ACTE IIÏ, SCÈNE V. 7i
EMILIE
Qu'il russe de m 'aimer, ou suive son devoir.
FULVIE
Il va vous obéir aux dépens de sa vie : Vous en pleurez !
-EMILIE
Hélas! cours après lui, Fulvie; Et si ton amitié daigne me secourir1, Arrache-lui du cœur ce dessein de mourir ; Dis-lui...
FULVIE
Qu'en sa faveur vous laissez vivre Auguste?
EMILIE
Ah ! c'est faire à ma haine une loi trop injuste2.
FULVIE
Et quoi donc?
EMILIE
Qu'il achève, et dégage sa foi3, Et qu'il choisisse après de la mort, ou de moi.
1. Fulvie est une confidente qui a son franc parler (V. la scène n de l'acte Ier), et que sa maîtresse, sans se rendre à ses conseils, traite en amie; de là ce langage qui a forme de prière {que ton amitié daigne...). Daigner, au reste, ici, ce n'est pas condescendre, mais vouloir, vouloir bien, comme souvent, en latin, dignari.
2. Emilie se calme vite et sans peine, aussitôt que Fulvie, d'un mot, lui a fait comprendre à quelle condition Cinna pourrait revenir de son désespoir. De même, acte I. scène m, après un élan de tendresse effrayée, elle s'accusait d'indigne faiblesse et se disait, bientôt remise :
Mon troutile se disssipe et ma raison revient.
V. notre Etude, p. xxxvi. — Ce que Corneille a dit ingénieusement de sa Chimène, dans Y Examen du Cid, pourrait, à bien plus forte raison, s'appliquer à Emilie : «Chimène suit son devoir sans se laisser ébranler sur sua dessein (le dessein de venger son père) parla douleur où elle se voit abîmée par là; et si la présence de son amant lui fait faire quelque faux pas, c'est une glissade dont elle se relève a l'heure même. »
3. Qifil adièoe <-t dégage sa foi. Dégager sa foi, sa parole, c'est, dans certains cas, la retirer ; dans d'autres, comme ici, c'est, au contraire, la tenir, en faisant ce qu'on a juré de faire :
Dégage ton serment, je tiendrai nia parole.
(Pertharitc, III, ni.)
Je suis venu : l'amour a combattu pour moi; La victoire elle-même a dégagé mn foi.
(Racine, Alexandre. III, vi.)
Je reviens dégager mes serments et les liens.
(Voltaire, Zaïre, I, iv.)
C01iNI-Il.Lt:.