l’époque des Mérovingiens comme à celle des premiers rois de l’Heptarchie Saxonne, était tombée dans une épouvantable barbarie; c’est aussi à leur zèle infatigable que 1 on doit en Angleterre la renaissance des études littéraires. Aussi voit-on, en cet heureux pays, et surtout à dater du xii* siècle, les moines , tout en se livrant pieusement aux études canoniques, faire marcher de front le culte des lettres antiques. Ce fait, malheureusement si peu fréquent pendant ces époques d’ignorance et de fanatisme, est prouvé par les documents les plus incontestables. Les écoles publiques, particulièrement celle d'Oxford, qui, sous le roi Richard, comptait trois mille étudiants, et, au dire des Bénédictins, attirait un si urand nombre d'écoliers de Paris; celle du monastèro B’Vork, non moins renommée, élaient, sous tous les rapports, bien supérieures à tous les collèges du continent. Les religieux du monastère d àork possédaient une admirablo libraii ic, fonnéo
1. A cette même époque, le chapitre «le cotto égliso fut obligé do racheter cette librairie au prix d’une parure d'autel, pesant 07 kmarcs d or, valeur énorme pour le temps.
3IS ÉTÜDJÎ IJIHLIOGIlAIMIJOli;
Par lc‘s soins flairés de l'abbé Egberl, et décrite pvAbii en
vers pompeux :
Jllic invenies veterum vestigia patrum, i Quidquid 1 1 a 1 >c t pro se Latio Itomanus in orl>e,
Grœcia vel quidquid transmisit Clara Lalinis.
Et les plus grands noms de l'antiquité s’y coudoyaient, Pline cl saint Augustin, Virgile et saint Jérôme, et Stace, et Lucain.
Acer Aristoteles, ïlielor quoque Tullius ingens.
EL ceci , incidemment, prouve que le grand philosophe de la Grèce, dont les œuvres perdues au moyen âge, au dire de quelques écrivains, ne nous auraient été rendues qu'a la fin du \i\" siècle par les Arabes, était, au temps de Charlemagne, dan? les mains des érudits et dans les librairies don venelles, tandis qu un grand nombre de documents postérieurs viennent confirme! ce fait, que scs admirables écrits n’ont jamais cessé d’être en giand honneur jusqu à 1 année 1479, date de la première traduction latine de ses ouvrages de logique et de phvsi jue. et 1 495-98. date de l'édition originale grecque donnée par les Aides de ses œuvres complètes.
Le grand Alcuin regretta bien souvent les trésors de cette bibliothèque d’York, quand, accueilli à la cour de Charlemagne, pourvu de trois abbaye*, l'ami, le confident, et, selon la belle expression de M. Guizot, le premier ministre intellectuel du prince, il faisait corriger et rétablir les textes altérés de l’ancienne littérature, reconstituait les écoles, et donnait à tous l'exemple et l’impulsion de l’amour des lettres et des arts : on sait qu’il copia de sa propre main Térence, et en épura le texte avec un soin minutieux.
L’excellent livre de Merrywealher, Hibliomama in I/ie middk ("JCS'- donne sur l’état des lettres cl de la civilisation or, Anglc-