‹ Cinq années de résidence au Canada [microforme] (volume 2)Chapitre 28 sur 38 · WEST MAIN STREET WEBSTER, N.Y · texte numérisé non relu

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précédentes , volent dans une direction entièrement opposée. Quand cela arrive , le chasseur est convaincu qu'il a dépassé l’objet de ses recherches; car il est généralement reconnu que, si vous enlevez une abeille de dessus une fleur située à quelque distance donnée au sud de l'arbre auquel elle appartient , et que vous la transportiez dans la prison la mieux fermée à ur égale distance au nord du même arbre, aussitôt qu'il lui sera permis de s'échapper, après avoir décrit un cercle en volant, elle

prendra directement sa course vers sa dulce

domum , sans dévier en aucune manière ni à droite , ni à gauche. D’après cela, le chasseur qui a pour lui patience , intelligence et persévérance , est certain d'avance du succès; parce que la direction que prend la première abeille est infailliblement celle de l'arbre, où loge l'essaim dont elle fait partie. Ainsi lorsque les abeilles qui sont successivement mises en liberté changent leur vol et paraissent revenir vers le lieu d’où elles sont parties, le chasseur doit être convaincu qu'il a dépassé l'arbre qu'il cherche; son premier soin alors doit être de tâcher de distinguer l'arbre qui contient les

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"LETTRE XIY. 259

abeilles, des autres arbres placés dans la même direction. Ce serait naturellement une

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tiée à de pareilles découvertes. Mais l'adresse du chasseur américain lui a suggéré des moyens d'attirer auprès de lui les abeilles , lorsqu'il n'est pas trop éloigné de l'arbre où elles ont déposé leur miel. Ces moyens consistent à placer sur une brique chapffée un morceau de rayon de miel dont l'odeur, en fondant, est assez forte et assez attrayante pour engager aussitôt toute la tribu à descendre de la citadelle et aller à la recherche du miel dont l'odeur a pour elles un si puissant attrait; il ne reste plus alors qu'à abattre l'arbre , et ilest rare que la quantité de miel qu'on trouve dans son tronc creux ne dédommage très-amplement le chasseur de sa persévérance. Tels sont les détails que j'ai cru devoir vous donner sur ces insectes aussi utiles qu'intéressans , et qui sont à peu-près inconnus dans nos pays où nous n’avons que des abeilles domestiques, entièrement étrangères à la vie nomade des abeilles des déserts et des forêts. Il est arrivé récemment un exemple extraor-

dinaire des fâcheux effets qui résultent souvent Tone I. 18

des efforts combinés des plus faibles ennemis. Dans l'été de 1820 lerévérend Ralph Leceming d’Ancaster avait un très-beau cheval. Cet animal fut envoyé dans les pâturages d’un feumier voisin qui avaitenviron vingt ruches d’abeilles. Par un moyen quelconque il parvint à s’introduire sur la pelouse où les ruches étaient placées et en voulant satisfaire sa curiosité, il en'renversa une; les abeilles ge voyant troublées dans leur demeure, volèrent vers le cheval comme l'objet de leur colère: et l’attaquèrent avec la plus grande furie. L'animal ainsi persécuté commença à ruer : dans l'excès de la douleur qu'il éprouvait, il renversa une autre ruche, ce qui doubla le nombre des assaillans; la dernière ruche tomba renversée , lorsque le chevaltomba lui-même .En moins de cingminutes à dater du commencement de la :relle, le pauvre animal fut réellement mis à mort par les piqàres de ses redoutables et furieux adversaires.

Les Guëpes ne sont pas plus communes ici qu'en Angleterre; mais les frelons y sont trèsnombreux. Les Puces n'abondent pas plus en Canada que dans aucune partie du monde.

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Une maison commode et proprement tenue en est rarement infectée ; mais les Punaises sont les commensales de toutes les habitations, depuis le château de Saint-Louis sur le promontoire élevé de Québec, jusqu'à la plus humble cabane sur le lac Saint-Clair : ces fâcheux insectes, ainsi que la mouche noire, le mosquite et:la mouche de maison rendraient vraiment l'existence insupportable aux habitans du Canada, s'ils pouvaient continuer leurs attaques pendant toute l’année. J'avoue même qu’il me paraît étonnant qu’un homme puisse subsister dans un pays où les insectes seuls sont assez nombreux pour détruire toutes les productions de la terre. Je n'ai fait mention que des plus destructeurs. Il y en a un bien plus grand nombre dont je ne peux me rappeler les noms, mais dont les opérations ne peuvent s'oublier aussi facilement.

M. Lauserr, dans son voyage en Canada , en parlant des mois de mai, juin, juillet, août et septembre, s'exprime ainsi: « Leprintemps, » l'été et l'automne sont compris dans ces cinq » mois, et on peut dire que l'hiver se compose »du reste de l’année : le mois d'octobre est

» cependant quelquefois très-agréable, mais la »nature a déjà commencé à se revêtir de son »triste manteau, et le souffle des vents du » Nord-ouest rappelle aux Canadiensles appro- » ches de la neige et de la glace. Novembre et » avril sont les deux mois les plus désagréables : » dans l’un, la neige tombe ; dansJ’autre , elle » disparaît; l'un et l'autre confinent les ha- »bitans dans leurs maisons , parce qu'ils ren- »dent les voyages pénibles et dangereux ; » dans l’été même, les habitans ne peuvent »jouir des avantages et des agrémens qu'on » goûte en Europe à la même époque. À mon »avis, un des plus grands fléaux auxquels ils »sont alors exposés ce sont les mouches de » maison. Il n’est pas décidé si elles sont natives . »da pays, ou si elles y ont été importées. Je ».crois cependant que leur hardiesse et leur » assurance excède de beaucoup celle de leurs » sœurs d'Europe, et leur nombre dépasse toute »imagination. Il faut que votre chambre soit »entièrement sombre, où il vous sera impos- »sible d'y jouir d'un moment de repos : plus » elle sera chaude et éclairée, plus les mouches » y seront actives et nombreuses, et vos souf-

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»frances croîtront en proportion. Les poëles » conservent ieur vie pendant l'hiver : maïs le soleil leur rend toute leur vigueur et tout leur » pouvoir de nuire. En été, il m'est arrivé , »étant assis pour écrire , d’être obligé de jeter » ma plume de côté, par suite de leurs piqûres »irritantes qui me forçaient , à chaque instant. » de porter mes mains À mes yeux , à mon nez »etàmes oreilles, sans pouvoir respirer un mo- »ment. Quelquefois dans l'espace de peu de »minutes, j'ai pu prendre une demi-douzaine » de ces tourmentans insectes sur mes lèvres » où je les attrappais précisément à l'instant où »elles venaient de s'y percher; en mn mot, » pendant que j'étais tranquillement assis dans » ma chaise , j'en étais continuellement assailli, »et ainsi qu'on l’a observé en Russie , relati- »vement aux mêmes animaux, ceux qui ont » été à l’abri de leurs atteintes ne peuvent croire »qu'ils soient capables d'infliger de pareils »tourmens. À la fin, lorsque ma patience se »trouvait épuisée, dans l'intérieur de mon »habitation, je prenais mon chapeau pour »aller faire un tour de promenade, espérant » jouir de la brise délicieuse qui régnait dans

» l'atmosphère pendant cette saison de l’année ; » mais en moins de cinq minutes , j'étais brûlé »par l’ardeur des rayons du soleil méridien : »alors pour éviter un coup de soleil, je me »retirais dans un bois épais et ombragé qui » semblait m'inviter à m'abriter sous son feuil- »lage. Mais, comme pour porter mes souf- » frances au dernier excès , j'étais aussitôt cir- »convenu par des myriades de mosquites , » mouches de sable et autres insectes venimeux » dont les attaques multipliées sur mon visage, mes mains et mes jambes me forçaient , bien »que malgré moi, à retourner dans ma de- »meure au milieu de mespremiers ennemis qui, » quoique également insupportables, n'étaient » pas néanmoins aussi fatiguans queleurs frères r à longues pattés. » Ç |

® M. Lambert ajoute: « La piqûre des mos- »quites ne Cause d’abord qu'une légère dou- »leur ; mäis le lendemain elle est très-doulou- »reuse et devient quelquefois dangereuse, si » où la frotte violemment. Le meilleur remède »est de mouiller là partie blessée avec quelque » acide puissant ; le jus de citron et le vinaigre »m'ont souvent soulage de la douleur et de

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LETTHE XIV. 265

» l'irritation excitée par son venin. Les mouches » de sable sont si petites qu'elles sont à peine

di » perceptibles dans leurs attaques, et votre front | » sera inondé de sang avant que vous ne vous Li » aperceviez que vous en êtes entouré. » Tel est LL le tableau fait par M. Lambert des fléaux à la e merci desquels sont continuellement exposés

les habitans du Canada, et je ne peux que rendre hommage à la vérité de ce tableau.

Amphibies et poissons du Canada. — La Gre-

nouilleetses différentes affinités. —Crapaud.— Tortue de marais. — Serpent à sonnettes. — Le pouvoir qu'il a de fasciner. — Morsure faite par un de ces animaux à un gentleman. — Le Serpent noir. — Serpent d’eau, etc. — Loissons de différentes espèces dans les rivières du Canada. — Saumon. — Esturgeon. — Poisson-chat. — Brochet. — Brocheton et Mulet. — Chien de mer. — Hareng. — Poisson blanc. — Anguille, etc.

Quoique les oiseaux d'Amérique ne soient pas extrêmement harmonieux, on peut dire cependant que les forêts retentissent d’une musique naturelle , depuis le commencement du printemps, jusqu’à la fin de l'été. L'’unifor-

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mité de leur chant se trouve en quelque sorte compensée , tant pour la variété que pour la nouveauté , par les cris, les rugissemens , les croassemens des grenouilles et de leurs nombreuses affinités. Ces animaux qu'on a burlesquement appelés Rossignols hollandais , ne cessent jamais, ni nuit ni jour , de faire entendre leurs hideux hurlemens pendant tout l'été, et avec tant de force et d'effet , qu'il est difficile d'entendre autre chose que leur désagréable musique, depuis le commencement de mai, jusqu'à la fin de septembre. Les forêts, dans leurs parties les plus humides et les plus marécageuses, en sont entièrement couvertes. Il est impossible de concevoir rien d'égal au bruit et à la variété de leurs sons. Quelqu'un qui entendrait cette musique discordante sans savoir par quels instrumens elle est produite, serait porté à croire que toutes les bêtes des champs et les oiseaux de l’air sont réunis , et préparent leurs voix pour le commencement d'un grand concert dont l'sbjet serait de célébrer le retour du printemps.

Les Irlandais qui arrivent en Canada vers l'automne et dans l'hiver ,'et qui ne sont pas in-

formés de l'accueil bruyant qui les y attend, se munissent souvent au printemps de fusils chargésdansl'espoir de tuer quelques-uns deces animaux qu'ils n'ont pas encore vus ; jugeant de leur volume , par la force de leurs cris, ils ne s’attendent à rien moins qu'à trouver un buffle, un loup ou un ours. Lorsqu'ils arrivent dans cette intention hostile, au lieu dont les sons semblent sortir et qu'ils n’aperçoivent sur la terre que de grosses grenouilles , ils dirigent leur attention plus haut, et renonçant à tuer un buffle , ils espèrent au moins trouver un dinde sauvage. En découvrant qu'on ne peut rencontrer ni oiseaux , ni quadrupèdes, ils imaginent qu'il y a certainement dans le voisinage quelque caverne souterraine dans laquelle de semblables animaux vivent engourdis pendant l'hiver, et que venant à sortir de leur léthargie , ils sont occupés à débattre quelque point important relatif à leurs excursions d'été. Pénétrés de cette idée ou de quelque autre aussi étrange et également plausible , ils retournent vers leurs femmes à qui ils racontent l'histoire de leur désappointement , n'oubliant pas d’y insérer le rapport authentique de la

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caverne que leur imagination a créée sous l'influence trompeuse et ventriloque des grenouilles.

Les plus grosses des grenouilles pèsent environ cinq livres chacune et pourraient dévorer un oison d’un mois. Telle est la variété des espèces de grenouilles dans le Canada, qu'il y en a depuis cette grosseur, jusqu’à celle d'un œuf de roitelet. Les crapauds sont aussi très-nombreux , et quoique les préjugés vulgaires les peignent comme ennemis de l'homme et capables d'extraire de leurs corps des substances vénéneuses dont la communication est nuisible, ils ne sont pas du tout malfaisans. L'aspect de leur ensemble n'est rien moins qu'agréable , et c'est peut-être en partie la raison pourlaquelleonlestuelorsqu'onlesvoitparaître.

La Tortue de marais , lorsqu'elle est dans toute sa croissance , a environ deux pieds de diamètre. On dit que sa chair égale en saveur celle des Tortues des Indes Occidentales. Ces animaux peuvent vivre dix jours après qu'on leur a coupé la tête. Je pouvais à peine le croire dans les prémiers jours de mon arrivée en Canada. Mais, depuis, j'ai été témoin oculaire du

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fait. Elles déposent leurs œufs dans le sable. Ils sont au nombre de cinquante, ronds et de la grosseur d'une forte crabe. Les Canadiens les mangent et les considèrent comme supérieurs en qualité à ceux des volailles domestiques. Une grosse tortue est capable de marcher en portant un homme sur son dos, et quelques personnes assurent qu’elles pourraient porter deux hommes sans laisser apercevoir le moindre symptôme qui indique que leur charge est trop forte.

Ily a maintenant peu de serpens dans le Bas- Canada. Mais il y en a une grande variété dans la province supérieure.

Le Serpent à sonnettes, sans être le plus gros, est certainement le plus formidable de toutes les espèces de serpens. Les plus longs ont cinq pieds et la grosseur de la jambe d'un homme.

Mais leur longueur commune est de trois pieds et demi. L'aspect de ces reptiles est beaucoup plus propre à exciter l'admiration qu’à faire naître des alarmes. On dit qu’il possède à un tel degré la puissance de fascination , qu'il peut dans tous les temps fixer l'attention des oiseaux , des écureuils, des grenouilles et des

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autres änimaux , de manière à les priver complètement dé la faculté de se mouvoir , et à les forcer de demeurer en quelque sorte attachés au soloù ils paraissent uniquement occupés à admirer les yeux brillans et les écailles de différentes couleurs de leur mortel ennemi, Il n'y a rien qui puisse surpasser'la beauté du serpent à sonnettes , ou la splendeur de ses yeux. Ses sonnettes consistent en plusieurs anneaux distincts attachés à l'extrémité de sa queue. Le nombre de ces anneaux devient visible lorsque le serpent a trois ans , et ensuite illuien vient un nouveau chaque année. On croit ordinairement en Europe que le serpent à sonnettes avertit toujours lorsqu'il est au moment d’attaquer un homme ou une bête. Mais le fait n'est point exact: j'en ai tué plusieurs; j'en ai vu aussi un grand nombre tué par d’autres ; et je suis convaincu par l'expérience et mes observations, qu'ils font raremententendreleurs sonnettes lorsqu'ils sont attaqués. Quoiqu'ils possédent la faculté d'infliger la mort presque instantanément, ils paraissent répugner à attaquer l'homme, excepté pour leur propre défense.

Lorsqu'un de ces animaux est au moment de

mordre un homme ou un animal, ses yeux deviennieut étinçgelans. Tout son cérps se gonfle de rage. Sa tête et son cou s’aplatissent , se tendent et se détendent alternativement. Ses lèvresse contractent et se développent, découvrant par intervalles sa terrible langue fourchue et ces funestes réceptacles de poison avec lequel il se propose d'infliger la mort la plus cruelle. Néanmoins il parvient rarement à accoinplirson funeste dessein. Car s'il est aperçu avant d’avoir lancé son dard vénimeux, on peut l’éviter promptement et s'en défaire trèsfacilement. Un seul coup de baguette ( ne fütelle pas plus forte qu’un fouët de cheval) suffit pour le mettre hors de combat, quoiqu'il ne soit pas facile de le priver entièrement de la vie. La manière la plus sûre de détruire ces reptiles vénimeux est de les attaquer à l’ouverture de leur caverne , lorsqu'ils ne sont pas encore totalement revenus de l’affaiblissement que leur a causé leur retraite pendant l'hiver.

Dans cette saison, on les trouve à l'entrée de

leur caverne se chauffant aux rayons du sole. Les personnes qui vont à leur recherche dans l'intention de les détruire, ont soin de se

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LETY : XV. 279

munir de grandes bottes qui s'élèvent au-dessus des genoux. Elles s’élancent soudainement au milieu de ces animaux et en tuent souvent plusieurs centaines avant qu'ils aient le temps de regagner leur asile. Les émanations qui proviennent de leurs corps morts produisent des maladies soudaines, ce qui force les as-

‘ saillans à se retirer promptement du lieu de

l'action.

M. W. H..., écuyer, résidant à Dun-

das , dans le district de Gore, se trouvant, il

y a quelques années , à une chasse de cette espèce, reçut d'une manière singulière une morsure d’un très-gros serpent ; il aperçut sa queue dans la fente d’un rocher , et le prit très-imprudemment dans l'intention de le tirer au grand jour, et de lancer sa tête contre le rocher dans lequel il faisait sa demeure. Il se trouva que le serpent était roulé ; sentant qu'on touchait sa queue, il s’élança contre la main de l’assaillant, et lui fit une légère blessure. M. H. prit sur-le-champ son canif, et coupa la chair blessée ; mais quoique cette opération eût été faite sans délai, il se trouva. que c'était encore trop tard. En peu de temps,

sa main et son bras commencèrent à enfler, et à prendre la couleur d'un serpent. Tout le corps se trouva bientôt affecté de la contagion qui gagnait rapidement ; enfin , en moins d’une heure, il offrit le spectacle le plus déplurable que puissent présenter les misères humaines.

On le porta chez lui où il reçut tous les secours qu'on pouvait attendre du zèle et de l'adresse de ceux qui le servaient. On fit bouillir dans du lait une grande quantité de racines de béstorte et de frêne blanc, et on lui fit prendre en abondance de cette boisson, sans qu'il parût en recevoir aucun soulagement immédiat.

Pendant l’espace de huit ou dix jours, il endura les plus cruelles souffrances ; mais à l'expiration de ce terme, il éprouva un grand soulagement, et la peau tachetée commença à reprendre sa première couleur. Il lui fut néaninoins Et dé , pendant six mois, de sortir de son lit, Æt ce ne fut-qu'après une année entièrement écoulée, qu'il lui fut possible de reprendre ses premières occupations.

Les Indiens mangent les serpens à sonnettes , et considèrent leur chair comme supéricure à celle des anguilles. Il est assez remar-

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LÉTIRE XV. 299

quable que les cochons les dévorent sans en éprouver aucun mal. Tous les autres quadrupèdes les craignent, et évitent soigneusement les lieux où ils lesontune fois rencontrés.

Un serpent qui ressemble à celui à sonnettes,etqu'on appelle /e Pilote, à cause de son penchant à le précéder, est aussi venimeux, et également redouté par les hommes et par les animaux. Il y a un autre reptile de même espèce , qu'on appelle Serpent à sonnettes , bâtard , à cause de sa grosseur diminutive. Il n'a.que dix-huit pouces de long, et on lé regarde comme plus venimeux que ceux dont j'ai déjà parlé.

On trouve le Serpent noir dans toutes les parties du Canada. Sa morsurc est vénimeuse ; mais il est rare que l’effet en soit fatal. Il a depuis cinq jusqu’à dix pieds de long. Son dos et ses côtes sont d’un gris noir, extrêmement brillant et doré; et son ventre d’un pris argenté qui s’unit imperceptiblement au noir par les plus belles nuances. Cet animal possède la puissance de fascination à un degré plus éminent encore que le serpent à sonnettes ; il à, en outre, un attribut qui lui est particulier.

Tower Î | 19

C'est une singulière facultéde flagellation, qu'il exerce quelquefois envers son malheureux frère d’une manière très-affectueuse : car lorsqu'il a embrassé le serpent à sonnettes dans ses amples plis, il le frappe avec sa queue jusqu’à la mort. 11 s’entortille aussi quelquefois autour d’un enfant ou de la jambe d’un homme, et ne s’en dégage jamais qu'il n'ait été coupé en morceaux.

Le Serpent d’eau ressemble à l'extérieur au serpent à sonnettes, mais il a rarement plus de trois pieds de long. Sa morsure est aussi venimeuse et peut-être plus à craindre que celle du serpent à sonnettes, parce qu'on court le risque de le rencontrer sur les bords de toutes les rivières et ruisseaux du Haut-Canada.

Les Petits Serpens verts , formant la plus belle espèce de serpens, sont très-nombreux dans toutes les parties du Haut-Canada. J'ai un champ labouré d'environ quarante acres, et je suis convaincu qu'il contient dans ce moment plus de trois mille de ces animaux.

Les rivières et les lacs du Canada abondent en poissons des espèces les plus variées et les meilleures. On prend les Saumons en grande quantité jusqu’à la hauteur des cascades de

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Niagara. Mais on ne trouve ni Saumons ni Anguilles dans les rivières ou lacs supérieurs. Par suite de l'éloignement où le lac Ontario se trouve de la mer, les saumons qu'il contient sont d’une qualité très-inférieure ; mais les rivières et les lacs du Haut-Canada abondent en poissons qui ne le cèdent en qualité à aucun autre. Des Esturgeons , d'une immense dimension, sontpris en grand nombre dans plusieurs des grandes rivières, surtout dans la Tamise ; les poissons de cette espèce pèsent souvent audelà de cent cinquante livres , et ont sept pieds delongeur. Au printemps , ce poisson , comine tous ceux de l'Amérique , excepté les saumons, remonte les rivières, en partant des grands lacs pour déposer leur frai. Ils retournent ordinairement trois semaines aprés dans leur séjour ordinaire, et laissent les rivières presque entièrement dépourvues de poisson pendant le reste de l’année. Il n’y demeure qu’un petit nombre de truites , et même elles se retirent dans les petites rivières ou dans les ruisseaux dont les eaux conviennent mieux à leurs gente ou à leurs habitudes.

On tue les Esturgeons avec une gaffe ou lance,

tandis qu'ils nagent lentement en remontant les :

courans. Aussitôt qu'ils se sentent frappés, ils tournent sur eux-mêmes et s'élancent avec une vitesse étonnante pour redescendre, entraînant après eux la gaffe ou la lance, jusqu'à ce que, épuisés par la perte de léur sang, ils puissent facilement être attirés sur le rivage. Au printems de 1821 , un de mes amis pêchait dans la Tawnise canadienne, accompagné de son fils, jeune homme d'environ vingt-deux ans; il remarqua un Esturgeon d’une grandeur extraordinaire qui remontait la rivière. Le fils le perça sur-le-champ avec sa lance, et, tenant fortement son arme, il fut entraîné dans l'eau. Pendant quelque temps, il flotta sur le courant derrière l'Esturgeon. Mais à la fin se trouvant fatigué de cette manière désagréable de voyager, comme un autre Aristus, il se mit à califourchon:sur l’animal, et, se servant de sa lance comme d’une bride pour le guider, il le monta pendant environ un mille, toujours en descendant la rivière qui, en cet endroit, est large , profonde, irrégulière et rapide. L'infortuné poisson, trop affaibli par la perte de son sang pour pouvoir se défendre, expira sous

le Mule:

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SUrpasse la varié À l'e prend a Poisson:

les Ma poissons lestrouv dans un vage no On d lente q

LETTRE XW. 259

le poids de son cavalier. Les exploits équestres de John Gilpin ont été célébrés dans une bal- Jade bién connue qui porte son not.

Le Chat-Poisson, le Brochet ; le Brocheton, le Mulet et le Chien de mer abondent dans toutes les rivières et dans tous les lacs. On prend des Haréngsd'eaudouce, en grande quantité, sur les rivages du lac Ontario: mais ils sont très-inférieura-à Ceux qu'on trouve dans:l'eau salée , quoiqu'ils soient aussi estimvés des Canadiens.

Les Truites sont: raves éd trèdipetites. Mais elles paraissent à l'œil: d’une beauté rare, ‘ét sürpassent de beaucoup:celles d'Angleterre par la variété et le brillant de leurs couleurs.

À l'extrémité occidentale du lac Erié, on prend annuellement une grande quantité de Poissons Blancs; ils sont un peu plus grands que les Maquereaux , ct on les regarde comme les poissons les plus déliciéux de tout le pays: On lestrouve à l'embouchure du Niagara et, je crois, dans un ou deux autres endroits, le long du rivage nord-ouest du lac Ontario.

On dit que les Anguilles y sont d’une excellente qualité; on les prend en grand nombre

pisse pes ST:

Re.

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