‹ CinnaChapitre 31 sur 127 · Ver. Rendons toutefois grâce à la bonté céleste · texte numérisé non relu

Ver. Rendons toutefois grâce à la bonté céleste

Que de nos trois tyrans c'est le seul qui nous reste.

3. Lui mort, nous n'avons... Ce tour, cet usage, en deux mots, de ce qu'on appelle en grammaire la proposition participe, donne au vers une heureuse vivacité. On ne voit pas pourquoi Voltaire corrige ainsi :

Mort, il est sans vengeur, et nous sommes sans maître.

4. Point de vengeur. Point de punisseur. Vengeur se disait alors comme ultor en latin, de celui qui punit, aussi bien que de celui qui venge.

C'est là qu'est notre force, et dans nos grands destins Le manque de vengeurs enhatdit les mutins.

[Surina, III, m.) — u Alhalie se croyait affermie par un règne de six ans: mais Dieu lui nourrissait un vengeur dans l'asile sacré de son temple.» (Bosslet, Histoire universelle, )re partie, vi° Époque.)

Les dieux qu'il îgoorail ayant fait cet échange,

Pour venger (punir) en un jour ses crimes de cinq an-.

Malherbe, Sur In prise de Marseille.)

5. S'en va renaître. Bien employé, comme ici, .s'en aller, devant un infinitif, est emphatique dans le bon sens du mot.

Cette vertu triomphe et tu t'en vas régner.

iPEnTHAnrrr, V, y.)

Et ce triomphe heureux, qui t'en va devenir L'éternel entretien des siècles à venir.

Rai im, Iphigênie, \, t.)

» Et nous mériterons le nom de vrais Romains

» Si le joug qui l'accable est brisé par nos mains.

» Prenons l'occasion tandis qu'elle est propice:

» Demain au Gapitole il fait un sacrifice ;

» Qu'il en soit la victime, et faisons en ces lieux

» Justice à tout le monde, à la face des dieux :

» Là, presque pour sa suite il n'a que notre troupe ;

» C'est de ma main qu'il prend et l'encens et la coupe;

» Et je veux pour signal que cette même main

» Lui donne, au lieu d'encens, d'un poignard dans le sein 1 .

» Ainsi d'un coup mortel la victime frappée

» Fera voir si je suis du sang du grand Pompée;

» Faites voir, après moi, si vous vous souvenez

» Des illustres aïeux de qui vous êtes nés. »

A peine ai-je achevé, que chacun renouvelle,

Par un noble serment, le vœu d'être fidèle :

L'occasion leur plaît2 ; mais chacun veut pour soi

L'honneur du premier coup, que j'ai choisi pour moi.

La raison règle enfin l'ardeur qui les emporte :

Maxime et la moitié s'assurent de la porte3 ;

L'autre moitié me suit, et doit l'environner,

Prête au premier signal que je voudrai donner4.

Voilà, belle ^Emilie, à quel point nous en sommes. Demain j'attends la haine ou la faveur des hommes, Le nom de parricide 5 ou de libérateur,

1. Lui donne... d'un poignard dans le sein. — Donner de.... à..., au sens de heurter, frapper avec... se disait, se dit encore aujourd'hui, mais dans quelques locutions seulement, dont plusieurs sont notées par l'Académie comme populaires.

2. Leur plaît. C'est-à-dire, est approuvée, pleinement acceptée par eux comme bonne (de même que, très souvent, placet, placuit en latin), et non pas seulement leur agrée.

3. La raison règle..., s'assurent..., me suit. Le présent, qui s'emploie fort à propos aans un récit animé de choses faites, peut s'appliquer fort bien, comme ici, à un vif récit de choses à faire.

4. Ce récit, qui n'a pas moins de quatre-vingt-douze vers, moitié narration, im.itip discours, est un des plus dramatiques qui soient à la scène, et paraît court tant il est entra'nant. C'est le plus remarquable exemple qui se puisse citer de ce qu'Horace appelle (Art poétique, v. 184) facundia prœsens (prxsens , ai. sens actif), cette éloquence du poète de théâtre, qui, par une sorte de magie, fait voir au spectateur, évoque devant lui ce qu'on ne lui montre pas, le fait témoin ému des choses qu'on lui raconte (*).

5 Pa.vvic.ide se di«.::t de tout meertre impie, odieux :

Ils s'étonnent comment leurs mains de sang avides Volaient, sans y penser, ù tant de parricides.

{Horace, T, m.)

Aut agitur res in «ceuis, aut acta vefertur ; ... multaqne toiles Ex oculis, qnaî mox narret facundia prœsens.

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