ACTE v, SCÈNE T
Tu vois le jour, Cinna ; mais ceux dont tu le tiens Furent les ennemis de mon père1, et les miens : Au milieu de leur camp tu reçus la naissance ; Et lorsque après leur mort tu vins en ma puissance, Leur haine enracinée au milieu de ton sein T'avait mis contre moi les armes à la main - ; Tu fus mon ennemi même avant que de naître ;, Et tu le fus encor quand tu me pus connaître, Et l'inclination jamais n'a démenti Ce sang qui t'avait fait du contraire parti : Autant que tu l'as pu les effets l'ont suivie ; ; Je ne m'en suis vengé qu'en te donnant la vie ; Je te lis prisonnier pour te combler de biens ; Ma cour fut ta prison, mes faveurs tes liens 5 ; Je te restituai d'abord ton patrimoine ; Je t'enrichis après des dépouilles d'Antoine0, Et tu sais que depuis, à chaque occasion, Je suis tombé pour toi dans la profusion ; Toutes les dignités que tu m'as demandées, Je te les ai sur l'heure et sans peine accordées7 ; Je t'ai préféré même à ceux dont les parents Ont jadis dans mon camp tenu les premiers rangs, A ceux qui de leur sang m'ont acheté l'empire,