‹ CincinnatusChapitre 6 sur 10 · L'INTELLIGENCE · texte numérisé non relu

L'INTELLIGENCE

PAUL

Aïs n'admettez-vous pas au moins que la place faite dans notre temps à Tinteiligence soit louable, que la nature de l'homme reçoive aujourd'hui de ce côté un légitime développement?

Cette question nous amène à examiner la seconde des facultés de l'homme, l'intelligence ou l'esprit.

Dans tous les temps, depuis ceux de l'entière barbarie, on a beaucoup donné à l'intelligence;

un jour est venu où Ton a donné assez, aujourd'hui l'on donne trop.

PAUL

Mais c'est un vrai blasphème que vous prononcez là.

LE MARQUIS

On donne trop à rintelligence parce qu'on en fait la faculté maîtresse, que dis-je, la faculté unique, présidant seule au développement de l'homme et des sociétés. Pourtant elle n'est pas la seule des forces mentales. En dehors de l'intelligence, il y a le côté moral, ce qu'on nomme cœur ou conscience. Puis l'intelligence elle-même est complexe : elle n'est pas seulement un instrument d'assimilation de la vérité par l'expérience et le raisonnement; elle est aussi l'imagination, le sentiment, la religiosité, qui savent à leur tour saisir le monde extérieur pour le faire pénétrer dans l'homme et agrandir son être. Réduire, sans parler du corps, Thomme à Pintelligence et même à une seule des forces de cette intelligence, c'est donc le diminuer et le mutiler.

La question a été jugée en deux mots dans ce grand XVI P siècle par l'ennemi des Jésuites, par l'auteur des Provinciales^ ce livre de libre examen, comme l'a nommé M. P. Janet, à l'inauguration de la statue de Pascal, le 5 septembre 1880. « Le cœur a des raisons que la raison ne connaît pas *2. »

^ Art. XXIV, 5, édition Havet.

Page 1