ER
re
132 LETTRE VIil.
et limpide , offrent à l'œil enchanté les points de vue les plus agréables et les plus délicieux. On n'y rencontre pas, il est vrai, ces monumens de l'ancienne gloire ou de la magnificence de nos aïeux dont les vénérables cimes reportent notre imagination vers les siècles écoulés; point de palais en ruine , autrefois domiciles splendides de monarques , maintenant réduits en poussière ; point de tours crénelées, conservatrices de l'indépendance féodale, pour alimenter la curiosité des Antiquaires ou le patriotisme naissant de la jeunesse. Quelques clochers dont les aiguilles resplendissantes n'ont pas encore vu le soleil des siècles passer sur leurs jeunes girouettes , un vieux chêne dont le tronc s’est fatigué de transmettre la sève annuelle à ses rameaux dépérissans , sont en Amérique les seuls objets susceptibles d’éveiller le souvenir agréable , quoique mélancolique , des temps qui ont disparu, ou des héros qui ont terminé leur carrière.
L'histoire ancienne de ce continent est un cahos entouré des plus obscures ténèbres, d’où peut à peine s'échapper un rayon de lumière pour nous diriger dans la recherche des preu-
joints lieux.
onuœnificimes iècles 18 doenant elées, , pour ou le elques santes P asser chêne tre la , sont s d’éélanbu des
est un s, d’où mière preu-
ves d’une civilisation plus avancée à quelque autre période : à la vérité les Espagnols ont trouvé, dans quelques parties de l’Amérique du sud , des monumens de la civilisation chez les Incas et lcurs sujets. Mais aucun d'eux ne peut supporter de comparaison avec ceux qui existent dans les régions correspondantes de l'ancien monde, sur les rivages de la Chine , etdans le grand Archipel Indien. La classe des Mexicains forme à peine une exception à la condition généralement non civilisée des Indiens aborigènes.
Le haut Canada est un pays plat: son as-
. pect est généralement sombre et repoussant.
Depuis Kingston jusqu'à l’extrémité ouest de la province , à l'exception de deux ou trois lieux habités, an voyage à travers une forêt continuelle. Il en résulte que la vue n'est jamais étendue, mais ordinairement bornée aux limites d'un seul mille. Cet état changerait bientôt , si les Canadiens voulaient déployer un peu de l’industrie Européenne dans un pays qui renferme tous les élémens de prospérité ; élémens qui n’ont besoin que d’être activement et sagement développés.
+ sk Î
* QT Me SE
Le voyageur savant qui cherche à acquérir de nouvelles connaissances, n’atteindra point son but en parcourant le Canada : à l'exception des cataractes du Niagara et d'un petit nombre de curiosités naturelles, on n’y voit guère que des forêts incommensurables, demeures effrayantes des ours et des loups ; des cabanes en bois, qui quoique toujours propres et commodes au-dedans n'en sont pas moins au dehors de l'aspect le plus triste et ressemblent à des sépultures ; des champs misérablement cultivés, garnis de troncs d'arbres, etentourés de barrières de bois refendu , espèce de clôture à laquelle je ne puis jamais associer d’autre idée que celle de moutons mangeant des navets. Les chemins , si toutefois on peut leur donner ce nom , sont en si manvais état , qu'il serait impossible d'en donner une juste idée : dans un voyage d'une seule journée, où vous.
parcourez 30 ou 4o milles, vous êtes obligé de marcher le plus souvent dans des routes formées de troncs d'arbres , de 9 pouces à deux pieds de diamètre. Ges bois sont placés aux endroits les plus humides et les plus marécageux, et fs à quelques exceptions près qui
sont extrêmement rares ) ce sont les seuls matériaux que l’on emploie pour construire ces ponts dangereux : comme ces bois ne sont ni équarris, ni aplatis , et comme ils ne sont pas toujours parfaitement droits, il arrive souvent qu'ils s'écartent et laissent entr'eux des intervalles ; en sorte que les chevaux , les bœufs et les vaches sont continuellement en danger de se rompre les membrés en passant dessus. Il arrive néanmoins , sous ce rapport, moins d’accidens qu'on ne serait fondé à le craindre : les bestiaux de toute espèce qui peuplent ce pays
sont tellement accoutumés à danser sur le
hêtre cet sur l'érable, qu'avant d’avoir atteint leur seconde année , ils acquièrent une grande habileté à marcher sur ces bois; et je ne serais pas surpris d'apprendre qu’un cheval ou un taureau américain sont devenus d’excellens danseurs de corde.
La nature a probablement plus fait pour le haut Canada que pour tout autre pays d’une égale étendue : l’art paraît s’y conduire d’après le modeste principe que ce serait de sa part un acte de présomption impardonnable de tenter de porter à un plus haut degré la
prospérité d’un pays comblé des bienfaits de sa «œur aînée. Là l'industrie humaine trouvé le plus beau champ pour développer la fécondité de ses ressources : un sol non-seulement capable de produireen abondance tous les objets nécessaires à la vie, mais encore susceptible de fournir à tous les besoins inventés par le luxe; un climat non-seulement favorable à la constitution humaine, mais encore éminemment propre à la culture de toute espèce de graines ét de fruits. Et cependant l'illusion d’un grand nombre d'Européens, relativement à la véritable situation de ces contrées , est encore telle , que la plupart de ceux qui ne les connaissent pas , les comparent, dans leur imagination , aux déserts de la Sibérie. Néanmoins les habitans de la grande Bretagne , commencent maintenant à apprécier assez ses avantages , pour que, d’après le calcul le plus réduit , il soitreconnu qu'il y arrive annuellement d'Europe ehviron huit mille colons , indépendamment de ceux qui ÿ viennent chaque jour du continent américain. | Non-seulement le bas Canada est plus pittoresque que la partie supérieure : mais aussi
comme il est habité depuis loug-temps , les chemins y sont dans un état infiniment meilleur , et la population beaucoup moins disséminée. La principale route se trouve le long du rivage septentrional du St.-Laurent , qui, aussi bien que le rivage du sud, est très-peuplé. Les fermes sont placées très-près les unes des autres, circonstance qui , d’après les r:lations exagérées de quelques écrivains français, a donné lieu à l'idée romanesque de villages de 50 milles d’étendue. Les terres situées sur les bords de ce noble fleuve, depuis le point où il décharge ses eaux dans le golphe jusqu’à environ 30 milles au-dessus de Montréal, avaient été divisées par le Roi de France en un certain nombre de seigneuries qui étaient concédées à des hommes d’un caractère assez entreprenant pour désirer d'aller se faire une fortune dans les forêts trans-Atlantiques. Ces seigneurs ou grands propriétaires étaient tenus de concéder leurs possessions, en les partagcant en lots d'environ 200 acres , à des paysans du pays reconnus pour capables de les bien faire valoir, ct qui pouvaient fournir des garans respectables de leur loyauté et de leur bonne réputa-
138 LETTRE VIlf.
tion. En obtenant des fermes, les paysans étaient obligés de devenir sur-le-champ colons sédentaires ; de défricher , dans un temps donné, une portion déterminée de chaque lot; d'entretenir libre et en bon état la voie publique , et de remplir en outre plusieurs autres conditions qui seront détaillées dans la suite de cet ouvrage. |
Chacun des lots comprenait, le long de la rivière, l’espace d'environ 38 perches anglaises, et s’étendait en profondeur , dans le pays , à environ 1018 perches : lorsque les terres qui bordaient la rivière furent peuplées de cultivateurs , les seigneurs firent d’autres concessions sur le derrière des premières, et ces nouvelles concessions devinrent, à leur tôur, aussi peuplées : mais comme il est d'usage dans toutes les parties du Canada , de ne défricher que le front de chaque lot , en laissant sur les derrières 4o ou 5o acres de bois pour le feu et autres besoins domestiques , un étranger supposerait difficilement qu'il existe quelque établissement au-delà des limites visibles des terres défrichées. Cette coutume explique suffisamment pourquoi ce pays présente tou-
jours d’anr y fu précé étenc bord:
muni de se nière plusi gable de ce teme de 1:
point Can:
du s des
dest nimé men pecti Coup le cr siqu
sans lons donlot ; puau- 18 la
de la ises, rs , à y qui ultincest ces Our ; 1sage > dé-
ssant
jours le même aspect boisé qu'il avait peu d'années après les premiers établissemens qui y furent faits; et pourquoi, ainsi que je l’ai précédemment observé, l'on peut rarement étendre la vue au-delà d’un mille. Sur les bords de toutes les petites rivières qui communiquent avec le St.-Laurent , il a été formé de semblables établissemens , et dans ces dernières années, on a tracé et en partie peuplé plusieurs territoires éloignés des rivières navigables. Le seul paysage vraiment pittoresque de ces provinces est celui qui borde immédiatement les rivières. Les nouveaux territoires de la province inférieure, offrent , en tous points, un aspect semblable à celui du haut Canada , et n’en diffèrent que par l’infériorité du sol : de hautes forêts, des haies en bois , des cabanes construites également en bois , des troncs d’arbres morts, sont les objets inanimés qui se présentent en groupes diversement variés. Pour faire diversion à cette perspective, vous entendez de temps en temps les coups de bec du pivert, les hurlemens de l'ours, le cri monotone du geai, ou quelqu’autre musique aussi attractive. Ces sons désagréables et
discordans redoublent la tristesse qui s'empare quelquefois de l’âme de ceux qui ont été accoutumés à des scènes plus actives et à une société plus agréable.
Dans le Haut-Canada, il n’y a point de montagnes , mais seulement quelques collines en petit nombre. La seule qui mérite qu’on en fasse mention est celle qui s'étend depuis la tête de Quinte Bay, le long du côté nord du lac Ontario , à son extrémité ouest , d’où elle se dirige vers lorient jusqu'à ce qu’elle atteigne les bords de la rivière du Niagara. Les Canadiens lui donnent le nom de montagne, quoique sa plus grande élévation n'excède pas 340 pieds, et que sa hauteur moyenne né soit que de 80 à 100 pieds. Malgré sa grande étendue, cette colline produit peu de variété dans l’aspect du pays. Un aréonaute , dans son vol élevé prendrait peut-être quelque plaisir à la
contempler, et pourrait, de sa nacelle , aper-
cevoir un grand nombre de sites pittoresques et romantiques , dont la plupart interceptés par d’impénétrables forêts , se dérobent à l’observation du piéton , comme à celle du voyageur à cheval.
Si] étaier férieu ajout L'C dans milles très-b les b:
son € Le des }:
un es la bai La lac E témit y na Quel prair bord
Le
empare été acà une
monines en ‘on en puis la ord du ’où elle atteigne s Cana- >, quoipas 340 soit que tendue, ans l’asson vol sir à la
» aper-
resques erceptés t à l'obu voyÿa-
Si les bords des rivières du Haut-Canadaétaient cultivés comme ceux de la province inférieure , les fermes nouvellement défrichées ajoutéraient beaucoup à la beauté du pays.
L'Ottawas, grande rivière qui se décharge dans le Saint - Laurent , à environ trénté milles à l'Ouest de Montréal, est une rivière très-belle , très-étendue ; elle est navigable pour les bateaux, prèsque depuis sa souréé jusqu’à son embouchure.
Le Trent prend sa sourcé dans le voisinage des lacs de la rivière, et après avoir parcouru un espace de près de cent milles, sé jetté dans la baie de Quinte.
La grande rivière Ouse se confond avéc le lac Erié à environ quarante milles dé son extémité ('rientale : dé petites barques peuvent y naviguer pendant environ cinquante milles, Quelques-unes des plus belles ei des plus riches prairies de la province sont situées sur ses bords et sont possédées par les Indiéns dés six nations.
La Tamise prend sa source dans une partie du pays qui n’a pas encore été explorée , et après avoir coulé en serpentant l’espace de plus
J . > mé RS Sn 2 mm
Er Se Fo RG ee ee
KE a AE au
deux cents milles, tombe dans le lac Saint- Clair. Sur les bords de cette belle rivière , on voit mille acres de prairies semblables à celles de la grande rivière. Ce sol.est formé par les débordemens annuels de la rivière, et ne le cède en rien, j'en suis certain, à aucun autre de l'univers, sans én excepter les fonds de rivière sur les bords de l'Ohio. Il produit les plu: beaux épis imaginables de blé Indien ; mais il est trop riche pour le riz, l'orge, ou tout autre graine commune. On cultiverait avec un succès étonnant, dans ces fertiles terrains, les patates, les navets, et tous les autres végétaux.
Outre ces rivières, il y aune quantité innombrable de petits ruisseaux qui coulent à travers chaque territoire. Les naturels donnent à tous le nom de Creeks , sans qu'on puisse en indiquer la raison. |
Les parties les mieux cultivées du Haut-Canada sont depuis la ligne qui le sépare de la province inférieure , jusqu’à la tête de la baie de Quinte , distance d'environ cent cinquante . milles ; du fort Saint-Georges à Queenstown, pendant sept milles , le long de la rivière de
© Saintière , on s à celles
par les et ne le
n autre ds de riduit les Indien ; orge, ou rait avec errains, tres vé-
innomà travers nt à tous
en indi-
[aut-Care de la e Ja baie nquante nstown , vière de
LETTRE VHI. 143
Niagara, et dans le voisinage de Sandwich et d’Amersbourg ; toutes les autres parties semblent être encore dans leur enfance. Quoique les établissemens soient récens, que les premiers habitans aient dû faire beaucoup d’efforts pour vaincre les difficultés , et féconder ces déserts, on n’aperçoit parmieux aucun indice de tristesse ou de mécontentement. Les douceurs de la liberté et l'espoir encourageant de l’indépendance donnent à ces heureux maîtres des forêts, les forces et le courage nécessaires pour se livrer sans murmures à ces pénibles travaux. Chaque arbre qui tombe sous les coups de hache , est en réalité un obstacle de moins à leur prospérité toujours croissante; et sa chûte fait naître cette délicieuse réflexion qui adoucit toutes les peines et efface le souvenir de tous les maux.
Dans plusieurs parties du district du Milieu, et surtout aux en-irons de la baie de Quinte, la qualité du sol est très-bonne ; mais ce n'est seulement que dans les districts de Niagara, Londres, et dans le district de l'Ouest, que chaque territoire est composé de terres de pre. mière qualité. De la baie de Quinte à York,
le long de Dundas Street, il ÿ a une grande quantité de terres de qualité inférienre. Eutre York et:la tête du lac Ontario, sur les sôtés du grand chemin de l'Ouest, les. établissamencs sont très-nombreux , et le sol, suns être..extrémement fertile, parait bien cultive, Ensuivant toujours le chemin de l'Ouest , depuis Ja tête du lac Ontario, jusqu'aux réserves des six uations, sur des bords de là rivien de J'Quese, on s'aperçoit aisément que la qualité de la terre s'améliore. Il y a dansle voisinage d'Aucaster plusieurs fermes étendues et.bien défrichées ; mais le sol est légeretsablonneux, et par conséquent ne conserve pas long-temps sa fécondité. De la rivière de l’Ouse au lac Saint-Clair, toutes les personnes sans préjugés, qui connaissent les localités, conviennent que la qualité du terrain n’est généralementpas inférieure à aucun territoire d'une.égale étendue sur le continent Américain. Sur la plupart des points, une couche de belle terre noire végétale, de six à neuf pouces de profondeur, couvre un lit profond. d'argile grise ou sablonneuse , entièrement exempte de pierres. Dans d’autres parties, la terre végétale repose sur
e grande re. Kutre
c0tés du issamens être. .ex- + En sui depuis Ja erves des iviérc. de la qualité oisinage s et.bien lonneux, ngrtemps e au lac préjugés, nent que ntpas.inétendue upart des ire végéfondeur , u sablonres. Dans epose sur
un lit d'argile jaune , qui, maniée dans un temps humide , est très-susceptible d'aller au four. ;
En retournant à la tête du lac Ontario, et suivant le chemin qui conduit au fort Saint- Georges, et de là, à Queenstown, on trouve, en général , une terre d'une qualité supérieure à celle qui est entre York et Ancaster; mais pas aussi bonne que celle des terrains de la partie de l'Ouest. Dans plusieurs des nouveaux territoires voisins du lac Erié , la terre est d’une qualité excellente : on doit convenir qu'il est généralement reconnu que tous les nouveaux défrichemens, considérés sous le rapport de leur utilité pour l’agriculture, sont infiniment supérieurs à tous les anciens, et offrent aux nouveaux Colons de très-grands avantages , mais l'avantage le plus précieux est la communication par eau avec les parties les plus éloign , et la plupart de ces territoires en sont privées.
Je ne doute pas qu'il n'y Kit dans ces provinces des millions d'actes deterre , qui, si elles étaient travaillées suivant le système à agriculture admis en Angleterre, et confiées aux
É ne a dot Me (17-482
PE