ACTE II, SCENE II
Oui, quand par son trépas je l'aurai méritée, Je veux joindre à sa main ma main ensanglantée. L'épouser sur sa cendre, et qu'après notre efforl Les présents du tyran soient le prix de sa mort1.
MAXIME
Mais l'apparence, ami, que vous puissiez lui plaire Teint du sang de celui qu'elle aime comme un père -, Car vous n'êtes pas homme à la violenter.
Ami, dans ce palais on peut nous écouter, Et nous parlons peut-être avec trop d'imprudence Dans un lieu si mal propre à notre confidence : Sortons ; qu'en sûreté j'examine avec vous, Pour en venir à bout3, les moyens les plus doux.
1. Les présents du tyran... V. ce qu'Emilie a dit de ces présents, acte I, n, et ce qu'en a dit Auguste, scène i de l'acte II :
Mon épargne, depuis, eu sa faveur ouverte Doit avoir adouci...
Ce vers revient-il à dire : Je me paierai du meurtre du tyran non seulement par le triomphe de notre amour, mais même avec son or, cet or qu'il a si libéralement versé dans les mains d'Emilie? Ce serait un étrange et triste raffinement de haine et de vengeance, et qui toucherait à l'odieux, ou plutôt y tomberait.
2. On se demande, au moins à la lecture, comment Emilie et Cinna ont si bien pu garder avec Maxime, avec un conjuré de cette importance, tous leurs secrets; lui, le secret de son amour, elle, celui de sa vengeance.
3. Pour on venir à bout. Pour venir a bout de la rés'stance supposée d'Emilie à l'hymen qu'Auguste lui prépare.