XVI
Et de plus un manuscrit formé de parties du xm® et du xv® siècle.
Voici donc des manuscrits du xie siècle : mais qui nous garantit l’authenticité de cette attribution ? Le catalogue? Mais nous savons ce que c’est que l’infaillibilité des catalogues. Ce qui est certain, c’est que l’un de ces manuscrits, le plus célèbre peutêtre ( n° 9 du catal. de Bandini, 1764, cod. bibl. Méd. . le manuscrit des Epistolœ fatniliares, annoté par Pétrarque, est porté comme étant du xie siècle, et il est certainement de plus de deux siècles antérieur : ceci n’est point une assertion en l’air, c'est un fait aujourd’hui authentiquement vérifié.
Passons maintenant à la Bibliothèque impériale, où nous trouvons à l’ancien fonds latin :
ix® siècle 4
xu® — 8
xm® — 5
XIVe — H
xve — 63
XVIe — 1
Comme nous outre-passerions les bornes dans lesquelles doit être circonscrit un modeste opuscule, et que nous paraîtrions viser ambitieusement au volume, si nous donnions plus d'extension à nos citations, nous terminerons ici brusquement cette partie de notre travail, demandant seulement la permission de le compléter par quelques notes bibliographiques indispensables.
Les savantes recherches des bibliographes modernes, et surtout l’excellent travail consacré par M. Brunet à l'orateur romain, nous rendent cette tâche bien facile. Aussi, comme les livres de bibliographie sont aujourd’hui entre les mains de tout le monde, nous demanderons la permission d'être très-bref.
Les œuvres de Cicéron ne parurent pas réunies en corps d’ou-
SUR U T. CICÉRON. 333
vrage avant l'édition donnée à Milan par Alex. Minutianus, en quatre volumes in-folio, avec une épitre dédicatoire au maréchal de Trivulze, gouverneur de Milan pour le roi Louis XII. Les deux premiers volumes parurent en 1 498 ; les deux autres l’année suivante. Cette édition princeps est fort belle et fort précieuse; le papier est très-fort, le caractère net et d'une grande élégance; c’est, en un mot, un admirable livre d’une grande rareté et du plus grand prix. Les deux premiers volumes avaient été exécutés sous le gouvernement de Ludovic-Marie Sforce, duc de Milan; mais les deux autres ne parurent que pendant l'occupation de la ville et du duché par les Français ; comme l'épitre dédicatoire au maréchal de Trivulze, ajoutée en 1 499, en tête du premier volume, manque dans un certain nombre d’exemplaires, on suppose, avec quelque apparence de raison, que, pour ne pas encourir la disgrâce de Ludovic Sforce, qui momentanément avait chassé les Français de sa capitale , l’éditeur s’empressa de supprimer cette épitre pour tous les exemplaires vendus pendant ce court intervalle.
L'édition donnée par les Juntes à Venise (1534-1537), 4 vol. in-fol., est belle comme presque tous les livres sortis des presses de ces illustres imprimeurs, et de plus a été pendant longtemps la meilleure que l’on eut de notre polygraphe; duo aux soins de P. Victorius , elle présente un texte très-pur et donne pour la première fois les annotations ingénieuses et savantes de ce critique éminent; mais comme elle a été tirée à*un nombre considérable, elle se rencontre fréquemment et ne se vend jamais fort cher. Exceptons-en l’exemplaire de Grolier, relié en 5 vol. in-fol. et vendu chez de Cotte 1 ,485 fr. ; il est aujourd’hui à la Bibliothèque impériale et vaudrait certainement, à notre époque doiureurs bibliomaniaques, quatre ou cinq fois cette somme.
Cette édition est préférable à celle donnée par Radius Asccnsius à Paris, en 1510 et 151 1, qui reproduit exactement le texte de Minutianus, et même à celles des Aides, dont la première (Veneliis, 1540-46, 9 vol. in-8° ) est cependant publiée par Paul M mue?, qui a corrigé le texte de Cicéron d après d anciens
manuscrits. Ce texte de 1’. Manuce a été réimprimé par Robert
334 ÉTUDE BIBLIOGRAPHIQUE
Estienne en 1543-44, 13 lom. en 8 ou 9 vol. in-8”. et par Charles Estienne, 1555, 4 tom. en 2 vol. in-fol.; cette dernière édition, assez incorrecte, est admirablement exécutée, typographiquement parlant; elle n’a cependant que peu de valeur.
Parmi les éditions complètes qui méritent une mention honorable, nous citerons celle de Basic, apud Cratandrum , 1528.
3 vol. in-fol., avec des variantes en marge, et de bonnes corrections données par Michel Bentinus.
Celle des Estienne (contrefaçon de l’édition juntine. très-belle d’impression et de papier), Paris, 1538-39. 4 tomes en 2 vol. in-folio.
Cette édition juntine, avec les excellentes notes et le teste de Yictorius1, fut encore réimprimée plusieurs fois dans le xvic siècle, entre autres par les soins de Camerarius à Basle, 1540.
4 vol. in-fol.
Les Gryphes de Lyon ont donné une foule d'éditions de Cicéron : la première, dont le texte a été réformé par M. Bruto. est de 1540, en 9 vol. in-8°; les suivantes sont de 1546. 1550, 1559. 1570, 1579, 1585. En général, ces éditeurs ont réimprimé le texte de Robert Estienne, c’est-à-dire l’édition juntine.
Simon de Collines, de Paris, en a donné aussi plusieurs éditions ( texte de Robert Estienne); celle de 1543-47, 10 vol. in-12. est fort jolie : nous en avons vu quelques volumes dépareillés, à la charmante reliure de Marc Lauwereyns, .1/. Lavrîni et atniconttn, avec la belle devise : Virlus in arduo.
Mais la meilleure édition du xvi® siècle, et l'une des plus parfaites que nous connaissions, sera toujours celle doDenvs Lambin.
Elle fut imprimée, pour la première fois, à Paris, chez Jac. du Puys , 1565-06, 4 tom. en 2 vol. in-fol.: la plupart des exemplaires portent la rubrique : Ap. lier» . Turrismitt ni suit aldina Itih/iolheca ; a la fin du IVe vol. on lit : Lutetia? exrudehat floi igus Praeuolius anno cto ic. lxvi. Meuse februnria , sumpti-
1. Grævius a fait observer, avec un parfait sentiment d'fenitf que Cïrér >n d. .jt plus au soûl Yictorius qu'à tous ses éditeurs postérieurs réunis.
Sun M. T. CICÉRON.
bus Jacobi a Puleo , Bern. Turrisuni, Ph. Galt. Rouillij ; et l’on trouve parfois au frontispice indistinctement le nom de l’un de ces trois libraires : cette édition seule donne l’excellent texte corrigé par Lambin avec une grande hardiesse, mais en même temps avec une immense érudition et un sentiment très-développé du beau et du vrai en matière littéraire : elle a été fort souvent réimprimée. Parmi ces réimpressions, nous citerons celle de Londres, Jackson et Carpenter, 1585, 9 vol. in-8°, qui est d’une grande rareté et d’une belle exécution, et celle de Lyon, sumplibus Sibyllœ a Porta, 1588, 4 vol. in-4°, à laquelle les notes de Denis Godefroid donnent une certaine valeur.
Dans la plupart des éditions suivantes, c’est tantôt le texte de P. Manuce, tantôt celui de Bruto qui sert de base : on l’accompagne des notes de Yictorius, souvent réunies à celles de Lambin. Citons cependant l’édition donnée par les Aides en 1578 et années suivantes à Venise; elle est imprimée en lettres italiques et forme 10 tomes ordinairement reliés en 4 ou 6 vol. in-fol.; quoique accompagnée de fort bons commentaires, elle n’a jamais eu de prix. Citons encore l’édition de Hambourg, Froben, 1618- 1619, 4 tom. en 2 vol. in-fol., elle est d’une certaine importance, mais mal imprimée et assez commune. C’est le texte de Victorius, revu sur des manuscrits de Heidelberg, corrigé et annoté par Gulielmus et Gruter. De plus, c’est la première fois que le texte de Cicéron est divisé par chapitres.
Nous ne nommerons que pour mémoire l’édition donnée parles Elzévirs en 1642, 10 vol. in-12; elle n’offre d’intérêt qu’aux curieux; mais celle que les mêmes éditeurs donnèrent en 1661, 2 vol. in-4”, est aussi belle d’exécution que remarquable comme pureté; c’est le texte revu par Gruter, avec les notes deSchrcvelius. Malheureusement elle est imprimée en très-petits caractères et fort compacte.
L’admirable édition variorum vient ensuite : elle est formée de 21 volumes in-8°, imprimés à Amsterdam et à La Haye depuis 1677, et n'a été terminée qu’assoz avant dans le xviii0 siècle. Lo savant Graevius avait eu l’idée gigantesque de donner une édition
ÉTUDE BIBLIOGRAPHIQUE
complète de Cicéron cura notis variorum; mais il succomba à la tâche et son immense travail, continué par Burmann et Pearce, ne fut complété que longtemps après sa mort par l'Anglais John Davis. Cette belle suite d’excellents volumes est aussi rare que précieuse. Le texte adopté par Grævius et conservé par Davis est celui de Gruter : les notes de tous les commentateurs sont disposées dans un ordre parfait. Bref, cette édition est un véritable monument au point de vue de la philologie comme à celui de la typographie; on y réunit généralement quelques volumes de Glossaires et de Commentaires publiés à peu près à la même époque et dans le même format par les savants contemporains, Tunstall, Ernesti, Wopkens, etc.
Laissons de côté l’édition donnée en 1724 paris. Verbure, chez les Westein d’Amsterdam, 2 vol. in-fol. Quoique souvent réimprimée, elle laisse beaucoup à désirer, et les notes de l’editeur sont peu estimées.
Viennent les trois éditions données par le savant Ernesti : la première, imprimée à Leipzig ( 1 737-39, 6 vol. in-8°), est la plus recherchée, non pas des curieux (la chose serait naturelle . mais bien des érudits. Les additions et les corrections qui se présentent dans les deux dernières, quoique faites sur des manusciits anciens, sont assez inexactes et sont loin de présenter 1 ordre et la pureté désirables. M. Brunet cependant prétend que la troisième édition, publiée en 1776-77, est très— correcte et mérite d’être recherchée, quoique imprimée sur mauvais papier. maisM.Graesse, de Dresde, soulientqu'elle est mauvaise et inexacte et cite Wy ttembaeh , dans la Dibliot/icca cri l ica 1 , comme son autorité : ici nous croyons devoir nous ranger du côté du bibliographe allemand.
L édition de 1 abbé D’OIivel (Paris, Coignard, Desaint. Guérin, 1740-42, 0 vol. gr. in-4°, tirée à six cent cinquante ex., dont vingt-cinq sur gr. pap.) est, nous ne dirons pas trop justement célèbre, mais du moins trop connue pour qu » n us nous y uta-