‹ Cinq années de résidence au Canada [microforme]Chapitre 10 sur 32 · À TS · texte numérisé non relu

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cédées par la couronne, sont possédées librement , et ne sont soumises à aucun titre oncreux ; mais, dans la provinceinférieure , toutes les terres concédées par les Rois de France, son sujettes à des redevances féodales.

Dans les premiers temps de l'établissement de la colonie , de grandes concessions de terre, appelées seigneuries, furent faites aux officiers de l’armée ou à d’autres personnes jouissant d’un assez grand crédit pour pouvoir les obtenir. Ces seigneurs étaient en général des nobles peu riches, qui, étrangers à l’agriculture, et peu propres à ses paisibles travaux, ne furent jamais bien disposés à entreprendre par eux-mêmes la culture de leurs vastes possessions en Canada. En conséquence, ils concédèrent une grande partie de leurs terres aux militaires qui témoignérent l'intention de se fixer dans le pays, et à d’autres émigrans qui leur étaient favorablement recommandés. Chacune de ces concessions était de 240 acres3 elle commençait au rivage du Saint-Laurent sur un front de 5 acres et s'étendait en profondeur, dans l'intérieur, l’espace d'environ 80 acres. Les conditions attachées à ces conces-

32 LETTRE XXHI.

sions furent que le seigneur recevrait à perpétuité une redevance composée d’une petite rente annuelle d'environ 2 8. 6 d. à 5 s. et de quelques articles de consommation tels que une paire de poules, une oie, ou un boisseau de blé. Les tenanciers furent, en outre, obligés à porter leurs grains au moulin bannal de leur seigneur où on prélève le 14.° pour droit de mouture. La grande majorité des Canadiens possèdent leurs terres de cette manière ; mais il y a beaucoup de propriétés tenues à d’autres titres, particulièrement par bail emphytéotique ou bail à long terme, de 20, 30, 4o ans ou plus, et pour lesquelles lestenanciers paient également une petite rente annuelle.

Mais la condition la plus onéreuse, imposée aux tenanciers Canadiens, est celle qui les oblige à payer au seigneur ce qu'on appelle lods et ventes ou droits d’aliénation pour toutes mutations. des propriétés tenues en roture. Par cette loi, si un domaine change de propriétaire uné demi-douzaine de fois dans l’année , le seigneur a le droit, à chacune de ces mutations , de recevoir le douzième du prix de la vente ; lequel douzième doit être payé par l'ac-

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quéreur , indépendamment du prix qu'il est convenu de payer au vendeur ; pouréviter toute possibilité de fraude à l'égard du seigneur, celui-ci a la faculté d'acheter lui-même la propriété au prix stipulé entre les parties , s’il suppose qu'il est au-dessous de la valeur réelle du domaine : il peut exercer ce privilège dans les quarante jours qui suivent la notification qui lui a été faite de la vente.

On appelle fief un domaine possédé sous condition de foi et hommage, et de certains droits que le tenancier doit payer au Seigneur dont iltient le fief. Ces droits sont /e quint et le relief. Le premier est le cinquième du prix d'achat, et doit être payé à chaque mutation de propriétaire par vente ou de toute autre manière équivalente. Le seul cas où la propriété est exempte de ce droit est celui où elle change de propriétaire par voie de succession en ligne directe : l'acheteur qui paie le quint immédiatement, a droit au rabais ou à la réduction des deuxtiers.

Le relief est le revenu d’une année, dû au seigneur pour certaines mutations. Par exem-

ple, lorsque le fief échoit à un vassal par suc- Tour IT. 5

cession en ligne direste , il ne doit au seigneur que la prestation de foi et hommage. Mais lorsqu'il tombe en ligne collatérale, le nouveau propriétaire doit payer la redevance , au moment où il prend possession du domaine qui lui est échu de cette manière par la mort de l’ancien tenancier. Pour prévenir toute fraude , le seigneur féodal a aussi le droit de prendre le domaine, pour lui-même, au prix où le nouveau propriétaire en a porté l'estimation. La succession des fiefs est différente de celle des terres tenues en rôture ou vasselage. Dans les premiers , le fils aîné, s’il y en a plus de deux, a droit à la propriété du château ou principal manoir , avec un acre de jardin adjacent, la moitié des terres avec tous les moulins , pressoirs et fours qui existent sur tout le domaine. Le reste de la propriété est également partagé entre tous les enfans , s'ils sont plus de deux. Mais s'ils ne sont que deux, l'aîné a droit aux deux tiers des terres , outre les autres avantages ci-dessus spécifiés. Le plus jeune à le tiers restant. Si le fils aîné meurt sans postérité , le second ne succède pas à sa portion : elle est partagée également entre les héritiers survivans. |

En Canada, un homme marié ne peut disposer de ses biens sans le consentement de sa femme qui, par son contrat, acquiert des droits à la moitié des biens actuellement possédés par son époux et de tous ceux qui pourront lui échoir par succession en ligne directe. C’est ce qu'on appelle /e douaire coutumier, pour le distinguer du douaire stipulé qui est une somme d'argent quelquefois énoncée pour tenir lieu du douaire coutumier. Si la femme survit à son époux , elle ne peut point disposer de son douaire qui doit revenir aux enfans du pretier mari.

Cette communauté de biens entre époux à souvent des conséquences très-fâcheuses. Lorsque la femme meurt sans tester, les enfans ont le droit de réclamer la portion de leur mère dans les biens de la communauté, quelque avantageux qu'il pût être que le père en conservât la gestion pour que les plus jeunes branches de la famille pussent être convenablement élevées et entretenues.

Il n’y a point de sûreté à acheter une propriété en Canada, à moins que la vente ne

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dont la notification de vente dégage l'immeuble

de toutes charges, et garantit la validité de

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Lois et gouvernement du Haut Canada. —

Description de la chambre des représentans. Lune

Elections. — Anecdotes. — Parlement provin-

cial plus respectable que dans les premiers

temps.—Cour du banc du Roi.—Cour des dis-

tricts. —— Cour des requêtes. — Caractère gé-

néral des Jurés.— Justices de paix.

Dans le Haut Canada, la forme du gouvernement est absolument la même que dans la province inférieure.

Le Conseil législatif consiste à présent en dixsept membres, nommés comme dans le Bas- Canada par mandement du Roi, que je présume être donné sur Ja recommandation du licutenant-gouverneur. Les membres de cette assemblée sont les citoyens les plus respec-

tables de la province, à l'exception des membres du Conseil exécutif qui tiennent exactement le même rang dans la société. On donne aux uns et aux autres le titre d'honorables ; et c'est peut-être la seule réunion d'hommes, dans le pays , qui ne dégradent point ce titre. Ce sont non-seulement des hommes instruits et jouissant d'une honnête fortune , mais encore des hommes qui ont acquis une réputation d’intégrité, justement méritée.

Le Conseil exécutif n'est composé que de six membres dont la plupart sont aussi membres du Conseil législatif.

La chambre des représentans ou communes est composée de quarante membres. C’est un assemblage bigarré d'hommes de toutes les nations , de tous les états et de toutes les profes-' sions , depuis le noir forgeron jusqu’au subtil jurisconsulte. Pour un Européen habitué à considérer les membres d’un parlementcomme des hommes du rang le plus distingué, réunissant une fortune considérable à des talens éminens, ia chambre des représentans du Canada présente un. aspect ridicule , et ne peut éveiller dans l'âme aucun de ces sentimens

patriotiques que doit inspirer la certitude vivre sous une législature éclairée. En Canada, au lieu d'hommes distingués par leur rang, leur fortune ou leurs talens , vous trouvez des forgerons , des tailleurs, des cabaretiers et des légistes débattant les graves et importans intérêts de l’État, dans un langage embelli par les expressions techniques de leur profession. Quelquefois la mâle éloquence d’un moderne Vulcain retentit à vos oreilles de la manière la plus bruyante ; d'autrefois l’éloquence tribunitienne d'un humble tailleur vient les frapper de sa voie efféminée dont les sons mal articulés permettent à peine aux auditeurs placés à la barre, desuivre le fil de son discours. La discus-

sion est continuée par l’aubergiste de La J'arre-

tière ou de toute autre taverne, dont le langage obséquieux et la santé florissante ne peuvent manquer de donner aux spectateurs une haute idée deses talens. Enfin se présente par intervalles l'insinuant légiste, habitué à substituer des sophismes à des raisons, mais qui toujours zélé pour maintenir les formes et les privilèges de la chambre en devient le véritable chef.

Dans la grande Bretagne et l'Irlande , les

4o LETTRE XXII.

talens littéraires, l'influence des familles , la protection du gouvernement, sont les seuls moyens sur lesquels un homme puisse asseoir l'espérance fondée de représenter ses compatriotes dans cette honorable chambre, le Sénat Britannique. Mais en Canada , les talens littéraires sont rares ; et si on les rencontre, ils sont rarement appréciés à leur juste valeur ou considérés comme des qualités essentielles pour bien remplir les fonctions publiques. Quant à l'influence des familles ou à la protection du gouvernement, dans un pays où peu de personnes peuvent faire remonter leur généalogie au-delà du lieu de leur naissance et où le gouvernement s'occupe peu du bien-être des habitans , je ne pense pas que l’une ou l'autre de ces circonstances puisse être d'une grande importance. Sion demande par quels moyens un gentleman du Canada peut obtenir d’être placé parmi les représentans du pays , c'est la question que j'ai faite moi-même à un homme fort instruit du véritable état des choses ; ct voici sa réponse qui, quoique risible, n’était certainement pas dénuée de probabilité. « 1] arrive en x général, me dit-il, que dans chaque comté

» quatre ou cinq individus se présentent comme »candidats. Ce sont ordinairement des mar- »chands du pays, des avocats de village et des »cabaretiers. Si un marchand qui fait libérale- »ment crédit à ses pratiques monte sur les » bustings, il est certain d’être élu. Mais s’il ne »s’en présente point, les francs tenancierschoi- » sissent invariablement l'homme le plus inepte » du pays, se consolant par l’idée que s’il n’est » pas en état de faire le bien , ilest également »incapable de faire le mal. » Cette réponse , quelque singulière qu’elle puisse paraître , est probablement la meilleure qu’on puisse faire à la question. Car si les propriétaires du Haut et du Bas-Canada n'étaient pas influencés par quelques idées extraordinaires , relatives à la législation, la plupart des individus qui composent les corps représentatifs de ces provinces seraient restés chez eux pour y vendre leur eaude-vie, pour habiller leurs pratiques ou pour apprendre leur alphabet ; occupations beaucoup plus conformes à leurs précédentes habitudes et plus analogues à leurs connaissances, que le poste éminent de législateur.

Ï y à cependant quelques membres de la

chambre d'assemblée dans le Haut-Canada, dontle savoir etl’éloquence honoreraient même le parlement britannique. Je citerai entr'autres et au premier rang l’attorney général etle docteur Baldwin , Irlandais de naissance et jurisconsulte de profession.

Les élections dans le Haut-Canada se font d'une manière fort extraordinaire : j'ai assisté à une ou deux, et je m’amusai beaucoup de la variété des sujets qui paraissaient fixer l’attention des candidats. Chacun d'eux devait donner un échantillon de ses talens oratoires, avant que l'élection ne commençât. En écoutant ces discours d’inauguration , un étranger est bientôt instruit des dispositions et de la position personnelle des divers compétiteurs. Le premier qui se présente pour prendre la parole commence ordinairement par tracer une légère esquisse des traits les plus frappans de la vie et du caractère de ses antagonistes : si leur père a parfois dérogé à la loyauté , si leur mère a eu quelque faiblesse, l'orateur ne manque jamais d’instruire ses constituans de toutes ces circonstances, sans le moindre déguisement.

Ses concurrens, à leur tour, ne manquent pas à

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LETTRE XXL. 45

Jui rendre la pareille et à décharger sur lui une volée bien complète de scandales, disigée nonseulement contre l’audacieux orateur, mais encore contre ses parens, quoique étrangers à ces débats, et contre tout individu absent ou présent qui a le malheur de lui appartenir à quelque degré que ce soit. Après midi, ils vont diper ensemble et boire le wiski , sans qu'il soit fait aucune mention de ce qui s'est passé le matin ; et la soirée se passe généralement de la manière la plus gaie.

On assure que les candidats à une place dans le parlement provincial , sont dans l'usage d'étudier leur discours plusieurs jours avant l’élection, en soignant fort attentivement leur langage et leurs gestes. Malheureusement , il paraît que le succès ne répond pas à leurs efforts.

Quelques jours avant l'élection qui eut lieu à la mort du dernier roi , un aubergiste , dans le comté de W........h, qui se proposait de se présenter comme candidat de son canton, fut remarqué par ses voisins montant et descendant dans sa maison, étendant alternativement

‘les bras et prononçant un grand nombre d’ex-

pressions incohérentes. Après l’avoir observé

quelque temps dans ses mouvemens extraordinaires, un gentleman, pensionnaire dans cette maison, et de qui je tiens cette anecdote, commença à concevoir quelques craintes que son hôte ne fût dans un état d’aliénation mentale. Plein de cette idée , il se détermina à le surveiller attentivement. L’apercevant un jour se diriger vers les champs, et soupçonnant d'après sa conduite , qu’il pouvait avoir conçu quelque dessein sinistre contre sa propre per-

sonne, il le suivit à une certaine distance, ayant.

soin cependant de se cacher autant qu'il était

possible, en se tenant sur la lisière des bois. Ce

jeune homme éprouvait une violente inquiétude

qu'augmentaient à chaque moment les gestes extraordinaires de son hôte qui avançait len-

tement, en prenant mille attitudes ridicules et employant une grande variété d’expressions les plus burlesques. Il résolut de s’en

rapprocher le plus qu'il lui serait possible, sans.

en être vu, afin d’être plus à portée de prévenir un acte violent qu'il se croyait bien fondé à appréhender, d’après les symptômes toujours croissans de démence qu'il apercevait.

Au boutde quelque temps , il parvint à se ca-

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cher derrière une meule de foin, De là il put distinctement entendre les discours du moderne Démosthène, qui, aussitôt qu'il eut atteint une éminence assez élevée pour pouvoir dominer sur les têtes de ses nombreux et respectables auditeurs , adressa aux arbres d’alentour les expressions de sa pompeuse éloquence , les exhortant à écarter toute prévention, tout esprit de parti, et à ne s'occuper qu'à faire de bons choix, etc. ete. Son ami ne put retenir plus long-temps un violent éclat de rire, et se montrant tout-à-coup à notre orateur étonné , illui déclara que les troncs inanimés l’avaientécouté avec beaucoup d'attention et qu'aucun n'avait élevé la voix pour le contredire. « Ainsi , lui dit-il, d’après le principe: »qui ne dit rien consent, vous devez être »trés-satisfait, et vous ne devez pas douter que » tous les arbres de cette forêt ; depuis l’érable »jusqu'au peuplier, n'aient la plus haute idée » de votre capacité pour être leur représentant »et ne vous appuient de tout leur pouvoir. »

On peut aisément juger de l'effet que fit sur le diligent candidat cette apparition inattendue.

Elle le guérit radicalement de la manie parlementaire.

Le parlement du Haut-Canada est néanmoins plus respectable aujourd’hui qu'il ne l'était il y a vingt ans ct même dix ans ; mais il y a beaucoup à désirer encore , pour qu'on puisse regarder comme fort honorable d'en faire partie. Chacun de ses membres reçoit deux dollars par jour pendant que dure la session ; et en outre, une certaine somme pour indemnité de route, que je crois fixée à raison de dix schelings pour vingt milles de distance. Cette dépense est payée par une taxe directe, et quoiqu'’elle ne s'élève pas au-delà de six pences pour chaque propriétaire , on la considère comme une charge tres-onéreuse. Elle est néanmoins inévitable ; car je suis fortement porté à croire que, si cetteindemnité n'était pas allouée, on ne trouverait pas, dans toute la province, douze personnes qui voulussent se charger des fonctions de représentans. Les habitans mènent une vie trop occupée et trop active, pour employer leur temps et leur argent à faire des lois, sans recevoir quelque compensation équivalente ; et d'ailleurs, la plupart d’entre eux.

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LETIAS XXI. 47

s'ils ne recevaient pas cette netite rétributiou, seraient hors d'état de pourvoir aux dépenses qu'entraine leur déplacement.

Jusqu'en 1820, les débats n'étaient pas publiés ; mais depuis cette époque, deux Irlandais Caray et Colins, excellens sténographes, ontété employés, moyennant unsalaire annuel, à rapporter, réviser, corriger et publier les discours.

La justice civile est administrée , dans le Haut-Canada, par une cour du banc du Roi, composée d’un chef de justice , ou président , de deux juges, d'un attorney (procureur) , et d’un solliciteur général ; une cour de district, que préside un seul juge ; et une cour des requêtes , où les magistrats prononcent sans l’assistance d'aucun avocat.

La cour de district se tient tous les trois mois dans la ville chef-lieu, et da œour des requêtes, une fois par quinzaine dans chaque canton. Les juges de district reçoivent leur commission du grand sceau de la province , et sont généralement choisis parmi les magistrats. Ils sont autorisés à prononcer sur toute matière de contrats , depuis 4o schellings, jusqu'à 15 livres

48 LETIRE XXII.

sterling, et même jusqu'à 4o livres, lorsque la valeur de l'objet en litige est déterminée par un acte, ou convenue entre les parties. Il en est de même pour tous les dommages relatifs aux propriétés qui n’excèdent pas 50 livres sterling ; lorsque le titre de la possession n’est pas mis en question. Les juges , qui sont très-rarement jurisconsultes , sont assistés par un jury : leurs décisions ne sont pas cependant toujours fort judicieuses ; et quoiqu’on puisse en appeler à la cour du banc du Roi, il arrive assez souvent que le bon droit n'obtient pas justice. Là, comme partout ailleurs, les frais de justice sont exorbitans , et excèdent souvent la valeur du principal.

Les magistrats sont assez nombreux en Canada , et ont droit à une rétribution pour toutes les fonctions qu'ils remplissent en vertu de leurs offices. Dans plusieurs parties Ce la province, leurs emplois sont fort lucratifs : sur dix mariages célébrés dans le Haut Canada , neuf le sont par ces savans dispensateurs des lois ; et quoique la somme allouée légalement pour ces actes ne soit que de cinÿ schellings , ils perçoivent, en général, depuis trois jusqu'à cinq

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LETTRE XXII. 49 dollars. Si cependant il existe un ecclésiastique de l’église établie dans un arrondissement de dix-huit milles, du lieu de la résidence des deux époux, le magistrat ne peut, dans ce cas, célébrer le mariage sans violer les lois du pays. Les personnes qui ont l'intention de se marier devant lemagistrat, doivent lui en donner avis, au moins trois semaines avant le jour fixé pour la célébration. Lorsque le magistrat a reçu cet avis, il doit en faire lui-même la notification au public, en la faisant afficher pendant trois dimanches ou jours de fête consécutifs, à la porte de quelque édifice fréquenté.

Il revient à un magistrat six pences, pout toute citation en matiere civile ou criminelle ; pour un mandement revêtu du sceau, cinq schellings; pour un jugement exécutoire, donné en la cour des requêtes, quatre schellings.

Mais l'argent est le seul avantage que les magistrats retirent de leurs offices. Ils ne peuvent acquérir aucune influence dans un pays où règne une si grande égalité, et où tout citoyen, quelle que soit la modicité de sa fortune , s’apprécie autant que son voisin , fût-il revêtu des

plus importantes dignités. D'ailleurs , il est rare J'OME Al. A |

Do LETTRE XXI

«uclaconsidération s'attache aux hommes dont lerang éminent ne sert qu’à exposer leur ignorance au ridicule, et à faire ressortir plus évidemment leur déplorable inaptitude aux fonctions qu'ils sont appelés à remplir. Dans tous les pays, et plus particulièrement dans le Canada, où le pouvoir des magistrats est si grand, et leurs fonctions si étendues et si variées , ils devraient posséder la plus profonde instruction, ct être doués d'une inflexible intégrité, et malheureusement on ne peut que trop citer d'exemples contraires. cul H est à remarquer, et c'est une circonstance assez extraordinaire ,'que’, dans presque tous les districts du Canada, il y a peu de personnes dont la nomination à une place de juge-depaix puisse ajouter quelque relief à lamagistrature du pays : cela vient de ce que le gouvernement paraît déterminé à n’employer dans le département civil, comme dans le militaire, que des hommes qui lui soient entièrement et servilement dévoués , quelles que soient d’ailleurs leur existence et ieur moralité.

ous Cand, , ils iOD >; , et citer

ance is les nnes e-deistrauverns le aire »

ent et d’ail-

Maœurs et coutumes des habitans du Keut- Ca.

nada. — Population. — Amalgame curieux de

différens peuples. — Aïécdotes et conversa-

tions car: ‘":sliques. — Aspect que pré-

sentent les hommes et les femmes. — Goîtres.

— Maœurs des premières classes de la société.

La population du Haut-Canada , d’après le relevé quien a été fait en 1821 , par les secrétaires des différentes villes , s'élevait à 122716 âmes. Mais comme la plupart des recensensemens n'étaient pas complètement achevés , sur: tout dans les nouveaux territoires, et que depuis il est arrivé dans ces contrées un grand nombre d'émigrans, il est probable que cette province

peut compter en ce moment 159,000 habitans, sans y comprendre les Zndiens et les militaires. En 1783, on ne comptait pas dans le Haut-Cana:.« plus de 10,000 blancs.

= Îlest fort remarquable que , quoique la population actuelle de cette belle province soit composée d'émigrans de presque toutes les nations européennes , et de tous les états de l'Amérique Septentrionale, il existe très-peu de différence dans Jeurs mœurs , leurs habitudes et leur genre de vie. Allemands, Hollandais, Français, Anglais, Écossais et lrlandais , après un petit nombre d'années de résidence en Canada, oublient leurs coutumes et leurs préventions nationales, et deviennent presqu'entiérement semblables au peuple d’Amérique , auquel ils sont venus s'amalgamer.

Aussitôt qu'ils arrivent en Canada, ils commencent à prendre un air d'importance , et paraissent complètement honteux du maintien modeste qu'ils avaieut en débarquant , et des usages de leur pays natal. Les notions les plus

absurdes d'égalité et d'indépendance s’empa- .

rent à l'instant de leur esprit irréfléchi , et y répandent leurs vertiges. À mesure qu'ils voya-

gent dans les provinces et se mêlent avec les habitans , ils entendent décrier et tourner en . ridicule les dialectes et les coutumes de leurs nations respectives , tandis que ceux del’Amérique, républicaine ou monarchique, sont constamment défendus et vantés. Ainsi la chose qu'ils regardent comme la plus essentielle dans la nouvelle carrière qui s'ouvre pour eux', est d'imiter tout ce qui est américain, et ils réussissent si bien à copier, sous ce rapport, les modèles dont ils. sont entourés, qu'avant d’avoir passé une seule saison dans leur nouvelle patrie, ils montrent l'ignorance la plus compdète et la plus ridicule affectation que l’on puisse jamais imaginer. Îls ne conservent pas même la plus légère trace de la simplicité native et des manières modestes qu'ils avaient en Europe. Il faut que tout cède en eux à l'influence et à la contagion de l'exemple. La vanité américaine prenant la place de la timidité étrangère, la fait bientôt disparaître. Ils s'occupent sans relâche à acquérir la connaissance des droits de l’homme, des justes principes. d’égalité , de la vraie nature de l'indépendance ; en un mot, de tout ce qui peut caractériser un

Américain : c'est ainsi que bientôt ils renoncent aux usages reçus dans la société, et même à la politesse qui doit y régner. Il n’est même que trop cen ‘un de les voir oublier, dans ces contrées , les règles de la probité. J'ai souvent été très-égayé, en voyant une douzaine de montagnardsIrlandais ou Ecossais, qui dans leur patrie se nourrissaient des alimens Îles plus grossiers, excepté en une ou deux occasions dans l’anné , à l’époque de quelque fête privilégiée, assis en Canada autour d’une table qui gémissait sous le poids d'excellentes confitures et de beaux fruits, et en faire les honneurs avec toute la civilité d’aldermans nouvellement élus. |

Peu de temps après mon arrivée en Canada, et par conséquent à une époque où tout ce que je voyais devait , dans la situation de mon âme, produire en moi la plus profonde impression , j'étais tout yeux et tout oréilles, pour observer attentivement des scènes de cette espèce , et je pris note exacte de la conversation qui se tint pendant un repas. Je vais vous la rapporter pour vous procurer quelques instans d’amusement , lorsque vous n'aurez rien de

On me ime ans ouine ans les caête tantes les

ans

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mieux à faire. Le lieu où elle se tint était un hôtel dans le district de Londres. La société consistait en trois Irlandais, un Écossais , un individu originaire du Yorkshire , et un véritable Yankee : lorsqu'on eut annoncé le diner, tous les convives prirent leur place sans cérémonie : M. À... M. B... et M. GC... , car telles sont les initiales des’surnoms de nos compatriotes , s’assirent à un des côtés de la table, tandis que Jonathan, Sawnay, et John Bull, occupèrent l’autre côté. Les deux bouts de la table restèrent vides. Le diner consistait enun cochon de lait rôti, une paire de poulets bouillis,

- un morceau de bœuf froid, ur nâté aux pom-

mes, unc tarte à la groseille, avec du thé et des gâteaux de différentes espèces.

M. À... fut prié de découper le jeune cochon; et M. B., les poulets.

— M. À.,messicurs, voudriez-vous permettre que je me procure la félicité de vous servir un morceau de porc frais.

— M. C. Si vous voulez bien être assez bon pour m'en donner un morceau , je vous en aurai, Monsieur, beaucoup d'obligation.

— M. A. Dites-moi, je vous prie, Monsieur,

quelle est la partie que vous aimez le mieux ?

— M. C. Un morceau de tilet, si vous n'avez pas d’objection contre ma demande.

Pour servir M. C. suivant son goût, M. A.

fut obligé de faire usage de toute son habileté, parce qu’il n’avait pas encore découpé les membres du cochon; mais après l'avoir tourné et retourné au moins cinq ou six fois , il le plaça sur le dos et parvint à enlever un très-beau morceau de filet qu’il mit sur l'assiette de M. C. ; mais ce ne fut pas sans avoir fait jaillir une honnête portion de jus au visage du citoyen du Yorkshire : celui-ci, avec plus de politesse réelle que beaucoup d’autres n'en eussent montré en pareil cas, porta, sans s'émouvoir, son mouchoir à ses yeux, et pour m'exprimer en poëte , il sourit comme un jour d'avril à travers ses larmes. | |

M. À. pour expier sa faute, s’adressa au moderne John Bull , et le pria instamment de lui faire connaître s’il désirerait un morceau de cochon.

Noa ! noa! s'écria-t-il ; j'importunerai M. B. pour obtenir un morceau de ces poules bouillies. A

frère

ceau il le désir

Le

fut se

fut servi sur-le-champ.

M. B. Quel morceau désirez-vous ? Monsieur.

L'Anglais. — Le haut de l’aîle, Monsieur, si vous n’avez pas d'objection.

M. B. lui servit seulement l'aileron, quoiqu’il fùt très-évident qu'il désirait un morceau beaucoup plus substantiel.

Le tour de l'Écossais vint ensuite. M. A. le pria de lui faire connaitre ce qu’il désirait avoir.

Je veux avoir un jambon de votre cochon, dit Sawnay, avec la plus grande impatience, en étendant sa main gauche à travers la table, pour présenter son assiette, tandis que son épaule s’appuyait sur le bœuf froid.

Pendant tout ce temps , lé Fankee, négligeant toute cérémonie , se régalait de bœuf et depâté de pommes. |

Lorsque tout le monde fut servi , et que le frère Jonathan eut presque achevé son dîner, M. B. lui demanda s'il voulait un petit morceau de volaille ; et sans attendre sa réponse , il le pria de lui faire connaître la partie qu’il désirerait recevoir.

Le Colombien lui demanda l'estomac qui lui

55 LETTRE XXLV.

Les pâtés et les tartes eurent ensuite leur tour, et lorsque tout fut consommé, on commença à servir le thé, et M. À. s'adressa ainsi à M. B.

— Voudriez-vous me permettre de vous servir une tasse de thé. C’est une chose délicieuse après un diner fait cordialement. Je crois que sans ce précieux liquide, j'aurais été sous terre une demi douzaine d’années , avant d'arriver en Amérique. — Cependant si on eût bien su la vérité, nous aurions pu apprendre qu’il n'en avait pas bu une seule goutte avant son arrivée en Canada.

La conversation se dirigea alors sur les émolumens des ouvriers de métiers; parce que M. À. et M. B. étaient tailleurs de profession, et que par conséquent ce sujet devait vivement les intéresser. L’honnête John Bull qui seul était resté aussi simple dans son maintien et dans son langage que le jour où il avait quitté son pays, n'était pas grand amateur du Canada, ou du moins de ses habitans. D’après cela, il soutint fortement que les hommes n'étaient pas mieux payés en Amérique qu'en Ansleterre , malgré tout l’étalage avec lequel on

leur comh ainsi

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vantait les fortunes à faire dans le Nouveau- Monde.

M. C. répondit : Je calcule , ( car à cette époque ils avaient tous pris l’habitude de calculer et de présumer, quoique fraîchement importés dans le pays ), je calcule , Monsieur l'Anglais, qu’en ce moment vous allez peutêtre un peu trop vîte. Car , à ma connaissance certaine , il y a ici des Gentlemen , M. À. et M. B. , à qui il a été offert aujourd’hui cinquante schellings par semaine, avec la table, le logement et le blanchissage; et tout cela chez M. Roger O’Flanaghan, maître tailleur, le plus honnête homme qu'on puisse rencontrer.

Les valeureux chevaliers de l’Aiguille ayant été questionnés pour savoir pourquoi ils n’acceptaient pasune offre aussi généreuse , répondirent avec le plus grand sang-froid , qu'en examinant les chambres dans lesquelles ils devaient coucher, ils avaient vu que l’une d'elles était sans tapis, et que dans l’autre, il n’y avait ni cuvette, ni pot à l’eau, ni table de toilette.

L’attention de la compagnie se porta ensuite sur d’autres sujets. Après quoi John Bull et frère Jonathan se séparèrent des autres con-

Go LETTRE. XXIV.

vives, non sans avoir acquis la conviction intime de l'impcrtincnte vanité de mes compatriotes.

De tous les êtres insignifians qui surchargent la terre du poids de leur inutilité , un émigrant Irlandais sans éducation est bien certainement le plus insupportable, le moins aimable, et cependant le plus prévenu en sa faveur ; c'estun parfait modèle de l'affectation la plus ridicule. Vous devez néanmoins observer que je ne veux parler ici que des basses classes,

Les hommes, dans le Haut-Canada, sont en général d’une taille haute, légère et bien proportionnée. Leur teint, quoique un peu plus blanc que celui des Indiens, leurs voisins, ne l'est pas autant que le nôtre. Leurs traits sont bien dessinés , mais entièrement dénués d'intelligence et d'expression. Endurcis à la fatigue dès leur enfance, et toujours accoutumés à travailler en plein air, ils sont très-actifs et d’une force athlétique. Ils diffèrent peu des Anglais dans leur habillement , excepté dans la basse classe. (Caril y a dans le pays deux classes bien distinctes.) Ils portent toujours de longs pantalons, au lieu de culottes.

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trer fois

Les fermes sont en général au-dessus de la taille moyenne : leurs formes sont légères , mais sans élégance. Elles sont d’une pâleur extrême ; et quoique quelques-unes aient de beaux yeux noirs, il en est peu qui puissent se vanter de posséder ces charmes irrésistibles qui maîtrisent les cœurs et captivent les affections. Elles se marient presque au sortir de l'enfance , et ellesmontrent souvent des symptômes de vieillesse, avant d’avoir atteint l’âge de trente ans. Même à vingt-cinq ans et quelquefois avant, elles ont l'œil morne et le regard abattu. Leur conversation , si on peut dire qu’elles en ont une , n’est jamais intéressante, etn’arien qui dédommage de l'absence des agrémens physiques qui leur manquent. A peine peut-on trouver dans le pays une femme de vingt ans qui n'ait pas perdu la moitié de ses dents , et qui puisse espérer de conserrer longtemps l’autre moitié. Elles sont aussi très-sujettes à des tumeurs au cou , ordinairement appelées goîtres. On dit que cette fâcheuse maladie prend sa source dans le fréquent nsage de l’eau de neige. Mais comme les habitaus des contrées voisines des glaciers, qui ne boi-

vent que de cette eau, ne sont cependant pas affectés de ces tumeurs, il paraît qu'on ne doit point attribuer les goîtres à cette cause.

Guthrie dit que les habitans de Naples, ceux de l’île Sumatra, de Putna et de Purnéa dans les Indes Orientales où la neige est entièrement inconnue, sont tres-sujets aux goîtres.

S'il en est ainsi , il est évident que cette maladie doit avoir une toute autre cause. Plusieurs personnes pensent que dans le Canada,comme dans les autres contrées mentionnées par Guthrie , l’eau est imprégnée de certaines particules délétères qui engendrent les goîtres. Cettethéorie est néanmoins susceptible de réfutation. Car si l’eau en était la cause réelle, les hommes qui en boivent quatre fois plus que les femmes seraient également affectés de cette maladie, ce qui n’a point lieu. Vous devez donc, si vous êtes curieux d’éclaircir ce point, vous adresser à quelques personnes d’un jugement plus compétent que votre correspondant. Il me reste seulement à remarquer que, chez les personnes affectées de cette infirmité , le cou enfle d’une manière prodigieuse , mais sans aucune douleur ; et qu'elle n’a d'autre fâcheux

effet que celui de défigurer la malade; et par cela même de lui être infiniment désagréable. Je crois devoir transcrire ici les remarques faites à ce sujet par le professeur Dwight, pendant ses voyages. À

« Parmi les maladies existantes en Canada, il en est une qui doit être essentiellement attribuée à la nature même du pays, et non pas uniquement au peu de temps d’où date son défrichement. On l'appelle en Suisse , goître, ou hernia gutturis. J'ai appris par l'honorable Uriah Tracy , récemment nommé Sénateur des États-Unis par le Connecticut, que cette maladie est assez répandue duns une grande partie des régions qui se trouvent au nord de l'Ohio et à l'ouest des montagnes Alleghany. M. Tracy fut employé par le gouvernement américain dans une mission importante qui le mit dans la nécessité de parcourir et de visiter une grande partie de ce pays. En conséquence, il traversa la Pensylvanie en passant par Pitishourg et Presqu'tle. Là il s'embarqua sur le lac Erié, pour se rendre à Détroit. Puis il alla à Michilimackinac, ct ensuite au lac Supérieur. De Michilimackinac, revint la crique de Buffalo , etse

dirigea vers Ælbany par le grand chemin dé l'est. Dans cette excursion, il trouva que les goîtres étaient très-nombreux dans les plus an-

ciens établissemens ; qu'ils l'étaient moins dans

les nouveaux ; mais qu'ils existaient à différentes distances dans toutes ces régions. :Plusieurs autres personnes m'ont confirmé le récit de M. Tracy. Je regarde comme certain que cette infirmité existe entre Buffalo et Utica, non pas peut-être dans tous les territoires , mais de manière pourtant à indiquer qu'elle est inhérente au pays. En 1709, il n’y avait dans la paroisse de Clinton que deux familles qui en fussent attaquées. À l'extrémité septentrionale du pont qui traverse ie Mohawk à Utica, il y avait en 1709, dans le territoire de Deerfield , une famille composée de dix à onze individus qu'on m'assura avoir tous des goîtres.

« Les personnes affligées de cette maladie ont, ainsi que cela est bien connu, des tumeurs au Cou, qui s'élèvent également sur le devant ou sur les côtés. Ces tumeurs sont de toutes les dimensions , depuis la plus légère protubérance , jusqu’à la grosseur la plus considérable ; elles sont accompagnées de roideur

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LETTNE XXIV. 6»

dans le cou, et d’une légère douleur habituelle'; très-fréquemment aussi d'un grand abattement. Les souffrances du malade s’ac-

- croissent par le froid, et presque par toutes les

autres infirmités. Les femmes sont plus sujettes à ces maladies que les hommes, et en souffrent

beaucoup plus. Ïl en est de même des personnes

d'une constitution faible et des enfans. Lorsque le goître est porté au plus haut degré , il devient une difformité très-pénible , non seule-

ment comme protubérance extraordinaire ,

mais encore en ce qu'il donne un aspect désagréable aux traits, surtout aux yeux, Cette difformité augmente ordinairement tant que le malade continue à demeurer dans le même lieu , ou à observer le même genre de vie qui l'a produite; mais s’il se transporte dans un pays où cette maladie n'existe pas, il m'est pas rare qu'elle diminue, et quelquefois même, qu’elle disparaisse entièrement.

« L'existence de cette infirmité dans une si grande étendue de pays. est, je pense, sans exemple dans le monde : si elle se propage généralement parmi les habitans de ces régions, elle devra nécessairement finir par affecter plu- Tome I 5

sieurs millions d'individus de la race humaine. Lorsque nous considérons l’importante vérité de cette assertion , et que nous nous rappelons en

même temps que cette maladie , dans ses plus

hauts périodes, a été jusqn'ici incurable, nous sommes bien fondés à concevoir de sérieuses alarmes pour l’avenir. Mais on doit espérer que la divine Providence, qui a si merveilleusement détruit, par la découverte de l’innoculation de la vaccine, les justes terreurs qu'inspi- rait la petite vérole, daignera également nous découvrir des remèdes propres à faire disparaître cette affligeante maladie. »

Dans le Haut-Canada, la société se divise en deux classes : la première se compose d'hommes de différentes professions , négocians , officiers civils et militaires, membres du parlement provincial ; et la seconde, des fermiers et des ouvriers , artisans ou laboureurs, qui s'associent ensemble en toutes occasions, sans distinction entre eux.

La première classe s'habille exactement de la même manière qu’en Angleterre. Mais les hommes sunt beaucoup moinsinstruits, et les femmes n’ont pas les manières aussi disinguées;

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elles aiment beaucoup à se trouver dans les assemblées publiques, et paraissent prendre peu d'intérêt aux petites réunions de société. Dans l'hiver , seule stison de l’année où on se fasse des visites en Canada, les bals par souscription sont fort à la mode. D’après cela, toute taverne dans le pays, fut-elle dénuée de tout autre agrément, à toujours une grande salle de bal à offrir aux amateurs. On nomme des commissaires pour une soirée seulement, où pour toute la saison. C'est à eux à envoyer les billets d'admission aux différens souscripteurs, à donner les ordres pour les différentes dispositions d'agrément ; à faire décorer conve-

‘ nablement la maison, et à recueillir le mon-

tant des souscriptions , dont le propriétaire de l'hôtel les considère toujours comme responsables. La souscription des hommes est en général de cinq dollars : les dames ne payent rien. Pour cette somrre , vous avez le droit de mener avec vous une partenaire et un domestique, et d’être pourvu de vin, de liqueurs , de thé, et d’un souper pour vous et votre belle compagne. Les arrivans , étrangers ou non, sont admis en produisant leurs billets sans au--

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