‹ CinnaChapitre 114 sur 127 · ACTE V, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE III

Approche, seul ami que j'éprouve fidèle1.

MAXIME

Honorez moins, Seigneur, une âme criminelle 2 .

AUGUSTE

Ne parlons plus de crime après ton repentir, Après que du péril tu m'as su garantir ; C'est à toi que je dois et le jour et l'empire.

MAXIME

De tous vos ennemis connaissez mieux le pire: Si vous régnez encor, Seigneur, si vous vivez C'est ma jalouse rage à qui vous le devez8.

Un vertueux remords n'a point touché mon àme ; Pour perdre mon rival, j'ai découvert sa trame ; Euphorbe vous a feint que je m'étais noyé4, De crainte qu'après moi vous n'eussiez envoyé : Je voulais avoir lieu d'abuser .-Emilie, Effrayer son esprit, la tirer d'Italie, Et pensais la résoudre à cet enlèvement Sous l'espoir du retour pour venger son amant; Mais, au lieu de goûter ces grossières amorces, Sa vertu combattue a redoublé ses forces5,

1. Que j'éprouve fidèle. Éprouver, suivi d'un qualilicatif ; tour calqué sur le latin (quem expertus sum fidelem), et fort bien venu en vers.

Quoi qu'il cd soit, depuis que je vous vois chez elle, Toujours de plus en plus je l'éprouve cruelle.

(Illusion comique, II, i.)

2. « Maxime vient faire ici un personnage aussi inutile que Livie. N'eùl-il pas été mieux qu'il se fut noyé, en effet, de douleur d'avoir joué un si lâche personnage? » (Voltaire.) — Inutile absolument? Non, puisque c'est un coupable de plus à gracier, et qu'en reparaissant, Maxime donne matière plus large à la clémence. Auguste pardonne ainsi sur toute la ligne: et ce groupe, autour de lui, de coupables tous vaincus dans le cœur et unanimes d'attendrissement et de repentir, forme, dans cette scène de dénouement, tableau final.

3. ("est ma jalouse rage à qui... Sur cet emploi, avec un nom de chose, de qui, complément, indirect, et précédé d'une préposition, V. plus haut, p. 40, n. 4, et p. 52, n. 2.

i. Voué n feint que... Ce verbe pris ainsi, au sens de rapporter faussement, ave>: complément indirect (comme fingëre en latin, fingere alicui.*.), n'avait rien d'étrange.

Va leur feint dénia part tant d'ontrages reçus,

Que ces faibles esprits sont aisément iléons.

(Medcc'l, î.)

Ce toui se retrouve dans VAlhalie de Racine:

Il lut feint qu'en un lieu que vous >eul connaisses Vous cachez des trésors par David amassé;».

Page 1