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ACTE IV, SCÈNE I

Et contre vos bontés d'autant plus se mutine1 ; Lui seul combat encor les vertueux efforts Que sur les conjurés fait ce juste remords 2, Et, malgré les frayeurs à leurs regrets mêlées, 11 tâche à raffermir leurs âmes ébranlées.

AUGUSTE

Lui seul les encourage, et lui seul les séduit3 ! 0 le plus déloyal que la terre ait produit 4 ! 0 trahison conçue au sein d'une furie ! 0 trop sensible coup d'une main si chérie! Cinna, tu me trahis ! Polyclète, écoutez.

(Il lui parle à l'oreille.) POLYCLÈTE.

Tous vos ordres, Seigneur, seront exécutés.

Qu'Éraste en même temps aille dire à Maxime Qu'il vienne recevoir le pardon de son crime.

(Polyclète rentre.) EUPHORBE.

Il Ta jugé trop grand pour ne pas s'en punir5.

1. D'autant plus se mutine... D'autant plus, qu'il s'obstine seul... — « Se mutine, dit Voltaire, n'est ni assez fort, ni assez relevé. » Il est vrai que se mutiner, mutiner, mutin, avaient perdu de leur force au temps de Voltaire: mais au temps de Corneille, ils signifiaient beaucoup et entraient parfaitement dans le plus haut style.

... Bien que leur naissance au trône les destine, Si ton ordre est trop lent, leur grand cœur s'en mutine. (Nicomcdc, II. i.)

Le même emploi du mot s'est rencontré plus haut dans le monologue d'Emilie, acte I. i :

Et mon devoir confus, languissant, étonné, Cède aux rébellions de dm» cœur mutiné.

... Les succès ou ta fatale main De tes peuples mutins la malice a détruite.

[Malherbe, Au roi, sur la prise de Marseille.)

2. Ce juste remords. Le remords de Maxime. Dans ce faux rapport, traîtreusement imaginé pour mettre sur Cinna tout l'odieux du complot et le perdre à coup sur, cet Euphorbe suppose que Maxime a fait part aux conjures de sa verlueuso boute, qu'il leur en a dit les motifs et a commencé ;t les ébranler par la contagion du repentir.

::. Lui seul les séduit. Au sens propre. Séduire, on ce sens, signiûe égarer, conduire hors de la droite voie, entraîner dans l'erreur ou dans le crime se — dueere, seorsum du

i i-t peu <le me quitter, tu veux donc me séduire !

(Pauline à Polyeucte, acte IV, se. m.)

Pallas de ses conseils empois* ma mère:

U séduit tons les jours Biilannicns mon frère.

Rai me, Bntannii us, II, ti.)

O le pin- déloyal que l'enfer ait produit !

5. // l'a jugé trop grand, etc. «On ne peut nier, dit Voltaire, que ce lâchç

A peine du palais il a pu revenir,

Que, les yeux égarés, et le regard farouche,

Le cœur gros de soupirs, les sanglots à la bouche

Il déteste sa vie et ce complot maudit,

M'en apprend Tordre entier tel que je vous l'ai dit,

Et m 'ayant commandé que je vous avertisse,

Il ajoute : « Dis-lui que je me fais justice,

« Que je n'ignore point ce que j'ai mérité. »

Puis soudain dans le Tibre il s'est précipité1,

Et l'eau grosse et rapide, et la nuit assez noire2,

M'ont dérobé la fin de sa tragique histoire.

AUGUSTE

Sous ce pressant remords il a trop succombé, Et s'est à mes bontés lui-même dérobé ; Il n'est crime envers moi qu'un repentir n'efface; Mais puisqu'il a voulu renoncer à ma grâce, Allez pourvoir au reste, et faites qu'on ait soin De tenir en lieu sûr ce fidèle témoin :J.

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