ACTE II, SCÈNE I
Et cette liberté, qui lui semble si chère,
N'est pour Rome, Seigneur, qu'un bien imaginaire,
Plus nuisible qu'utile, et qui n'approche pas
De celui qu'un bon prince apporte à ses États ;
Avec ordre et raison les honneurs il dispense1,
Avec discernement punit et récompense,
Et dispose de tout en juste possesseur2,
Sans rien précipiter de peur d'un successeur3.
Mais quand le peuple est maître, on n'agit qu'en tumulte;
La voix de la raison jamais ne se consulte 4 :
Les honneurs sont vendus aux plus ambitieux8,
L'autorité livrée aux plus séditieux.
Ces petits souverains qu'il fait pour une année6,
Voyant d'un temps si court leur puissance bornée,
Des plus heureux desseins font avorter le fruit,
De peur de le laisser à celui qui les suit ;
Comme ils ont peu de part aux biens dont ils ordonnent7,
1. Les honneurs il dispense. Forte inversion, toute latine, comme dans cette variante d'un vers d'Horace :
Les deux camps mutinés un tel choix désavouent. (Acte IV, se. rv.)
Cette inversion qui place devant le verbe un nom complément direct, assez fréquente chez Malherbe, l'est beaucoup moins chez Corneille ; à peine se rencontre-t-elle une fois ou deux chez Racine.