ACTE V, SCENE II
Et mon trépas importe à votre sûreté.
AUGUSTE
Tu me braves, Cinoa, tu fais le magnanime1, Et, loin de Uexcuser, tu couronnes ton crime2 : Voyons si ta constance ira jusques au bout. Tu sais ce qui t'est dû, tu vois que je sais tout; Fais ton arrêt toi-même, et choisis tes supplices.
LIVIE
Vous ne connaissez pas encor tous les complices3 ; Votre .Emilie en est4, Seigneur, et la voici.
C'est elle-même, ô dieux!
AUGUSTE
Et toi, ma fille, aussi5 !
1. Tu fais le magnanime. Tu fais montre de grandeur d'unie. — La magnanimité qu'affiche Cinna. au dire d'Auguste, n'est point générosité, mais hauteur d'àme, force d'âme et courage. Magnanime se disait en latin, et peut se dire aussi en français, de manières différentes d'avoir l'àme grande.
2. Tu couronnes ton crime. Tu mets le comble (orgueilleusement) à ton crime. Même usage, très poétique, du mot dans un vers de Bodogune :
Jl faut ou condamner on couronner sa haine.
\.l.' V. BC. I-
Où sont res deux amant*? pour couronner ma joie, Dans lenr -ans. dans le mien, il tant que je me noie.
R u iM , Andromaque, V, v.)
3. Emilie, comme on le voit par la suite, s'est dénoncée elle-même; c'est à Livie qu'elle est allée se livrer, et Livie la raone chez l'empereur, sans doute avec un espoir de pardon pour elle comme pour Cinna.
i. Emilie en est. Est de l'affaire, est du complot. — Expression de comédie, dit Voltaire. — Non. mais locution elliptique, un peu familière, que Corneille n'a pas eu scrupule d'employer plusieurs fois.
Vous en êtes aussi, Madame, et j>' mi' rends.
// m lins, II, il.) Quoi! Néarqne en est donc?
{Polycuctr. III, n.)
Me* esclaves en sont; apprends de leurs indices L'auteur de l'attentat et 1 ordre et leur* complices. (Pomiice, IV, îv.)
5. « Au premier coup, il (Jules César) poussa un gémissement sans pro-
nicune parole; d'autres cependant racontent qu'il dit à Brutus, qui
avançait pour le frapper : Et toi aussi, mon fils! » (Suktone, LXXXII.) —
Corneille s'est-il souvenu ici de ce mot. sur lequel Voltaire à bâti toute la