‹ CinnaChapitre 64 sur 127 · ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II

MAXIME

Puis-je d'un tel chagrin savoir quel est l'objet ?

.Emilie et César ; l'un et l'autre me gène1 ; L'un me semble trop bon, l'autre trop inhumaine. Plût aux dieux que César employât mieux ses soins, Et s'en fît plus aimer, ou m'aimât un peu moins ; Que sa bonté touchât la beauté qui me charme, Et la pût adoucir comme elle me désarme2 î Je sens au fond du cœur mille remords cuisants Oui rendent à mes yeux tous ses bienfaits présents ; Cette faveur si pleine, et si mal reconnue, Par un mortel reproche à tous moments me tue. Il me semble surtout incessamment le voir Déposer en nos mains son absolu pouvoir, Écouter nos avis, m'applaudir, et me dire : « Cinna, par vos conseils je retiendrai l'empire. » Mais je le retiendrai pour vous en faire part. » Et je puis dans son sein enfoncer un poignard ! Ah ! plutôt... Mais, hélas ! j'idolâtre .Emilie 3 ; Un serment exécrable à sa haine me lie ; L'horreur qu'elle a de lui me le rend odieux: Des deux côtés j'offense et ma gloire et les dieux4 ;

1. Me gêne. S.ir la force de ce mot, V. plus haut, p. 33 et 4S. Cruellement partagé entre ses remords, qui éclatent ici tout à coup, et son amour, Cinna est au supplice.

2. Celte explosion de honte et de douleur, que rien, absolument rien, dans les scènes précédentes, ne faisait pressentir, surprend d'autant plus Maxime et nous, que Cinna ne parait se douter en aucune façon de l'étonnement que sa palinodie va causer, et se livre à ses remords de fraîche date, impétueusement, ex abrupto, sans ombre d'exorde, sans un mot qui fasse, si peu que ce soit, transition entre sa farouche attitude de la scène if du second acte,

... Quand j'aurai venge Rome «les maux soufferts,

Oui, quand par son trépas je l'aurai méritée. Etc.

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