‹ CinnaChapitre 19 sur 127 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

iEMILIE, FULVIE

EMILIE

Je l'ai juré, Fulvie, et je le jure encore, Quoique j'aime Cinna, quoique mon cœur l'adore, S'il me veut posséder, Auguste doit périr ; Sa tète est le seul prix dont il peut m 'acquérir. Je lui prescris la loi que mon devoir m'impose.

FULVIE

Elle a, pour la blâmer ;3, une trop juste cause ; Par un si grand dessein vous vous faites juger Digne sang de celui que vous voulez venger : Mais, encore une fois, souffrez que je vous die4

1. C'est se mettre en frais d'esprit et de rhétorique bien subtile en parlant à cet amour, qu'elle veut asservir à la raison et au devoir. — Voltaire propose de retrancher à la scène ces quatre derniers vers et de finir sur :

Amour, sers mon devoir et ne le combats plus.

Mais il ne veut pas qu'on supprime (comme il l'avait vu faire de son temps) le monologue, où déjà se dessine si fièrement le personnage d'Emilie, et qui, d'ailleurs, est une considérable et indispensable partie de l'exposition.

2. Que pour le couronner... Le devoir (le devoir de venger un père et d'affranchir Rome) ne surmontera l'amour que pour le satisfaire, puisque la main d'Emilie est promise au libérateur. Par un même usage du verbe couronner, Racine a dit très poétiquement :

Et Paris couronnant son insolente flamme, Retiendra sans péril...

{Iphigénie, I, il.)

Quoi ? de mes ennemis couronnant l'insolence, J'irais attendre ailleurs une lente vengeance ?

(Andromaquc, Vf, ut.)

3. Pour la blâmer. Pour qu'on puisse la blâmer. Tournure elliptique, 1res favorable à la marche du vers, et dont, une grammaire raisonnable ne saurait interdire l'usage, surtout aux poètes.

Cette haine des rois...

Pour V arracher des cœurs est, trop enrafinée.

(Auguste à Cinna, Acte II, se. i.)

4. Souffrez que je vous die. L'usage n'avait pas encore aboli cette forma

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