Sainte-Beuve, Ibid
xlii ÉTUDE SUR CINNA.
prend plaisir à constater, à signaler l'auteur lui-même, et que, lecteurs enchantés du Cid, comme (Y Horace et de Cinna, nous remarquons à peine ou négligeons de relever.
Il est curieux de voir Corneille comparer lui-même ces trois pièces, au point de vue du naturel des pensées, avec une sévérité de goût et une délicatesse de coup d'œil qu'il n'a pas toujours portées dans ses jugements sur son œuvre; et cela, bien des années après Cinna, dans le temps même où, à Pompée, à Bodogune, à Nicomède, à Don S anche, il ajoutait Œdipe, Sertorius, toutes tragédies où il se défie peu et se garde mal de ce guindé dont il s'applaudit ici de s'être à peu près défait après le Cid l .
En quoi les vers de Cinna onl-ils quelque chose de plus achevé que ceux d'Horace ? Il nous serait difficile de le dire au juste. Peut-être y sent-on, aux meilleurs endroits (V. acte II, scène ire ; acte IV, scène ir, et l'acte V), un degré de plus de simplicité dans la grandeur. Il serait plus aisé de rendre compte du même progrès en rapprochant Horace du Cid. Là sont beaucoup plus rares les traces de ce guindé qui, dans le Cid, résulte d'une vaillance de sentiments s'exallant parfois jusqu'à la fanfaronnade, et du brillant, à l'espagnole, de certains vers :
Son sang sur la poussière écrivait mon devoir. Et ma tète en tombant ferait choir sa couronne. Et, j'allumai leurs feux pour éteindre les miens.
Et autres concetti, qui disparaissent, il est vrai, emportés dans le mouvement de ce drame héroïque et tendre, œuvre unique, toute palpitante de jeunesse inspirée, « fleur immortelle d'amour et d'honneur, » a dit un critique poète 2.
L'historique de « Cinna ».
Cinna ou la Clémence d'Auguste, composé à Rouen, comme nous l'avons dit, dans les deux années 1639-1640, fut représenté à Paris, à la fin de la dernière, sur le théâtre de l'hôtel de Bourgogne.
Un critique anecdotier de nos jours a supposé que, dans le choix de ce sujet, ou à mesure qu'il le développait, Corneille dut s'inspirer de circonstances politiques locales dont il était
1. C'est en 1660 qu'il joignit des Examens à une nouvelle édition de son théâtre formée de toutes les pièces antérieures à cette date.