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2. Au coup précipité de mon ingratitude. — C'est-à-dire, an coup violent, aveugle, auquel s'emporte mon àme ingrate el lâche. La concision chez Corneille est ordinairement plus heureuse, et n'ôte rien à la clarté.
3. Du noble sentiment, etc. C'est de son repentir qu'il veut parler. Tout ceci ne pouvait-il être dil plus simplement, plus clairement? — Ce repentir, inspiré par la vertu., opposé par l'honneur a l'aveugle coup que l'ingratitude prépare, mais perdant de sa force auprès d'une maîtresse, respecte Famour, qu'il devrait étouffer, ou, s'il le combat, n'ose le vaincre. — Cette analyse, par antithèses de sentiments divers personnifiés, d'un état d'âme complexe, atteste chez le personnage qui se regarde et se décrit ainsi, plus de curiosité sur soi-même que de déchirement intérieur et de souffrance. Remarque déjà faite à propos du monologue d'Emilie, acte I. î.
i. Qui du peu que je suis... Est-ce bien Cinna qui parle ainsi? Ce mot met le comble à ce qu'on peut appeler les antinomies de ce caractère. — L'odieux tyran, qu'il traitait, au l" acte, de tigre altéré de sang romain, est maintenant un prince magnanime; le noble serment dont tantôt il se gloriûait. est a cette heure un engagement exécrable; cette action si belle qui devait illustrer la journée'de demain, n'est plus qu'un crime noir, etc. Enfin, ce qui est le Irait le plus surprenant de cette absolue métamorphose,
Qui me comble d'honneurs, qui m'accable de biens, Qui ne prend pour régner de conseils que les miens. 0 coup ! ô trahison trop indigne d'un homme ! Dure, dure à jamais l'esclavage de Rome1 ! Périsse mon amour, périsse mon espoir, Plutôt que de ma main parte un crime si noir î Quoi ! ne m'offre-t-il pas tout ce que je souhaite, Et qu'au prix de son sang ma passion achète ! Pour jouir de ses dons faut-il l'assassiner? Et faut-il lui ravir ce qu'il me veut donner?
Mais je dépends de vous, ô serment téméraire ! O haine dTEmilie ! ô souvenir d'un père ! Ma foi, mon cœur, mon bras, tout vous est engagé, Et je ne puis plus rien que par votre congé 2 : C'est à vous à régler ce qu'il faut que je fasse3 ; C'est à vous, Emilie, à lui donner sa grâce ; "Vos seules volontés président à son sort, Et tiennent en mes mains et sa vie et sa mort. O dieux, qui comme vous la rendez adorable4
le superbe conjuré de tout à l'heure, impatient de se montrer le digne sang du grand Pompée, sent profondément, sous la main impériale qui le comble de biens et d'honneurs, le peu qu'il est, et en rougit. V. notre Étude, p. xxi et suiv.
1. Dure, dure à jamais... Inversion et ellipse fréquentes dans les souhaits.
Tombe sur moi le ciel, pourvu que je me venge.
(Rodogunc, V, î.)
Dure à jamais le mal, s'il y faut le remède.
{Horace, I, n.)
2. Que par votre congé. Que par votre permission. Sens alors fort usité du mot. — « Pour y penser souvent, c'est de quoi je ne vous demande pas congé. » (Sévigné, 25 décembre 1664.)
S'ils vous ont outragé, Je puis vous assurer que c'est sans mon conqc.
(Molière, l'Etourdi, I, m.)
Corneille emploie ainsi ce mot dans des scènes d'un style très relevé ; il fait dire par Horace le fils à Horace le père, acte V, se. n :
Mais, sans votre congé, mon sang n'ose sortir.
3. C'est à vous à régler... Il s'adresse à la haine d'Emilie, à la piété filiale d'Emilie, au serment qu'il a prêté, comme à des personnes qui tiennent son sort entre leurs mains. Cf. p. 11, n. 2. — Si vives, si fières qu'elles soient, ces apostrophes (que Corneille affectionne) à des entités abstraites, sentiments, inclinations, passions, ont plus d'accent et d'attitude que de naturel.
4. Qui la rendez comme vous adorable. — Propos d'amoureux de roman, "peu à sa place dans cet appel aux dieux, et bien profane; style de paganisme moderne et tout mondain.