‹ CinnaChapitre 107 sur 127 · Var. Assurés an besoin du seconrs des premiers · texte numérisé non relu

Var. Assurés an besoin du seconrs des premiers

Te dirai-je les noms 'le tous ce> meurtriers?

i. Vers magnifique de dédain. Perdus de dettes et de crimes est un coup de pinceau à la Salluste (V. la Conjuration de Catilina), ou à la Tacite.

5. De les plus éviter. Plus, même sans négation, prenait dans certaines phrases le sens de. de nouveau, désormais, plus longtemps.

• ■ni 4e l'Etat défend de plus attendre.

// aclius, I, h.

-i i v retombe plus, je veux Lien qu'on m'affin

Molière, /•; oie de» femmes. II. vin.)

I.- ■ i leur déclara qu - ndail de plus songci il ce mariage. »

(Sévioné, 1'.' décembre 1670. — V. plus haut, p. -t'i. n. 2.

6. Notre poète mol dans la bouche d'Auguste ce que le narrateur latin dit de l'attitude de Cinua à ce moment de la scène. Quum defixum videret^ nec eu: ■ \ed ex consetentia, (acentem.,.

Affranchir ton pays d'un pouvoir monarchique?

Si j'ai bien entendu tantôt ta politique1,

Son salut désormais dépend d'un souverain,

Qui pour tout conserver tienne tout en sa main -,

Et si sa liberté te faisait entreprendre'2,

Tu ne m'eusses jamais empêché de la rendre ;

Tu l'aurais acceptée au nom de tout l'État,

Sans vouloir l'acquérir par un assassinat.

Quel était donc ton but ? d'y régner en ma place3?

D'un étrange malheur son destin le menace,

Si pour monter au trône et lui donner la loi,

Tu ne trouves dans Rome autre obstacle que moi4,

Si jusques à ce point son sort est déplorable,

Que tu sois après moi le plus considérable,

Et que ce grand fardeau de l'empire romain

Ne puisse après ma mort tomber mieux qu'en ta main :\

Apprends à te connaître, et descends en toi-même : On t'honore dans Rome, on te courtise, on t'aime, Chacun tremble sous toi, chacun t'offre des vœux, Ta fortune est bien haut, tu peux ce que tu veux :

1. Ta politique. L'adjectif possessif, tout seul, peut recevoir de la place qu'il occupe et du sentiment qui l'accentue, une valeur qu'un qualificatif, même énergique, n'aurait pas au même degré: valeur d'ironie, ou de mépris, ou de haine. Nous en avons noté tout à l'heure un exemple.

Fuis sans moi: tes amours sont ici superflus.

(Emilie à Maxime, acte IV, se. v.)

Je laisse à ton Jason le soin de nous venfrer.

[Mêlée, V, iv.)

Ton cœur, impatient de revoir ta Troyenne, Ne souffre qu'à regret qu'un antre t'entretienne.

(Racine, Andromaquc, IV, v.)

2. Te faisait entreprendre. Sur ce verbe pris ainsi sans régime, V. plus haut, p. 36, n. 1.

3. Quel était donc ton but ? D'y régner en ma place? — China n'a nulle part laissé paraître un tel dessein. Mais après le jeu perfide qu'il a joué dans la délibération du second acte, Auguste est autorisé à lui prêter de telles visées, et à. en mettre à nu la présomption et la démence. Par le plus déloyal et le moins pardonnable de ses actes, China s'est exposé à ce qui va lui être dit de plus sévère et de plus cuisant. C'est par où il a le plus péché qu'il sera le plus puni.

■i. Quo hoc animo facis? Ut ipse sis princeps ? Maie mehercule cum republier/ agitur, si tibi ad inrperandum niliil prxter me obstat.

5. Et que ce grand, fardeau... ne puisse mieux... On a rapproché de ce dernier trait deux vers de l'Alexandre de Racine qui ne sont pas de la ■ lèmc for ■<■ :

Si le monde penchanl n'a plus que cet appui, Je le plains, et vous plains vous-même autant cpie lui. 'Héphestion ;'' Poras, acte 11, m-, h.)

AOTc V, SCÈNE I. 00

Mais tu ferais pitié même à ceux qu'elle irrite,

Si je t'abandonnais à ton peu de mérite ' .

Ose me démentir, dis-moi ce que tu vaux ;

Conte-moi tes vertus, tes glorieux travaux,

Les rares qualités par où tu m'as dû plaire,

Et tout ce qui t'élève au-dessus du vulgaire.

Ma faveur fait ta gloire, et ton pouvoir en vient ;

Elle seule t'élève, et seule te soutient ;

C'est elle qu'on adore, et non pas ta personne ;

Tu n'as crédit ni rang qu'autant qu'elle t'en donne ;

Et pour te faire choir je n'aurais aujourd'hui

Qu'à retirer la main qui seule est ton appui.

J'aime mieux toutefois céder à ton envie :

Règne, si tu le peux, aux dépens de ma vie 2 ;

Mais oses-tu penser que les Serviliens,

Les Cosses, les Métels, les Paul, les Fabiens,

Et tant d'autres enfin de qui les grands courages3

Des héros de leur sang sont les vives images4,

Quittent le noble orgueil d'un sang si généreux

Jusqu'à pouvoir souffrir que tu règnes sur eux'' ?

Parle, parle, il est temps.

1. Mais tu ferais pitié... « Ces vers et les suivants occasionnèrent un jour une saillie singulière. Le dernier maréchal de la Feuillade, étant sur le théâtre, dit tout haut à Auguste : « Ah ! tu me gâtes le Soyons amis, Cinna. Le vieux comédien qui jouait Auguste se déconcerta et crut avoir mal joué. Le maréchal, après la pièce, lui dit : « Ce n'est pas vous qui m'avez déplu, c*est Auguste, qui dit à Cinna qu il n'a aucun mérite, qu'il n'est propre à rien, qu'il fait pitié, et qui ensuite lui dit, Soyons amis. Si le roi m'en disait autant, je ie remercierais de son amitié... » Il y a un grand sens et beaucoup de finesse dans celte plaisanterie. Cela n'empêche pas que le discours d'Auguste ne soit un des plus beaux que nous ayons dans notre iangue. «(Voltaire.) — La Harpe en juge de même. Il va même jusqu'à dire que « la bienséance dramatique eût été mieux observée, si les deux vers qui ont indisposé le maréchal n'y étaient pas : « Mais, » ajoute-t-il, après avoir plaidé en critique indulgent les circonstances atténuantes. « ce n'est pas un de ces défauts qui blessent les convenances essentielles, tant il y a de nuances dans les fautes comme dans les beautés. » — Il nous est impossible de faire le même honneur au mot du maréchal ; nous avouons y trouver beaucoup plus de délicatesse, vraie ou fausse, que de sens. V. notre Étude, p. xxxi et suiv.

2. J'aimr munir toutefois céder... Règne... — Corneille avait sous les yeux le texte ainsi ponctué : Cedo, si spes tuas solus impedio. Paulusne te. etc. 11 entendait : <. Je • >nce à tout ce que tu veux m'ùter, si je fais seul obstacle à tes desseins. Mais les Paul, etc. » Le vrai texte prend une virgule après impedio, et le sens est : « Dis-moi. voyons [cedo, vieille forme d'impératif . si je fais seul obstacle à tes visé s, après moi. les Paul, etc. »

grands courages. Les grands cœurs, i. Les cives images. Les images vivantes.

5. Cedo, si spes tuas solus impedio, Paulusne '■ ei Fabius Afaximus et Cossi et Servilii ferent, tantumgue agmen nobilium, non inania nomina entium, sed eorum '/m imaginibus si'

BIBUOTHECA

100 C1NNA.

Je demeure stupide i ; Non, que votre colère ou la mort m'intimide: Je vois qu'on m'a trahi, vous m'y voyez rêver, Et j'en cherche l'auteur sans le pouvoir trouver.

Mais c'est trop y tenir toute l'âme occupée2. Seigneur, je suis Romain, et du sang de Pompée3. Le père et les deux fils, lâchement égorgés4, Par la mort de César étaient trop peu vengés ; C'est là d'un beau dessein l'illustre et seule cause : Et puisqu'à vos rigueurs la trahison m'expose, N'attendez point de moi d'infâmes repentirs, D'inutiles regrets, ni de honteux soupirs ; Le sort vous est propice autant qu'il m'est contraire Je sais ce que j'ai fait, et ce qu'il vous faut faire. Vous devez un exemple à la postérité,

1. Je demeure stupide. Je demeure confondu d'élonnement, frappé de stupeur, stupéfait; comme stupidus en latin. Stupide pouvait encore se prendre, sans équivoque, au même sens.

Je làclie à cet objet d'être aveugle ou stupide.

(Rodogune, II, iv.) Stupides ainsi quelle, ainsi qu'elle affligées. Nous n'osons rien permettre à nos fiers déplaisirs, Et nos pleurs par respect attendent se= soupirs.

{Œdipe, V, vin.)

— « Rien ne servit mieux Rome que le respect, qu'elle inspira à la terre ; elle mit les rois dans le silence et les rendit comme stupides. » (Montesquieu, Grandeur et Décadence, V.) — Ce Je demeure stupide, entendu comme il faut, n'a rien d'humble ni de contrit, tout au contraire, puisque ce qui met Cinna dans cet état, à l'en croire, ce n'est pas la leçon qui lui est infligée sans merci, ni le danger, c'est de ne pas savoir et de chercher en vain qui a pu le trahir, c'est de rêcer à cela sans succès. — Sur cet emploi de rêver, rêver à. Cf. p. 54, n. 2.

i. Var. Cette stupidité s'est enfin dissipée.

3. Seigneur, je suis Romain... Après de telles étrivières, le patient, à qui la parole est rendue, ferait trop humble ûgure, s'il cherchait à s'excuser, s'il tentait de se défendre, ou même s'il faisait à Auguste l'aveu de ses récents et sincères remords. 11 vaut mieux qu'il accepte tète haute, avec une fière résignation, son destin. Ce relèvement final du personnage dans une situation nouvelle qui tranche tout et coupe court à ses perplexités, D'à rien d'invraisemblable. Nous n'avons jamais douté du courage de Cinna ; nous n'avons eu à lui reprocher que l'étrange versatilité avec laquelle nous l'avons vu se précipiter, tout à coup et à contre-temps, d'un extrême à l'autre. — D'ailleurs, ce redressement in extremis du conjuré, du Romain, va donner un nouveau prix au pardon d'Auguste.

4. Cnéius et Sextus Pompée. — Sextus, fugitif en Asie, après la bataille navale de Nauloque, fut égorgé par ordre d'Antoine. — Cnéius avait péri le premier, tué par les soldats de Jules-César, en Espagne, après la bataille de Munda. — Cinna allègue très brièvement, pour motif de son coup manqué, une vengeance pompéienne; il glisse sur son dessein de rendre à nome la liberté, et fait bien ; Auguste lui dirait, comme tout à l'heure, qu'il l'a, de son mieux, quand elle s'offrait, repoussée.

Page 1