‹ Cinq années de résidence au Canada [microforme] (volume 2)Chapitre 21 sur 38 · OA · texte numérisé non relu

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Les opinions varient beaucoup reiativement aux terres de cette espèce. Quelques-uns ont pensé qu’elles avaient été originairément défrichées et cultivées par les Indiens: d’autres supposent qu'elles n'ont jamais été boisées.

Une troisième opinion veut que les bois dont elles étaient originairement couvertes aient été détruits par le feu dans des temps très-reculés. Les Indiens dont le jugement , en pareille matière , doit être de quelque poids, paraissent incliner pour l'opinion de ceux qui pensent que ces pays n'ont jamais été boisés. Ils disent que quand le grand homme qui est là haut sema tous les arbres que leur pays a produits depuis , il se plaça sur une haute montagne, d'où le vent soufflait avec tant de force, que plusieurs poignées de semences destinées pour ces différentes plaines, furent emportées dans d’autres parties qui avaient déjà recu leur contingent; et que le grand homme, faisant peu de cas de ces terrains, ne daigna pas leur accorder une poignée additionnelle ; jugeant que les Indiens ses favoris seraient satisfaits d’avoir

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Si ces plaines avaient été boisées à quelque époque, il est probable que ces peuples fameux pour les histoires traditionnelles auraient conservé quelques notions du changement qui se serait opéré.

On a souvent trouvé à quelques pouces de la surface de ces plaines , des pièces de poterie , composées de matériaux grossiers, mais cependant fabriquées avec goût ; et comme on n’en trouve dans Aucune autre partie du pays, de pareils vestiges des arts et de l’industrie humaine ont porté plusieurs personnes à croire que les terres où on les a découverts , étaient autrefois habitées par un peuple trèsavancé dans les arts et l* civilisation, tandis que d’autres pensent 4 : proviennent des émigrés de l’Amérique du sud. Il est mainte-

nant difficile de constater comment , ou par quels moyens, ces pièces de poterie ont été transportées dans les déserts du Canada : les Indiens, à qui j'en ai montré plusieurs, disent que jamais elles n’ont été fabriquées par leur nation , et nous avons toute raison de croire

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Une opinion qui semble prévaloir dans tout Je Canada est, qu’attendu que le petit nombre d'arbres qui croissent dans ces plaines est toujours d’une -espèce différente de ceux qui composent les bois dont elles sont entourées, elles n’en ont jamais produit d’autres. Mais, dans mon opinion, cette conclusion n’est pas juste. Il est un fait bien connu dans ces provinces, c'est que si vous dépouillez une étendue quelconque de forêts des arbres qui la couvrent , et qu'’ensuite vous laissiez cette terre inculte, peu d'années après elle sera de nouveau couverte d'arbres entièrement différens de ceux que vous-aurez détruits. J'ai vu moi-même un champ qu'on assurait avoir été autrefois couvert d’érables , de bouleaux et de chênes, et qui s'était ensuite complètement garni de peupliers et de sureaux , quoiqu'on n'eut jamais vu à plusieurs milles de cet enclos aucun arbre de ces dernières espèces.

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LETIRE X.

Animaux domestiques du Canada.— Le Cheval.

— Bétail à cornes: Moutons et Cochons.— Animäus sauvages. — Le Mamioth. — Le Cerf. — Le Daim. — L'Elan. — Le Cari-

bou. — L'Ours.

Les animaux domestiques du Canada paraissent très-inférieurs à ceux d'Angleterre et : d'Irlande. Les chevaux de la province inférieure, quoique petits et traités fort duremént, sont néanmoins les animaux les plus utiles du monde. Leur hauteur excède rarement 14 palmes ; et quoique mal faits et avec de fortes épaulés , ils sont trés-sûrs et d’uné vitesse étonnante. Ils supportent toute espèce de travaux et de fatigues, et vivent de toutes sortes d’alimens. Dans l'été, lorsqu'ils ne travaillent pas, on les laisse chercher leur nourriture

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dans les bois, où ils pourraient la trouver facilement et en abondance, si les mouches n’y portaient obstacle. Pour se soustraire à ces animaux , fléaux de leur vie , ils sont forcés de s'abriter dans quelque bâtiment , où ils se réfugient invariablement pendant la plus grande partie de la journée. Même , dans la nuit , ils ne sont pas à l'abri de leurs attaques. Depuis la fin de mai jusqu'au commencement de sep-

tembre, la mouche, cet infatigable ennemi

de l'homme et des animaux, ne cesse pas'un seulinstant de leur faire la guerre la plus violente. Dans l'hiver , ils ont rarement à leur disposition une bonne écurie pour les garantir de l’inclémence d'un climat rigoureux. A la vérité, ils sont souvent renfermés dans une misérable hutte ( construite en bois non assemblés et qui laissent un libre passage au vent et au froid), où ils n'ont qu'un peu de paille et une trèsmauvaise nourriture. Cette espèce de chevaux fut originairement transportée de la Normandie. Un grand nombre en est annuellement exporté dans les Indes occidentales, où ils supportent les chaleurs du climat beaucoup mieux que les chevaux anglais ou américains.

170 LRITRE X.

Dans la province supérieure, les chevaux sont

de race anglaise ou américaine. Ils sont plus

grands et mieux faits que les chevaux canadiens , mais ne supportent pas aussi bien les travaux et les fatigues. Ils sont aussi sujets À une plus grande variété de maladies.

On suppose généralement en Europe , que les animaux domestiques dégénèrent sur le nouveau continent ; mais cette supposition n'est point fondée. Ceux d'Europe ne dégénèreront certainement pas sur le nouveau continent , s'ils y sont aussi bien traités que sur leur térre natale. Mais il arrive que , dans prèsque toute l’Amérique du nord, où prend très-peu de soin des animaux de toutes les espèces , et tout homme de bon sens peut aisément se convaincre par l’expérience , que la croissance d’un animal dépend beaucoup de la manière dont il-est traité dans sa jeunesse.

Les bêtes à cornes , dans les deux provinces du Canada, sont au moins d’un tiers plus petites que celles de la grande Bretagne et de l'Irlande et sont traitées, s’il est possible, beau-

coup plus cruellement encore que les chevaux: jamais elles ne sont abritées dans l’hiver , et il

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n'y a pas un fermier sur dix qui conçoive la pensée de donner un peu de foin à des vaches laitières. Pendantun hiver d'environ cinq mois, on les voit dans lestemps les plus froids , lorsqu'il y a presque assez de neige pour les couvrir, étendues près des portes de la grange : leurs regards plaintifs et leur mine’ affamée toucheraient de pitié les cœurs les plus insensibles. Malgré ce traitement inhumain qu’elles reçoivent pendant l'hiver , elles se trouvent en bon état au retour de l'été, et donnent , je pense, presqu’autant de lait que les meilleures vaches anglaises. Il est assez remarquable que ls Anglais et les Irlandais qui, dans leur patrie, sont accoutumés à soigner beaucoup mieux le bétail. se conforment, en cepoint, comme sur plusieurs autres , aux pernicieux usages des Canadiens.

\ On a calculé que, dans l'hiver de 1822, 1500 têtes de bétail ont péri dans le séul territ::ire de Londres , et un nombre proportionné dans les nouveaux territoires de la province. Toutes auraient pu être sauvées , si les . fermiers avaient eu égard aux sentimens d ‘humanité et à leur intérêt bien entendu.

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192 LÉTIRE X.

Les bestiaux sont sujets, dans le Canada , à un grand nombre de mäladies. La plus funeste de toutes est celle de Z/ollow horn ( Corne creuse ). Dans l'hiver, lorsque le froid est vif, et que ces pauvres animaux sont presqu'entièrement affamés, la moële de la corne se gêle, Aux approches du printemps, et lorsque le temps devient plus chaud, il en résulte une mortification qui bientôt devient fatale , à moins qu'on nela prévienne par l’amputation des cornes, ou en les perçant et les injectant immédiatement avec uhe grande quantité de thérébentine. Dans ce cas, les trous doivent être faits à la partie inférieure de la corne, afin que la matière corrompue puisse couler audehors le plutôt possible.

Sur tous les points de ces contrées, les moutons sont les animaux dont l'aspect est le plus misérable. Ils pèsent rarement plus de cinquante livres , et leur toison environ deux livreset demie. Mais elle est très-supérieure en qualité à la laine anglaise. Je crois que cela doit être en grande partie attribué à l'intro-

. duction faite dans ces contrées, par feu lord Selkirk , des troupeaux de mérinos, etiaussi

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en partie à l'influence du climat. Car il est trèsnotoiré que les animaux de toute espèce qui habitent les pays froids, sont revêtus d'uneenveloppe beaucoup plus belle que celle qui couvre les mêmes espèces dans des climats plus chauds. En Canada, l'été est trop chaud pour

permettre aux moutons de paître pendant le

jour , et dans la nuit, il faut qu’ils soient à couvert, pour les préserver des ravages des loups. Cette circonstance seule suffit pour rendre impossible l'amélioration de leur race.

Car si les meilleurs moutons d'Europe étaient forcés de se soumettre à un tel mode de traitemént , ils dégénèreraient certainement au point de devenir inférieurs à l'espèce canadienne, si toutefois cela était possible.

Les cochons , particulièrement ceux qui sont croisés avec les races anglaises, sont d’une excellente espèce , s'engraissent très-bien, et deviennent vigoureux sans être d’un gros volume. On les tue ordinairement à l’âge d’un an et demi lorsqu'ils pèsent environ 200 livres. On les engraisse toujours avèc du blé d'Inde, et leur chaîr, sélon moi , est aussi bonne que celle des cochons d'Irlande.

Le bœuf, quoique rarement de première qualité , est en général de bonne espèce : mais les moutons ne ressemblent pas plus à ceux d'Angleterre, que le tabac de Virginie au tabac le plus inférieur.

Les chevaux français se vendent environ quinze livres sterling la pièce. La meilleure espèce des chevaux du Haut-Canada, vingt livres sterling. Les bœufs coûtent quinze livres sterling Ja paire ; les vaches cinquante schellings la pièce , et les moutons environ six schellings trois pences.

Les animaux sauvages du Canada sont trèsnombreux, et plusieurs d’entr’eux fort incommodes. Ce sont le buffle ou bison, l'élan , le daim, l'ours, le loup , le renard , le chat sauvage , le linx, le wolverine, le catamount , le kincajew , la belette, l'hermine , le martin, le mint, la loutre , le martin-pécheur, l'opossum , la bécasse, le lièvre , le lapin, l'écureuil noir, gris, roux, rayé et volant , le castor , le rat musc. et le rat des champs, la taupe et le porc-épic. |

Les Indiens supposent que le Mammoth habite toujours dans le Canada. Mais son exis-

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tence actuelle est très-douteuse. On a souvent trouvé des ossemens de ces énormes animaux dans les différentes parties de l’ancien et du nouveau continent, mais particulièrementdans ce dernier. D'après la forme de leurs dents,

on suppose qu'ils étaient carnivores , et d’après

la grandeur de leurs os, il est évident qu'ils avaient au moins dix fois la grosseur d’un éléphant. On découvre fréquemment de leurs

restes aux différentes sources salées qui sont

contigues à la rivière de l'Ohio, et dans plusieurs autres régions du Nouveau - Monde.

Les Indiens possèdent, relativement à ces ani-

maux , différentes traditions dont plusieurs portent la teinte de l'absurdité. Un des gouver-

neurs de la Virginie, ayant demandé à quel-

ques délégués de la tribu indienne du Delaware, ce qu’ils savaient relatiement au Mammoth , le principal d’entr'eux prit aussitôt l'attitude oratoire, et avec la pompe analogue à l'élévation imaginaire de son sujet, il apprit au gouverneur qu'ils avaient une tradition transmise par leurs pères, portant qu'un troupeau de ces animaux parut tout-à-coup chez eux , et commença une destruction universelle

des ours, cerfs, bufiles et autres animaux qui avaient été créés pour l'usage des Indiens.

Mais que le grand homme qui d'en haut domine sur l'univers, jetant les yeux sur ce qui se passait au-dessous de lui, et voyant le carnage , en fut si furieux qu'il saisit son tonnerre et descendit sur la terre : que s'étant assis sur une montagne voisine , à la pointe d'un rocher où l’on peut encore voir son siège et l'empreinte de ses pieds, il lança son tonnerre sur ces animaux destructeurs , de manière qu'ils furent tous exterminés , à l'exception d'un seul , qui, s’élançant en avant avec rapidité, se dirigea vers les grands lacs.

Le colonel G. Morgan , dit que quand il vi-

sita , pour la premiére fois, les sources salées :

sur l'Ohio , il rencontra un nombreux détachement d’Indiens , lroquois et Wyandots , alors engagés dans une expédition belliqueuse contre la tribu de Chickasaw. 11 choisit le principal chef , âgé de 84 ans, comine le plus propre à lui donner quelques renseignemens authentiques sur l'existence de ces animaux.

Après lui avoir fait quelques petits présens de tabac et de munitions ct lui avoir fait l'éloge

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LEITRE X. 177

de la sagesse de sa nation, vanté ses exploits pendant la guerre et sa prudence pendant la paix il lui avoua son ignorance relativement aux ossemens exposés à leur vue, et pria ce chef de lui faire connaître ce qu'il pouvait savoir sur ces débris gigantesques. « Tandis que » j'étais encore très-jeune, dit alors le véné- , rable monarque, je passai plusieurs fois sur ,» cette route pour aller combattre es Catabas; » et les vieux chefs siges et éclairés, parmi » lesquels était mon grand père, me firent part » de la tradition qui leur avait été transmise , relativement à ces ossemens, dont on n’au- » rait pu trouver les pareils dans aucune autre » contrée. Après que le grand esprit eût créé » le monde, il créa les différens oiseaux et au- » tres animaux qui l’habitent maintenant. II » fitensuitel’homme;maisl’ayant forméblanc, » très-imparfait et d’un mauvais naturel , il le » plaça sur un des côtés de ce monde où il » habite encore , et d’où il a récemment trou- » vé un passage à travers les grandes eaux pour » venir ici être notre fléau. Le grand esprit, » n'étant point satisfait de son ouvrage , prit » un morceau d'argile noire, et fit ce que les

blancs appellent un nègre, avec une tête lai-

neuse. Cet homme noir valait beaucoup

mieux que l’homme blanc; mais il ne répon-

dit pas encore aux vues du grand esprit, » parce qu'il était imparfait. À la fin , le grand » esprit , étant parvenu àse procurer un mor- » ceau d'argile parfaitement rouge , en forma » l’homme rouge, absolument selon soninten- » tion, etilen fut tellement satisfait , qu'il le » plaça sur cette grande île séparée des hom- » mes blancs et des hommes noirs, et lui don- » na des règles de conduite, en lui promettant » le bonheur s'il les observait fidèlement. Il » prospéra en conséquence êt fut parfaitement » heureux pendant plusieurs siècles. Mais la » jeunesse imprudente, oubliant à la fin ces » préceptes , devint perverse. Pour l’en punir, » le grand esprit créa le grand buffle ( c’estle » nom qu'ils donnent au Mammoth) dontnous » voyons ,en ce moment, les os. Il fit la guerre » à d'espèce humaine seule , et la détruisit » toute, à l’exception de quelques individus » qui se repentirent et promirent au grand » esprit de vivre selon ses lois, s’il voulait les » délivrer de cet ennemi dévorant. Aussitôt il

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» lança ses éclairs et son tonnerre ; et détruisit » toute la race des Mammoths dans ce pays ; à l'exception de deux (mâle et femelle) qu'il » renferma dans cette montagne que vous » voyer là bas , pour être mis de nouveau en » liberté, si l'occasion l’exigeait. »

Telles sont les idées que conservent les Indiens , relativement à ces surprenans animaux, et c'est le seul renseignement qu'il ait jamais été possible d'obtenir sur leur existence. D’après les dimensions étonnantes de leurs os, ilest évident qu'une .volonté spéciale de la providence a seule pu opérer leur destruction. Car certainement aucun animal, ni aucun troupeau d'animaux des espèces actuellement existantes , n’aurait pu avoir assez de courage pour attaquer un monstre dont les énormes défenses ont plus de six pieds de longueur.

Néanmoins s'ils étaient carnivores ( et comme je l’ai déjà observé, c'est l'opinion générale), leur extraordinaire grosseur aurait dû les rendre trop inactifs, pour pouvoir donner la chasse à des animaux plus légers et plussouples; et par suite, d’après l'opinion de quelques personnes, l'espèce s'est probablement éteinte , faute de

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