ACTE I, SCÈNE
Mais pourrais-je vous dire à quelle impatience,
A quels frémissements, à quelle violence,
Ces indignes trépas, quoique mal figurés1,
Ont porté les esprits de tous nos conjurés ?
Je n'ai point perdu temps, et voyant leur colère
Au point de ne rien craindre, en état de tout faire,
J'ajoute en peu de mots : « Toutes ces cruautés,
» La perte de nos biens et de nos libertés,
» Le ravage des champs, le pillage des villes,
» Et les proscriptions, et les guerres civiles,
j) Sont les degrés sanglants dont Auguste a fait choix
» Pour monter sur le trône et nous donner des lois.
» Mais nous pouvons changer un destin si funeste,
» Puisque de trois tyrans c'est le seul qui nous reste 2,
» Et que, juste une fois, il s'est privé d'appui,
» Perdant, pour régner seul, deux méchants comme lui :
» Lui mort3, nous n'avons point de vengeur ni de maître4;
» Avec la liberté Rome s'en va renaître 5 ;
1. Figurés; représentés, dépeints. Ce verbe recevait une plus grande variété de compléments qu'aujourd'hui :
Lorsque du trépas les plus noires couleurs Viendront à mon esprit figurer mes malheurs, Figurez aussitôt à mon âme interdite Combien je fus heureux par delà mon mérite.
{Illusion comique, IV, vit )