Tome LL
nourriture suffisante. Mais cette opinion est tellement dérogatoire à la sagesse que le Divin Ordonnateur des mondes a déployée dans le graud œuvre de la création, que je n'oserais l'appuyer ; parce qu'il est entièrement invraisemblable que celui qui a donné l'existence à tous les êtres animés , n'ait pas, en même temps, pourvu à leurs besoins, et que, par un motif quelconque, il aitpu refuser à quelqu'un d’eux lacapacité de se procurer sa subsistance. Ilest généralement admis que, soit quele mammoth fut carnivore ou graminivore, il aurait pu trouver aisément et abondammernit à se nourrir dans quelle partie de l'Amérique que ce fût , s’il était capable de se donner les soins nécessaires pour y parvenir, comme il est impossible d’en douter. D'ailleurs un animal qui existait à une époque aussi récente que celle de la découverte de l'Amérique par Colomb , c’est-à-dire plus de cinq mille ans aprés la création, aurait-il pu être en danger de périr , faute de subsistance , lorsque, à cette époque , le pays fourmillait de toute espèce d'animaux sauvages, et abondait en provisions
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inépuisables d'arbrisseaux mucilagineux et d’herbes nourrissantes.
Le Buffle, (le Bœuf du Canada), quoique entièrement inconnu dans la partie peuplée du Haut-Canada, est toujours très-commun dans le territoire nord-ouest. Il est plus gros que le bœuf domestique , surtout vers la tête, le col et les épaules. J’ai mesuré le seul que j'aie vu en Canada : il avait neuf pieds six pouces de long, depuis la plus basse extrémité de ses cornes, jusqu’àl’insection de sa queue. Sa hanche ou son épaule , était àsept pieds quatre pouces de la terre ; et la circonférence de son corps , dans la partie la plus large, était de huit pieds onze pouces. Sa tête et son cou étaient d’une grosseur prodigieuse ; le poil sur sa tête, son cou et ses épaules , était long et très-frisé , surtout vers le front. Les Canadiens emploient leurs peaux pour se garantir de l'inclémence de l'air, lorsqu'ils voyagent sur des chariots. On les appelle communément Petites Robes , et elles se vendent environ sept dollars. Un Buffle dans toute sa croissance pèse environ 2400 livres.
Les Daims sont très-communs , même dans
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les parties les plus populeuses du pays : ils sont plus gros que les animaux de même espèce dans la Grande Bretagne. Chaque quartier pèse généralement cinquante livres, et souvent davantage. Pendant les mois de juin, juillet, août et septembre, ils se réfugient dans les criques etrivières, pour échapper aux violentesattaques des mouches qui, pendant le jour, les privent de repos, et les empêchent de prendre de la nourriture. Dans cette saison de l’année, leur chair est meilleure à manger, et on les tue facilement dans l'eau. La manière de les tirer est assez singulière. Deux personnes, l’une armée d'un fusil , l’autre d’une rame, descendent la rivière dans un canot, sur le tillac duquel est suspendue unelanterne sourde: lecanot vogue au milieu de la rivière, et, lui laissant descedre le courant , l'homme qui gouverne prend soin de faire , avec sa rame, le moins de bruit possible; en arrivant à environ deux ou trois
cents verges du daim, ils l’entendent jouant
dans l’eau, ets’assurent ainsi, autant que cela leur est possible , du lieu où il se tient. Le canot est alors immédiatement dirigé vers lui : aussitôt qu’il aperçoit la lumière, il demeure
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immobile, paraissant l’admirer avec la plus grande attention. Ses yeux brillent comme des globes de feu, et à mesure que le canot approche de lui, cet éclat augmente sensiblement. Le chasseur ne fait aucun mouvement, jusqu'à ce que le canot ne soit plus qu’à cinq ou six verges du daim. Alors il décharge son arme, avec l'entière certitude de ne pas manquer sa proie. Il saigne ensuite son gibier, et le dépose sur les bords de la rivière ; il continue à descendre le courant, où , de cette mañière, il tue fréquemment deux ou trois daims avant que le jour ne paraisse : lorsqu'il s'aperçoit qu'il approche, il vire de bord, prend son gibier et revient triomphant chez lui : c'est la’ seule espèce de chasse qui soit utile et agréable en Canada. Celle-ci même serait un amusement dangereux pour un homme qui ne serait pas vigoureux et en pleine santé. On est toujours certain d’être bientôt en proie à l'humidité pendant la nuit, et on est forcé de rester dans le même état jusqu’au matin. Les rosées sont trèsabondantes dans cettesaison de l’année : et une retraite d’un mois avec une fièvre violente balancent souvent, d’une manière très-fâcheuse,
l’amusement qu'on a pu prendre pemdant une seule nuit. -
L ‘Élan (Cervus alces), est maintenant trèsrare ên Canada, ou même n'y est jamais vu ; quoique , d’après le nombre de cornes qu'on en voit en différens points du pays, il est trèscertain que ces animaux y étaient autrefois très-nombreux. Ses cornes sont d’une étonnante grandeur, ayant cinq pieds d’unc extrémité à l’autre. La marche de l'élan est trèslente’; il est presque inactif, et par conséquent incapable de traverser les bois avec cette facilité et cette célérité particulières au daim. C’est pour cela qu'un grand nombre de ces animaux a été détruit à l’époque des premiers établissemens faits dans le Canada.
Le Caribou, distingué par ses bois divisés en plusieurs branches et ses maîtres-andouillers, se trouve dans les parties du Bas-Canada qui bordent le district du Maine. Ces animaux, ainsi que tous les autres de l'espèce du cerf, se nourrissent d'herbes sauvages et des feuilles des arbrisseaux les plus mucilagineux. Dans l'hiver, ils subsistent de noix et de grains qu'ils
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se procurent en ouvrant la neige avec leurs andouillers.
Les Ours Américains (ursus niger) diffèrent très-sensiblementdansleursdipositions, desanimaux de même espècequi habitent l’ancien con-
tinent. Ils n’attaquent jamais l'homme, quand
ils ne sont pas blessés ou irrités par les chiens, si ce n'est pour protéger leurs petits. Néanmoins, ils incommodent extrêmement les colons de toutes les parties du Canada. Dans l'été, ils errent sur la lisière des bois voisins des habitations pour surveiller le moment où les troupeaux de cochons entrent dans les forêts à la recherche des noix, et souvent ils détruisent un grand nombre de ces animaux grogneurs. Lorsqu'un troupeau de cochons est ainsi attaqué, tous les membres se réunissent et forment un cercle dont les têtes sont les points externes de la circonférence. Rangés de cette manière, ils présentent un front redoutable aux ours, leurs ennemis, qui souvent sont forcés d'effectuer une retraite temporaire , loin du champ de l’action. Mais, en général , les assaillans sont heureux, excepté lorsqu'ils rencontrent les redoutables défenses
des vieux cochons qui portentla destruction chez
leurs féroces adversaires. Deux ours suffisent
pour mettre en déroute cent jeunes cochons, et
souvent dans une seule nuit ils en détruisent assez pour avoir de quoi assouvir leur faim
pendant un mois entier. Il est naturel de pen-
ser que des animaux si nuisibles aux fermiers Canadiens, dont la plus grande source de richesses et d’agrémens consiste dans le bétail et les troupeaux, doivent devenir des objets d’hostilités publiques, aussi bien que particulières. Mais il y a un autre motif qui engage les Canadiens à détruire autant de ces dévoreurs de cochons qu'il est en leur pouvoir de le faire. La valeur de leurs peaux qui se vendent de cinq à sept dollars, et l'excellente qualité de leur chair, que l’on dit supérieure à celle des meilleurs cochons, sont des motifs d’'émulation qui engagent un grand nombre de’chasseurs (qui n'ont ni troupeaux ni bestiaux à protéger) à leur faire la guerre. L'huile que produit la graisse d'ours est aussi très-appréciée et est re-
cherchée par les quakers américains, comme un excellent remède pour toutes les douleurs, particulièrement pour celles qui rentrent dans la
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classe des rhumatismes. Un ours, dans toute sa force , pèse souvent 400 livres, et alors il est estimé au moins vingt dollars, en y comprenant la peau et l’huile. Dans le commencement de l’hiver, ces animaux établissent leur demeuré dans les troncs des grands arbres creux , où ils demeurent sans prendre aucune espèce de nourriture jusqu'aux premiers jours du printemps. Si, au commencement de l’hi-.
ver, la neige tombe en abondance avant les fortes gelées, on peut facilement suivre les traces de plusieurs de ces animaux, jusqu'à leur retraite , d'où, en pareil cas, il est rare qu'ils sortent en vie. Cette chasse est néanmoins comme toutes les autres en Amérique un exercice aussi dangereux que pénible. Les ours s'enfonceut fréquemment jusqu’à 4o et 50 milles dans l'intérieur pour y chercher un asyle convénable; ce qui conduit les chasseurs qui veulent les atteindre jusque dans des déserts où la neige vient quelquefois à leur manquer avant qu'ils n'aient rencontré leur proie. . Dans cette saison de l’année, la terre chargée de neige ést susceptible de changer d'aspect de la manière la plus prompte et la moins prévue,
et le chasseur qui s'éloigne de chez lui en suivant un sentierbien frayé, se proposant de reve. == nir sur ses propres traces , est quelquefois forcé d'effectuer son retour sans retrouver les vestiges de la route qu'il a parcourue. Celui qui, 1h dans une semblable circonstance, n'est pas 4 muni d’une boussole pour diriger sa marche, À Jrace ou n’a pas le secours du soleil pour lui indiquer ! MIE sa route, est vraiment bien à plaindre. de
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LETTRE Xt. | 1 89
D races de trois ours. — Lieu de leur retraite.
— Précautions pour abattre l'arbre. — Mort de l’un des ours. — Chute de l'arbre où ils étaient réfugiés. — Deux colons se mettent à leur poursuite. — Leurs avantures et leurs privalions pendant treize jours. — Ils reviennent sains et saufs.
Il arriva dans le district de Londres, au milieu de l’hiver de 1822, un évènement dont le récit fera suite à ce que je vous ai écrit dans ma précédente lettre des dangers auxquels s’exposent les chasseurs. Un des colons de mon père, nommé Howay, découvrit les traces de trois ours , dans la matinée du premier décembre , et, après les avoir suivis pendant un espace de 3 milles, arriva à l’arbre dans lequel ils avaient pris leur quartier d'hiver.
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Ayant avec lui son chien, son fusil et sa hache, il commença à couper l'arbre qui avait environ seize pieds de circonférence. Tandis qu’il était occupé à ce travail, il levait les yeux de temps en temps, pour voir si ses mouvemens n'inquiétaient pas les ours dans leur retraite. Il se trouva bientôt fatigué de surveiller ainsi ses prisonniers , comme aurait pu le faire une sentinelle ; et il avait presque entièrement oublié
de faire usage de cette précaution indispensa- À
ble, lorsqu’au milieu de son travail, un grand morceau d'écorce vint le frapper sur la tête. Cet incident excita son attention: et en regardant de nouveau vers le haut de l’arbre, il s’aperçut , à sa grande consternation, qu'an des ours descendait de l’arbre, selon leur manière accoutumée, la queue la première. Craignant d'être attaqué par son noir ami qui paraissait descendre dans des dispositions très-hostiles, il quitta sa hache , et, prenant son fusil, résolut d’en décharger le contenu dans le corps de l'ours; mais, après avoir réfléchi mürement à
ce projet . il s’en désista ; craignant que, s’il ne faisait que blesser l'animal , il ne payât de la vie sa témérité. Tandis qu'il passait ainsi le
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temps à délibérer, son chien aperçut l'ours qui n'était plus alors qu’à quelques verges de la terre, et, par ses aboiemens, il effraya tellement le féroce animal qu'il remonta sur l'arbre avec une vitesse inconcevable. Arrivé à l'ouverture du tronc, il se retourna et, regardant en bas, il surveilla attentivement le chien et son maitre. Howay regretta alors de n’avoir pas appelé quelques-uns de ses voisins pour j’aider dans son entreprise. Mais, craignant que s’il prenait ‘en ce moment cette mesure, sa proie ne lui échappât , il rappela son courage, et, prenant son fusil , il logea une balle dans le cou de l’animal qui vint tomber sans vie au pied de l’arbre. La victoire inspire ordinairement un noufeau courage au vainqueur, et souvent elle fait oublier les règles de la prudence. La conduite d'Howay dans cette occasion offre uneexception à une marche si généralement suivie : car au lieu d’être enorgueilli de son succès, et stimulé à poursuivre ses conquêtes, il réfléchit que, quoiqu'il eût été jusqu'alors aussi heureux qu'il pouvait le désirer, il devait néanmoins attribuer ses succès bien plus au hasard qu'à ses prouesses ; etil conclut , dans sa haute sa-
gesse, que, s’il continuait à presser la chute de l'arbre, il pourrait bien à son tour être vaincu. En conséquence , ilse détermina prudemment à retourner chez lui et à se procurer un renfort de ses voisins qui ne püt laisser la victoire douteuse. Laissant donc l'ours au pied de l’arbre, il s’éloigna et revint bientôt après avec deux compagnons, trois chiens et une nouvelle hache. Ils eurent bientôt réussi à abattre l'arbre, qui, en tombant, alla en frapper un autre et, par l'effet de sa secousse, rompit par le milieu, précisément à l'endroit où les deux - ours étaient logés. Ces animaux étourdis et effrayés passèrent en fuyant si près d’un des colons, qu'il appuya le bout de son fusil contre l'épaule de l’un d'eux et lui mit deux balles dans le corps : l’autre s'échappa sans aucun mal , et les chiens poursuivirent celui qui était blessé, jusqu'à ce qu'il les eut forcés à se retirer, fort maltraités par les morsures qu’ils en avaient reçues.
En ce moment le soleil d'hiver avait cesse de déployer ses rayons éclatans sur cette por-
tion du globe: ileût étéimprudent de suivre les traces de l'animal. Mais, le lendemain matin,
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Howay ;, accompagné d’un individu nommé Nowlan, américain d'origine, et par conséquent ayant une grande connaissance des bois, après s'être pourvus préalablement l’un et l’autre d’une hache, de six charges de poudre et de plomb, et d’une quantité suffisante d’aimens pour leur dîner, se mirent en marche sur les traces de l'ours. C'était un jeudi de grand matin , le 12 décembre. Environ vers deux heures de l’après-midi quelques personnes les aperçurent traversant la Tamise, à la distance de plus de 7 milles du lieu d’où ils étaient partis. Ce fut le seul renseignement que nous pûmes obtenir sur eux, pendant 13 jours.
Après qu'ils eurent été quelque temps absens, leurs amis conclurent qu'ils avaient péri de fim ou de froid, ou qu'ils avaient été tués par l'ours blessé. Je partageais fortement l'opinion qu'ils avaient péri de froid , parce que le temps était extrêmement rigoureux , qu'ils étaient gèrement vêtus , sans briquet et totalement dépourvus de moyens de défense contre l'air etles élémens. Néanmoins je réunis un grand nombre de colons appartenant au territoire de Londres et de Nassouri; je leur proposai de
nous munir de provisions pour quelques jours et d'aller à la recherche des deux malheureux chasseurs. Ils consentirent unanimement à cette proposition, et nous nous mimes en route le lendemain matin, pourvus de compas , de boussoles et de trompettes, d’une bonne provision de munitions, de tout ce qu’il fallait pour faire du feu, et amenant avec nous quelques-uns des meilleurs chiens du pays. Dans l'intervalle qui s'était écoulé entre leur départ et le nôtre , il était survenu un dégel partiel qui n'avait pas laissé sur la terre le plus léger vestige de neige, excepté dans les lieux bas et humides. Nous n’eùmes donc pas de traces anciennes pour diriger notre marche, ni aucune idée de la route prise par Howay et Nowlan, excepté les renseignemens obtenus de ceux qui les avaient vu traverser la Tamise le jour de leur départ. Nous n'avions pas grand espoir de les trouver. Cependant nous continuimes pendant deux jours à explorer des milliers d’acres de terre, des interminables forêts, et des marais impraticables, où il ne paraissait aucun vestige de traces humaines. Enfin, bien convaincus de l’inutilité de nos recherches,
il fallait ous quelys. Dans ur départ rel partiel plus léger eux bas et de traces he, ni auy et Nowus de ceux ise le jour grand escontinuiles milliers forêts. et | paraissait nfin, bien echerches,
hous revinmes chez nous, ayant renoncé à tout espoir de les revoir jamais, ni morts ni vivans. Néanmoins une considération diminuait un peu notre affliction. Les objets de nos recherches n'étaient point des pères de famille; ils n’avaient passur les lieux de parens qui pussent donner des regrets à leur mort prématurée, de femmes qui dussent déplorer l'instant de leur union, ni d’enfans pour invoquer.en vain leur retour.
Treize jours s'étaient ainsi écoulés depuis le départ des deux colons aventuriers ; et tout es-
poir de leur retour s'était complètement, éva- |
noui. Le matin du jour de Noël, au moment
où j'allais envoyer des messagers à quelques-
unes des connaissances les plus intimes de Howay, pour les prier de faire l'inventaire de ses propriétés, je fus informé que lui et son compagnon étaient de retour depuis quelques heures , pleins de vie, mais dans un état déplorable. Aussitôt que je fus un peu revenu de ma surprise , je me rendis auprès d'eux, impatient d'apprendre de leur propre bouche les détails de leur miraculeuse préservation. Jamais de
ma vie je ne vis un tableau de douleur, de Tone I 14
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