‹ Cinq années de résidence au Canada [microforme]Chapitre 11 sur 32 · EE F = ET · texte numérisé non relu

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cune présentation. Jusqu'à ce que la danse

commence . il règne un silence solennel dans toute l’assemblée : les honimes sont assis d’un côté, les femmes de l’autre. Il semble qu'il y ait entre eux une ligne de démarcation qu'on ne pourrait dépasser sans commettre un crime de haute trahison. Lorsque le signal d'ordre pour la danseestenfin donné, les hommes indiquent leur intention de prendre une partenaire, en se plaçant xaussadement devant leur belle antagoniste, ei faisant en même temps une inclination de té:c :i roide, que vous croiriez, au moment où celle se penche, que l’épine et la moelle du dos vont se séparer.

Ils paraissent aimer beaucoup les contredanses; et les dames semblent se défier les

unes les autres, pour formerles figures les plus

difficiles. Leurs danses ont peu de pas, et ces pas sont extrêmement simples. Lorsque le souper est annoncé, chaque cavalier donne la main à sa dame pour la conduire à table, et retourne aussitôt à la salle de bal, où ils attendent tous que les dames aient fini leur repas. Alors il se faitun échange d’appartemens, et les cavaliers soupent à leur tour sans être

dérangés par la présence des dames. Après le souper, les danses recommencent, et se terminent rarement avant que les ombres de Ja nuit soient dissipées , et que la belle aurore éveille la nature.

Les hommes de la première classe en Canada , sont d’une origine très-obscure, à quelques exceptions près, extrêmement rares ; le pius grand nombre ont fait fortune dans le pays, en commençant de la manière la moins relevée. Mais bientôt ils prennent un extérieur agréable ,etne le cèdent guère, ni pourla bonne mine, ni pour l'adresse, aux gentlemen qui habitent les campagnes de l’Angleterre ; quant aux femmes de cette classe, elles sont en général bien loin d'obtenir les mêmes succès, et d'acquérir autant de moyens de plaire qu’on en trouve chez les dames anglaises ou irlandaises qui ont reçu une bonne éducation. Un concours d’évènemens fortur.s peut exercer une grande influence sur l'extérieur des hommes , mais ne produit pas le mème effet sur les femmes. Lorsqu'une fois le maintien et les habitudes d'une femme ont pris une direction quelconque , c’est en général pour la vie; et au

milieu des vicissitudes et des changemens subséquens de situation, elle continue à conserver dans ses regards, dans ses gestes, quelque chose qui rappelle son origine, quels soins qu'elle puisse prendre pour la HA PA Ce n'est pas süns beaucoup de vérité, que le docteur Johnson a dit, qu'il était extrêmement facile de distinguer une femme dé qualité entre dix mille, dont l'origine serait obscure.

En Canada, on tient peu ou point du tout à la fortune pour les mariages , et comme il est très-rare que les parens gènent les inclinations de leurs enfans , les hommes etles femmes se marient très-jeunes, Une femme qui a le malheur d'atteindre sa vingt-cinquième année sans s'être présentée devant l'autel de l'hymen, est généralement considérée camme ayant passé le zénith de sa gloire, et ne conserve plus aucun droit aux attentions marquées de l’autre sexe. À cette période de la vie, la plupart des femmes Canadiennes se voient entourées d’une nombreuse suite d'enfans ; et pour dire la vérité , le beau sexe est tellement apprécié dans toutes les parties de l'Amérique, qu'une vieille fille yest considérée comme rara avis in terris,

et qu’on en trouve dans très-peu de maisons.

Sans l'importation des dictionnaires anglaisen Canada, cette désignation même y eût été à peine connue. Il est facile d'expliquer les motifs pour lesquels les femmes sont si recherchées dans ce pays. Tout homme industrieux peut y acquérir les moyens d'entretenir une famille dans l'aisance ; et la vie isolée d'un célibataire , dans un pays si peu habité, a non-seulement d'innombrables inconvéniens , mais encore est privée de toute relation sociale et de toute jouissance domestique. Il en résulte que tout homme qui à atteint sa vingtième année s'empresse de se marier. Le nombre des hommes émigrans, qui arrivent annuellement sur tüus les points de l'Amérique , comparé à celui des femmes , est, d’après un calcul modéré, dans le rapport dé trois à un. Les femmes sont donc des objets très-rares.,et très-recherchés dans le marché Canadien ; et la rareté d'un article quelconque (pour emprunter le langage mercantile), augmente nécessairement son prix , et souvent en augmente aussi la demande. Ainsi, quoique les femmes vaillent 75 pour cent de moins que nos belles compagnes

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européennes , elles sont mises à un plus haut prix, et infiniment plus recherchées. Quoique rarement exemptes des atteintes de la calomnie avant de se marier , on dit qu’elles deviennent de bonnes épouses, pour les époux indulgens qui n'ont pas de répugnance à partager avec leu-s voisins les affections de leur moitié.

‘En Canada, les hommes paraissent fort adonnés à la boisson. Les cartes et les courses forment leurs principaux amusemens.

Sur plusieurs points de la province, ils sont dans l’habitude de se réunir dans des tavernes où ils jouent fort gros jeu , et boivent sans modération , ne rentrant presque jamais chez eux sans être dans un état complet d'ivresse. Ils aiment beaucoup les liqueurs de la Jamaïque, l'eau-de-vie , l’absinthe , et ne font pas souvent usagé de vin ni de punch. Le grog et l’eau-devie pure sont leurs boissons ordinaires ; ils en boivent à volonté À toutes les heures du jour et de la nuit.

Suite des mœurs et usages du Haut-Canada.— Seconde classe de la société. — Les femmes. — Mariages. — Galanterie. — Leurs idées peu délicates sur la chasteté. — Anecdote. —

Complaisance extrême des époux.

Dans ma lettre précédente, je vous ai fait connaître les manières et les usages des hautes classes de la société canadienne ; je me propose,en ce moment , de vous entretenir de la classe inférieure, à laquelle, dans des régions plus civilisées , vous donneriez le nom de classe moyennè. :

Cette classe de Canadiens est extrêmement grossière : sa conversation est en général triviale , et même obscène. Je vais vous la dé-

el LETTRE XXVY.

peindre , et j'aurai soin de ne pas charger les tableaux.

La seconde, ou basse classe, ne diffère pas très-essentiellement de la première, dans ses usages et dans ses manières ; elle est moins instruite et plus curieuse : ceux qui la composent, se marient aussi très-jeunes. Par une loi de la province, lepère a droit au produit du travail de son fils, jusqu’à ce qu'il ait atteint sa vingt-unième année, époque à laquelle ilse considère comme dégagé de l'autorité paternelle : les femmes de la classe dont je parle, reçoivent une éducation très-peu soignée; elles sont extrêmement adonnées au plaisir, et occupées de leur toilette jusqu’à l’extravagance ; elles sont d'une propreté et d’une recherche remarquables pour tout ce qui tient à leur maison ; mais négligent leurs personnes, excepté lorsqu'elles vont faire des visites. Quoiqu'elles vivent fort retirées , il n’y en a peut-être pas, dans le monde, qui soient plus désireuses de parures. Si le produit des travaux de leurs époux ou de leurs parens, ou si l'influence de leurs charmes personnels, pour ne rien dire de plus, peut Jeur procurer une splendide garde-robe , elles

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LETTRE XXV. ra

l'auront : une de leur plusagréables occupations est de passer des heures entitres à considérer les diverses parties de leurs toilettes, et À réfléchir profondément sur les changemens et les améliorations qu'il conviendrait d'y faire.

Vous avez vu précédemment que les Canadiens se marient très-jeunes ; mais comme il y a dans leur système de galanterie quelque chose que vous ne pouvez parfaitement connaître, je vais vous en donner une légère esquisse.

J'ai déjà dit que la fortune est rarement l'objet des recherches conjugales d’un américain. 1lest notoire qu'on n'en parle jamais dans aucune partie du Canada, si vous en exceptez un petitnombre de villes et de villages,où les usages d'Europe prévalentsur ceux del’Amérique. Dans plusieurs parties de ces contrées , surtout dans les nouvenux établissemens , les femmes sont telleinent recherchées, que le père qui a ce qu'on appelle une jolie fille , la vend au plus haut acheteur, et en obtient souvent un prix très-élevé. Mais cela n'est point général, et n'arrive que quand il se présente un grand nombre de concurens. Alors le plus riche d'entre eux , en graissant la patte du père,

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