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dans leur route, les traces d’un autreours, qu'ils s'imaginérent pouvoir les ramener vers leurs habitations. Ils résolurent imprudemment de suivre ces traces ; se flattant d’ailleurs que , si elles ne les ramenaient pas-chez eux, elles les
-conduiraient au moins à la retraite de l’ours ;
et que s'ils parvenaient à le tuer, même dans un lieu éloigné de toute habitation, sa chair leur servirait: de nourriture, ét sa peau serait pour eux un lit plus commode que la terre couverte de neige ‘sur laquelle ils avaient bivouaqué la nuit précédente. D'après des probabilités- aussi peu fondées , ils suivirent ces nouvelles traces, jusqu’à la disparition totale de la neige. Dans ce momeut le ciel se couvrit de nuages d’une manière tellement effrayante, qu'ils se déterminèrent enfin à renoncer à l'idée de continuer leur chasse , et à ne plus songer qu'à sortir de ces déserts pour ne pas y mourir de faim. Ils étaient alors sur les bords d’un petit ruisseau , dont ils résolurent de suivre le cours , espérant qu'il les conduirait à la Tamise , dans laquelle ils ne doutaient pas qu'il n’allât verser ses eaux. Ils passèrent à seconde nuit sur le bord de ce ruisseau , mais sans pou
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voir prendre de repos. Il ne cessa de pleuvo.., et ils eurent beaucoup à souffrir. Ils se trouvaient dépourvus de tout abri, couverts, seulement en partie, de quelques morceaux d'écorce. Ils entendaient les loups hurler autour d'eux; les vents se déchainaientavec la plus violente furie ; les arbres courbaient jusqu'à terre leur cime altière; et plusieurs , déracinés par de violentes secousses, tombaient, pour ne plus se relever , près du lieu où nos deux voyageurs cherchaient en vain lerepos. .
Le troisième jour, ils continuerent leur voyage, en suivant le cours du ruisseau , qui, s’élargissant toujours de plus en plus , les porta à croire que c'était le commencement de quelque grande rivière : ils espérèrent que ce pouvait être la Tamise elle-même. Vers midi, la violence de la tempête commança à se calmer, mais sans que le froid diminuât, ou que la pluie cessât. Un peu avant le coucher du s0leil, ils tirèrent sur une perdrix qu'ils eurent le malheur de manquer: trois charges de poudre et de plomb étaient alors tout ce qui leur restait. Mais l'espérance et sa consolante influence les empêchèrent de tomber dans l’abat-
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tement : ils s’attendaient à voir bientôt le terme de leurs fatigues et de leurs souffrances. Cependant la troisième nuit se passa d'une manière aussi triste que les précédentes , et le matin les trouva livrés au plus complet désespoir.
Le quatrième jour, ils éprouvèrent une faim extrême et la plus grande lassitude. Leur soif devint également insatiable. Ils étaient obligés de boire toutes les cinq ou six minutes.
Dans l'après-midi, leur faim s’accrut à un tel degré , qu’ils auraient mangé quelle chose que ce fût , excepté de la chair humaine. 11 était alors six heures, et ils n'avaient encore pris aucune espèce d’aliment. L’effrayante idée de mourir de faim, vint pour la première fois frapper leur. imagination. Cependant , avant que l'obscurité de la nuit fût devenu complète, ils parvinrent à tuer une perdrix, dont ils mangèrent imprudemmeént la moitié à leur souper, et se régalèrent du reste le lendemain à déjeuner ; se-conformant ainsi, mais dans un sens opposé au véritable, à cette maxime de l'Écriture Sainte, qui dit qu’il ne doit pas y avoir de lendemain pour un Chrétien; ils nous dé-
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clarèrent que leur faim n'avait pas été plus apaisée en mangeant cet oiseau, qu'elle ne l'eût été à une époque plus heureuse de leur vie , en avalant une cerise. Il ne leur restait guère plus alors qu'une charge de fusil, et ils résolurent de la conserver pour allumer du feu ; sachant bien que dans la reprise du froid, s'ils étaient exposés pendant une seule nuit au mauvais temps, sans pouvoir se préserver de ses effets par la chaleur du feu, leur perte était inévitable.
La cinquième nuit fut extrêmement froide, et Nowlan s’aperçut le matin que ses picds étaient dangereusement gelés. Quelque malheureuse que fût leur position avant cet événement déchirant, ils devinrent encore plus à plaindre. Cet être infortuné eut alors à souffrir une complication de maux qu'il n'avait pas encore éprouvés : le besoin impérieux de la faim qu'il ne pouvait satisfaire, une soif continuelle, impossible à apaiser, une fièvre violente qui semblaitne pasdevoir diminuer, et le souffle impitoyable de la tempête , contre laquelle il n’avait aucun abri : à tous ces maux venaitse réunir ladouleur la plus cruelle à laquelle l'espèce hu-
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