‹ Cinq années de résidence au Canada [microforme] (volume 2)Chapitre 8 sur 38 · LES · texte numérisé non relu

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que dans le cas où les leurs seraient épuisées par un voyage long et fatiguant ou pour toute occurrence fortuite impossible à prévoir.

La cabine était uniquement disposée pour recevoir mon père et sa famille: mais, comme il y en avait trois autres respectables qui nous

accompagnaient, celles de M. Geary, de

M. Hardy et de M. Burton, nous consentimes à la partager avec eux.

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Embarquement. — Mal de mer. — Temps désa-

gréable. — Mort de plusieurs-enfans. — Arrivée sur le grand banc de pêche. — Vue du continent d’ Amérique. — Ile d'Anticoste. — Délicieuse perspective du fleuve Saint-Laurent et deses nombreusestles. — Iles des oiseaux. — Ile Verte. — Ile d'Orléans. — 4 ccueil hospitalier qu'on y reçoit. — Infériorité du sol et chétive apparance des récoltes. — Charmante vue de l'entrée du bassin à Québec. — Chutes du Montmorency. — Arrivée à Québec. — Maisons couvertes d’étain. — VF isile à la ville. — Diversité de langages et de coutumes.

— Société et réception dans un hôtel, — etc.

Lé 13 juin, vers onze heures dumatin, nous

mîmes à la voile du port de Cowe, et en peu

de temps , nous nous trouvâmes au milieu du vaste Atlantique : à peine eûmes-nous le temps de jeter un regard d'adieu sur les côtes de l'Irlande notre chère patrie, avant qu'elle disparût à notre vue et se perdit dans l'immensité de l'Océan.

En moins d’une heure , après que nous eùmes levé l'ancre , tousles passagers se trouvèrent attaqués , comme par enchantement, de ces redoutables nausées , connues sous le nom de mal de mer , et que je crois être l’inévitable partage de ceux qui voyagent sur mer pour la première fois : pendant environ quinze jours nous fûmes tourmentés par cette maladie, et pendant ce temps ,. un grand nombre de nos plus zélés partisans de l’émigration auraient désiré ne pas avoir quitté leurs paisibles demeures pour s’exposer à tous les dangers et à toutes les difficultés d’un long voyage , et ne pas s'être livrés à de brillantes espérances de fortune, avant d’avoir bien calculé les différentes privations qu'ils devaient éprouver pour y parvenir.

Le mal de mer rend ceux qui en sont atteints extrêmement irritables : Cette maladie semble

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dissoudre , pendant quelque temps, les plus douces affections de la vie. Vous auriez été tout surpris de voir des femmes faire des reproches à leurs maris, des enfans à leurs parens, et des parens à leurs enfans : tous semblables au bon père Adam, cherchaient à se disculper les uns aux dépens desautres du : péché commis. Cependant, après quinze jours de maladie , tous les futurs colons furent en état de convalescence , et plusieurs même; en aussi bonne santé qu'avantleurdépart:

Pendant les huit ou dix premiers jours de notre voyage , le temps était si mauvais et les vents tellement contraires , que nous ne fimes que peu de progrès : le temps devint ensuite plus doux et plus agréable; et les vents continuèrent à souffler de l’ouest et du nord-ouest , pendant toute la traversée.

Le 21 juillet, nous jetâmes l’ancre devant la cité de QuésEc, après une traversée de quaränte trois jours et demi: pendant ce court période , douze de nos compagnons de fortune eurent la mer pour tombeau , et nous en enterrâmes un plus grand nombre encore dans les différentes

îles formées par le Saint-Laurent. Tous étaient des enfans au-dessous de quatorze ans, enfans qui, peu de jours avant ce changement

subit , étaient gais et sains ; tous l'espoir et les

délices de leurs pare 1.

Rien d’une importance particulière { excepté les morts dont je viens’ de parler ), ne survint depuis le premier jusqu’au trentième jour de notre: traversée , où nous approchâmes du grand banc de Terre-Neuve ; le lendemain nous fûümes en vue de l'ile de Terng-NEUVE qui était la seule terre ferme que nous eussions vue depuis plus d’un mois : peu dejours après, nous aperçümes le continent américain , qui nengus parut d’abord qu’une immense combinaison de nuages épais , reposant sur le sein de l'Océan: Mais à mesure que nous approchâmes de plus près , et que nous pûmes distinguer les montagnes élevées , les forêts majestueuses et les fleuves aux ondes argentées s'élançant dans toutes les directions avec une constante impétuosité ; mon âme fut enchantée de.ce coup d'œil si nouveau pour moi.et si peu attendu.

Peu de jours après être entrés dans le golphe

de Saint-Laurent , nous fûmes enveloppés .

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d’un de ces épais brouillards si souvent redoutables pour les vaisseaux qui montent et descendent ce puissant fleuve : presque. pendant deux jours entiers, nous ne pûmes distinguer la terre dans aucune direction, et n'ayant point de pilote à bord . il nous fut impossible de nous assurer de la route qu'il convenait de suivre : il n'y avait pas le moindre souflle de vent ;..et notre vaisseau montait et descendait au gré de la marée. Lorsque nous nous vimes dans cette dangereuse situation , nous tirâmes plusieurs coups de canon, pour attirer un pilote. La frégate de sa Majesté, l’Iphigénie, ayant à son bord sa Grâce le duc de Ricuimonv , et sir Arthur MaircanD, nous précédait à une petite distance ; elle fit aussi dans le mêmeobjet quelques décharges de grosse artillerie : mais cela ne réussit pas mieux. Nous n'eûmes point l'idée d’aucun danger imminent , jusqu’au moment où le brouillard s’éclaircit. Alorsnous découvrimes avec autant de surprise que d’alarme, que nousdériviops vers l'île dangereuse d’'Anricoste , sur les bords de laquelle tant de braves matelots ont terminé le pénible voyage de la vie. Cette île dangereuse, quoiqu'ayant

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10 LETTRE Il.

154 milles de long et 28 milles de large , n’a pas dans toute son étendue, une baie ou un port assez assuré pour récevoir et abriter un seul vaisseau : elle est entièrement inculte et: . presque inhabitée. On a fait plusieurs tentatives pour en cultiver le sol dans plusieurs de ses parties : jusqu'ici elles ont toutes été inutiles. Le gouvernement a élevé deux bâtimens dans l’île, un à chaque extrémité: deux familles y sont stationnées pendant les mois d'été, avec d’abondantes provisions qui sont très-généreusement distribuées aux personnes qui peuvent être jetées dans l'île, et qui sont assez malheureusés pour avoir besoin de ces secours. On a aussi pris la précaution de placer sur les différens points de la côte des poteaux qui indiquent ces maisons de secours.

En remontant ce magnifique fleuve, l'œil est constamment réjoui par l'aspect d’une infinité de petites îles très-variées, couvertes d’arbres et d’arbrisseaux de toute espèce et de toute couleur. Mais de toutes les îles dont est décoré cet immense amas d’eau, celles des OrsEaux, situées dans le golphe, sont les plus remarquables et les plus curieuses. Rigoureusement

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parlant , elles ne sont rien de plus que deux grands rochers , élevés à une immense hauteur

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rence, à leur sommet, n'excède pas cent cinquante perches. Des millions d'oiseaux font annuellement leurs nids dans les nombreuses cavités de ces rochers et y produisent leurs petits. Les pilotes et les chasseurs des établissemens voisins les troublent fréquemment dans ces retraites découvertes, et, en montant quelquefois jusqu'aux plus hautes éminences, leur enlèvent leurs œufs que les pilotes portent au marché de Québec, où ils en obtiennent un prix aussi élévé que celui qu'on donne ordinairement des œufs des volailles domestiques. Vus à une certaine distance, ces rochers paraissent blancs, à cause de la quantité prodigieuse d’ordures et de plumes dont ils sont couverts : et lorsque les oiseaux sont forcés de prendre leur vol, leur ombre se multiplie à tel point qu’elle obscurcit complètement la surface des lieux sur lesquels ils volent. |

L'ice DE BonNAvENTURE est aussi fréquentée parunétonnant assemblaged'oiessativages.g

Sud et viennent fixer leur séjour dans cette île où elles font leurs petits; après que cet ; objet a été rempli, leur instinct les fait émi- . grer de nouveau pour un climat plus chaud. mn. On dit que çes oiseaux sont féroces pendant le temps de l'incubation, et possèdent alors une force incomparable : ils ne balancent pas 4 à attaquer ceux qui veulent les dépouiller et | les dangereuses incisions opérées par leur bec | qui se dirige ordinairement vers les yeux , ! oblige souvent les assaillans à se retirer grièvement blessés.

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Les bords des deux côtés du fleuve Saint- Laurent , offrent au voyageur l'aspect le plus varié , et très-pronre à réaliser les pompeuses descriptions données par les poëtes et les ro- * manciers : de hautes montagnes hérissées d’ar- | bres , des cataractes nombreuses et écumantes, qui tombent de rochers suspendus, jusqu’à ce qu'elles aillent se perdre dans l'immensité j de l'Océan. Il n’est peut-être pas sur la terre ? de contrée qui offre des aspects plus sauvages, à et plus repoussans , ou qui fasse éprouver plus de.plaisir aux amateurs des scènes terribles

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trées est presque inconnue aux hommes civilisés, et n'est habitée que par les bêtes féroces de ce vaste désert, ét par leurs chasseurs non moins indomptables. Son aspect est horrible et ne peut inspirer à l'âme que des sensations désagréables : un sol ingrat, des rochers sourcilleux, des arbres disséminés, des cataractes rugissantes sont lestraits prédominans et les plus engageans de ce tableau de la nature dans son état primitif.

Comme nous naviguâmes pendant douze jours, sur lefleuve j'eus de fréquentes oecasions d'aborder au rivage sur plusicurs points différens: je vis pour la première fois dans l’île Verte une des femmes originaires du pays : elle était couverte d'un grand schall de drap, jeté négligemment sur les épaules, et descendant jusqu'aux genoux : ses piedstaient nus : mais elle ne paraissait pas accoutumée à marcher long-temps sans souliers ou sandales ; sa peau était exactement de couleur de cuivre, et ses cheveux qui touchaient presqu'à terre étaient noirs comme du jais. Sa contenance était douce et modeste ; son accent n’était pas désagréable, et il n’y avait rien de grossier dans ses ma-

nières : elle entendait très-bien l'anglais , et j'éprouvai un sentiment de regret, en voyant un être si voisin de Ja civilisation complète , condamné à passer sa vie dans un aussi triste séjour.

Je fus dans l’île d'Ontéans, accompagné du capitaine Blake, de MM. Hardy, Burton, Geary et de mon frère : immédiatement après être débarqués sur le rivage, nous nous dirigeâmes vers la maison d’un pilote canadien, pour s0lliciter la permission d'enterrer un de ces jeunes enfans que nous avions le malheur de perdre journellemen: : nous trouvâmes à la: porte qui nous fut aussitôt ouverte, une femme élégamment vêtue de soie noire: si nous l’avions jugée d’après les apparences , nous aurions pu la prendre pour une Comtesse européenne , et non pour la femméWd’un pilote canadien. Après avoir cherché à excuser notre importunité, nous l'instruisimes en anglais du triste objet de notre mission : elle répondit en souriant : « je ne sais pas parler anglais. » Un de nous. s'adressant alors à elle en français, lui demanda la permission d’'enterrer un enfant mort Ja nuit précédente et qui était étendu sur

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le rivage. Elle accéda très-poliment à notre demande, envoya un homme nous montrer le lieu où nous pouvions déposer le corps , nous invitant obligeamment à revenir ensuite et à prendre notre part de quelques rafraichissemens. Il est inutile d'observer que nous nous empressâmes. de profiter de cette invitation amicale, ayant été silong-temps confinés dans un vaisseau , sans pouvoir y jouir du plaisir de varier notre société. Lorsque nousrevinmes des funérailles, nous fûmes introduits dans un appartement qui aurait fait honneur à la plus belle maison en Europe: Nous y trouvâmes une boisson délicieuse qui avait été préparée pour nous et composée avec des esprits de la Jamaique, du Jait frais et du sucre d'érable. ; s Nous primes avec le plus grand plaisir notre part d’un régal si peu attendu; et après avoir passé environ une heure dans cet asiic hospitalier , remercié celle qui en faisait si bien les honneurs, et vanté, comme elle le méritait, l'élégance de sa charmante demeure , nous retournâmesau vaisseau, extrêmement satisfaits, et emportant la plus haute idée de l'hospitalité canadienne,

‘Quoiqu'on dise que le territoire de la nou- ‘velle Orléans est plus fertile que celui du Bas- Canada, il nous parut être d'une qualité trèsinférieure. | UE L'orge dont on faisait alors la récolte, aurait à peine paru en Europe mériter d'être cueilli. Les patates nous parurent meilleures ; et Je tabac semblait y prospérer. Mais il est évident qu'on n’attache dans ce pays aucune Importance à sa culture. :

Lorsque les fermiers du Canada auront fait quelques progrès dans la précieuse science de l'agriculture, ils seront convaincus qu'il est du plus grand intérêt pour eux de bien labourer leurs vastes possessions : ils abandonneront l’usage de jeter dans le St.-Laurent la paille qu'ils ont de reste , et commenceront à utiliser le fumier.qui se fait chez eux et chez les habitans des villesenvironnantes : ils cesseront de le re- ” garder comme un désagrément dont ils ne peuvent trop tôt se débarrasser. Ils prendront soin alors d’accumuler et d'utiliser leurs engrais : seul moyen de rendre productif un sol maigre ou stérile par lui-même.

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LETTRE Il. 17

s'clève graduellement depuis le rivage jusqu'à son centre ; presque tous les bois sont coupés :

. à peine un arbre s’offre-t-il à la vue ; les bar-

rières sont construites de bois refendu, ce qui tend'à donner à toute l'île un ‘air de pauvrété très-défavorable. Sa circonférence est d'environ quarante-huit mille ; sa longueur, de vingt mille ; elle a six mille dans la plus grande largeur. À la plus basse extrémité de l'ile, la rivière a environ quinze mille de large. A l'ouest, le courant d'eau se divise en deux canaux à peu près égaux; et forme un bassin qui s'étend à environ six milles dans chaque direction etqu'on peut dire avoir pourdimites, d’un côté l'embouchure de la rivière Sr.-Cxar- Les, et de l’autre le rivage du St.-Laurent opposé à l'extrémité du cap Diamant; dans son sein aussi vaste qu'assuré, on peut voir à l’ancre un nombre immense de vaisseaux marchands et de plus petites embarcations de commerce qui s’y rendent en foule de toutes les parties du monde. Mais cette forêt de mâts qui offre un aspect très-remarquable dans tous les ports de mer en grande activité, de-

vient ici insignifiante, par suite de sa contiguité avec des bois plus épais et plus élevés. En entrant dans ce bassin , la combinaison la plus attrayante de scènes imposantes attire et fixe l'attention. Sur la gauche, les cascades du Monruorency , dont les eaux s’élancent sur un précipice de deux cent quatre-vingt-dix pieds , les roches de la pointe Levr, sur le rivage du sud, où se déploient tous les indices

de l’industrie humaine , le promontoire élevé,

situé à l'opposite et sur lequel est placée la ville de QuéBec, combinés avec les grandes masses d'arbres , de chaque côté de la rivière , composent l’ensemble d’un tableau aussi imposant que magnifique, dont un étranger ne détourne les yeux qu'avec le plus grand regret.

Dans le fait, toute la contrée, jusqu’à environ cent cinquante milles au-dessous de Québec, diffère beaucoup dans son aspect des pays agrestes que l’on découvre à l'entrée, et doit affecter puissamment l’âme d’un voyageur qui sait observer les pays qu'il parcourt. L'admiration y est .excitée non-seulement par la nouvéauté de l’ensemble de la perspective qui diffère beaucoup de toutes celles qu'on voit en

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Europe, mais encore par les grandes masses de quelques-unes des partiesqui la composent. Des montagnes élevées couvertes de boisimpénétrables, dont les sommets vont borderl’horison ; desrivières serpentantavecrapidité quiviennent apporter leurseaux tributairesau fleuve St.-Laurent ; un grand nombre d'îles où croissent des arbres vigoureux dontles épais branchages prolongent leurs ombres sur la vaste étendue d’eau dont ils sont entourés ; de nombreuses cataractes placées à différentes distances réfléchissant avec éclat les brillants rayons du soleil, tandis qu'elles lancent leurs torrens écumeux sur les roches avancées d'où elles rebondissent en jets légers et aériens, et se réunissant ensuite de nouveau, tombent en torrents impétueux qui vont se jeter dans la mer. Tels sont les traits les plus caractéristiques du tableau qui se présente aux yeux étonnés du spectateur placé de l’un des côtés du fleuve.

Mais il y a d'autres vues d’un aspect plus doux et plus civilisé qui donnent un air animé et délicieusement varié à plusieurs parties de la scène et les désignent comme étant plus spécialement les demeures des hommes et l’ob-

Led

Tone I. 5

20 LETTRE Il.

jet de leur culture. Les églises couvertes en toits d'étain, ainsi que les clochers réfléchissant jusqu’à vingt mille de distance l'éclat qui les entoure ; les maisons des fermes, toutes d’une extrême propreté, qui, pendant environ cinquante lieues , forment une suite d'établissements contigus ; les taillis épais, sur quelques-uns des bords, et la belle diversité des intervalles qui les séparent : tout cela forme un aspect romantique qui ne peut que plaire et intéresser. |

‘Il était environ six heures du soir, lorsque nous jetâmes l'ancre devant le port de Québee: comme nous remontions lentement le bassin, le canon des batteries, et le feu continueh des vaisseaux du port, tous saluant leur nouveau gouverneur qui avait jeté l’ancre quelques minutes avant nous, produisirent une telle confusion qu'il se passa quelque temps avant de pouvoir nous rappeler que notre voyage était à sa fin. Lorsque la fumée

eut disparu, la ville jusqu'alors cachée eù parte

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Les maisons dont la plupart sont couvertes er étain, s'élevant, rang par rang, en forme

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a'amphititâtre ; les murs imprenables , et les batteries dirigeant leurs canons redoutables vers le bas de la rivière ; les tours de Martello et celle encore plus élevée du télégraphe; et les clochers hardis dont les aiguilles montent jusqu'aux nues, sont des objets qui remplissent tous les étrangers d'un étonnement à la fois solennel et agréable, et donnent la plus favorable opinion d’un pays qui fait naître de semblables sensations.

Aussitôt que les officiers de la douane eurent inspecté le vaisseau, nôtre capitaine otdonna que personne he tentât d'aller au rivage avant le lendemain matin: cette injonction ne fut pas très-patiemment reçue par les passagers, dont plusieurs avaient un désir extrême de se mêler à la foule des habitans qui bordaient les quais pour recevoir leur illustre gouverneur. Comme la famille de mon père n'était pas comprise dans cette prohibition , je reçus une invitation du capitaine Black pour faire avec lui une incursion dans la cité. Le vaisseau était au centre du bassin, ce qui nous obligea à aller au rivage dans une chaloupe. Arrivés au quai de la Reine, nous avançâmes dans une

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rue sombre et étroite, en partie éclairée par quelques mauvaiseslampes, qu'on venait d’allumer à l'instant: nous entrâmes ensuite dans une autre rue mieux percée, encombrée , comme la première, d’une foule bigarrée de toutes les Nations , des zônes torrides, glaciales et tempérées ; au milieu de laquelle il était impossible de dire quels étaient les plus nombreux des descendans de Cham, de Schem ou de Japhet. Des Africains, des Américains , des Indiens, des Européens et des Asiatiques com-

posaient ces grouppes bizarres : quelques-uns

étaient vêtus de pourpre avec du linge fin, et paraissaient, d'après quelques indices extérieurs, s'être copieusement nourris pendant toute la journée : d’autres déployaient leurs grotesques figures, dans un état approchant d'une nudité presque totale; en un mot, une semblable exposition des costumes de toutes les nations qui habitent le globe terrestre ne peut être vue qu'en Amérique, ou peut-être dans la nouvelle capitale de la Russie. Ces mouvemens confus et cette diversité peu harmonieuse de langage, produisirent uni tel effet sur les organes de mon ouïe, que je crus être au

e par d’aldans )rée , ée de ciales t im- Dreux ju de , des coms-Uns n, et exténdant leurs

LETTRE Il. | 23

moment où on plaçait la dernière pierre de la tour de Babel : je n'entendis pas prononcer un seul mot d'anglais ; jé ne vis pas une seule figüre qui m'offrît les traits d’un compatriote ; excepté lorsqu'à ma grande satisfaction je me trouvai dans le magasin d'un marchand anglais, où en regardant autour de moi, et réfléchissant sur Ia courte excursion que je venais de faire, je me rappelai qu’au lieu d’avoir été occupé à placer la dernière pierre de la tour de Babel , j'avais seulemént terminé ma première promenade dans la ville de Québec.

La première visite que le capitaine Black et moi fimes dans la soirée , fut dans un hôtel : en y arrivant , nous fûümes introduits dans un vasté appartémen#, dans léquel il ÿ avait environ trente capitaines de vaisseaux marchands: nous entrâmes sans cérémonie ét découvrimes bientôt que chaque individu avait devant lui un énorme gobelet rempli de liqueur, avecune pipe d'environ trois pieds et demi de longueur, et une poche du meilleur tabac de Virginie.

En peu d'instans , le capitaine Black et moi jouimes des mêmes avantages. Je pris un peu de la liqueur qui était vraiment délicieuse ,

mais je demandai à être dispensé de la pipe et . du tabac : l’appartement était extrêmement chaud , rempli de la fumée d’un tabac brûlant et des exhalaisons de corps échauffés. Je désirais, de grand cœur, pouvoir en sortir; mais, puisque j'y étais venu , non de mon propre choix , mais par complaisance pour le capitaine, qui paraissait aussi rêveur dans cette reunion amphibie , que s’il était occupé à découvrir la longitude , je ne pouvais convenablement me retirer, qu'au moment où il jugerait convenable de me donner le signal, du départ, Ces enfants de Neptune parlèrent de voyages longs et courts , de vaisseaux bien et mal construits, des avantages dela ve maritime, et de précieuses qualités de l’egu-de-vie de Cognac : tout cela d’une manière si diffuse et si prolongée, que je désirais d’être dans ce moment endormi dans la maison la plus mal cons-

Pas un sujet n’y fut discuté ; pas une idée suggérée qui fut susceptible d'aucun résultat utile ou agréable ; pour tout autre que pour euxmêmes. Je fus obligé d'attendre dans cette pé-

nible situation jusqu’à onze heures : alors toute

truite, plutôtque de me trouver en pareil lieu.

LETTRE. Il. 29

la sociéte se leva d’un consentement mutuel et spontané , mais non sans prendre un nouveau rendez-vous pour la soirée suivante, pour leur édification générale et pour la prospérité du commerce du tabac. Il est inutile de vous assurer que je ne me trouréral point À cette nouvelle réunion.

26 LETTRE Ill.

Situation de Quévec, — Ses belles apparences

extérieures. — Citadelle. —Cap du Diamant. . 4 — Édifices publics de Québec. — Château de :

St.-Louis. — Cathédrale de l’église catholique 4 romaine. — Temples du culte protestant. — la Palais de justice. Collège des Jésuites. — 4 | L'Hôtel-Dieu. —Le Couvent des Ursulines. b — Le Palais de l'Évêque. — Les Barraques. :

.— Statue du général Wozr. — Origine du jh.

, mot Québec. — Population de cette ville. k Quesec est sous le 46° degré 48 minutes de 4

latitude nord , et 71 degrés 11 minutes de longitude à l’ouest : il est heureusement situé

sur les rivières de Saint-Charles et de Saint- Laurent , immédiatement à leur confluent.

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