SCENE PREMIÈRE
AUGUSTE, EUPHORBE, POLYGLËTE, gardes
AUGUSTE
Tout ce que tu me dis, Euphorbe, est incroyable.
EUPHORBE
Seigneur, le récit même en paraît effroyable : On ne conçoit qu'à peine une telle fureur, Et la seule pensée en fait frémir d'horreur.
AUGUSTE
Quoi! mes plus chers amis! quoi! Cinna! quoi! Maxime ! Les deux1 que j'honorais d'une si haute estime, A qui j'ouvrais mon cœur, et dont j'avais fait choix Pour les plus importants et plus nobles emplois2 ! Après qu'entre leurs mains j'ai remis mon empire, Pour m'arracher le jour l'un et l'autre conspire ! Maxime a vu sa faute, il m'en fait avertir, Et montre un cœur touché d'un juste repentir 3 ; Mais Cinna !
EUPHORBE
Cinna seul dans sa rage s'obstine,
i. Les deux. On disait ainsi quelquefois, même dans le style soutenu. « 11 (Pompée) fut ingrat de faire trois parLs de la République, pour en retenir les deux dans sa maison. » (Malherbe, trad. du De beneficiis,V, xvi.)
... Ces deux que ton bras dérobe à ma justice.
(Clitandre, V, v.) Des trois les deux sont morts, son époux seul vous reste.
[ÉTorace, 111, vi.)
2. Les plus importants et plus nobles... Quand plusieurs adjectifs se suivent au superlatif, nous sommes tenus de répéter autant de fois l'article. Cette répétition n'était pas de règle au xvne siècle. Mme de Sévigné disait de la demeure de l'évêque de Vannes : « C'est la plus belle et agréable maison. » (30 juillet 1689.)