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6. « J'ai connu un ancien domestique de la maison de Condé. qui disait que le grand Condé, à l'âge de vingt ans, étant à la première représentation de Cinna, versa des larmes à ces paroles d'Auguste : «Je suis maître de moi... Soyons amis... » C'étaient là des larmes de héros. Le grand Corneille faisant pleurer le grand Condé d'admiration est une époque bien célèbre dans l'histoire de l'esprit humain. » (Voltaire. Siècle de Louis XIV. cli. xxxii, Des beaux-arts.) — Condé, qui était alors le duc d'Enghien, et ne gagna que deux ans plus tard sa première bataille (Rocroy . «lut. en effet, assister à la première ou à l'une des premières représentations de Cinna. Mais qui était cet ancien domestique des Condé cité par Voltaire ? Etait-ce. un des rares survivants du temps de Richelieu, ayant été lui-même témoin de ces larmes de héros? Ou bien un serviteur de la famille instruit par ouï-dire de ce souvenir d'un autre âge? Le fait est-il bien authentique? Nous sommes payés pour n'avoir pas grande confiance en Voltaire conteur d'anecdotes. Mais on regretterait que celle-là, d'ailleurs si vraisemblable, ne fût pas vraie. — Sur la beauté du Soyons amis, contestée par le maréchal de la Feuillade, V. notre Élude, p. xxxi et suiv.

7. Préfères-en la pourpre... Pourquoi Auguste, heureux de pardonner, ne mêlerait il pas à ses paroles de clémence et de bonté une sorte d'enjouement amical ? Ce qui est à blâmer en cet endroit, c'est le rapprochement des deux pourpres, c'est le concetti, par trop italien, ce n'est pas le ehan-

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EMILIE

Et je me rends, Seigneur, à ces hautes bontés ;

Je recouvre la vue auprès de leurs clartés:

Je connais mon forfait qui me semblait justice;

Et (ce que n'avait pu la terreur du supplice)

Je sens naître en mon âme un repentir puissant,

Et mon cœur en secret me dit qu'il y consent.

Le ciel a résolu votre grandeur suprême ; Et pour preuve, Seigneur, je n'en veux que moi-même : J'ose avec vanité me donner cet éclat, Puisqu'il change mon cœur, qu'il veut changer l'État. Ma haine va mourir, que j'ai crue immortelle : Elle est morte, et ce cœur devient sujet fidèle ; Et, prenant désormais cette haine en horreur, L'ardeur de vous servir succède à sa fureur ' .

Seigneur, que vous dirai-je après que nos offenses Au lieu de châtiments trouvent des récompenses ?

cément de ton. Plus loin, avec une bonne grâce assaisonnée de bienveillante malice, il va dire a Maxime, en lui montrant Emilie :

Si tu l'aimes encor, ce sera ton supplice.

Corneille semble avoir voulu, dans cette dernière scène, le rendre admirable et aimable tout ensemble.

1. Ce grand changement d'Emilie qui. après tout ce que nous savons d'elle, pouvait sembler impossible, est aussi complet que soudain. Le poète a mis tous ses soins à rendre vraisemblable, par le langage qu'il lui prèle. la conversion (car c'en est une) qui s'opère en elle. Ce qu'elle exprime d'abord, c'est une sorte d'illumination involontaire. Ce qu'elle vient d'entendre est la révélation d'une âme, d'une de ces grandes âmes qu'elle est mieux disposée que personne à comprendre et à subir; la sienne s'éclaire au resplendissement d'une vertu si haute :

Je recouvre la vue...

Je connais mon forfait qui me semblait justice.

Cependant elle s'examine, tout émue, s'interroge, comme pour s'assurer qu'elle n'est pas dupe d'un premier mouvement, que l'impression ressentie est intime et profonde autant qu'irrésistible.

Je sens naître en mon âme un repentit puissant, Et mon cœur en secret me dit qu'il y consent.

Mais, par un trait de son caractère, de cette foi superbe en elle-même qui survit à sa défaite, elle ose faire la part du ciel dans ce qu'elle éprouve, et se dire que, sans doute, les dieux veulent changer l'Etat, puisqu'ils chançient son cœur. On ne pouvait plus fièrement s'humilier, ni garder lèle plus haute en se soumettant. Le personnage ne pouvait fléchir avec plus de dignité, de sérieux, de sincérité, et, tout ensemble, de bonne grâce ; car il y en a beaucoup dans ce vers :

Ma haine va mourir, que j'ai crue immortelle. Elle est morte, et ce cœur...

— Quelques expressions sujettes a censure (je recouvre la vue auprès de leurs clartés; — J'ose me donner cet éclat que...) fbnl a peine tache sur cette admirable réponse.

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