Ch. lxvi et suiv
4. Et dans le style, le ton, l'accent du rôle, rien, quoi qu'aient pu dire certains critiques chagrins, n'altère la vérité du personnage, rien nn sent le héros de théâtre, ne se revêt de pompe et de faste. Tout, au contraire (sauf quelques vers du commencement du second acte), est marqué au coin de cette simplicité noble, de cette précision parfaite et sans apprêt. qui caractérisaient, selon le témoignage de Suétone, la parole d'Auguste dans ses entretiens, et quoi qu'il eût à dire. V. ch. lxxxvï et suiv.
ÉTUDE SUR CINNA. xxxv
rien l'atteste, demander au sénat de le décharger de son fardeau, tout prêt, disait-il, à lui remettre le gouvernement de la chose publique1, se fût-il laissé prendre au mot, et pouvait il attendre autre chose qu'un refus docile? Ne jouait-il pas alors cette i-omédie de civisme désintéressé et de magnifique détachement, que Montesquieu aftirme avoir été le perpétuel esprit et le fond de tout son règne? Il est vrai que Dion, en rapportant ces actes étonnants, ne se prononce pas nettement sur la question de sincérité qu'ils soulèvent. Corneille s'est autorisé de cette réserve pour les interpréter à sa façon, et d'une manière conforme à la vérité du cœur humain, en prêtant au maître de l'univers un de ces courts accès de lassitude, une de ces défaillances involontaires que produit la continuité d'un effroyable labeur, et, en même temps et surtout, cette impression momentanée de satiété, cette singulière aspiration à descendre - , qui naissent de l'excès même de la grandeur et de l'assouvissement d'une ambition sans égale, satisfaite et rassasiée.
Emilie. — Un célèbre critique a dit en parlant des caractères de femmes dans le théâtre de Corneille : « Sur ce point, ce grand homme a laissé presque tout à faire à son successeur ; les femmes dans ses pièces, sauf Chimène et Pauline, sont des hommes*. » Il ne manque à ce jugement, pour être de toute vérité, que d'avoir été rendu sous une forme moins absolue, moins raide. Les femmes de Corneille sont des femmes encore, telles, cependant, que, par plus d'un trait marqué, elles se séparent de leur sexe en le dépassant, et se rapprochent sensiblement du nôtre. Leur signe distinctif, leur caractère dominant à toutes, sauf les deux exceptions si justement indiquées, est ^la virilité du tempérament moral, une virilité héroïque de sentiments et de volonté, qui laisse peu de place aux grâces de la femme. Voyez Sabine gourmanclant sa trop faible sœur Camille, et se raisonnant sans cesse elle-même pour ne pas se laisser vaincre par ses douleurs propres ; Cornélie, debout et plus belliqueuse que jamais dans son désespoir, et répondant aux généreuses condoléances de César par d'implacables défis au vainqueur de Pharsale ; Rodogune étouffant son amour pour assurer sa vengeance; Laodice égale en hauteur d'âme à Nicomède et luttant avec lui d'audacieuses bravades contre Rome; Pulchérie imperturbable de mépris sous les menaces de mort du tyran Phoca .->'*, etc.
Dans cet altier monde féminin, dont nous n'achevons pas la revue, notiv Emilie occupe une place d'honneur; elle se